Les Tchouktches (en , tchouktchi, au pluriel et , tchouktcha, au singulier) (parfois Tchoutches) sont un peuple de Paléo-Sibériens habitant le nord de l'Extrême-Orient russe, sur les rives de l'océan Arctique et de la mer de Béring. Ils parlent le tchouktche. Originellement, ils vivaient sur la rive nord de la mer d'Okhotsk.
Ethnonymie Dans leur langue, les Tchouktches se nomment eux-mêmes LygoravetlatDécouverte du monde des Lygoravetlat (Tchouktches) à travers la tradition orale, par Charles Weinstein. (), c'est-à-dire « le vrai peuple ». Le nom « Tchouktche » est l'exonyme utilisé par les Russes pour les décrire. Il dérive d'un terme de la langue tchouktche, chauchu, qui signifie « abondant en rennes ».
Origine Les analyses génétiques suggèrent que les Tchouktches seraient en fait des Béringiens (devenus les premiers Amérindiens) qui ont effectué un mouvement de retour en AsiePaléogénétique de l’histoire humaine.
Histoire
Au et jusqu'au ce peuple résiste à l'Empire russe malgré la féroce répression menée par Dmitri Pavloutski..
Après la révolution russe de 1917, au début des années 1920, le nouveau pouvoir soviétique force les Tchouktches à se sédentariser, interdit la religion et le tchouktche, réorganise le mode de production économique en collectivités et finit par réduire au silence les protestations tchouktches grâce à un génocide partiel. Les Tchouktches survivants sont scolarisés et apprennent le russe. Les autorités mettent en place 28 sovkhozes en Tchoukotka, basés sur l'exploitation des troupeaux de rennes, la chasse aux mammifères marins et la pêche. Dans les années 1950, les terres tchouktches sont utilisées pour des projets d'exploitation minière, pétrolifère et gazière qui bouleversent l'économie rurale traditionnelle des Tchouktches. Dans les années 1960, leur troupeau de rennes comptait . Le déclin de la renniculture a profondément modifié la structure sociale et économique des Tchouktches qui l'ont souvent mal supporté, entraînant alcoolisme et suicides.
Après la dislocation de l'URSS, les sovkhozes sont privatisés : depuis, les Tchouktches et les Russes de la région ne survivent que grâce à la pêche et l'aide humanitaire. Dans les années 2000, une politique publique de soutien à l'élevage a redynamisé le secteur qui compte en 2008 environ .
Les Tchouktches sont souvent pris pour cible des blagues russes à cause de leur supposée naïveté et de la simplicité de leur mode de vie.
Répartition géographique La majorité des Tchouktches vivent dans le district autonome de Tchoukotka, mais certains vivent aussi dans la république de Sakha, dans l'oblast de Magadan et dans le district autonome des Koriaks (incorporé au kraï du Kamtchatka). Quelques Tchouktches se sont aussi installés dans les villes occidentales de Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg…) ainsi qu'en Europe et en Amérique du Nord. On estime le nombre de Tchouktches dans le monde à .
Subdivisions
Les Tchouktches sont traditionnellement divisés en deux branches. Les Anqallyt ou Ankalyn (« les gens de la Mer ») vivent sur les côtes, en contact avec les Inuits, et sont des chasseurs, principalement de mammifères marins et pêcheurs. La nourriture de cette population est constituée à plus de 50 % de cétacés (baleine grise, baleine boréale et cachalot, notamment). La pêche est une activité économique importante. Les conventions de la Commission baleinière internationale autorisent la pêche de 140 baleines grises par années. Les Tchouktches chavchu vivent en nomades dans la toundra avec leurs troupeaux de rennes. Les Tchouktches traditionnels vivent dans des yaranga, sortes de yourtes couvertes de peau. Les rennes leur fournissent du lait, du fromage de la viande et des vêtements.
Religion et culture
La religion tchouktche est empreinte de chamanisme et d'animisme. Chaque objet a une âme qui peut être soit malveillante, soit bienveillante. Lors de la période soviétique, la religion tchouktche était interdite comme toute autre religion.
La culture tchouktche a été popularisée récemment à la suite du succès de l'écrivain tchouktche Iouri Rytkheou (1930-2008). Et plus récemment par l'écrivaine Veqet qui écrit, et est publiée en tchouktche.
Acculturation chez les Tchouktches La sédentarisation et les difficultés de l'élevage des rennes ont bouleversé la culture tchouktche. L'acculturation des Tchouktches résulte dans un premier temps de la modernisation menée par les autorités soviétiques (urbanisation et industrialisation) et dans un second temps de l'avènement brutal de la loi du marché et des difficultés matérielles en résultant en Russie dans les années 1990. Cette acculturation et les problèmes sanitaires et sociaux l'accompagnant est si forte qu'elle peut apparaître comme une extinction culturelle, un ethnocide (vymiranie), mais elle a aussi pu être surévaluée par des militants culturels et politiques tchouktches ainsi que par les observateurs extérieurs, exaltant un passé idéalisé où ce peuple était indépendant dans une sorte d'« ethnostalgie ».
L'alcoolisation L'alcoolodépendance est considéré comme un problème majeur pour les Tchouktches. Auteur du reportage Les Seigneurs de Behring, Frédéric Tonolli tourne pendant dix ans un film intitulé La Mort d'un peuple, qui est diffusé sur France 3 en 2009 dans le magazine Thalassa. Il montre l'évolution de la vie des Tchouktches, les méfaits de l'alcool tant d'un point de vue pécuniaire que sanitaire. Le taux important de suicide, qui , est également relevé. , et la pérennité même du peuple Tchouktche serait menacée par ce problème..Christian Bosseno, Télévision française La saison 2010. Une analyse des programmes du septembre 2008 au 31 août 2009, Éditions L'Harmattan, 2010. (compte rendu de l'émission Thalassa et du documentaire de Frédéric Tonolli.
Notes et références
Voir aussi Sources et bibliographie Waldemar Bogoras, The Chukchee, 1909, Memoirs of the American Museum of Natural History Patty A. Gray, The Predicament of Chukotka's Indigenous Movement : Post-Soviet Activism in the Russian Far North, Cambridge, 2005 Anna Kerttula, Antler on the Sea: the Yup'ik and Chukchi of the Russian Far East, Cornell University Press, Ithaca (N.Y.), 2000, 180 p. Jean Malaurie, Hummocks 2, Pocket, Paris, 2005 ( éd. rev. et augm.), 2 vol. (443, 619 p.) (traduit du russe) (traduit du tchouktche / titre original : Tanoïgaïkotlat)
Filmographie Les seigneurs de Behring, film de Patrick Boitet, Point du jour, Paris, 1995, 52 min (VHS) ; contenu dans le DVD 4 de la collection Grands reporters : les films du prix Albert-Londres, Éd. Montparnasse, Paris, 2011 L'appel de la toundra, film de Joëlle Robert-Lamblin, CNRS audiovisuel, Meudon, 2003, 22 min (DVD) Les enfants de la baleine, film de Frédéric Tonolli, MK2, Paris ; TF1 vidéo, Issy-les-Moulineaux, 2008, 1 h 51 min (DVD)
Articles connexes Péninsule tchouktche Nikita Chalaourov Nikolaï Daourkine Ivan Kobelev Kutkh Esquimaux Husky de Sibérie Génocide des peuples autochtones Ethnographie des Tchouktches Lev Sternberg (1861-1927) Vladimir Bogoraz (1865-1936)
Droit international Peuple autochtone, Droit des peuples autochtones (Déclaration des droits des peuples autochtones) Coutume, Savoirs traditionnels Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Liens externes
Le livre rouge des peuples de l'empire russe All Things Arctic Quelques données sur la langue, la littérature et la culture des Lygoravetlat
Jean-Pierre Thibaudat, Moins trente chez les Tchouktches, 24 février 2000 sur le site du journal Libération
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