alt=Tatouage d'un grue dans le style japonais par l'artiste tatoueur Nico Tatuto|vignette|Tatouage de style japonais réalisé par un artiste tatoueur français.
vignette|« Ídolo oculado » en albâtre , découverte dans la vallée du Guadalquivir (Espagne). Vers 2800-2500 av. J.-C.
Un tatouage est un dessin décoratif ou symbolique permanent effectué sur la peau dont la pratique est attestée dans la société humaine depuis le Néolithique. À l'origine, il était le plus souvent effectué avec de l'encre de Chine ou des encres à base de charbon ou de suif. De nos jours, il s'agit plus d'encres contenant des pigments de synthèse. Il existe différentes couleurs d'encre et même une encre transparente qui ne réagit qu'à la lumière noire : ce type de tatouage est appelé tatouage « UV » ou « ».. Le tatouage est considéré comme un type de modification corporelle permanente.
La technique du tatouage consiste à injecter l'encre sous la peau à l'aide d'aiguilles ou d'objets pointus. L'encre est déposée sous la peau entre le derme et l'épiderme. La profondeur de la piqûre varie de 1 à en fonction des types de peau et des parties du corps, les zones les plus épaisses se situant dans le dos, les coudes et les genoux.
Le tatouage est pratiqué depuis plusieurs milliers d'années dans le monde entier. Il peut être réalisé pour des raisons symboliques, religieuses ou esthétiques. Dans plusieurs civilisations, il est même considéré comme un rite de passage à cause de la douleur endurée lors de la réalisation du motif.
C'était aussi un mode de marquage utilisé pour l'identification des esclaves, des prisonniers ou des animaux domestiques.
Étymologie
Le mot vient du tahitien tatau, qui signifie « marquer, dessiner ou frapper » et dérive de l'expression Ta-atuas. La racine du mot ta signifie « dessin » et atua signifie « esprit, dieu ». Le docteur Berchon, traducteur du deuxième voyage de Cook vers Tahiti en 1772, employa pour la première fois le mot tattoo ; le mot sera francisé en « tatouage» à la fin des années 1700. Il est d'abord introduit dans le Dictionnaire de l'Académie française en 1798., puis dans la première édition du dictionnaire de Littré en 1863.. Dans sa prononciation, ce mot est commun à la plupart des langues polynésiennes (le tahitien, le samoan, le tongien, le maori de Nouvelle-Zélande et l'hawaïen).
Pour les Maoris, le tatouage avait pour fonction de différencier les individus selon leur rang social.
Histoire vignette|Détail du visage de la stèle néolithique du Colombier (Euzet-les-Bains, Gard) avec la représentation de . Vers 2800-2500 av. J.-C. Le tatouage est une pratique attestée en Eurasie depuis le Néolithique. Ötzi, l'homme des glaces découvert gelé dans les Alpes italo-autrichiennes et vieux d'environ , arbore des tatouages possiblement thérapeutiques.. (61 marques composées de lignes parallèles et croisées réparties sur les jambes, le dos, le torse et le poignet.) vignette|gauche|redresse|Portrait d'un homme maori avec un moko facial complet. Gravure colorée à la main d'un chef māori, réalisée en 1784 par Thomas Chambers d'après une œuvre originale de Sydney Parkinson réalisée en 1769 à la suite du premier voyage du capitaine James Cook en Nouvelle-Zélande. Deux momies égyptiennes du British Museum datées de 3000 av. J.-C. ont des tatouages figurant notamment un mouflon à manchettes et un taureau sauvage..
Autour du golfe du Lion (Rouergue et Bas-Languedoc) et dans le sud de la péninsule Ibérique, entre 3000 et 2500 , les sociétés néolithiques pratiquaient vraisemblablement le tatouage facial...
En Égypte, trois momies féminines tatouées sur les bras, les jambes et le torse, datant de l'an 2000 av. J.-C., ont été découvertes dans la vallée de Deir el-Bahari (près de Thèbes). Leur description évoque de nombreux tatouages représentant des lignes parallèles et des points alignés..
Dans la vallée de Deir el-Médineh, une momie de femme portant des tatouages figuratifs à portée symbolique (serpents, babouins, oudjat…) a également été retrouvée.. Tout comme en Égypte, plusieurs momies tatouées ont été découvertes dans la région de l'ancienne Nubie. vignette|Guerriers timucuas (Amérindiens) portant tatouages et armes. En 1910, une première momie, datant de l'an 1500 av. J.-C., est découverte par le Britannique Cecil M. Firth sur le site archéologique de Kubban (environ au sud d'Assouan). Elle présente des éléments de tatouage sur la région abdominale en forme de losanges pointillés entourés d'une double rangée de tirets... Puis en 1961, de nombreuses momies tatouées sont découvertes par le chercheur au CNRS André Vila sur le site de fouilles françaises au village d'Aksha dans le nord du Soudan.. Toutes les momies dont le sexe a pu être identifié sont des femmes, à l'exception d'un homme tatoué sur le visage. Le style des tatouages est le même qu'en Égypte et sur le site de Kubban, et représente aussi des motifs géométriques, des points et des lignes. André Vila estime que ces momies datent du avant notre ère, voire du tout début de l'ère chrétienne.
vignette|droite|redresse=0.8|Illustration de lutteur tatoué (). Dans le bassin du Tarim (Xinjiang en Chine), de nombreuses momies de type européen sont découvertes par des archéologues chinois. Une partie d'entre elles sont tatouées sur les mains, les bras ou le dos.. Encore mal connues (les seules publications accessibles en langue occidentale sont celles de Victor H. Mair et James P. Mallory..), certaines d'entre elles pourraient dater de la fin du millénaire avant notre ère. En outre, trois momies tatouées ont été extraites du permafrost de l'Altaï dans la seconde moitié du (« L'Homme de Pazyryk » dans les années 1940 et « La Dame d'Ukok » et « L'Homme d'Ukok » dans les années 1990) ; elles arborent des motifs zoomorphes exécutés dans un style curviligne. « L'Homme de Pazyryk » est tatoué sur l'ensemble des bras, le dos et la poitrine.. « La Dame d'Ukok » et « l'Homme d'Ukok » portent aussi des tatouages d'un style proche de la momie de Pazyryk et qui représentent des animaux, typiques de l'art animalier des peuples indo-européens Scythes qui peuplaient toute l'Asie centrale dans l'Antiquité. Selon les estimations scientifiques, la datation de ces momies se situe entre le
Dans la Grèce antique, la pratique du tatouage est attestée à partir du au moins.. Dans la Grèce antique et dans la Rome antique, le tatouage est utilisé pour punir les esclaves, les criminels et les prisonniers de guerre, traduction partielle d'un article paru dans Haaretz le 13 mai 2025.. Le tatouage à but décoratif y est connu, mais mal considéré. Des tatouages religieux sont pratiqués principalement en Égypte et en Syrie.. En 316, l'empereur Constantin interdit la pratique consistant à tatouer sur le front les esclaves ayant tenté de s'enfuir..
Au début de notre ère, les Bretons arboraient de nombreuses marques corporelles souvent décrites comme des tatouages dans les récits de conquêtes de Jules César. Hérodien, un historien romain du , écrit à leur propos : .. Servius, un grammairien du , est même convaincu que et que cette forme de marquage doit être clairement différenciée de la peinture corporelle..
vignette|gauche|redresse=0.8|Tatouages japonais, 1870.
Au Japon, des figurines datant de l'ère Jōmon portent des symboles ressemblant à des tatouages, mais aucune étude scientifique n'a pu mettre au jour des preuves concrètes attestant de ces pratiques. Les premières traces connues sont issues d'écrits chinois datant du . Ces textes parlent de pêcheurs dont le corps est entièrement recouvert de tatouages... Dans le Kojiki, écrit en 712, il est décrit deux différents types de tatouages, un considéré comme « prestigieux » pour les personnes illustres, les héros et les nobles, et un plus « vulgaire » pour les criminels et les bandits.
La Bible hébraïque (Ancien Testament) et le judaïsme interdisent formellement toute inscription entaillée et marquée à l’encre indélébile. La seule évocation directe du tatouage dans la Bible est dans le Lévitique, chap. 19 verset 28 : .
Au , le pape Adrien bannit le tatouage, ainsi que toutes les marques corporelles d'inspiration païenne en ligne avec l'Ancien Testament. Le tatouage serait donc mal considéré dans la culture occidentale du fait de l’influence de la culture judéo-chrétienne. De plus, les Normands, qui ont envahi l'Europe du Nord au , méprisent le tatouage. L'ensemble de ces interdictions et considérations néfastes vis-à-vis du tatouage provoquent sa « disparition » durant de nombreux siècles en Occident du ; à l’exception d’une mention par Marco PoloLe livre de Marco Polo, 1298 : Et dans l’édition de Ramusio, 1559, parlant des Dents d’Or au Yunnan : et des tatouages réservés à certains groupes (esclaves africains, galériens)..
vignette|redresse=0.8|Illustration d'un chef maori ().
Ce n'est qu'en 1770 que les Européens « redécouvrent » le tatouage, lors des explorations dans le Pacifique Sud avec le capitaine James Cook qui aborde la Polynésie.. Dans la culture européenne, les marins en particulier étaient notamment identifiés avec ces marquesLeurs motifs peuvent refléter les sites visités, les distances parcourues ou représenter des talismans. Cf . jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Ces mêmes marins européens se tatouaient souvent des symboles pieux. Un crucifix sur tout le dos permettait de se prémunir contre la flagellation en cas de punition, car c'était un crime que de défigurer une image pieuse. Ce système d'identification est aussi, avant l'arrivée de la photographie d'identité, un moyen sûr et efficace pour le renseignement des fiches des forces de police sur la pègre. Les fiches de police, jusqu'au , comportaient la signalisation et la description de chaque tatouage qui permettait ainsi d'identifier sans erreur un individu. Des personnalités politiques se font tatouer, à l'instar du tsar russe Nicolas II (une épée sur la poitrine à la suite d'un pèlerinage à Jérusalem), des rois britanniques Édouard VII et George V, du roi du Danemark Frédéric IX (un dragon chinois sur le torse), du dirigeant russe Staline (une tête de mort sur la poitrine), du Premier ministre britannique Winston Churchill (une ancre de la marine sur le bras gauche) ou encore du président américain Franklin Delano Roosevelt (un écusson familial)Véronique Prat, « L'art à fleur de peau », Le Figaro Magazine, semaine du 2 mai 2014, p. 67-71..
À la fin du , Baldensperger mentionne la coutume des femmes de Dayr Aban en Palestine, qui se font tatouer une croix sur le front (le village chrétien s’est converti à l’islam au .
À partir de la fin du , le tatouage commence à se populariser en Occident. De plus en plus de personnes se font tatouer, à l'image de stars du sport, de la musique et du cinéma, qui arborent publiquement leurs tatouages.
Finalité À l'origine, ces marques sur la peau étaient des signes d'appartenance à un groupe : tribal, religieux, de pirates, d'anciens prisonniers ou de légionnaires. Mais c'était aussi une manière de marquer de manière indélébile certaines catégories de gens comme les esclaves ou les prisonniers. Mais les raisons pour lesquelles les gens choisissent d'être tatoués sont diverses : identification à un groupe, cosmétique, rituel religieux, spiritualité, exemple de théorie du handicap., et utilisations magiques sont les plus fréquentes. Aussi, la sociologie du corps les tient pour un objet d'étude important.