La révolution texane se déroule du au . Elle oppose le Mexique, alors centraliste, à une coalition de colons du Texas (république du Texas) originaires des États-Unis et de Tejanos (Texans mexicains). Ce soulèvement s'intègre dans un contexte d'oppositions entre centralistes et fédéralistes à l'intérieur du Mexique, à la suite de la prise du pouvoir par Antonio López de Santa Anna. Le Mexique avait officiellement aboli l'esclavage au Texas en 1829, et le désir des Anglo-Texans et des Tejanos de retablir l'esclavage au Texas était également une cause majeure de sécession.
Résumé
La révolution éclate en , après une décennie de conflit larvé entre le gouvernement mexicain et la population de colons américains toujours plus nombreux au Texas, au point de devenir majoritaires dans cette région. Le centralisme accru du Mexique, qui réduit peu à peu les droits de ses citoyens, accroît les tensions, d'autant qu'il prétend restreindre l'arrivée de nouveaux immigrants. Si les colons d'origine américaine, parfois appelés Texians, sont alliés aux Tejanos pour lutter contre Santa Anna, ils se distinguent sur les buts de guerre. Les premiers sont en faveur de l'indépendance, tandis que les seconds veulent le retour à la constitution mexicaine de 1824. Pendant la guerre, ce débat est porté devant la Consultation, le gouvernement provisoire du Texas, tandis que les milices locales, soutenues par des volontaires venus des États-Unis, défont aisément les petites garnisons mexicaines jusqu'à la mi-. À cette date, la Consultation renonce à trancher le débat sur l'indépendance et installe un gouvernement d'intérim, dont l'indécision conduit à la paralysie politique et à un déficit de gouvernance effective du Texas. En outre, une expédition mal préparée pour envahir Matamoros mobilise l'essentiel des soldats et du matériel. En , une deuxième convention politique finit par déclarer l'indépendance et la création de la république du Texas.
Déterminé à venger l'honneur du Mexique, Santa Anna décide de prendre en personne la tête de la campagne contre le Texas. Il pénètre dans la province à la mi- et trouve les Texans mal préparés. Le général José de Urrea dirige un contingent lors de la campagne de Goliad, le long du littoral, en battant les troupes s'opposant à lui et en exécutant la plupart des prisonniers. Quant à Santa Anna, il marche sur San Antonio de Béxar (ou Béxar) et bat la garnison texane lors de la célèbre bataille de Fort Alamo.
Néanmoins, l'armée texane dirigée par Sam Houston reste opérationnelle, tandis que les civils sont contraints de fuir lors d'un événement appelé la Runaway Scrape. Le , Houston s'arrête à Groce's Landing sur la Brazos pour astreindre ses soldats à un solide entraînement durant deux semaines. Dans le même temps, enhardi par son succès, Santa Anna en vient à sous-estimer son adversaire et divise ses forces. Le , l'armée de Houston prend par surprise le général mexicain et met en déroute son avant-garde lors de la bataille de San Jacinto. Santa Anna lui-même est capturé et, en échange de sa vie, doit ordonner à son armée de se retirer au sud du Rio Grande. Si le Mexique persiste à refuser de reconnaître la république du Texas et mène des opérations sporadiques contre elle jusque dans les , les États-Unis finissent par annexer le territoire, qui devient le en 1845, ce qui déclenche la guerre américano-mexicaine.
Contexte vignette|upright=2.5|Une carte du Mexique entre 1835-1846. En rose, les régions subissant des mouvements séparatistes.
L'histoire européenne du Texas commence avec une tentative avortée de colonisation par la France, à la fin du . C'est ensuite l'Espagne qui entreprend de développer la région. Dans sa partie sud, le long des fleuves Medina et Rio Nueces, le Texas espagnol est bordé par la province de Coahuila. À l'est, il est frontalier de la Louisiane, vendue en 1803 par Napoléon aux récents États-Unis. Ces derniers revendiquent aussi les terres à l'ouest de la Sabine, jusqu'au Rio Grande. De 1812 à 1813, des républicains anti-espagnols et des flibustiers américains se rebellent contre l'Empire espagnol, dans ce qui est connu comme l'expédition Gutierrez-Magee lors de la guerre d'indépendance mexicaine. Après plusieurs succès, les rebelles se déclarent indépendants et s'intègrent au sein de la république mexicaine, le . Le nouveau gouvernement texan est néanmoins confronté à la grave défaite de la bataille de Medina, en , lors de laquelle la quasi-totalité de son armée ( sur 1 400) sont tués ou exécutés par les loyalistes espagnols. Peu après, 300 représentants du gouvernement texan sont arrêtés et exécutés. Néanmoins, parmi les acteurs de cet épisode figurent plusieurs personnages importants des événements à venir, comme José Antonio Navarro et José Francisco Ruiz. Enfin, si, en 1819, les Américains renoncent à leur revendication territoriale à l'occasion du traité transcontinental avec l'Espagne, beaucoup continuent de penser que le Texas devrait faire partie du nouvel État et le gouvernement fédéral américain formule plusieurs propositions d'achats dans les années qui viennent.
Finalement, le Mexique parvient à se rendre indépendant et le Texas en fait partie. Dans la Constitution mexicaine de 1824, le nouvel État est défini comme fédéral et les provinces du Texas et de Coahuila deviennent l'État de Coahuila y Texas. Toutefois, le Texas proprement dit ne dispose que d'un siège à la législature d’État et, bientôt, une révolte éclate parmi les Tejanos (les habitants nés mexicains du Texas), qui protestent contre la perte de leur autonomie politique, ce qui conduit à la création d'un département texan, dont la capitale est San Antonio.
Le Texas est alors très peu peuplé, avec seulement et uniquement 200 soldats. C'est donc un territoire très vulnérable face à des attaques menées par les Amérindiens ou des flibustiers américains. Le gouvernement mexicain, conscient du danger, tente de stimuler l'arrivée de colons dans la région, dont il libéralise la politique migratoire. Bientôt, ce sont des immigrants originaires des États-Unis (les Anglos ou texians) qui s'installent et dépassent en nombre les Tejanos. Dans l'ensemble, ils viennent surtout des États du sud et sont parfois des propriétaires d'esclaves, qui ne sont guère favorables à la population locale. En outre, souvent protestants, ils sont en butte avec la domination du catholicisme au Mexique.
Les autorités mexicaines s'inquiètent de plus en plus de la stabilité de la région. Mais, quand elles abolissent l'esclavage en 1829, le Texas est au bord du soulèvement. Le président Anastasio Bustamante doit promulguer une loi, l'année suivante, qui prohibe toute immigration américaine au Texas, accroît les impôts et réitère l'abolition de l'esclavage. Les colons texans décident d'ignorer la loi. En 1834, ce sont Anglos qui peuplent l'Etat de Coahuila y Tejas, contre Tejanos. À la fin de l'année 1835, les Afro-Américains représentant 13 % de la population non-amérindienne, soit .
En 1832, Antonio López de Santa Anna se révolte contre Bustamante. Les Texans originaires des États-Unis s'en saisissent comme d'un prétexte pour prendre les armes. À la mi-août, toutes les troupes mexicaines sont chassées de l'est du Texas. Enhardis, les Texans tiennent deux conventions politiques qui visent à persuader les autorités mexicaines de revenir sur les lois susmentionnées. En , le gouvernement tente de répondre à certaines doléances en reprenant des dispositions de la loi et en faisant quelques concessions, dont une représentation accrue du département du Texas au sein de la législature d'Etat. Stephen Fuller Austin, à l'origine de l'arrivée des premiers colons américains au Texas, estime que les revendications ont été entendues mais, à Mexico, la méfiance demeure face à ce qui est perçu comme une manœuvre sécessionniste.
Quand il arrive au pouvoir, Santa Anna se montre rapidement soucieux de recentraliser son gouvernement. En 1835, il promulgue une nouvelle constitution. La législature d'Etat est démise, de même que les milices, au grand dam des fédéralistes. Dans les états de Oaxaca et de Zacatecas, les habitants prennent les armes et subissent la répression du pouvoir central. Agustin Viesca, gouverneur de Coahuila y Tejas, refuse de dissoudre la législature, qu'il réunit à Béxar. Dans le même temps, le Tejano Juan Seguin lève une milice pour aider le gouverneur mais le conseil municipal de Béxar lui demande de ne pas intervenir et Viesca est arrêté avant d'atteindre le Texas.
L'opinion publique au Texas est alors divisée. Des éditoriaux aux États-Unis appellent à l'indépendance du territoire. En , plusieurs hommes protestent fortement contre les droits de douane à Anahuac et des chefs locaux demandent la réunion d'une sorte de convention pour déterminer si une majorité se dégage en faveur de l'indépendance, d'un retour au fédéralisme, ou du status quo. La plupart des communités acceptent d'envoyer des délégués à cette assemblée, qui se réunit le .
Dès , les commandants militaires au Texas demandent des renforts, face à la crainte d'une révolte populaire. Dans l'ensemble, le Mexique est mal préparé à la perspective d'une guerre civile mais le pouvoir de Santa Anna pourrait être compromis par des troubles incessants au Texas. En effet, il court le risque de perdre le contrôle d'une part notable de son pays, qui sert de tampon face aux États-Unis, dont l'influence pourrait bien croître, notamment sur les territoires du Nouveau-Mexique et de Haute-Californie. Santa Anna sait qu'il doit intervenir avant que le gouvernement américain n'ait la tentation de s'impliquer. Au début du mois de septembre, Santa Anna ordonne à son beau-frère, le général Martin Perfecto de Cos, de conduire 500 soldats au Texas, pour y réprimer toute rébellion. Ils débarquent au port de Copano le et Stephen Austin appelle toutes les communautés à constituer des milices pour se défendre.
Offensive texane
Premiers combats à Gonzales thumb|Reproduction du drapeau levé par les rebelles texians face aux Mexicains à Gonzales. Au début des années 1830, l'armée mexicaine prête aux habitants de Gonzales (Texas) un petit canon pour se protéger des attaques indiennes. Toutefois, le , un soldat mexicain bastonne un habitant et les tensions grimpent d'un cran. Les autorités décident alors de récupérer l'équipement militaire. Le colonel Domingo de Ugartechea, qui dirige les forces présentes au Texas, envoie un petit détachement récupérer la pièce d'artillerie. Toutefois, il est expulsé de la ville par les colons et Ugartechea envoie 100 dragons obtenir la rétrocession du canon, si besoin par la force.
Pour les habitants, il s'agit d'un prétexte pour prendre d'assaut la ville et éliminer la milice et ils font durer les négociations pendant plusieurs jours, le temps d'obtenir des renforts. Dans les premières heures du , 140 volontaires texians attaquent le détachement de dragons, dirigé par le lieutenant Casteneda. Ce dernier demande rapidement l'ouverture de pourparlers avec John Henry Moore, leader des Texians. Il lui explique qu'il a des sympathies fédéralistes mais qu'il doit obéir aux ordres. Quand Moore revient dans la ville, les habitants lèvent une bannière blanche comprenant un canon noir en son centre, avec les mots . Conscient de son infériorité numérique, Castaneda est contraint de battre à retraite vers Béxar. Cette première escarmouche a coûté deux hommes aux Mexicains et un blessé aux Texians. Si l'événement est considéré comme anodin par l'historien William C. Davis, les Texians en font une victoire contre les Mexicains, dont la nouvelle se répand vite à travers les États-Unis et provoque l'arrivée de volontaires dans la province rebelle.