vignette|L’empire byzantin et ses voisins au temps de Constantin VII.

Le « De administrando Imperio » (litt : « Au sujet de l'administration de l'Empire ») est le titre latin communément utilisé pour un ouvrage écrit en grec ancien vers 950 par l'empereur byzantin Constantin VII et connu sous le titre « Προς τον ίδιον υιόν Ρωμανόν » ( ; litt : « À notre propre fils Romanus »), tiré de la préface du livre. Manuel de politique intérieure et étrangère écrit à l’intention de son fils le futur empereur Romain II, le livre est un exposé géographique et historique des peuples qui composaient ou entouraient l’empire, des relations qu’il convenait d’entretenir avec eux et des procédés diplomatiques ou militaires susceptibles de produire les résultats voulus.

Contexte historique

Constantin VII l’écrivain

thumb|left|Le Christ couronnant Constantin VII (Ivoire, 945, musée Pouchkine).

Né en 905, Constantin VII (r. 913 – 959) était considéré à sa naissance comme l’enfant illégitime de Léon VI le Sage (r. 886 – 912), son mariage avec Zoé Karbonopsina, son quatrième, n’étant pas reconnu par l’Église orthodoxe, laquelle n’acceptait que deux mariages successifs. Ayant obtenu du pape une dispense et ayant démis de ses fonctions le patriarche de Constantinople, il parvint à faire légitimer le jeune Constantin qui fut nommé coempereur en 911Ostrogorsky (1983) .

Lorsque Léon VI mourut le trône revint au frère de celui-ci, Alexandre, qui mourut à son tour l’année suivante. L’empire fut alors administré par un conseil de régence présidé par l’impératrice Zoé qui dut bientôt faire appel à l’amiral Romain Lécapène pour éviter un coup d’État. Celui-ci prit soin de marier d’abord sa fille, Hélène Lécapène, à Constantin avant de s’emparer lui-même du pouvoir en 920, et de renvoyer Zoé Karbonopsina dans un couvent. Si Constantin conservera le titre impérial durant cette période, il prit la deuxième place après celui qui était devenu Romain Lécapène (r. 920 – 944). Ce n’est qu’en 944, après la mort de Romain Lécapène, que Constantin parvint à exercer véritablement le pouvoir à l’âge de trente-neuf ans Treadgold (2013) .

De tempérament intellectuel, épris d’histoire, Constantin passa ses années d’inactivité à écumer les bibliothèques, colligeant tout ce qu’il pouvait trouver sur l’histoire, l’administration et le cérémonial adopté par les empereurs précédentsMarc Szwajcer, Préambule, De Administrando Imperio, dorénavant abrégé dans les références en DAI. Il devait en résulter le premier volume du « De Ceremoniis ». C’est aussi pendant ces années que sa femme lui donna deux fils, Léon et Romain, le premier devant mourir en bas âge Treadgold (2013) .

Méprisant la basse condition et le manque de culture de Romain LécapèneIl écrira à son sujet dans le De Administrando Imperio : « L’empereur Romain était un homme sans culture, ni science; il n’était pas de ceux qui ont grandi depuis leur enfance dans le palais impérial et ont été élevés dans les traditions romaines, il n’était pas de race impériale, pas même de souche noble. (De Administrando Imperio, 13.149, éd. Moravesik--Jenkins)., il était déterminé à prodiguer à son fils et successeur, le futur Romain II (r. 959 – 963) les conseils qui feraient de lui quelqu’un apte à diriger l’empire parce que connaissant parfaitement ses composantes et la façon de traiter amis et ennemis.

L’œuvre

thumb|right|Les Petchenègues massacrant les “Scythes” de Sviatoslav de Kiev d’après le Manuscrit Skylitzès fol. 173r.

C’est ce qui le poussa à écrire entre 948 et 952Bury (1920) Dans le De Administrando Imperio, Constantin écrit : « Depuis leur sortie de Jérusalem et leur entrée dans leur territoire actuel, il s'écoula quatre ou cinq cents ans jusqu'à l’époque où nous nous trouvons, dans la Indiction, année 6457 depuis la création du monde (ce qui correspond à l’année 952 de notre ère) sous les empereurs Constantin et Romain Porphyrogénètes, fervents chrétiens (DAI, chap. 45)., un manuel sur la façon de diriger un empire multiethnique et d’en combattre les ennemis. Le « De Administrando Imperio » combine deux œuvres précédentes de Constantin : le Περί Διοικήσεως τοῦ Κράτους βιβλίον καί τῶν διαφόρων Έθνῶν (Litt : Concernant la gestion de l’État et de ses diverses nations ) qui décrit l’histoire et les personnalités des divers peuples entourant l’empire comme les Petchenègues, les Rus’Ce terme désigne non les habitants de la Russie moderne, mais ceux de l’ancienne principauté de Kiev et/ou les Varègues qui habitaient les pays scandinaves., les Croates et les Serbes, les Arabes, les Lombards, les Arméniens et les Géorgiens, ainsi que le Περί θεμάτων Άνατολῆς καί Δύσεως (Litt : Concernant les thèmes, connu en latin comme De Thematibus) qui relate les récents évènements dans les provinces de l’empire : Arménie, Ibérie, Chypre et le Péloponnèse. Il inclut également des conseils personnels à son fils ainsi que des extraits de la « Chronographie » de Théophane et de l’ Ἐθνικά (Litt : les Ethniques) d’Étienne de Byzance ()Treadgold (2013) .

Bien que Constantin s’adresse à la première personne du singulier à son fils à divers endroits du textePréface: « Je vais te dire ce qu'il convient avant tout de savoir, et d’assumer pour diriger habilement l'empire »; chapitre 13; à la fin du texte au chapitre 51 (Shchavelev )., il reconnait avoir eu pour l’aider dans sa compilation l’assistance d’un « collaborateur anonyme »Shchavelev (2019) .

Contenu

Sujets abordés dans le livre

thumb|right|Délégation de Serbes et de Croates auprès de l’empereur Basile d’après le Manuscrit Skylitzès, fol. 96r.

Dans la préface, Constantin indique qu’il veut traiter de quatre sujetsDAI, Préface, para 2:

Les relations de différents peuples (ethnè) avec l’Empire des Romains (Romaioi) et les différents moyens de se servir de ces peuples pour conquérir et subjuguer de dangereux ennemis; les cadeaux que préfèrent ces différents peuples; les caractéristiques historiques et géographiques de ces peuples ainsi que certaines de leurs traditions; Les changements survenus dans l’administration de l’État, chapitre qui ne semble pas avoir été écrit.

De cette façon, une fois devenu empereur, le jeune Romain pourra vraiment apparaitre comme l’élu de Dieu, avoir la sagesse d’un Salomon et étendre la domination de l’empire aux confins de l'œkoumène, le monde connu d’alors"Il (Dieu) t’élèvera comme une statue d'or sur une hauteur et comme une ville sur une montagne, afin que les peuples t'apportent des présents et que les habitants de la terre se prosternent devant toi." (DAI, préface, para 3)..

Résumés des chapitres

thumb|right|La princesse Olga de Kiev rencontre l’empereur lors de la première visite officielle rus’ à Constantinople.

Les chapitres 1 à 8 et 10 à 12 expliquent la politique à suivre à l’endroit des PetchenèguesDAI, 1 à 7, des Rus’DAI, 2 et 4, des TurcsDAI, 3 et 4, des Bulgares DAI, 5 et des Khersonésiens (habitants de Chersonèse ou Cherson dans la Crimée d’aujourd’hui)DAI, 6 et 7.

Les Petchenègues étaient un peuple nomade originaire d’Asie centrale qui s’établit vers la fin du dans le bassin de la Volga au nord de la mer CaspienneKazdhan (1991) « Pechenegs », vol. 3, . De là, un de leurs groupes migra vers la Hongrie d’aujourd’huiSpinei (2003) où ils s’allièrent aux Magyars installés dans le bassin des Carpates pour piller la Thrace et venir menacer Constantinople. Ils constituent toujours une menace pour l’empire et Constantin VII les décrit comme des gens cupides prêts à se vendre au plus offrantDAI, chap. 7, Comment envoyer des délégués impériaux de Kherson en pays petchenègue.. Toutefois, leur valeur guerrière pouvait être exploitée pour tenir en échec d’autres voisins turbulents de l’empire comme les Rus’DAI, chap. 2. Les Petchenègues et les Russes., les TurcsDAI, chap. 3. Les Petchenègues et les Turcs et chap. 4. Les Petchenègues, les Russes et les Turcs. et les Bulgares DAI, chap. 5. Les Petchenègues et les Bulgares.. C’est pourquoi, il suggère à son fils de « conclure des conventions et des traités d'amitié avec eux et à leur envoyer chaque année de notre part, un apocrisiaire [ambassadeur] avec des présents dignes de ce peuple ». Il rappelle en même temps à son fils les précautions à prendre en exigeant d’eux des otages DAI, chap. 1. Les Petchénègues ; comment, en paix, ils peuvent être utiles à l’empereur des Romains..

Peuple nomade les Petchenègues étaient divisés en plusieurs clans répandus sur un vaste territoire. Certains de ces clans étaient des entremetteurs incontournables en matière commerciale, notamment pour éviter qu’ils ne s’attaquent aux Rus’ qui venaient chaque année à Constantinople le long de la « route commerciale des Varègues aux Grecs ». Partant de divers centres commerciaux de Scandinavie, les Rus' arrivaient à Constantinople en suivant rivières et fleuves dont le DniestrDAI, chap. 9. La venue des Rôs de Rôsia avec leurs monoxyles, à Constantinople. La neutralité bienveillante des Petchenègues était également nécessaire au commerce de Constantinople avec la Crimée (principale ville Kherson)DAI, chap. 6. Les Petchénègues et les Khersonésiens..

Le chapitre 13 est une directive générale sur la politique étrangère dans lequel Constantin indique à son fils comment il pourra rejeter les exigences et requêtes importunes de ces peuples du nord qui veulent toujours « faire de gros profits en échange de petits services » en recourant à « des discours prudents ainsi que par d’habiles échappatoiresDAI, chap. 13. Les peuples voisins des Turcs.".

thumb|left|Les Balkans vers 960.

Les chapitres 14 à 40 sont une compilation d’histoires et de légendes concernant l’installation de divers peuples aux frontières de l’empire : Arabes (Sarrazins)DAI, chap. 14 – 16, 18 – 20, les Ibériens et l’EspagneDAI, chap. 23, la Lombardie DAI, chap. 27, VeniseDAI, chap. 28, la DalmatieDAI, chap. 29-30, les CroatesDAI, chap.31, les SerbesDAI, chap. 32, les ZachloumiensDAI, chap. 33, les TravouniensDAI, chap. 34, les Diocléiens DAI, chap. 35, les PaganiensDAI, chap. 36, à nouveau les Petchenègues DAI, chap. 37, les TurcsDAI, chap. 38, les KabarsDAI, chap. 39 et 40, la MoravieDAI, chap. 41. Ces descriptifs historiques sont entrecoupés par des extraits de la Chronique de ThéophaneDAI, chap. 17, 21, 22, 25 se rapportant aux successeurs de Mahomet dont traite Constantin dans les chapitres 13 à 22. Le chapitre 26 est une leçon de généalogie sur le roi Hugues dont la fille vint à Constantinople épouser le fils de Constantin, le futur Romain IIDAI, 26. La généalogie de l’illustre roi Hugues.

Les chapitres 43 à 46 traitent de la situation politique en cours dans les provinces d’Arménie et de Géorgie au nord-est de l’empire : le pays de Taron DAI, chap. 43. Le pays de Taron, le pays des ApachounisDAI, chap. 44. La contrée des Apachounis, les cités de Mantzikiert, Perkri, Chliat, Chaliat, Arzes, Tibi, Chert, Salamas et Tzermatzou et l’IbérieDAI, chap. 45 et 46. Les Ibériens.

Les chapitres 47 et 48 traitent de Chypre et de la façon dont l’empereur Justinien repeupla l’ile avec la collaboration de l’émir Al-moumenin, commandeur des croyants.

Les chapitres 49 et 50 sont consacrés aux Slaves : les Slavènes, peuple slave établi dans la région de Novgorod et de PskovDAI, chap. 49. Quiconque veut savoir comment les Slavènes furent asservis et soumis à l’Eglise de Patras, l’apprendra du présent passage et les Slaves du PéloponèseDAI, chap. 50. Les Slaves dans le thème du Péloponnèse, les Mélingues et les Ezérites, leur tribut, et de manière semblable la ville de Maïna et son tribut..