Christopher Isherwood est un écrivain britannique, naturalisé américain en 1946, né le à Disley (comté de Cheshire) et mort le à Santa Monica (Californie).
Biographie Enfance et jeunesse Un an après le mariage de sa mère Kathleen et de son père Frank revenu de la guerre des Boers, Christopher Isherwood voit le jour à Wyberslegh Hall, High Lane à Disley. Dans sa petite enfance, il habite à divers endroits au gré des affectations de son père qui est lieutenant-colonel dans l'armée britannique. De 1914 à 1918, il étudie à l'école Saint-Edmund dans le Surrey où il rencontre dont il restera l'ami tout au long de sa vie. En , son père est tué en menant un assaut désespéré lors de la deuxième bataille d'Ypres. De 1919 à 1922, il étudie à Repton School où il fait la connaissance de Edward Upward. De 1923 à 1925, lors de ses études au Corpus Christi College de Cambridge, Auden lui fait connaître Stephen Spender avec lequel il était à l'université d'Oxford. Il quitte cet établissement en 1925 sans obtenir de diplôme, car il échoue délibérément à ses examens.
Pendant cinq ans, il vit avec le violoniste français André Mangeot en tant que secrétaire de son quatuor à cordes. Simultanément, il gagne sa vie en donnant des cours particuliers, de 1928 à 1929, puis étudie la médecine au King's College de Londres, qu'il quitte au bout de six mois et, à l'occasion, conseille Auden, qui lui envoie ses poèmes à commenter. En 1928, il écrit sa première nouvelle , un pastiche de la littérature à la mode dont l'anti-héros est un jeune homme étouffé psychologiquement par sa mère.
Berlin vignette|200px|Plaque commémorative au de la Nollendorfstraße dans le quartier de Schöneberg, rappelant le séjour d'Isherwood dans cette maison de Berlin. Rejetant l'élite conservatrice britannique qui ne comprendrait pas son attirance pour les hommes, en 1929 il se réfugie à Berlin, capitale culturelle de l'entre-deux-guerres et de la république de Weimar, où il compte passer quelques semaines avec AudenNorman Page, , Palgrave Macmillan, 1998.. Il y reste jusqu'en 1933, année où le parti nazi prend le pouvoir et le chasse d'Allemagne.
Deux ans auparavant, en 1931, il avait rencontré Jean Ross, une actrice et chanteuse britannique qui servira de modèle au personnage de Sally Bowles, comme Gerald Hamilton l'inspirera pour celui de ; enfin, en septembre, le poète William Plomer lui présente Edward Morgan Forster qui devient rapidement son mentor (à sa mort, en 1970, ce dernier lui lègue les droits d'auteur de Maurice). En 1932, il rencontre Gerald Heard et, la même année, publie Le Mémorial (The Memorial), qui exprime par le biais de la fiction les conflits qui l'opposent à sa mère.
Pendant quatre ans, il enseigne l'anglais et cède sans retenue à sa passion pour les beaux jeunes gens dans une société allemande alors très permissive. C'est ainsi qu'il fera la connaissance de Heinz Neddermeyer, son premier grand amourJonathan Bates, , , 18 mai 2004.. Il évoque la vie sexuelle underground berlinoise dans des écrits qui inspireront John Henry Mackay pour ()Hubert Kennedy, John Henry Mackay, glbtq encyclopedia.. Ces années sont décrites dans Adieu à Berlin (), recueil de nouvelles paru en 1945 incluant Mr. Norris change de train (, 1935), Sally Bowles (1937) et Adieu à Berlin (, 1939). L'œuvre est adaptée au théâtre sous le titre I Am a Camera par John Van Druten; la première a lieu le à Hartford (Connecticut) et sera reprise le même mois à Broadway. En 1955, une première version cinématographique est réalisée par Henry Cornelius sous le titre Une fille comme ça (); en 1966, à New York, John Kander et Fred Ebb en font une comédie musicale, Cabaret, qui sera adaptée au cinéma en 1972, par Bob Fosse sous ce titre. C'est Cabaret, dans lequel Sally Bowles est incarnée par Liza Minnelli. Cette dernière se verra remettre pour ce rôle l'Oscar de la meilleure actrice.
Une plaque commémorative, sur la maison où vécut Isherwood, au Nollendorfstraße, dans le quartier de Schöneberg, rappelle son séjour à Berlin.
Avant-guerre
Durant les années précédant la Seconde Guerre mondiale, Isherwood voyage à travers l'Europe ; il séjourne notamment à Copenhague et à Sintra. Il collabore aussi à l'écriture de trois pièces de théâtre avec Auden : Le Chien sous la peau (1935), L'Ascension de F6 (1937) et Sur la frontière (1938). C'est pendant cette période qu'il écrit Le Lion et son ombre (1938), titre emprunté à une nouvelle qu'il comptait écrire et qui devient le récit semi-autobiographique de son enfance et de sa jeunesse.
En 1938, Auden et Isherwood voyagent en Chine, alors ravagée par la guerre civile et l'invasion japonaise, ce qui fournira la matière du Journal de guerre en Chine (1939).
Vie américaine
Après un premier voyage aux États-Unis en , il quitte à nouveau Londres avec Auden, le , et débarque aux États-Unis le . Le couple passe quelques mois à New York, mais au printemps, Isherwood s'installe en Californie où il gagne sa vie en écrivant des scénarios pour Hollywood et en donnant des cours tandis qu'Auden reste sur la côte Est. L'exil américain de l'écrivain est diversement apprécié par la presse britannique en ces temps où la Grande-Bretagne s'apprête à déclarer la guerre à l'Allemagne.
À Hollywood, en 1939, Isherwood poursuit ses rencontres spirituelles avec l'historien Gerald Heard, fondateur du monastère de Trabuco Canyon, qu'il avait offert à la Vedanta Society de Californie du Sud. Il adhère à la philosophie hindouiste Védanta, comme Aldous Huxley, Bertrand Russell, Christopher Wood, John Yale et Jiddu Krishnamurti, entre autres. Grâce à Huxley, il se lie d'amitié avec le compositeur russe, naturalisé français en 1934, Igor Stravinsky.
En , il hérite de Wyberslegh Hall, que ses ancêtres, des fermiers prospères, avaient acheté au , et fait don de ce manoir élisabéthain entouré d'un vaste domaine, à son frère Richard. La même année, il embrasse la religion hindouiste à la suite de la rencontre avec Swami Prabhavananda. Mon gourou et son disciple () narre cette relation décisive dans la vie de l'écrivain britannique ; au fil du temps, il effectue de nombreuses traductions de textes relatifs à cette philosophie, qui va influencer son œuvre littéraire.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il affiche ses positions pacifistes et, pendant le conflit, de 1941 à 1942, il se rend à Haverford en Pennsylvanie, dans un foyer quaker où il travaille avec des réfugiés allemands en tant qu'objecteur de conscience. En 1943, il passe 6 mois dans un Centre Vedanta. Il rencontre par hasard, dans une librairie de , Ray Bradbury, auteur notamment des Chroniques martiennes, dont il fera une critique élogieuse. Cela stimulera la carrière de cet écrivain de science-fiction et marquera le début de leur amitié.
Le il obtient la citoyenneté américaine, ce qui l'oblige à faire son service militaire ; toutefois, faisant valoir le volontariat accompli entre 1941 et 1942 auprès de réfugiés européens dans son foyer quaker, il obtient le statut d'objecteur de conscience. Il vit alors avec le photographe William (Bill) Caskey, avec qui il voyage en l'Amérique du Sud en 1947. Il en tireront Le Condor (1949), dont le texte est d'Isherwood et les photographies de Caskey.
vignette|200px| Donald Bachardy. En 1953, le jour de la Saint-Valentin, (le 14 février), à 48 ans, il rencontre Don Bachardy chez des amis sur la plage de Santa Monica. Surmontant plusieurs crises, Isherwood ne quittera plus ce portraitiste américainPeter Parker, Isherwood, Picador, 2004. âgé de 18 ans. La différence d'âge fait jaser, mais ils parviennent tout de même à s'intégrer dans la société californienne et se font de nombreux amis. Au début de leur vie commune, Isherwood écrit Le Monde au crépuscule, méditation d'un jeune écrivain sur ses échecs amoureux et ses désirs homosexuels. Bachardy dactylographie le manuscrit. Leur vie commune est illustrée par le film (2007) sur Imdb.
En 1968, David Hockney peint le double portait monumental : Christopher Isherwood et Don Bachardy, acrylique sur toile, 303 x 212 cm. Collection particulière
De 1959 à 1962, Isherwood est sollicité pour animer des ateliers d'écriture au Los Angeles State College (devenue Université d'État de Californie à Los Angeles) puis, de 1965 à 1966, sur le campus de l'Université de Californie à Santa Barbara, à Riverside et Los Angeles.
Quand sa mère meurt, le , à l'âge de 91 ans, il refuse d'assister à son enterrement. Il reste vivre en Californie, où il situe Un homme au singulier (1964), sans doute son roman le plus connu. Il raconte une journée dans la vie de George, homosexuel d'âge mûr qui se retrouve seul après la mort de son compagnon, Jim. Ce récit est adapté au cinéma par Tom Ford en 2009 sous le titre A Single Man. Toujours en 1964, il est le scénariste du film de Tony Richardson Le Cher disparu, d'après le roman d'Evelyn Waugh, une satire d'une ironie grinçante sur le business des entreprises privées de pompes funèbres aux États-Unis.
En 1973 disparaissent et Jean Ross.
Il est nommé au Nebula Award en 1975 pour le scénario de , téléfilm réalisé par Jack Smight, et reçoit la médaille Brandeis pour l'ensemble de son œuvre. En 1976, paraît ; Heinz, qui entre-temps s'est marié et est devenu père d'un petit garçon baptisé Christophe en hommage à leur amitié, ; ils ne se reverront plus. Swami Prabhavananda disparaît à la même époque, puis c'est le tour de son frère Richard, en 1979.
En 1981, il déclare un cancer de la prostate qui l'emporte le , chez lui, à Santa Monica. Bachardy, devenu un dessinateur renommé, exécute pour la postérité les derniers portraits de son compagnon.
Œuvres Romans All the Conspirators (1928) The Memorial (1932) The Last of Mr. Norris (1935), paru en 1945 sous le titre Mr. Norris changes Trains dans le recueil de nouvelles Berlin Stories Lions and Shadows: An Education in the '20 (1938), roman semi-autobiographique Prater Violet (1945) The World in the Evening (1954) Down There on a Visit (1962) A Single Man (1964) A Meeting by the River (1967)
Recueils de nouvelles The Mortmere Stories (1920), nouvelles écrites en collaboration avec Edward Upward dont une seule fut publiée de son vivant. Certaines furent résumées dans Le Lion et son ombre, mais l'intégralité ne fut publiée qu'en 1994. Goodbye to Berlin (1939), reprend la nouvelle Sally Bowles (1937). Recueil réédité en 1945, avec Mr. Norris change de train, sous le titre Berlin Stories. Exhumations (1966), recueil regroupant des nouvelles, articles et poèmes
Théâtre The Dance of Death (1933), pièce en 1 acte écrite en collaboration avec The Dog Beneath the Skin (1935), (littéralement : Le chien sous la peau), aussi parue sous le titre ou Where is Francis?, pièce de théâtre en 3 actes écrite en collaboration avec The Ascent of F6 (1937) (littéralement: L'Ascension de F6), pièce de théâtre écrite en collaboration avec et adaptée à la télévision (voir ci-dessous) On the Frontier (1938) (littéralement: Sur la frontière), sa dernière pièce de théâtre écrite en collaboration avec
Autres publications People One Ought to Know (entre 1925 et 1930), 18 poèmes illustrés par Sylvain Mangeot, âgé de 11 ans, fils du violoniste André Mangeot, édités en 1982 The Intimate Journals of Charles Baudelaire (1930), traduction en anglais des "Journaux intimes (1851-1862)" de Charles Baudelaire A Penny For The Poor (1937), réédité sous le titre Threepenny Novel, traduction en collaboration avec Edmond I. Vesey du "Roman de Quat'sous" de Bertolt Brecht Sally Bowles (1937) Journey to a War (1939), écrit avec The Song of The God : the Bhagavad Gita (1944) traduction avec Swami Prabhavananda de "La Bhagavad-Gita" de S. Radhakrishnan Jacob's Hands (1944), scénario écrit avec Aldous Huxley pour le cinéma, édité en 1998 Vedanta For The Western World (1944) Shankara's Crest-Jewel of Discrimination (1947), en collaboration avec Swami Prabhavananda