vignette|500 px|Avis du général von Stülpnagel, Paris, 21 octobre 1941. Le , le responsable des troupes d'occupation en Loire-InférieureLoire-Atlantique depuis le , le lieutenant-colonel Karl Hotz, est abattu à Nantes par des résistants communistes. En représailles, les autorités allemandes d'occupation fusillent, le , pris comme otages à Châteaubriant, Nantes et Paris.
Deux jours après, le , sont fusillés au camp de Souge à Martignas-sur-Jalle, près de Bordeaux après l'exécution d'un autre officier, Hans Reimers.
Les otages exécutés sont principalement des militants de gauche (communistes, syndicalistes, socialistes, trotskistes) et d'autres résistants.
L'attentat du 20 octobre 1941 Karl Hotz De 1929 à 1933, Karl Hotz a travaillé à Nantes comme ingénieur responsable du chantier de comblement de l'Erdre et du percement du tunnel Saint-Félix, dirigeant une équipe de travailleurs allemands mandatés par la société Brand, une entreprise de travaux publics de Düsseldorf, au titre des réparations de la Première Guerre mondiale. Karl Hotz est donc une personnalité connue à Nantes, au moins dans la haute société, lorsqu'en , il est affecté dans cette ville comme Feldkommandant, c'est-à-dire responsable des troupes d'occupation du département de Loire-Inférieure. De à , il ne semble pas avoir suscité d'hostilité personnelle particulière au sein de la population.
L'attentat Le Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), Fayard, coll. , 1968, , 275-277, il est abattu rue du Roi-Albert, à Nantes, par un militant communiste, Gilbert Brustlein, membre d'un commando envoyé de Paris par l'OS (branche armée de la résistance communiste), dans lequel se trouvent aussi Spartaco Guisco, ancien officier des Brigades internationales et le très jeune Marcel Bourdarias.
Leur mission n'était pas d'abattre préférentiellement Karl Hotz, mais n'importe quel officier allemand, en fonction des circonstancesDe la même façon que, quelques mois plus tôt, Pierre Georges (le colonel Fabien) a abattu l'aspirant Moser au métro Barbès à Paris, parce qu'il se trouvait là.. Les membres du commando se trouvent peu avant place Saint-Pierre, devant la cathédrale de Nantes. Karl Hotz passe là à ce moment, sur le chemin de la Kommandantur (place Louis-XVI), accompagné de son aide de camp, le capitaine Sieger.
Tandis que l'arme de Spartaco Guisco, qui visait le capitaineSieger, bien que désigné comme Doktor Sieger ou Dr Sieger, n'est pas nécessairement médecin même militaire : en Allemagne, toute personne pourvue d'un doctorat est appelée docteur. Sieger, s'enraye au moment de tirer, Brustlein tire deux balles dans le dos de Karl Hotz. Les deux résistantsMarcel Bourdarias n'était pas présent lors de l'attentat. réussissent à prendre la fuite, tandis que Sieger assiste à la mort rapide de Hotz.
Sur l'organisation et le déroulement de l'attentat : voir la page plus détaillée « Gilbert Brustlein ».
Réaction des autorités allemandes vignette|Avis de la préfecture de la Loire-Inférieure, Nantes, 21 octobre 1941. La nouvelle de l'attentat est transmise à Hitler par von Stülpnagel ; Hitler envisage l'exécution immédiate de 100 à , chiffre que von Stülpnagel ramène le à 100, divisés en deux groupes : 50 dans l'immédiat, puis , si les coupables n'ont pas été pris le .
Le , (au lieu de 50) sont exécutées à Châteaubriant, Nantes et Paris.
Entre-temps, le , un autre militant de l'OS, Pierre Rebière a abattu à Bordeaux le conseiller d'administration militaire Hans Reimers. Ce nouvel attentat entraîne l'exécution, le , de au camp de Souge en Gironde.
Malgré cela, les envisagés en deuxième instance à Nantes vont bénéficier d'un report, puis d'une suspension de l'ultimatum..
Constitution de la liste des otages La politique allemande des otages À partir du , les autorités allemandes d'occupation garantissent, à Nantes comme ailleurs, la sécurité des troupes d'occupation en désignant à tour de rôle comme otages des notables consignés pour quelques heures en un lieu de regroupement ou simplement à leur domicile. Après , cette pratique tombera en désuétude sans qu'aucun de ces otages ait été passé par les armes..
Mais la vague d'attentats initiée le par Fabien à la station de métro Barbès-Rochechouart à Paris, a amené les Allemands à modifier leur politique des otages. en privilégiant, pour tout attentat, la piste « judéo-bolchévique », même en l'absence de toute revendication. Cette politique sera parfaitement formulée par l'ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz en :
Du (début de l'invasion allemande de l'URSS) au , quatre Allemands seulement ont été tués par la Résistance, mais de nombreux attentats matériels, même de faible impact, montrent qu'il ne s'agit pas d'actes isolés, mais bien d'une vague d'attentats organisés. Le commandant militaire de la Wehrmacht en France (Militärbefehlshaber in Frankreich, MBF), Otto von Stülpnagel réagit en premier lieu en demandant au gouvernement de Vichy d'exercer lui-même la répression. Aussi, le nouveau ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu crée des tribunaux d'exception : les « Sections spéciales » qui envoient à la guillotine, après jugement sommaire, un certain nombre d'internés communistes ou apparentés.
Les Allemands prennent ensuite en charge eux-mêmes l'exécution d'otages : trois sont fusillés le , dix autres le . Cette répression apparait trop douce à Hitler qui trouve Stülpnagel trop mou et lui envoie la directive d'exécuter au moins cent otages pour chaque Allemand tué.. Stülpnagel, arguant que les troupes allemandes ne sont pas menacées, ne se hâte pas d'engager cette politique de représailles massives. Il ne tient pas à se mettre à dos une population qui travaille pour le plus grand bénéfice de la puissance occupante. Il ne veut pas non plus mettre en porte-à-faux le gouvernement de Vichy qui, de son point de vue, collabore de façon satisfaisante. écrit-il le au haut-commandement de l'armée de terre..
Malgré tout, Stülpnagel doit tenir compte de la politique dictée par Berlin : le , il publie, à destination des chefs de régions militaires un « code des otages » dans lequel il demande l'établissement de listes constituées en fonction des priorités suivantes.Lucien Steinberg, Les Allemands en France – 1940-1944, Albin-Michel, Paris, 1980, 82. :
« a) les anciens élus des organisations communistes et anarchistes, ainsi que les permanents ; « b) les personnes qui se sont adonnées à la diffusion de l'idéologie communiste par la parole ou par les actes, par exemple par la rédaction de tracts (intellectuels) ; « c) les personnes qui ont montré par leur comportement qu'elles étaient particulièrement dangereuses (par exemple, agresseurs de membres de la Wehrmacht, saboteurs, receleurs d'armes) ; « d) les personnes arrêtées pour distribution de tracts ; « e) les personnes arrêtées récemment à la suite d'actes de terreur ou de sabotage en raison de leurs relations avec l'entourage des auteurs supposés desdits actes. »
Le choix des otages de Loire-Inférieure en octobre 1941
En vertu de ces directives, le , après la mort du Feldkommandant Hotz, les autorités militaires de la région militaire B, dont le chef-lieu est Angers, sont invitées à constituer une liste de dans laquelle sera faite une sélection de à exécuter. Mais tous les noms récupérés par les différents services allemands mis à contribution ne suffisent pas. Des officiers dépêchés au camp de Choisel à Châteaubriant se font remettre le registre des internés, ce qui leur permet d'établir cette liste de .
Les directives d'Hitler relatives à l'attentat de Nantes, sont communiquées à Stülpnagel par l'intermédiaire de Wilhelm Keitel et de Walter Warlimont, seront d'exécuter immédiatement de 100 à . Stülpnagel applique la directive en publiant, le son AVIS - prévoyant l'exécution immédiate de et l'exécution conditionnelle de , au cas où les coupables n'auraient pas été arrêtés le .
La liste des 50 otages Pierre Pucheu est chargé d'établir une première liste de ; en fait, il va fournir une liste de (laissant aux Allemands le soin d'en retirer 11), des prisonniers communistes ou militants syndicalistes du camp de Châteaubriant. Il a tout fait pour que soient désignés des communistes plutôt que des « bons Français »Pierre-Louis Basse, Guy Môquet – Une enfance Fusillée, Stock, Paris, 2000, édition 2007.VI , 162-164, dont cet extrait : .
Mais les Allemands amendent la structure de cette liste de façon qu'elle soit plus « représentative » et que l'ensemble de la population française se sente concernée : elle devra comprendre internés au camp de Châteaubriant et de Nantes. Pierre Pucheu établit une seconde liste de de Châteaubriant (curieusement, cette liste de 36 comprend de nouveaux noms par rapport à celle de 61, notamment Guy Môquet et Claude Lalet), dont les Allemands retiendront finalement , dont les deux jeunes gens. En ce qui concerne les résistants de Nantes - dont cinq seront pris dans la prison du fort de Romainville, - le mode d'établissement de la liste finale est moins bien connu.
Des de Nantes, deux d'entre eux, l'avocat Fernand Ridel et un certain Dauguet, vont être finalement retirés de la liste sans être remplacés, grâce aux tensions qui existent entre l'armée (l'Abwehr) et les nazis (la Gestapo), de sorte qu'il n'y a eu « que » le . En ce qui concerne Fernand Ridel, on sait qu'il a bénéficié de l'intervention de personnalités de la haute société nantaise, relations de Karl Hotz, notamment la marquise de SesmaisonsYves de Sesmaisons, Une nantaise dans la Résistance – Yolaine de Sesmaisons, 1940-1945, Nantes, Coiffard, 2003 ., qui ont signalé que Fernand Ridel était lui-même un ami de Hotz.
Suspension de l'ultimatum du 21 octobre
Entre-temps, le vice-président du Conseil François Darlan avait déclaré qu'il ferait tout pour découvrir les coupables. Pétain et ses ministres avaient demandé un acte de grâce au Führer. Stülpnagel avait également fait valoir aux yeux d'Hitler la parfaite loyauté de Jacques Benoist-Méchin, secrétaire d'État à la présidence du Conseil et de Pucheu..
Le , l'ultimatum est repoussé de 3 jours, et, le 27, il est repoussé sine die, avec l'accord de Hitler. En dehors de l'aspect politique et de la réaction hostile de la population, l'attitude du gouvernement de Vichy, sont intervenus des actions au niveau local : la dénonciation de suspects (qui se révèleront ultérieurement effectivement être des responsables : Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias) par une restauratrice de Nantes (voir la page « Gilbert Brustlein » pour les détails) ; une pétition lancée par le père d'un des fusillés du , M. Glou ; peut-être aussi une intervention du Kreiskommandant de Châteaubriant, Kristukat, qui, d'après le sous-préfet , a été sidéré par le comportement héroïque des de Châteaubriant. Tout cela permet aux autorités allemandes locales de justifier l'abandon de l'ultimatum.