Les noms Saces ou Sakas désignent, de manière assez floue, des peuples cavaliers indo-européens de langues iraniennes, qui vivaient dans l'Antiquité en Asie centrale, dans la steppe eurasienne, en pasteurs nomades, mercenaires, marchands et parfois caravaniers ou pillards de la route de la soie reliant l'Europe orientale au monde chinois. Il s'agit des branches orientales des peuples scythes, qui sont le plus souvent mentionnées dans les sources perses sous le terme saka. Les Scythes étaient un vaste ensemble d'indo-européens d'Eurasie centrale.

Ethnonyme et délimitation

vignette|280px|À gauche (ouest) de la carte, les régions où nomadisaient les Saces, traversées au sud par la route de la soie. Saka est un nom perse, alors que Scythe est un nom d'origine grecque. Les Chinois les connaissaient sous le nom de Sai (塞, prononcé sək en chinois ancien). Ces noms ont servi à désigner un même vaste ensemble de peuples apparentés le plus souvent nomades : la nébuleuse des peuples scythiques, c'est-à-dire les Indo-européens essentiellement europoïdes et iranophones qui peuplaient une grande partie de l'Eurasie centrale. Les Perses tout comme les Grecs, conscients de leur parenté, utilisaient donc chacun un seul terme pour désigner grosso modo tout l'ensemble des populations scythiques d'Asie et d'Europe, ainsi les Scythes européens étaient des « Sakas » pour les Perses, et les peuples Sakas d'Asie centrale étaient considérés comme faisant partie des « Scythes » pour les Grecs, même si les Grecs connaissaient le terme perseIaroslav Lebedynsky, Les Scythes, 2011, éd. Errance, introduction et chapitre II..

Tous les peuples scythiques avec lesquels les Perses ont eu des relations étaient donc invariablement des « Sakas » (y compris les Scythes d'Europe, qui ont aussi été envahis par les Perses). De nos jours, pour des raisons de subdivision purement pratique, les historiens considèrent assez fréquemment comme « Saces » ou « Sakas » les différents peuples scythiques qui étaient le plus souvent en contact avec les Perses et le plus souvent mentionnés par eux, c'est-à-dire les populations scythiques d'Asie centrale au nord de l'Empire perse. Mais il n'y a pas d'accord général entre les historiens pour délimiter le terme. Étant donné que les peuples scythes parlaient des langues iraniennes comme les Perses, on peut penser que l'auto-ethnonyme que se donnaient les peuples scythes devaient être plus proche du terme vieux-persan « saka » que des termes grecs ou chinois.

On compte également des peuples assimilés auxquels fut attribué le nom de Saces ou Saka ainsi que des peuples limitrophes portant un nom différent, mais faisant partie de l'ensemble sace (les Wusun, les Kangju et d'autres tels les Iazyges et qui appartenaient de l'ensemble des Sarmates relevant eux aussi de la nébuleuse scythique). vignette|Reconstitution d'un Saka, d'après le kourgane Olon-Kourin-Gol 10, Altaï (Mongolie). Avec un sens assez flou et général, l'ethnonyme est connu par des sources perses et grecques dès les (vieux perse : Saka, pl. Sakâ ; grec pl. Sâkai). Des formes voisines apparaissent ensuite en sanskrit (Saka~) signifiant « capable », et en chinois (Sai), avec une prononciation ancienne restituée en Saak. Parmi les étymologies proposées, il y a par exemple celle avancée par V. Abaïev : Sâkâ~ (qui signifie « cerf »). On a aussi avancé un nom persan du chien, sag < sak~ et différentes racines verbales : sak~, signifiant « être puissant » (en avestique sak~, en sanskrit sak~) ou l'homophone sak~ signifiant « bouger » au sens de mener une existence nomade.

Les inscriptions perses d'époque achéménide mentionnent diverses subdivisions des Saces : Sakâ Haumavargâ : relative au haoma, boisson sacrée des Indo-iraniens, soma en sanskrit ; Sakâ Trigraxaudâ : relatif aux « capuchons pointus » cité par Hérodote en Ecbatane : Sakâ tyaiy paradraya : relatif à une étendue d'eau, « Saces d'au-delà de la mer ou du fleuve », il s'agirait de la mer Noire.

On connaît aussi des mentions des Sakâ tyaiy para Sug[u]dam — « Saces d'au-delà de la Sogdiane », et des inscriptions en Égypte antique évoquent des « Saces des marécages » et « Saces des plaines ».

Les Sacaraules ou Sarauques du étaient très certainement des Saces. Leur nom signifierait « Saces légers », « Saces rapides » (Sakâ-rawaka) ou « Saces royaux » (Sakâ-rauka) d'après H. W. BaileyH.W. Bailey, Dictionnary of Khotan Saka, Cambridge, 1979..

Enfin, le nom Touraniens attribué aux Saces par les Perses serait à connotation péjorative. On le retrouve dans l'Avesta sous le nom d’âsuaspa Tura (« Touraniens aux chevaux rapides »).

Histoire vignette|droite|Guerrier Saka (Musée de Termez) vignette|droite|Guerrier Saka, détail de la plaque d'Orlat vignette|droite|Cataphractaire en or du kourgane d'Issyk Les Saka qui ont occupé un territoire très étendu de la mer Caspienne aux confins de la Chine et au nord de l'Inde ont une histoire assez peu connue, et les renseignements à ce sujet semblent épisodiques. La période de formation des cultures saces n'est reconstituable que sur une base archéologique : l'épaisseur du temps, les aspects sémantiques complexes — pour un esprit actuel — des sources antiques, l'étendue du logement sace à travers toute l'Asie centrale (mer d'Aral, frontière ouest du Turkestan chinois), et l'ignorance quasi complète des cultures et modes de vie des populations autochtones habitant la zone avant l'arrivée des Saces, entraînent des difficultés évidentes pour l'étude de ce peuple.

Au , ils étaient les voisins septentrionaux de l'Empire perse achéménide. D'après Hérodote et Ctésiascf. Persika., ils s'opposèrent à Cyrus. Darius le Grand fit une campagne contre eux vers 519 Il captura leur chef, SkunkaAttesté sur l'inscription de Behistun.. Durant cette période, les Saces, d'après des bas-reliefs, semblent être des sujets de l'Empire perse. D'après Hérodote, ils sont englobés dans la satrapie. L'armée perse compte de nombreux Saces durant les guerres médiques contre les Grecs. Ceux-ci se distinguèrent à la bataille de Marathon et de Platées (479).

Les Saces après l'époque séleucide Dans la seconde moitié du , les Saces subissent durement le contrecoup des migrations déclenchées par l'expansion des Xiongnu et l'expulsion des Yuezhi du Gansu.

Pour de nombreux auteurs de l'époqueStrabon, Trogue Pompée et Justin., les nomades sacarauques qui s'emparèrent de la Bactriane hellénistique relevaient de l'autorité saceStrabon, XI, 8,2..

Peu après, les Saces et d'autres nomades attaquèrent les frontières de l'Empire parthe. Phraatès II fut mortellement blessé en 128 en les combattant. Son successeur Artaban II fut tué par les Tokhariens en 124 Ce n'est que sous le règne de Mithridate II (123 - 88 ) que les Parthes purent repousser des agresseurs saces. Certains demeurèrent dans les anciennes provinces d'Arachosie et de Drangiane, à l'est de l'Iran actuel. Ces provinces prirent alors le nom de « pays sace » (Sakastâna, actuellement Seistân ou Sistân)Iaroslav Lebedynsky, Les Nomades, 2007, éd. Errance..

L'Histoire des Hans évoque une grande migration sace. Cette source expose que les Sai (Sace en chinois) refoulés par les Yuezhi (Hué Tche) se dirigèrent vers le sud et occupèrent des territoires qui doivent correspondre à l'Inde du Nord.

vignette|Pièce du roi indo-scythe .

Au , les Saces avaient pour roi Mauès. Ils occupèrent la vallée de l'Indus, puis le Gange. Certains furent un moment vassaux des Parthes. Le roi Mauès était connu dans tout l'Orient ancien, jusqu'en Égypte.

Sur leurs arrières, l'Empire kouchan, créé par les Yuezhi, s'empara de l'Inde du Nord-Ouest, et ils émigrèrent vers le Gujarât et le Mâlwâ. Ces Saces d'Inde, indianisés et hellénisés, subsistèrent jusqu'au . Une dynastie installée à Ujjain régna sur une partie du Râjasthân jusque dans les années 380. On doit à l'un de ses plus célèbres rois, , mort en 150, la plus ancienne inscription en sanskrit classique, trouvée à Gimar. Les dernières principautés saces d'Inde furent détruites par la dynastie Gupta sous Chandragupta II (376-415).

Quant aux tribus saces demeurées en Asie centrale après les mouvements du , elles ont probablement été englobées par des populations iraniennes locales et diverses composantes de populations turcophones.

Archéologie vignette|Artefacts retrouvés dans les tombes 2 et 4 de Tillia Tepe et reconstitution de l'utilisation de ceux-ci sur l'homme et la femme retrouvés dans ces tombes.

Les chercheurs considèrent comme sace au sens le plus large, une partie des cultures scythes de Sibérie en particulier celle de et celle du groupe du haut-Irtych.

Contrairement aux Scythes d'Europe, les vestiges saces sont éparpillés sur un vaste ensemble, de l'Asie centrale au Turkestan chinois et définissent un ensemble de cultures proches entre elles mais pas identiques : celle de la zone aralo-caspienne se rattachent aux cultures des Massagètes et des Dahéens ; celle de la région des Sept-Rivières — Kazakhstan oriental, Kirghizistan, Ferghana — représente la culture sace au sens strict du terme ; enfin, une dernière zone sace se trouve au Pamir tadjik et chinois.

Dernièrement, une théorie attribue aux Saces des bronzes trouvés dans le Yunnan, province du sud-ouest de la Chine.

Les migrations des ont laissé des traces en Sogdiane et en Bactriane, sans que l'on puisse les attribuer fermement aux Saces. Il en va de même des ensembles de Sirkap — Taxila au Pakistan. Les riches tombes de Tillia-Tépé en Afghanistan, sont considérées comme relevant d'une population sace influencée par les ParthesIaroslav Lebedynsky, p. 84..

Cultures

Il n'y a pas une mais plusieurs cultures saces, chacune influencée par son environnement culturel immédiat. Seules celles occupant la bande méridionale allant de la mer Caspienne aux Tian Shan, sont généralement attribuées aux Saces proprement dits. Cependant il est difficile de localiser les grands groupes saces connus selon les sources perses. Le problème est encore plus compliqué pour les cultures sibériennes. Certains archéologues considèrent comme « saces » la culture de Tasmola et les vestiges du haut-Irtych. La principale difficulté étant les groupes mixtes, c'est-à-dire inter-culturels (surtout présents au Turkestan chinois) et l'aspect semi-mythologique des témoignages qui nous parviennent. Ainsi, certaines cultures demeurent anonymes à ce jour, et certains monuments sont attribués, simultanément, à diverses populations. De plus, aux apports mongoloïdes relevés lors des fouilles archéologiques, il faut ajouter tout comme chez les Sarmates (situés au nord des territoires saces), l'apport des « petits peuples du Caucase ».

Ces peuples, souvent sédentaires et pacifiques, d'origines sibérienne et ougrienne (Samis (Lapons) comme la culture appelée « finno-scythe » ou culture d'Ananiino près d'Elabuga (Est, dans le bassin de la Kama) qui dura de 600 à 400 av. J.-C.E.D. Phillips, Les Nomades des Steppes, éd. Sequoia, 1966, Bruxelles ; éd. Thames and Hudson, 1965, Londres. ou des éléments des premiers pasteurs sibériens de la phase dite d'Afanassievo (3000 à 1700 av. J.-C.) entièrement différents des Mongoloïdes (Cro-Magnoïdes) mais ayant des liens culturels avec les peuples d'économie mixte de l'Ouest de la Sibérie (culture de Tripolyé) et du Sud-Ouest (monts Zagros) ainsi que probablement les descendants de la culture d’Andronovo (Altaï occidental, Semiretchié, mer d'Aral et Kazakhstan)E.D. Phillips, Les Nomades des Steppes, éd. Séquoia, 1966, Bruxelles ; éd. Thames and Hudson, 1965, Londres..