Hedwig Kiesler, dite Hedy Lamarr, est une actrice, productrice de cinéma et inventrice autrichienne, naturalisée américaine, née le à Vienne (à l’époque en Autriche-Hongrie) et morte le à Casselberry (Floride).

Au cours de sa carrière cinématographique, elle joue sous la direction des plus grands réalisateurs : King Vidor, Jack Conway, Victor Fleming, Jacques Tourneur, Marc Allégret, Cecil B. DeMille ou Clarence Brown. Icône glamour du cinéma américain, elle est désignée en son temps comme la « plus belle femme du cinéma ».

Outre sa carrière au cinéma, elle contribua de manière autodidacte à la science des télécommunications en inventant avec le compositeur George Antheil, pianiste et inventeur comme elle, un moyen de coder des transmissions (faisant partie des méthodes d'étalement de spectre par saut de fréquence), souhaitant participer ainsi à l'effort de guerre des États-Unis. Ce principe est actuellement utilisé dans les téléphones portables et les réseaux sans fil.

Biographie

Jeunesse Née au début de la grande guerre, Hedwig Eva Maria Kiesler, fille unique d'un couple de Juifs ashkénazes de la grande bourgeoisie austro-hongroise, est trop jeune pour souffrir des bouleversements induits par la défaite de 1918 : chute de la monarchie et démembrement de l'Empire. Elle grandit dans une Autriche réduite à n'être plus qu'une petite république du centre de l'Europe.

Son père Emil Kiesler (1880-1935), né à Lemberg (aujourd'hui Lviv en Ukraine), était directeur de la banque Creditanstalt-Bankverein de Vienne.. Sa mère Gertrud Lichtwitz (1894-1977), issue d'une grande famille de la bourgeoisie juive de Budapest en Hongrie, était pianiste concertiste. Elle espérait avoir un garçon qu'elle aurait appelé Georg.. À l'âge adulte, Gertrud s’était convertie au catholicisme sous l'insistance de son premier mari et élèvera ensuite sa fille dans cette religion sans pour autant l’avoir baptisée. Hedwig grandit dans un milieu privilégié, ayant des précepteurs puis fréquentant un pensionnat suisse. Outre l'allemand, le yiddish et le hongrois, elle apprend l'anglais et l'italien, prend des cours de danse et de piano, d'équitation, va à l'opéra ; elle gardera de sa jeunesse un souvenir impérissable et toujours nostalgiqueAlexandra Dean, Star et inventeurs de génie : Hedy Lamarr (Bombshell) 2017, film (85 min). Visionner en ligne du 17/10/2020 au 18/11/2020...

À l’âge de , Hedwig Kiesler remporte un concours de beauté à Vienne.. Elle s'intéresse déjà au théâtre et au cinéma, mais à la suite d’une « révélation » en voyant Metropolis (1927) de Fritz Lang, elle veut devenir actrice.. Par ailleurs, lors de promenades, son père lui explique le fonctionnement de certaines technologies, et à la maison, elle bricole souvent.

Carrière en Europe Hedwig Kiesler se présente seule, à , aux studios Sascha de Vienne, probablement recommandée par une relation de ses parents dont la situation financière s'est dégradée avec la crise économique autrichienne des années 1930Ruth Barton, Hedy Lamarr: The Most Beautiful Woman in Film, The University Press of Kentucky, , 2012.. La future Hedy Lamarr entre par l'entremise de son compatriote metteur en scène Georg Jacoby. Jacoby l'engage pour deux films , puis comme scripte pour la garder auprès de lui.

La jeune fille, qui a abandonné l'école, est engagée par le metteur en scène de théâtre Max Reinhardt qui la présente à la presse comme .. ; c'est à cette époque qu'elle rencontre Otto Preminger et Sam Spiegel qui rivalisent pour obtenir ses faveurs, et qu'elle retrouve plus tard parmi les Juifs émigrés comme elle aux États-Unis.

vignette|gauche|Photo publicitaire d'Hedy Lamarr en 1934.

Hedwig Kiesler gagne Berlin en 1931 où elle tourne Les Treize Malles de monsieur O. F. d'Alexis Granowsky avec notamment Peter Lorre et Margo Lion puis en 1932 Pas besoin d'argent, du pro-nazi Carl Boese (coréalisateur du classique Le Golem), qui remporte un grand succès.

À la même époque, elle interprète au théâtre un des quatre personnages principaux de Private Lives (Les Amants terribles) de Noël Coward et sa prestation lui vaut encore des critiques élogieuses.

Alors qu'elle est assise à lire un script, le cinéaste Gustav Machatý remarque sa beauté et lui fait tourner quelques mauvais films. puis en 1933, Extase, un film tchécoslovaque quasiment sans dialogue mais à l’esthétique recherchée. Le scénario est proche de celui de L'Amant de lady Chatterley ; le film fait sensation dans le monde entier et rend célèbre l'actrice. Elle dit avoir exécuté les directives avec naïveté lors de la scène de nu et la première scène d'orgasme à l'écran dans laquelle on ne voit que son visageÀ propos de sa prestation dans le film, Hedy Lamarr déclare : « (...) dans cette scène avec les seins, (le réalisateur) a dit : « Personne ne vous verra à part moi ». Comment savoir qu'il utilisait un objectif zoomar ? Mais la scène d'amour était bonne », NYTimes, op. cit.. Elle ne porte pas de jugement moral sur la conduite de l’héroïne.. Elle en acquiert une réputation sulfureuse à qui ne va plus la quitter, et une grande partie de l'Europe la surnomme déjà « The Ecstasy Girl ». Même si les premiers censeurs avaient exigé l'insertion d'un mariage dans le film avant que ladite extase de l'actrice n'ait lieu, le film, présenté à la Biennale de Venise, est condamné par le pape Pie XI ; Hitler, depuis peu au pouvoir, l'interdit en Allemagne et les scènes polémiques sont expurgées de la plupart des versions européennes et américaines.

Hedwig Kiesler remporte également un grand succès sur scène en interprétant Élisabeth d'Autriche (Sissi).

L'industriel de l'armement et fournisseur de Mussolini, Friedrich Mandl, remarque la jeune actrice dans Extase et leur relation débouche sur un mariage de convenance en 1933 : le mari avait, lui aussi selon toute vraisemblance, été encouragé par ses futurs beaux-parents inquiets pour l’avenir de leur progéniture. Mais la jeune femme, éprise de liberté et trop surveillée par son époux fuit sa vie dorée en 1937. Elle se rend en SuisseLe biographe S. M. Shearer indique qu'elle quitte Vienne pour fuir d'abord vers Paris (par le Trans-Europ-Express) puis passant par Calais, traverse la Manche pour se réfugier à Londres à l'hôtel Regent Palace de Piccadilly Circus. où elle côtoie la jet set, mais aussi l'émigré juif autrichien comme elle, Billy Wilder, Kay Francis, la star de la Paramount, l'écrivain allemand Erich Maria Remarque ; celui-ci possède une superbe villa à Porto Ronco au bord du lac Majeur où il offre asile à ceux qui fuient l'Allemagne nazie : elle entame avec lui une liaison qui l’écarte pendant une année supplémentaire des écrans.

Par l'entremise de l'agent américain Bob Ritchie, elle rencontre à Londres Louis B. Mayer, en recherche de talents européens. Apparemment peu intéressé par Hedwig Kiesler, gêné notamment par sa prestation dans Extase (selon l'intéressée), Mayer, le magnat d'Hollywood, propose à celle-ci un contrat peu avantageux (six mois d'essai et cent cinquante dollars par semaine) qu'elle refuse. D'après ses dires, elle est gouvernante du violoniste prodige Grisha Goluboff avec qui elle embarque sur le Normandie, pour traverser l’Atlantique. À bord, où se trouvent également Mayer et Cole Porter , Hedwig se met en beauté pour impressionner Mayer et le convainc de l'engager aux conditions qu'elle souhaite (soit cinq cents dollars par semaine). Pour autant, le ponte du cinéma, resté sur l'image sulfureuse du film qui fit sa renommée, ne la tiendra jamais en estime, allant jusqu’à éviter de la saluer lorsqu’il la croise.

Carrière aux États-Unis La vedette de la MGM vignette|gauche|De gauche à droite : Sigrid Gurie, Charles Boyer et Hedy Lamarr dans Casbah (1938).

Hedwig Kiesler réapparaît à l'écran, liée à la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) par un contrat de sept ans, au cours duquel elle joue dans une quinzaine de longs métrages. Sa carrière américaine débute avec Casbah (1938) de John Cromwell, produit par Walter Wanger et United Artists, un remake de Pépé le Moko de Julien Duvivier où elle reprend le rôle de Mireille Balin, et Charles Boyer celui de Jean Gabin.

Dès son arrivée à Hollywood, elle change son nom pour devenir Hedy Lamarr.Son nom fonctionnait également comme le jeu de mots « Hedy G-lamar » (glamour), « TheHairPin », op. cit., sur l'idée de Howard Strickland, publicitaire pour la MGM ; « Hedy » est un diminutif de son prénom Hedwig et « Lamarr » aurait pour origine sa croisière « en mer » à bord du Normandie avec Mayer. D'autres sources, dont l'autobiographie d'Hedy LamarrElle relate que lors sa première visite dans le bureau de Mayer (elle l'avait déjà rencontré auparavant pour discuter les termes de son contrat), ce dernier l'informa qu'il lui avait trouvé un nom. « J'ai appris plus tard que mon nom était un hommage à Barbara La Marr, qui était aux yeux de M. Mayer la plus belle femme du monde. » Puis Mayer appela un homme prénommé Howard, « un de nos experts de la publicité » selon Mayer, puis il lui demanda si l'actrice devant lui, qu'il présenta comme Hedy Lamarr, devait changer de nom. Le jeune Howard (probablement Strickland) dit que ce n'était pas la peine. , page 63., indiquent qu’il s’agit d’un hommage suggéré par Mayer à l'actrice Barbara La Marr précocement disparue en 1926.

Après l'Anschluss de , Hedy Lamarr fait venir aux États-Unis sa mère, qui obtient plus tard la citoyenneté américaine. Celle-ci indique « Hébreu » dans la rubrique « race » sur le formulaire de naturalisation, un terme alors fréquemment utilisé en Europe.

vignette|redresse=0.9|Dans La Dame des tropiques (1939).

Considérée comme la révélation du moment à Hollywood, elle enchaîne dans la veine exotique avec le romanesque La Dame des tropiques de Jack Conway, sur un scénario de Ben Hecht avec pour partenaire Robert Taylor, et entame aux côtés de Spencer Tracy le tournage complexe de Cette femme est mienne également sur un scénario de Hecht, commencé par Josef von Sternberg, repris par Frank Borzage non crédité et achevé par W. S. Van Dyke, surnommé « One Shot Woody », qui le signe seul.

Après des débuts en fanfare puis une carrière décevante, ses prestations sont parfois fraîchement accueillies par la critique. La jeune femme est sollicitée par Luther Green pour jouer sur scène Salomé mais le studio s'y oppose. gauche|vignette|Avec Clark Gable dans

Camarade X (1940). Elle s'illustre dans la comédie anti-soviétique Camarade X de King Vidor, face à Clark Gable, sur un scénario à nouveau de Ben Hecht : dans un rôle proche de Ninotchka tourné l'année précédente, elle parodie Greta Garbo en aggravant sa voix et, si elle intervient tardivement, amuse dans des situations incongrues comme celle où elle conduit un tramway rempli de chèvres et de paysans en vareuses. La veine parodique lui vaut de nouveau la faveur des critiques et du public.

Elle retrouve : dans un rôle qui annonce les futures héroïnes de ses films noirs, Spencer Tracy et Jack Conway pour les aventures de La Fièvre du pétrole ; King Vidor dans le nostalgique Souvenirs avec Robert Young, qui dénonce un ordre puritain oppressif.

vignette|redresse=0.9|gauche|Dans La Danseuse des Folies Ziegfeld (1941).

Lamarr participe avec Judy Garland et Lana Turner à La Danseuse des Folies Ziegfeld de Robert Z. Leonard, un des grands succès de 1941.

Clarence Brown l'emploie dans le romantique Viens avec moi, et Victor Fleming la dirige avec John Garfield et Spencer Tracy dans l'adaptation du roman réaliste de John Steinbeck, Tortilla Flat, qui traite de la vie de pauvres pêcheurs californiens ; la critique Pauline Kael fait l'éloge d'Hedy Lamarr. Dans le même temps, Conway la dirige pour la troisième fois, en même temps que William Powell, dans le mélodrame Carrefours.

vignette|Dans Viens avec moi (1941).