La faculté des sciences de Paris était, de son ouverture en 1811 à sa dissolution en 1970, la principale institution d'enseignement supérieur scientifique en France. Elle était une composante de la nouvelle université de Paris depuis 1896.
Elle était établie :
au sein du collège du Plessis, de 1811 à 1826 ; puis à la Sorbonne, de 1826 à 1962 ; puis définitivement à partir de 1962 sur le nouveau centre universitaire de Jussieu avec la construction du « Gril d’Albert ». Elle disposait également de plusieurs annexes, à Paris puis en Île-de-France, et à Orléans : au 12, rue Cuvier, au sein d'une annexe, dès 1894 ; sur le centre universitaire d'Orsay, en Essonne, dès , avec l'installation d'une annexe du laboratoire des recherches physiques ; au 2, rue Jussieu, au sein du premier bâtiment dit « Esclangon » dès 1955 ; au 7, quai Saint-Bernard dès 1958, avec la construction des « barres de Cassan » ; ou encore au collège scientifique universitaire de l'université de Paris à Orléans dès 1960.
En 1966, l'université d'Orléans-Tours succède à la faculté des sciences de Paris sur le campus d'Orléans-la-Source. En 1970, l'université Paris-VI (Pierre-et-Marie-Curie) et l'université Paris-VII (Denis-Diderot) succèdent à la faculté des sciences de Paris sur le centre universitaire de Jussieu, ainsi qu'à l'îlot du 12, rue Cuvier. L'année suivante, la nouvelle université Paris-XI (Paris-Sud) succède à la faculté sur le centre universitaire d'Orsay.
Aujourd'hui, les facultés de sciences de Sorbonne Université, de l'université Paris-Cité et de l'université Paris-Saclay sont les principales héritières de la faculté des sciences de Paris.
Histoire
Dans l'ancienne université de Paris, l'enseignement supérieur des sciences n'existait pas. Au sein de la faculté des arts de Paris, les sciences étaient enseignées de manière secondaire au sein du cours de philosophie de dernière année du cursus conduisant au grade de maître ès arts, nécessaire à la poursuite des études au sein d'une des trois facultés supérieures (théologie, médecine, droit). De façon assez marginale des chaires de physique expérimentale (collège de Navarre) et de mathématiques (collège Louis le Grand) existent mais leur enseignement ne s'inscrit pas dans le cursus classique. Des cours scientifiques généraux avaient lieu, hors de l'université, au Collège royal au travers des chaires royales de géométrie, astronomie, physique, physique expérimentale, chimie et histoire naturelle, et de la chaire de mathématiques fondée par Ramus, des cours scientifiques avaient également lieu au Jardin du roi qui comptait un professeur de botanique, de chimie, d'anatomie et un garde-démonstrateur des cabinets d'histoire naturelle. Enfin un enseignement scientifique à vocation technique avaient lieu à Paris à l'École des ponts et chaussées et à l'École des mines.
Fondation et ouverture sous le Premier Empire (1808-1814)
Textes fondateurs thumb|200px|left|Le chimiste Fourcroy, directeur général de l'Instruction publique, rédacteur du décret organisant l'université impériale de France.
thumb|200px|right|Le poète Louis de Fontanes, premier grand-maître de l'Université de France, recteur de l'académie de Paris.
Le décret-loi rendu par le corps législatif le , conformément à la proposition faite au nom de l'Empereur, porte création d'un « corps chargé exclusivement de l'enseignement et de l'éducation publics dans tout l'empire » sous le nom d'Université impériale. En application de cette loi, le décret impérial du 17 mars 1808, rédigé en grande partie par le directeur général de l'Instruction publique Antoine-François Fourcroy, fixe l'organisation générale de l'Université impériale, au sein de laquelle les facultés ont comme mission (art. I-5) « les sciences approfondies et la collation des grades ». L’alinéa 13 précise qu'« il sera établi auprès de chaque lycée, chef-lieu d'une académie, une faculté des sciences. » comprenant le « premier professeur de mathématiques du lycée », auquel s’ajouteront un second professeur de mathématiques, un professeur d'histoire naturelle et un professeur de physique et de chimie, le proviseur et le censeur du lycée étant adjoints aux membres de la faculté. La formation de la faculté des sciences de Paris déroge cependant à cette organisation. En effet l'alinéa 14 précise qu'à Paris, « la faculté des sciences sera formée de la réunion de deux professeurs du collége de France, de deux du muséum d'histoire naturelle, de deux de l'École polytechnique, et de deux professeurs de mathématiques des lycées », un de ces professeurs étant nommé doyen. thumb|150px|right|Georges Cuvier, vice-recteur près la faculté des sciences de Paris. Le poète Louis de Fontanes est nommé grand-maître de l'Université le , entrainant la démission de Fourcroy. Il nomme exactement un an plus tard Georges Cuvier vice-recteur de l'académie de Paris près la faculté des sciencesPuis président de la commission d’administration de la faculté (8 novembre 1811), le grand-maître était recteur de l'académie de Paris. Cuvier avait été nommé le 11 janvier 1809 vice-recteur près la faculté de médecine..
L'organisation de la faculté est fixée le par arrêté du grand-maître. Les séances de la faculté seront ainsi présidées par le conseiller titulaire de l'Université ayant le titre de vice-recteur de la faculté des sciences. Celui-ci convoque les séances traitant des affaires de la faculté et auxquelles seuls les professeurs titulaires assistent. Les professeurs adjoints votent lors des séances traitant des réceptions aux grades. Le vice-recteur assiste, quand il le juge convenable, aux cours, aux examens et aux thèses, il adresse au grand-maître les certificats d'aptitude qu'il approuve et délivre aux gradués les diplômes expédiés et scellés. Il approuve le budget annuel et l'état mensuel des dépenses de la faculté. Le doyen préside les séances de la faculté en absence du vice-recteur, il règle, avec l'approbation du vice-recteur, tout ce qui concerne les programmes des cours, les heures des leçons, les époques des examens et des thèses, ainsi que le tour des examinateurs; il doit avoir soin de tout le matériel des examens et vise tous les certificats. Il vise le budget annuel et les états mensuels des dépenses. Le secrétaire de la faculté tient les procès-verbaux et les registres des inscriptions, il délivre les certificats d'inscriptions, rédige les certificats d'examen et d'aptitude et en perçoit les droits. Il rédige le budget annuel, ainsi que les états mensuels de traitement et de dépenses variables et les comptes des dépenses, d'après les délibérations de la faculté, et les adresse au grand-maître. Le secrétaire reçoit mensuellement les fonds versés par le trésor de l'Université, il les distribue et en est comptable.
Selon le statut sur l'administration économique des facultés de théologie, des sciences et des lettres du le traitement fixe des professeurs titulaires en activité est de 3000 FF, le préciput alloué au doyen (lequel reste chargé des écritures relatives à ses fonctions) de 1000 FF, le traitement des suppléants est de 1500 FF, pour ceux de ces professeurs qui seront en activité habituelle, il est ajouté un supplément de pris sur le traitement fixe du professeur titulaire qu'ils remplacent. Lorsque les recettes de la faculté excède les dépenses, il est alloué sur cet excédant, des droits de présence aux examens et actes publics. Selon le statut sur les droits de présence dans les facultés des lettres et des sciences de l'académie de Paris du , le droit de présence aux examens est fixé à cinq francs pour chaque examinateur, ces droits étant prélevés par la faculté sur les droits d'examen des candidats. Le secrétaire perçoit pour chaque examen un droit de trois francs. Enfin l'appariteur reçoit de chaque récipiendaire, pour loyer de robe, deux francs. Enfin selon le statut sur le traitement des professeurs de l'école normale du même jour, les professeurs de la faculté, attachés à l'école normale, reçoivent comme tels un supplément annuel de 1500 F à partir du , les adjoints 1000 F. Le doyen, attaché à l'école normale, a, en cette qualité, un supplément particulier de 1000 F.
Premiers professeurs Le décret impérial du « contenant règlement pour l'Université impériale » précise que « Pour la première formation seulement, il ne sera pas nécessaire que les membres enseignans de l'université soient gradués dans une faculté; ils ne seront tenus de l'être qu'à dater du . », et que « Le grand-maître nommera également, pour la première fois, et avant le , les doyens et professeurs [des facultés des sciences]. Les chaires des facultés [des sciences] ne seront données au concours qu'à dater du ; jusque-là, il y sera nommé par le grand-maître ». C'est donc par arrêté du grand-maître du que sont nommés huit professeurs, ainsi que trois adjoints auxquels les titulaires sont autorisés à confier une partie de leur enseignement: Calcul différentiel et calcul intégral : Sylvestre-François Lacroix (43 ans), professeur de mathématiques au Lycée Bonaparte, Louis-Benjamin Francœur (35 ans), professeur de mathématiques au Lycée Charlemagne (chargé ensuite de l'algèbre supérieure) Astronomie : Jean-Baptiste Biot (34 ans), professeur au Collège de France (professeur adjoint : Charles Louis Dinet) Mécanique : Siméon Denis Poisson (27 ans), professeur à l'École polytechnique Physique : Louis Joseph Gay-Lussac (30 ans), professeur à l'École polytechnique Chimie : Louis Jacques Thénard (31 ans), professeur au Collège de France Minéralogie et géologie : René Just Haüy (66 ans), professeur au Muséum d'histoire naturelle (professeur adjoint : Alexandre Brongniart) Botanique et physique végétale : René Desfontaines (59 ans), professeur au Muséum d'histoire naturelle (professeur adjoint : Charles-François Brisseau de Mirbel)
Sylvestre-François Lacroix est en outre nommé doyen.
L'article IV de l'arrêté décide en outre que le cours d'astronomie du Collège de France, et le cours d'anatomie et de physiologie comparées du Muséum d'histoire naturelle, seront cours de faculté, et auront la même valeur pour les inscriptions.
L'article III nomme également Jean-Baptiste de Lamarck en qualité de professeur surnuméraire pour y faire un cours de zoologie, avec André Marie Constant Duméril comme adjoint, mais Lamarck refuse finalement cette nomination pour raison de santé lors de la réunion qu'organise Cuvier le avec l'ensemble des futurs professeurs.
C'est finalement Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (37 ans), qui est nommé comme neuvième professeur pour la zoologie et physiologie auquel est adjoint Louis Georges Duvernoy. Jean Nicolas Pierre Hachette est nommé adjoint auprès de Gay-Lussac. Louis-Benjamin Francœur est chargé du cours d'algèbre supérieure et ses applications.
Organisation de l'enseignement