Le Sophiste, en grec ancien , est un dialogue de métaphysique de Platon traitant des genres de l’être, de la nature de l’être et de la nature du sophiste.

Datation Vers 370 , Platon traversa, selon Léon RobinLéon Robin, La Théorie platonicienne des Idées et des Nombres, 1908. et Pierre-Maxime Schuhl, une longue crise intellectuelle, durant laquelle il s'interrogeait sur sa théorie des Idées (interrogation qui traverse les dialogues du Parménide et du SophistePierre-Maxime Schuhl, L’Œuvre de Platon, Vrin, 1961 ()). Il prit conscience de la difficulté d'associationC’est la participation (en grec ancien : / ) non symétrique des Idées avec les choses sensibles, ainsi que de l'association () des Idées entre elles, de même que la communion ( / ) entre les Idées et le BienParménide, 127-136.Le Sophiste, 249-253.. Écrit aux environs de , il est la suite du Théétète, dont il prolonge la discussion. Théodore et Socrate s'étaient donné rendez-vous la veille pour continuer la discussion avec Théétète, accompagné d'un étranger qui vient d'Élée. Socrate et Théodore écoutent dialoguer l'étranger qui interroge et Théétète qui répond. Comme dans les derniers écrits de Platon, Socrate n'intervient pas, car le sophiste critique la position traditionnelle que Platon donne à Socrate : la Théorie des Idées, ici désignée sous la Théorie des Formes. Platon critique et assouplit son ontologie primitive des Idées pour lui substituer une théorie de la participation à l’Idée, au divin. Les thèses platoniciennes, leur problématisation et leurs enjeux philosophiques soulevés par Platon lui-même (249-253)Platon propose ainsi une réfutation de la possibilité de la connaissance des Idées dans le Parménide. Dans Le Sophiste, il montre que l'absence de modèle intelligible menace de transformer le monde sensible dans sa totalité en simulacre., ont eu une immense postérité et sont encore discutées et défendues de nos jours au sein du courant de la philosophie analytiqueThe Cambridge Companion to Plato, : ., comme le platonisme mathématique.

Personnages Socrate Théétète d'Athènes, mathématicien et philosophe. Théodore de Cyrène, mathématicien et philosophe, disciple de Protagoras, précepteur de Socrate et Platon Un étranger originaire d’Élée, philosophe, également présent dans Le Politique (257 c et passim) Socrate dit Le jeune, philosophe, également présent dans Le Politique (258 a et 266 a) ainsi que dans la XI Lettre de Platon (358 d).

La définition du sophiste Essais d'une définition Après un court préambule entre Socrate, Théodore, l'Étranger et Théétète, le dialogue s'engage entre ces deux derniers par une tentative de définir le sophiste. La méthode à employer est une succession de dichotomies - dialectiques. La méthode prouve son efficacité par la pêche à la ligne, et le choix du pêcheur n'est pas un hasard, car celui-ci est défini par opposition à la chasse des animaux terrestres : parmi les hommes qui capturent leur proie, on peut distinguer ceux qui les pêchent et ceux qui les chassent à terre.

Le sophiste lui est un chasseur d'animaux terrestres, les hommes. En poursuivant les dichotomies, on peut aussi dire qu'il chasse les hommes riches, qu'il veut s'enrichir, et qu'il le fait par des discours. Le sophiste est un marchand de discours. Les problèmes commencent quand l'étranger avec Théétète parvient avec cette méthode à donner 6 différentes définitions du sophiste (216) : Comme chasseur intéressé par les jeunes gens riches (232 a) Comme marchand des connaissances à l’usage de l'âme Comme commerçant en détail des connaissances à l’usage de l’âme Comme un fabricant des sciences qu’il vend Comme un athlète au combat des paroles, en lutte des raisonnements, faisant métier de la discussion Comme purificateurCratyle, 397 a..

Ici, la purification se dit en grec ancien - mot à rapprocher du mot , pouvoir de séparer l’âme de son ignorance crasse : ne point savoir et croire que l’on sait. La dialectique entend le sophiste qui, en toute honnêteté et noblesse, montre à son élève les contradictions dont il est la proie par ignorance, et purifie ainsi son âme (231 b).

Le problème posé par le sophiste Ayant obtenu six définitions de son art, le sophiste montre sa prétention encyclopédique : il se prétend spécialiste en tout et contredit tout le monde sur tous les sujets. Or, il est absolument impossible de tout connaître. C'est donc que son art est un jeu : le jeu de la mimétique : le sophiste ne parle pas des choses réelles, il ne fait que les imiter. Il crée des illusions et non pas une vraie copie des choses. Le sophiste parle, mais ne parle de rien. Il rend possible une grande difficulté : dire quelque chose sans pourtant être dans le vrai (236 e).

Le sophiste semble donc se définir par une attitude sur le discours : tout discours est forcément vrai car le non-être n'existe pas ; selon Michael Frede,

Thèse du dialogue Comment dire ce qui n'est pas Le sophiste se cache dans l'obscurité du non-être. Pour le débusquer, après une tentative de définition dialectique du sophiste qui n'aboutit pas, Platon critique Parménide et sa thèse sur l'être et le non-être, redéfinit la participation de l'être et du non-être et parvient finalement à définir le sophiste. Pour penser la possibilité des fausses propositions, Platon essaye de clarifier deux sources de confusion : d'une part quel sens faut-il attribuer à la conjonction « ne pas » dans « ne pas être » et d'autre part comment penser la valeur d'une proposition en termes de prédication (attribuer à quelque chose une caractéristique particulière).

Problème autour de l'être et du non-être Penser le non-être est doublement difficile car il faut penser à la fois la négation et l'être. Après une première interrogation sur le non-être, Platon s'interroge sur l'être qui est aussi problématique que le non-être. Après avoir critiqué Parménide et sa vision de l'être, Platon revient sur la question du non-être. Ceci suppose le non-être ; or, Parménide dit qu'il faut détourner sa réflexion du non-être : le non-être, on ne peut même pas le nommer, c'est déjà un abus de langage.

Le problème du non-être Arguant Parménide, le Sophiste à qui l'on reprochera de ne faire que des images de la réalité demandera ce qu'est une image, si l'image platonicienne se définit comme un entrelacement d'être et de non-être.

Les sophistes arrivent à parler du non-être, puisqu'ils créent des illusions pour tromper les gens riches. Et même l'étranger y arrive, ne serait-ce qu'en disant qu'il est imprononçable et impensable. Cela semble être une auto-contradiction de dire que le non-être est ceci ou cela. Car on parle de lui comme d'une unité existante, ayant certaines propriétés. Le non-être devrait seulement ne pas être. Or ce n'est pas le cas, puisque les sophistes ou l'Étranger en parlent. La seule solution possible est donc de s'opposer à la thèse de Parménide, pour qui seul l'être est. Même le non-être doit avoir un certain être.

Sans cela en effet, il serait impossible de critiquer les sophistes. On ne pourrait dire qu'ils mentent, puisque le faux étant le non-être, ils ne pourraient rien dire de faux. Pour dire que les sophistes mentent, il faut donc qu'ils puissent parler du non-être, c'est-à-dire de ce qui est faux. Il faut pouvoir dire que ce qui n'existe pas existe, et que ce qui existe n'existe pas. Les notions d'être et d'un, au centre de la philosophie de Parménide, si elles ne sont pas révisées, nous laisseront impuissants face aux sophistes.

Le problème de l'être Doctrines dualistes et unitaires D'abord, les doctrines pluralistes : c'est dire que l'être est un et multiple comme d'autres disent qu'il est amour et haine ou bien que le tout est un. C'est appeler le « un » deux. Ensuite, critique des thèses unitaires : l'être est le un, l'être est le tout. Platon critique ces thèses : dire que l'être est le un, outre que l'on utilise deux mots pour désigner l'unité, est impossible : ou bien le nom de l'un est différent de la chose qu'il désigne et on retombe dans la dualité, ou bien le nom coïncide avec la chose qu'il désigne et alors ce n'est qu'un mot qui ne recouvre qu'un mot, ou alors il faut isoler le « un » du reste et finalement ce mot ne renvoie qu'à lui-même. De même, dire que l'être est le tout est impossible : dire « l'» être suppose une certaine unité dans son être, or le tout peut être divisé, or l'un ne peut être divisé. Cela revient à affecter l'être d'un caractère d'unité et placer le tout au-delà de l'un : on retombe dans la doctrine dualiste. Faut-il dire que l'être n'est ni un ni le tout, il faut pourtant trouver une place à l'un et au tout dans l'être.

Conclusion : celui qui essaye de dire l'être dans le logos soit comme dans un couple de notions, soit dans une seule, se trouve acheminé vers des milliers d'autres impasses (245 e). Le logos s'avère impossible pour rendre compte de l'être.

Les Fils de la terre et les Amis des Formes La question de l’être a souvent été la cause du conflit entre matérialistes, pour qui l’être est le corps (n’existe que ce qui offre une résistance), et partisans des Idées, qui non seulement admettent l’existence de l’âme, mais aussi d’entités transcendantes comme la justice ou la sagesse. Ces deux parties sont désignées respectivement dans le dialogue par Fils de la terre et Amis des Formes (246). Contre les Fils de la terre, l'étranger déclare qu'il existe des âmes justes et d'autres injustes ; ou si on ne reconnaît pas l'existence de la justice, des âmes sages et d'autres folles. (247 c).

Penser les corps et ces réalités incorporelles L’être n’est autre chose qu'une puissance. L'étranger s'est trouvé en Théétète quelqu'un de bonne composition, et ils ont imaginé un Fils de la terre « civilisé » : il n'est pas dit qu'un vrai Fils de la terre aurait été d'accord avec cet argument. L'étranger profite de ce passage chez les Fils de la terre pour donner une définitionLogos est un terme grec que l'on peut également traduire par justification ou discussion. de l'être comme puissance - soit d'agir soit de pâtir - qu'il emprunte au tenant d'un réalisme. L'être est ici puissance de relation. Cette définition de l'être est utilisée contre les amis de la Forme.

Contre les Amis des Formes (248), l'étranger critique la division qu'il opère entre le devenir et l'existence. Ce qui est sujet au changement, au devenir n'est pas ; ce qui est vraiment est stable. L'étranger leur répond que l'homme, de par son corps, a contact avec le devenir par le biais de la sensation mais a aussi contact avec l'existence de par son âme, par le biais de la raison (en grec ancien ). Il faut comprendre que cette double communication avec le devenir et l'existence suppose une puissance, une relation entre : Le corps et les objets Les âmes et les Formes

Les Amis des Formes diront que l'existence ne connaît ni agir ni pâtir ; comment connaître ? La connaissance est aussi relation entre ce qui est connu et ce qui connaît.. Finalement, ce que l'étranger reproche aux Amis des Formes, c'est leur trop grande rigidité : (ici, l'être suprême serait sans logos vivant). Au contraire pour l'étranger, il existe un intellect (Noûs) animé dans l'être (249)Voir Plotin et sa deuxième hypostase ; l'intellect.Voir le Philèbe pour le passage du divin au démiurge, et Métaphysique 1012 b 23. Aussi, on ne peut plus soutenir que les Formes sont immobiles et séparées. Les formes et les choses corporelles communiquent entre elles.

Éthique Le terme joie équivaut au plaisir. Les mots grecs charis, en grec ancien , « grâce », et hédoné, en grec ancien , « plaisir », se superposent la plupart du temps et ont la même signification dans le dialogue du Sophiste. Platon comprend les termes dans toutes leurs acceptions, y compris sensuelle et sexuelle.

Conclusion