Révérend, TAP 3, p 223.

La présente liste se propose de recenser les marquisats français authentiques d'Ancien Régime, créés par lettres patentes octroyées par un souverain et pour la plupart assis sur un fief. Sont admis les titres de provinces étrangères devenues françaises par annexion, même après 1789 (Avignon et Comtat, Savoie, Comté de Nice). Les y ont ajouté les titres de marquis authentiques concédés au , quoique les fiefs aient disparu, et qu'un grand nombre de majorats soient en réalité devenus financiers, et non plus terriens. Loin des prétentions mondaines, cette liste historique s'efforce de localiser précisément les fiefs, d'identifier les titulaires, de retrouver les Lettres patentes avec leurs références d'archives, et (dans la mesure du possible) d'indiquer le devenir du titre.

Sur la notion, lire l'article Marquisat.

Pour les titres attachés à d'anciennes marches médiévales, on se reportera aux articles : marche de Bretagne, marquisat de Gothie, comté de Flandre, Provence, et marche de Neustrie. Pour des biographies de personnalités ayant porté ce titre, voir les catégories : Marquis français (par siècle) et Marquise française.

[Sources et Statistiques] Les principaux ouvrages qui en traitent sont d'abord, sous Louis XIV, l'Armorial universel gravé par Nolin (1663, 195 blasons de marquis), et les Mémoires pour l'instruction du Duc de Bourgogne (1696-1703), vaste statistique fournie par les intendants des provinces (inégal), puis au , les Tablettes historiques de Chasot de Nantigny, dont les précieuses notices, établies sur le dépouillement des registres des Cours judiciaires (sans toutefois couvrir toute la France, d'où des lacunes) ont servi aux Dictionnaires suivants, Moreri, Expilly ou La Chenaie-Desbois [LCB]. L'Histoire de la Maison de France... du Père Anselme [PA], quoique arrêtée aux duchés, donne d'utiles renseignements sur quantité de marquis, ainsi que d'Hozier (H), qui n'a publié que 700 familles (avec pièces justificatives).

Parmi les auteurs modernes, se remarquent Chaix d'Est-Ange (CEA, Dict. des familles françaises..., 1903-1923, arrêté à Gaullier) ; Henri Woelmont de Brumagne (+ 1931, W ou WB), qui a étudié près de 1 160 familles marquisales dans ses Notices généalogiques ; et surtout Éric Thiou, Dictionnaire des Titres...sous l'Ancien Régime (2003), qui s'est appuyé sur les répertoires d'archives (mais encore lacunaires dans certaines régions), en localisant les fiefs et citant les cotes des enregistrements. Pour le , les travaux de Révérend (RAE, TAP et RTC) font encore autorité. De nombreuses autres sources peuvent être utilisées en complément (voir la bibliographie in-fine). Le Grand Armorial de France de Jougla de Morenas est une vaste compilation, utile pour les généalogies, mais trop succinct et timide pour les titres ; il en omet beaucoup par crainte d'erreur sur leur authenticité.

Si le tableau est correctement rempli, les colonnes doivent permettre d'élaborer des statistiques utiles à l'histoire sociale : Outre le classement des noms de terres, celui des noms des familles, la localisation des titres par départements ou provinces, leurs dates, leur fréquence par règne ou par ministère, le pourcentage des enregistrements, leur durée d'existence (idéalement, le nombre de titulaires)... ; mais pour que ce classement fonctionne, il est essentiel de respecter les règles de tri.

Les contraintes techniques de Wikipedia ne permettent malheureusement pas de statistiques générales, mais des publications particulières en donnent un aperçu. Les 130 registres de la Chambre des Comptes de Rouen ayant été dépouillés par la Société des Antiquaires de Normandie, on y trouve mention de 91 marquisats (le premier étant Thury en 1578) ; toutefois 9 d'entre eux sont des renouvellements, d'autres paraissent incertains (il faudrait pouvoir lire toutes les lettres patentes). A l'inverse, les registres s'arrêtent vers 1780, les magistrats ayant pris du retard... On en connait également 4 enregistrés par le Parlement, qui ne se retrouvent pas à la Chambre des ComptesCourtomer 2 (1653), Caillebot-La Salle 1 (1673), Sébeville (1641/1680), Grémonville (1695).. Dans ces limites, la moyenne est de 16 marquisats par département normand (la moyenne française étant de 14). Il faudrait y ajouter tous les titres prétendus, car en réalité on trouve 173 noms de "marquis" en Normandie, les supplémentaires étant, soit non enregistrés, ou peut-être à brevets (viagers), soit de pure courtoisie.

Ceux de Provence sont également bien connus. Le Nobiliaire des Bouches du Rhône, par H. Gourdon de Genouillac (1863) cite les 58 lettres enregistrées au Parlement d'Aix jusqu'en 1752 (sauf Montauroux, les Pennes et Ollières, oubliés)Liste déjà publiée par l'abbé Expilly dans son Dictionnaire des Gaules, 1768, to 5, pages 975 (article Provence) et 1048b (supplément)., mais 9 sont des renouvellements, et deux sont survenus depuis, soit 54 marquisats au total. Dans ce nombre, 26 se trouvent dans les Bouches-du-Rhône, pourtant l'un des plus petits départements de France avec seulement 119 communes ; plus d'une commune sur cinq y a donc abrité un marquisat. Ce record est dû à la présence de deux villes importantes, Aix, cité parlementaire, et Marseille, mais aussi peut-être grâce à une certaine émulation de voisinage dans un pays connu pour sa "faconde méridionale". Par comparaison, le département voisin des Hautes-Alpes, dépendant du Dauphiné, ne comptait guère que 2 marquisatsC'étaient Savines (1715) et Saint-Disdier (1765) ; il a pu y en avoir d'autres, mal documentés., conséquence de sa faible densité (176 communes) et de la relative pauvreté de son territoire.

1 - Marquisat On entend par titres authentiques les titres érigés par lettres patentes du Souverain (le Roi, ou l'Empereur Napoléon III, ou éventuellement un souverain étranger dont les terres sont devenues françaises), enregistrées ou publiées dans des formes régulières, c'est-à-dire auprès d'une cour de justice, de préférence souveraine (parlement, cour des comptes, etc.), ou même subalterne, ce qui leur confère un statut légal et permanent. Ces marquisats authentiques sont inscrits en gras. Le cas particulier des lettres non enregistrées est étudié ci-après.

Les patentes se différencient des simples brevets (comme celui de la marquise de Pompadour) et autres titres d'honneur, qui sont purement formels, le plus souvent viagers, n'ont pas besoin d'être vérifiés ou enregistrés, et qui par conséquent ne peuvent s'imposer aux justiciables concernés (parmi d'autres effets). Dans cette colonne, un lien sera fait avec un article spécifique sur le château, ou dédié au marquisat (histoire du domaine, liste des seigneurs, etc.), mais non avec la commune (placé en col. 3), Les références d'archives sont rappelées dans la dernière colonne (cf. Commentaires).

Certains fiefs ayant été érigés plusieurs fois pour diverses familles, ces confirmations peuvent recevoir un numéro d'ordre.

2, 3 -Province - département, commune actuelle Les titres d'Ancien Régime étaient généralement attachés à un fief (en toute justice), constitué par l'union de 3 à 5 paroisses (indiquées en dernière colonne), parfois jusqu'à 12 ou davantage (alors reportées en note), avec indication de la province (colonne 2 : pour faciliter le tri, on fera référence à un des 33 gouvernements du royaume (+ le Comtat et la Savoie, unis postérieurement), et non à des sous-ordres comme Albigeois, Bugey, etc.). En colonne 3 se trouve sa localisation actuelle (département - commune principale, lien avec cette commune). Il a existé, dès le règne de , des titres "en l'air", créés par lettres patentes "sans obligation de les affecter à aucune terre", mais ils sont rares, et Saint-Simon s'en indignait avec vigueur. Pour les majorats du , on s'efforcera de retrouver le lieu concerné, parfois très différent du fief d'Ancien Régime s'il s'agit de la confirmation d'un ancien titre, antérieur aux bouleversements de la Révolution.

Parfois, l'érection s'accompagnait d'un changement de nom (suivi par un *). Certaines communes ont pu garder ce nom (comme Albert*, qui a remplacé Ancre, Villandry*, autrefois Colombières, ou Ormesson*, anciennement Amboile). Éric Thiou pense que 15,8 % des marquisats (environ 177) ont pu changer de nomÉric Thiou, Dictionnaire des Titres... (2003), page 27..

[Titres non enregistrés] Les titres qualifiés d'incertains, résultant peut-être d'une concession royale mais non-enregistrés, ne sont inscrits dans cette liste qu'à titre indicatif, sauf si les Lettres patentes sont publiées, ou les originales conservées en archives (cas de Kerjean, par exemple). En cas de doute, ces titres sont inscrits en caractères maigres. Différentes raisons pouvaient contrarier l'enregistrement, d'abord une opposition parlementaire si certaines conditions ne semblaient pas remplies, ensuite des jalousies de cour, des querelles de voisinage, mais aussi l'absence de "clause dérogatoire" à l'édit de juillet 1566. En effet, pour décourager les impétrants, de plus en plus nombreux, Charles IX avait prévu par cet édit (resté en vigueur jusqu'à la Révolution) que toute terre nouvellement titrée ferait retour à la couronne en cas d'absence d'héritier mâle ; mais il y fut rapidement apporté des clauses dérogatoires. Si le titulaire n'obtenait pas de dérogation à cette condition drastique (lorsque le Roi ne l'en jugeait pas digne, ou bien voulait l'encourager à mieux faire, ou à se convertir s'il était protestant), il s'abstenait généralement de faire enregistrer ses patentes, si dangereuses pour sa descendance féminine, et au bout d'un an celles-ci devenaient lettres mortes, de sorte que le titre restait viager et non héréditaire. Toutefois, la justice du lieu pouvait continuer d'être exercée par un seul tribunal, ce qui peut donner l'illusion d'un titre authentique.

4 - Création La date est celle des lettres patentes, généralement sans quantième du mois, sauf quelques titres étrangers devenus français (en Flandres, Franche-Comté, Lorraine, Comtat Venaissin, Savoie...) et les titres du . Pour des raisons de tri, on inscrira d'abord l'année puis le mois. La date d'enregistrement (qui était la plus importante au regard de l'ancien droit) figure en dernière colonne (7 - Commentaires). Les titres qui ne sont datés que par une année, voire un règne, sans mention d'enregistrement, doivent être considérés comme incertains, voire suspects. Cependant, si Éric Thiou donne 707 références d'archives pour 1 782 terres érigées selon lui (tous titres confondus), les dépouillements qu'il a consultés ne concernent qu'un tiers des registres conservés d'anciennes cours souveraines. Quelques titres, mentionnés par lui sans date ni titulaire, se sont ainsi révélés authentiques, avec des lettres enregistrées (notamment en Flandre et Artois), c'est pourquoi ils ont tous été conservés.

5 - Famille Pour des raisons de tri, la particule est rejetée à la fin, entre parenthèses. Des liens sont faits avec des articles généalogiques ou historiques sur Wikipedia. Les titres sont essentiellement masculins, mais on connait une vingtaine de marquisats dévolus à des femmes. Ce sont soit des princesses, soit des héritières (veuves ou filles) dont on veut favoriser la succession, soit encore quelques maîtresses royales (mais elles ne sont pas les plus nombreuses).

6 - Statut / Extinction Il a existé, entre 1506 et 1566, de rares marquisats perpétuels, érigés comme des titres d'ancienneté attachés à la terre (cas de Trans). Mais depuis lors, le titre, devenu patrimonial, s'éteint à l'extinction de la branche issue du premier titré, et la terre "retourne à son premier état". En principe, et sauf disposition contraire des lettres patentes, un titre n'est en effet dévolu qu'à l'ainé de la descendance mâle, agnatique, naturelle et légitime du premier titré.