Le parc national de Fundy est un parc national situé sur la rive nord de la baie de Fundy de la province du Nouveau-Brunswick au Canada, à environ au sud-ouest de Moncton. Ses se partagent en deux paysages : d'une part, une côte découpée et connue pour les plus hautes marées du monde et, d'autre part, un plateau entaillé de ravins abrupts et couvert d'une forêt mixte composée d'épinette rouge, de sapin baumier, de bouleau jaune, de bouleau à papier, d'érable à sucre et d'érable rouge.
Peu fréquenté par les Micmacs et les Malécites, le territoire du parc a été colonisé vers 1820 par des habitants des îles Britanniques qui pratiquaient une agriculture de subsistance et exploitaient la forêt. Les rives de la rivière Point Wolfe et de la Haute rivière Salmon virent l'implantation de scieries jusqu'à ce que, par épuisement de la ressource, la région soit partiellement abandonnée dans les années 1920. Le parc a été créé le à l'issue d'une longue négociation entre les gouvernements provincial et fédéral.
Administré par Parcs Canada, il est visité chaque année par . Il constitue l'aire centrale de la réserve de biosphère de Fundy, reconnue par l'UNESCO en 2007.
Toponymie Le parc est nommé ainsi d'après sa situation au bord de la baie de Fundy. On a longtemps cru que Fundy provenait du portugais , qui veut dire « profond ». Il est cependant plus probable qu'il s'agit de la corruption de « cap fendu », l'ancien nom français du cap Split, qui est situé sur la péninsule Blomidon à l'entrée du bassin des Mines. En 1604, Marc Lescarbot utilise le nom de baye Françoise. Lors de la capture de Port-Royal en 1614 par Samuel Argall, ce dernier lui donne le nom de . Le nom de la baie apparaît sous la forme de sur la carte de John Thornton de 1688 et de sur la carte de Herman Moll de 1720. Au milieu du , finit par s'imposer en anglais.
Géographie Localisation thumb|Carte du parc national de Fundy Le parc national a une superficie de . Il est situé dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, sur la rive nord de la baie de Chignectou, une des extrémités de la baie de Fundy. Il est entièrement compris dans le territoire du village de Fundy Albert, en grande partie dans le comté d'Albert, — à l'exception de l'extrémité ouest située dans le comté de Saint-Jean et le comté de Kings. Il est situé à de Moncton et à de Saint-Jean. Le parc partage ses limites avec les zones naturelles protégées de la Gorge-de-la-Rivière-Point-Wolfe et de la Colline-McManus.
Relief Le parc est situé sur le bord des collines Calédoniennes qui sont composées d'un plateau s'élevant rapidement de la mer jusqu'à une altitude de . Le sommet du parc est la colline Rossiter qui culmine à une altitude de . La côte du parc, ciselée par les ravins profonds des rivières Point Wolfe, Haute Salmon et Goose, est composée de bas-fonds intertidaux, de plages en pente douce, d'anses abritées et de falaises de .
Hydrographie
thumb|upright=0.7|Les chutes Dickson. Le territoire du parc comprend une partie de trois bassins versants, ceux des rivières Point Wolfe, Haute Salmon et Goose. Le parc est aussi traversé par trois autres rivières : Point Wolfe Est, Forty Five et Broad. La forte pente des collines Calédoniennes en direction de la baie a parsemé le parc de nombreuses chutes d'eau, dont les chutes Dickson et Laverty.
thumb|left|Plage d'Alma à marée basse. Les marées de la baie de Fundy sont parmi les plus fortes du monde. Elles atteignent en moyenne au niveau du parc national et peuvent même atteindre lors des marées de vives-eaux. Ce phénomène est dû à la seiche (mouvement d'oscillation de l'eau dans la baie) qui met environ pour aller de l'extrémité de la baie jusqu'à l'entrée et en revenir. Cet effet est amplifié par les marées dont le cycle est de 12 heures et 25 minutes. Un facteur secondaire est la forme de la baie, qui est plus étroite et moins profonde au fond, ce qui amplifie le phénomène.
Géologie thumb|Différentes formations rocheuses à Herring Cove. La majorité des roches du parc font partie de la zone avalonienne des Appalaches. Résiduelle du microcontinent Avalonia, cette zone est composée de roches volcaniques du Néoprotérozoïque recouvertes en partie de roches sédimentaires du Cambrien. Ce petit continent est entré en collision avec Laurentia pendant l'orogenèse acadienne. Les roches de la zone d'Avalon, dont les plus vieilles datent d'environ , sont les plus anciennes de la province. Les roches des secteurs d'Herring Cove et d'Alma sont beaucoup plus jeunes. Elles proviennent de l'érosion de la jeune chaîne appalachienne au cours du Carbonifère, il y a environ , qui créa le bassin des Maritimes. Le paysage à cette époque correspondait à une jungle tropicale traversée par des cours d'eau imposants. On trouve sur la plage d'Alma des roches ressemblant à du sable fin et contenant de nombreux fossiles de plantes ainsi que des veines de charbon.
La province fut entièrement couverte par les glaciers lors de la glaciation du Wisconsin. Au cours de leur retrait, l'inlandsis se sépara en deux calottes glaciaires dont l'une occupa la zone actuelle des collines Calédoniennes. Les glaciers ont fondu il y a environ , laissant sur leur passage un till de fond. Un autre signe du passage des glaciers est la présence d'un kettle qui a été rempli par l'étang MacLaren.
Climat Sur la côte, le climat est caractérisé par des étés frais et humides et des hivers doux et humides. La température moyenne annuelle est d'environ , avec une moyenne estivale de , et une moyenne hivernale de . La moyenne des précipitations y est de à Alma, et il s'écoule en moyenne sans gel par année.
Sur les plateaux, les étés sont généralement chauds et pluvieux, et les hivers doux et neigeux. La moyenne estivale y est de et la moyenne hivernale de . Le lac Wolfe, situé au nord-ouest du parc, reçoit des précipitations moyennes de par année, et en moyenne par an se passent sans gel.
Milieu naturel thumb|right|Les forêts sombres du parc se détachent nettement du reste de la région. Selon la commission de coopération environnementale, le parc est situé dans l'écorégion de niveau III des collines et plaines du Maine/Nouveau-Brunswick des forêts tempérées de l'Est. Le cadre écologique canadien partage quant à lui le parc en deux écorégions distinctes : la première, qui comprend le sud du parc et la côte de la baie de Fundy, est caractérisée par des étés frais et humides, des hivers doux et humides, et par des forêts d'épinette rouge, de sapin baumier et d'érable rouge ; la seconde, correspondant aux hautes-terres du sud du Nouveau-Brunswick, est caractérisée par des étés chauds et pluvieux et des hivers doux et neigeux, et par des forêts mixtes d'érable à sucre, d'érable rouge, d'épinette blanche, d'épinette rouge et de sapin baumier. Enfin, selon le classement du fonds mondial pour la nature, le parc est situé dans l'écorégion des forêts de la Nouvelle-Angleterre et de l'Acadie .
Flore thumb|Sentier dans une bétulaie de bouleaux jaunes. On a recensé de plantes vasculaires, de bryophytes et de lichens dans le parc national. La forêt de Fundy est une forêt mixte composée en majorité d'épinette rouge (), de sapin baumier (), de bouleau jaune (), de bouleau à papier (), d'érable à sucre () et d'érable rouge (). Les sous-bois de ses forêts sont peuplés de mousses, de dryoptère spinuleuse () et de quatre-temps ().
thumb|left|Forêt d'épinette rouge sur le sentier Mathews Head. Les forêts de feuillus ne représentent que 5 % du couvert forestier. Les essences feuillues les plus abondantes sont le bouleau jaune et le bouleau à papier, mais on y trouve aussi de l'érable à sucre, de l'érable rouge et du hêtre à grandes feuilles (). Les sous-bois sont peuplés de claytonie de Caroline () et d'érythrone d'Amérique (). Les peuplements purs de conifères sont rares dans le parc et ils sont représentés principalement par l'épinette rouge et le sapin baumier. Les quelques tourbières du parcs sont couvertes d'un tapis de sphaigne ( sp.) sur lequel poussent des épinettes noires () et des mélèzes laricins (). On y recense trois genres de plantes carnivores : la sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea), des droséras ( sp.) et des utriculaires ( sp.). vignette|Arbuste de thé du Labrador sur le sentier du ruisseau Kinnie. On trouve aussi quelques espèces de plantes rares dans le parc. Les falaises de la pointe Wolfe et la vallée de la rivière Goose servent de refuge à la primevère laurentienne (), et les vallées des rivières Point Wolfe et Point Wolfe Est et du ruisseau Bennett abritent la sélaginelle fausse-sélagine (), la viorne comestible (), la doradille verte (), le carex capillaire () et le lycopode sélagine ().
Faune On recense de mammifères dans le parc. Les ongulés qui fréquentent le site sont l'orignal () et le cerf de Virginie (). Les principaux carnivores du parc sont le coyote (), le raton laveur (), l'ours noir (), le renard roux () et le lynx roux (). Parmi les petits mammifères, on rencontre la petite chauve-souris brune (), le lièvre d'Amérique (), le tamia rayé (), l'écureuil roux (), le castor du Canada (Castor canadensis) et le grand polatouche (Glaucomys sabrinus). Trois espèces ont disparu de la région depuis le début de la colonisation : le loup (), le caribou () et la martre d'Amérique (). Quant au couguar (), il est observé une ou deux fois par an, mais il n'existe aucun indice direct de sa présence ; parmi les mammifères, seule cette espèce est considérée en péril dans le parc.thumb|Tamia rayéLe parc est fréquenté par d'oiseaux. Les principales espèces rencontrées dans le parc sont le grand pic (
), le junco ardoisé (), le bec-croisé bifascié (), le grand héron (), le cormoran à aigrettes (), le bécasseau semipalmé (), le pluvier semipalmé (Charadrius semipalmatus), et le faucon pèlerin (Falco peregrinus). Les espèces considérées en péril par le COSEPAC sont l'engoulevent bois-pourri (), l'engoulevent d'Amérique (), l'hirondelle rustique (), le martinet ramoneur (), le moucherolle à côtés olive (), la paruline du Canada (), le faucon pèlerin () et le quiscale rouilleux ().
Le parc de Fundy est fréquenté par d'amphibiens et de reptiles. Les anoures sont représentés par la rainette crucifère (), la grenouille des bois (), la grenouille léopard (), la grenouille des marais (Lithobates palustris), la grenouille verte (Lithobates clamitans), le ouaouaron () et le crapaud d'Amérique (). Les urodèles sont représentés par la salamandre maculée (), la salamandre cendrée (Plethodon cinereus), la salamandre à quatre orteils (), la salamandre sombre du Nord (), la salamandre à points bleus (), la salamandre à deux lignes () et le triton vert (). Les quatre espèces de reptiles sont la couleuvre rayée (), la couleuvre à ventre rouge (), la couleuvre verte () et la couleuvre à collier ().
Trois espèces de poissons d'eau douce seulement vivent dans les cours d'eau du parc : l'omble de fontaine (), le saumon atlantique () et l'anguille d'Amérique (). Les marais salés sont quant à eux visités par le choquemort () et l'épinoche à trois épines (). Deux de ces espèces, le saumon atlantique et l'anguille d'Amérique, sont considérées en péril. Les cours d'eau du parc ont perdu, depuis le début de la colonisation, entre 66 % et 80 % des espèces de poissons qu'ils hébergeaient auparavant, pour des raisons diverses.
Les estrans rocheux abritent la balane , des bigorneaux ( sp.), le doris rugueux (), le pourpre de l'Atlantique (), l'acmée à écaille de tortue (), la stromatée à fossettes () et des tortues. Les estrans boueux sont quant à eux occupés par le corophie tourneur (), la mye commune () et la grande gravette ().
Histoire Période amérindienne et colonisation thumb|Ruine du barrage et rivière Point Wolfe.