Buchenwald est un camp de concentration nazi créé en sur la colline d'Ettersberg près de Weimar, en Allemagne. Destiné initialement à enfermer des opposants au Troisième Reich, pour la plupart communistes ou sociaux-démocrates, il reçoit par la suite quelque arrêtés lors de la nuit de Cristal en 1938, ainsi que des Tsiganes, des homosexuels, des Témoins de Jéhovah, des opposants politiques et des prisonniers de droit commun. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des prisonniers de guerre y sont également envoyés. Les prisonniers politiques y ont organisé une résistance.

Camp de concentration nazi : 1937-1945 vignette|left|Maquette du camp. vignette|left|Photo aérienne de Buchenwald prise en 2008. Création du camp vignette|Vue aérienne du camp, après le bombardement par l’USAF en des ateliers de fabrication de munitions. L'origine du camp de Buchenwald, mis en service à la fin , remonte à la décision prise le par Fritz Sauckel, représentant du Reich en Thuringe, et par Theodor Eicke (inspecteur des camps de concentration à cette époque) de déplacer, « pour des raisons de sécurité », le camp de concentration de Lichtenburg vers la Thuringe. Comme celui de Sachsenhausen, ce camp de Thuringe, prévu pour détenus, devra être un camp de concentration d'un type nouveau, combinant « de manière optimale » les intérêts organisationnels, politiques et économiques de la SS. Le site du camp n'est définitivement choisi que quatre mois plus tard, à savoir la colline de l'Ettersberg près de Weimar, ville symbole des auteurs classiques de la culture de l'Allemagne tels que Goethe, Schiller, Nietzsche…

Le camp est baptisé Buchenwald (hêtraie en français), officiellement KL Buchenwald bei WeimarCf. Jorge Semprún, Quel beau dimanche !, Grasset, 1980, page 22. ; le nom d'Ettersberg, où se trouve le vieux chêne à l'ombre duquel Goethe venait méditer, selon la légende, utilisé au départ, est abandonné parce que trop fortement associé à celui de Goethe. vignette|Portail d'entrée du KZ Buchenwald, avec la devise « Jedem das Seine » (en français: « À chacun son dû ». Les premières baraques sont construites sur le versant nord, entièrement boisé, d'une superficie de . Le , qualifiés pour les travaux de construction sont amenés du camp de Sachsenhausen. Ils doivent défricher, installer les canalisations d’eau, poser les installations électriques et construire les voies d'accès et de circulation, les bâtiments du camp, un manège pour chevaux, les villas des SS, etc. Les conditions de travail, l'encadrement par les triangles vertsC'est-à-dire les criminels de droit commun. et le manque d'équipements appropriés causent de nombreuses victimes. La clôture du camp est électrifiée (tension de ), tandis que le portail d'entrée s'orne de l'inscription de fer forgé : Jedem das Seine (« À chacun son dû »).

Administration SS Commandants du camp Buchenwald a eu deux commandants nommés par l’inspection des camps de concentration : le SS-Standartenführer Karl Otto Koch, de à ; le SS-Oberführer Hermann Pister, de à .

Ils sont tous deux issus de milieux sociaux modestes, combattants de la Première Guerre mondiale et sont devenus membres de la SS avant 1933. Karl Koch privilégie la violence et l'ordre, Pister l'organisation et l'efficacité.

Koch a successivement eu cinq adjoints : Harting Block (1937), Johannes Wellershaus (1937), Hans Hüttig (1938-39), Hermann Hackmann (1939-40) et Heinz Büngeler (1941-42). Sous le mandat de Koch, les blockführer et kommandoführer ont tout pouvoir sur les internés. Après le départ de Büngeler, Pister n’aura qu’un adjoint, Hans-Theodor Schmidt.

Section politique Jusqu’en 1942, les SS mènent eux-mêmes les interrogatoires, bien souvent par la violence. Une annexe de la Gestapo est alors créée dans le camp sous le nom de « Section politique » (Politische Abteilung (KZ)). Elle interroge et torture les prisonniers et elle surveille les activités politiques des prisonniers grâce à un réseau d’espions. De 1942 à 1945, le responsable en est Walter Serno.

Administration du camp La section III établit l’emploi du temps des prisonniers et obtient leur soumission absolue.

Chaque journée commence et se termine par le long décompte des détenus qui a lieu sur la place d'appel et auquel la quasi-totalité d'entre eux doivent participer, et ce jusqu'à ce qu’ait lieu l'enregistrement de l'effectif.

Le premier Lagerführer, le SS le plus puissant après le commandant, règne sans partage sur le camp. Il nomme les prisonniers fonctionnaires, ordonne les contrôles des blocks et dicte les mesures de terreur quotidienne. Les führer successifs du camp de Buchenwald sont décrits comme brutaux et fantasques, parfois même ivrognes notoires. Parmi eux Jakob Weiseborn, Arthur Rödl, Hermann Florstedt et Hans Hüttig ont été plus tard nommés commandants d'autres camps de concentration. vignette|Plan actuel des camps de concentration de Buchenwald et Dora. Comme dans d'autres camps, les SS recrutent, parmi les prisonniers, le personnel qui doit effectuer à leur place le travail routinier. Ils délèguent à certains une partie du travail d'administration et d'intendance. Ainsi apparaît une classe de prisonniers fonctionnaires, qui d'après leurs compétences et leur poste, se répartissent en trois groupes :

les prisonniers fonctionnaires responsables de groupes ayant un pouvoir de sanction : doyens de camp, doyens de block, kapos et contrôleurs ; les prisonniers fonctionnaires travaillant dans les bureaux, les entrepôts, les cuisines et les infirmeries des prisonniers ; les prisonniers fonctionnaires accomplissant des travaux particuliers, artisans du camp, courrier, coiffeurs et hommes de corvées.

Jusqu'en 1939, les Juifs sont exclus de toutes les fonctions. La nomination de doyens de « block » juifs n'est due qu'à des considérations pratiques. Les autres catégories de prisonniers spécifiques comme les Sintés, les Roms, les homosexuels et les « asociaux (triangle noir) » sont exclus systématiquement des fonctions importantes.

Affectation au travail Jusqu’au début de la guerre, environ 90 % des prisonniers travaillent à la construction du camp. Sous le commandement de Koch, le travail des prisonniers est un instrument de terreur très prisé. La productivité et le zèle des prisonniers sont alors secondaires. Avec la fin de la première phase de construction, les réflexions sur l’exploitation économique du travail des prisonniers sont mises en avant.

Le commando du « bureau du travail »Où est affecté Jorge Semprún durant sa détention. (Arbeitsstatistik) est chargé de la comptabilité, de la facturation du travail effectué par les prisonniers, de la rédaction de rapports mensuels et de justificatifs. Dans ce commando, travaillent trois prisonniers en 1938, mais plus de 70 fin 1944.

Administration Le département IV que dirigent successivement Mohr (1937), Karl Weichdorfer (1937-42) et Otto Barnewald, est responsable de l’approvisionnement des SS et du camp de concentration, en nourriture, eau, électricité, combustible, vêtements, équipement et de l’aménagement des casernes et des baraques. De lui dépendent les cuisines et les entrepôts du camp. Il participe à l’extorsion des biens des prisonniers, au détournement de fonds et au trafic de nourriture. À partir de 1940, la section s’occupe du prélèvement des dents en or des morts. Le camp de Buchenwald expédie d’or en , en avrilBuchenwald Concentration Camp 1937-1945: A Guide to the Permanent Historical Exhibition, Wallstein Verlag, 2004, 320 p. , ..

Prisonniers Prisonniers allemands Prisonniers politiques et religieux L'éventail des prisonniers politiques, qui portent un insigne rouge sur leur uniforme, est très large : sociaux-démocrates, communistes, syndicalistes, libéraux, démocrates, pacifistes, religieux catholiques et protestants, mais aussi des revendicateurs, des objecteurs de conscience, voire des membres du NSDAP. La durée de leur détention varie de quelques mois à plusieurs années pour ceux qui voient leur détention préventive prolongée en emprisonnement pour haute trahison ou pour les parlementaires ( internés jusqu'en 1942).

Le les politiques représentent 21 % des effectifs ( sur ). Les membres du Parti communiste d'Allemagne (KPD) forment à cette date la majorité des prisonniers politiques. De 1938 à 1939, la majorité des internements est liée aux préparatifs de guerre. Ce sont alors des objecteurs de conscience qui sont internés, mais aussi d'anciens membres du KPD, du SPD, des syndicats et de partis du centre. Les Témoins de Jéhovah, qui, par conviction religieuse, refusent d’accomplir le service militaire et de prêter serment de fidélité au régime, sont aussi internés ; ils portent un insigne violet. Ils sont 477 en , entre 250 et 300 à partir de 1940.

Criminels de droit commun (BV pour ) Ce sont des personnes antérieurement condamnées à plusieurs reprises pour des actes criminels et détenues préventivement qui portent un insigne vert. À Buchenwald, il y a des criminels violents et dangereux qui marquent l'atmosphère du camp. Ils perdent leur influence en 1941 au profit des détenus politiques.

« Réfractaires au travail » (ASR pour ) Ce sont des hommes aptes au travail qui ont refusé à deux reprises une proposition d’emploi sans raisons valables ou qui ont accepté un emploi mais après une courte période ont démissionné sans motifs valables : mendiants, sans-abri, alcooliques, vagabonds. Les premiers internés de ce type entrent au camp de Buchenwald dans la dernière semaine de 1938 ; l'effectif s'accroît alors de nouveaux travailleurs forcés pour la construction du camp.

Juifs Parmi les qui entrent à Buchenwald entre le 14 et le , on dénombre (l' est la première arrestation massive de Juifs en Allemagne et en Autriche, en liaison directe avec la politique d’émigration forcée des Juifs de 1938).

Homosexuels

Pour les nazis qui affirment que la reproduction est le seul but de la sexualité, l’homosexualité ne constitue pas seulement une atteinte à la normalité, mais surtout une menace biologique pour la communauté du peuple. Les homosexuels sont systématiquement affectés au commando Steinbruch (la carrière), réputé pour être le pire de tous.. Ils étaient au moins 400 en 1937, . Certains d'entre eux ont été utilisés par le médecin Carl Vaernet lors d'expériences sur un « protocole de guérison » de l'homosexualité par injections hormonalesWolfgang Röll, « Homosexuelle Häftlinge im Konzentrationslager Buchenwald 1937 bis 1945 », in Olaf Mussmann (dir.), Homosexuelle in Konzentrationslager, Westkreuz Verlag, 2000, 158 p. , ainsi que et emplacements 994-1010 sur 6260..

Roms Des centaines de Roms sont amenés à Buchenwald à la suite des arrestations massives de et sont classés par les SS dans la catégorie ASR. Beaucoup meurent des violences quotidiennes et du travail forcé. Dès leur arrivée en , ils sont publiquement fouettés ou maltraités. Un tiers d’entre eux meurt pendant l’hiver 1939-40. À partir de 1940, les SS les envoient au camp de concentration de Mauthausen pour les faire mourir dans la carrière.

Autrichiens (1938) Les premiers prisonniers étrangers, quoique déportés en tant que Reichsdeutsche (« Allemands du Reich »), sont des Autrichiens amenés au camp de concentration de Dachau en . Début , les prisonniers arrivent de la prison de Vienne, avec parmi eux des hauts fonctionnaires.

Prisonniers du protectorat de Bohême-Moravie (1939) Fin arrivent de Dachau provenant de Tchécoslovaquie occupée (la partie ouest, rebaptisée « protectorat de Bohême-Moravie », la Slovaquie devenant indépendante). Les mesures répressives instaurées en 1942 après l’attentat réussi contre Reinhard Heydrich font passer le nombre de Tchèques de 600 à la mi-1943 à en . 773 des internés mourront à Buchenwald.

Polonais (1939)