La cathédrale Saint-Jean de Besançon, aussi appelée cathédrale Saint-Jean Saint-Étienne de Besançon., est une église, basilique et cathédrale carolingienne franc-comtoise à Besançon, construite au puis reconstruite plusieurs fois, notamment au ; elle comprend des parties romanes, gothiques et baroques. L'édifice est l'un des rares en France à comprendre deux chœurs opposésUn autre exemple est fourni par la cathédrale Notre-Dame de Verdun. ; il recèle une trentaine de tableaux classés aux monuments historiques, une horloge astronomique considérée comme un chef-d'œuvre du genre, ainsi que la Rose de Saint-Jean, un autel circulaire datant du et entièrement réalisé dans du marbre blanc.

Sa légitimité même de siège diocésain fut maintes fois remise en cause, notamment par le proche chapitre de Saint-Étienne, mais le pape franc-comtois rétablit ce droit à cette église, considérée comme la « maison-mère ». De nombreuses personnalités furent enterrées au sein du bâtiment, notamment des comtes de Bourgogne, mais aussi des archevêques de la ville.

La cathédrale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1875.

Situation géographique L'édifice est construit au sein même du centre historique de la ville dans un quartier nommé quartier capitulaire Saint-Jean (notamment en raison de ses nombreux bâtiments religieux). La cathédrale est blottie au pied du mont Saint-Étienne à proximité de la citadelle de Besançon, derrière la porte Noire gallo-romaine et face à l'ancien palais épiscopal de l'archevêché de Besançon, sur la route qui monte à la citadelle de Besançon, dans un terrain à très forte déclivité.

Historique Des origines au Besançon avant la création de son archidiocèse

vignette|La Prédication de saint Ferréol et de saint Ferjeux par Charles-Joseph Natoire.

Vers la fin du , l'évêque saint Irénée de Lyon envoie deux évangélisateurs, le prêtre saint Ferjeux et le diacre saint Ferréol, son frère, fonder l'Église de (Besançon en latin) et évangéliser la Séquanie gallo-romaine. Ils s'installent dans une grotte de la commune de Saint-Ferjeux d'où ils mènent leur action, mais sont martyrisés et décapités le sur ordre du gouverneur romain Claude qui voit dans leur action chrétienne une source de trouble public. Cependant leur objectif est atteint, la Franche-Comté s'évangélise peu à peu et on érige l'église de Saint-Ferjeux en leur honneur.

La fondation de l'église mère Le premier évêque connu de la ville est attesté en 346 : il s'agit de (Pancrace de Besançon), qu'un catalogue épiscopal nomme en sixième place, situant le premier évêque de Besançon, (Saint Lin), vers le milieu du . La cité dispose d'une église où siègent les évêques, mais peu de renseignements nous sont parvenus de cette époque. Seul le témoignage de l'empereur romain Julien en 360 atteste l'existence de lieux de culte : .

Une autre preuve vient étayer l'hypothèse d'une église romaine : un sondage datant de 1863 près du haut de la nef, fait apparaître Henri Clere, Les casati de l'église Saint-Étienne de Besançon, Besançon, 1924, p. 72.. Cette église devait être nommée Saint-Étienne, comme il était coutume de le faire (en effet l'église principale était appelée Saint-Étienne, la seconde Sainte-Marie et les baptistères généralement Saint-Jean). En 590, un document nommé la vie de Saint Colomban parle d'un miracle qui se serait produit à l' de Besançon, sans plus de précisions quant au lieuPassage traduit dans Histoire de Besançon, tome I, page 72..

La cathédrale carolingienne

vignette|gauche|L'apôtre saint Jean (mosaïque de Cimabue à Pise). La cathédrale de Besançon lui fut officiellement consacrée par Hugues de Salins au .

Au début du , l'édifice est totalement remanié et orienté différemment, de façon à gagner plus de terrain comme en témoigne l'actuelle chapelle dite de Semaine.

Le nouvel édifice, de style carolingien est l'œuvre de l'archevêque Bernoin qui la consacre un , entre 811 et 838. Cette cathédrale comprend trois nefs, pas de transept et deux absides opposées, pour une taille totale d'environ . Ces deux absides opposées rapprochent le bâtiment des cathédrales construites à l'époque en Germanie, et notamment celle de Cologne.

L'édifice comporte une autre particularité notable : l'abside principale encadrant l'autel Saint-Étienne ainsi que le trône épiscopal sont tournés vers l'ouest, si bien que les célébrations étaient faites face au peuple, usage que la cathédrale conserva jusqu'au début du . L'abside secondaire, située à l'autre extrémité, est quant à elle tournée vers l'est et forme la chapelle dite de Sainte-Marie.

Ces dispositions si particulières permettent de penser qu'existaient au préalable deux églises, particularité architecturale que l'on retrouve par exemple au groupe cathédral de GenèveÉdouard de Montmollin (dir.), Saint-Pierre de Genève au fil des siècles, Genève, 1991, p. 16-17.. Le premier édifice devait accueillir les fonctions principales alors que la deuxième cathédrale avait des fonctions épiscopales ou alors recevait les célébrations particulières, comme celles de Pâques. Un baptistère ainsi qu'une résidence pour l'évêque venaient compléter le tout.

Au moment où les deux bâtiments sont détruits pour construire une nouvelle cathédrale au dédiée à saint Jean, les deux anciens vocables ont été conservés pour les autels (Saint-Étienne pour le maître-autel et Sainte-Marie pour l'autel du contre-chœur). Cette particularité architecturale (chœur et contre-chœur) est une caractéristique du milieu rhénan.

C'est à cette époque que le patronage de saint Jean apparaît officiellement. On pense que ce choix est le fait de l'archevêque Bernoin (811–829), qui aurait consacré le nouveau bâtiment en référence aux origines de l'église de la ville, fondée par saint Ferjeux et son frère saint Ferréol, disciples d'Irénée de Lyon, lui-même disciple de Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean. Cependant les plus anciens patronages de l'édifice ont subsisté comme l'autel Saint-Étienne ou encore l'autel Sainte-Marie, ce qui laisse sans réponse précise quant à la dénomination de la cathédrale.

La cathédrale Saint-Jean est rarement évoquée, on parle plus souvent de l'église ou du chapitre Saint-Étienne comme le mentionne un document datant de 944, insistant sur l'église Saint-Étienne et Sainte-Marie de Besançon. Seul un document du atteste l'appellation officielle de Saint-Jean en parlant de la nouvelle cathédrale carolingienne. D'autres éléments nous éclairent sur l'édifice conçu par Bernoin, notamment sur la richesse et le raffinement des décors et en particulier du maître-autel dont il est fait mention .

Ce maître-autel est probablement à l'origine d'une table d'or qui fut détruite en 1642. Le baptistère primitif est aussi ajouté probablement à cette époque non loin de la nouvelle cathédrale. Ce baptistère devient alors la nouvelle église Saint-Jean-Baptiste () qui fut également une église paroissiale dont on retrouve des écrits dans des textes liturgiques du .

La cathédrale au Hugues de Salins (1031–1066) réalise d'importants travaux au sein de la cathédrale et la consacre de nouveau le B. de Vregille, Hugues de Salins : archevêque de Besançon : 1031–1066, Besançon, 1981, pages 192 à 194.. Il ne reste actuellement rien de la cathédrale telle que l'a remaniée Hugues de Salins, si ce n'est quatre hauts-reliefs représentant les symboles des quatre évangélistes, mais dont l'origine est encore sujette à controverses. Ces sculptures, intégrées dans des fûts de colonnes antiques pourraient provenir d'un décor rénové de l'ancienne façade latérale nord du ouvrant l'entrée principale. Cela signifierait qu'ils auraient été épargnés de la démolition au et qu'ils auraient été réintégrés sur la muraille près de la porte Noire. Une autre hypothèse est avancée : les reliefs pourraient appartenir à la façade du (et pas à celle du ) et cela signifierait qu'ils auraient été intégrés au sur la porte Noire.

On peut aujourd'hui avoir une description dans les grandes lignes de la cathédrale du , grâce aux documents liturgiques de l'époque. Le était constitué par l'abside occidentale et était très surélevé. Le tribunal cathédral (trône épiscopal) se détachait du centre, à l'arrière du maître-autel et était entouré de balustrades, encadrant des banquettes pour les célébrants de divers ordres. En contrebas, s'étendait le chœur des chanoines et aux pieds du sanctuaire s'établissait l'autel de prime ainsi que l'entrée de la crypte créée en hommage à saint Ferjeux et saint Ferréol. Un autel dit de la croix s'élevait devant l'entrée du chœur à hauteur de la porte latérale donnant sur le grand cloître.

L'expulsion des pénitents le mercredi des Cendres et leur réconciliation le jeudi saint se faisait par des portes donnant à l'extérieur du monument : la porte de gauche et la porte de droite occidentale (la première étant la porte principale et la seconde donnant sur le cloître de l'archevêché). Des oratoires étaient disposés contre la cathédrale, permettant ainsi un plus grand nombre de messes.

La chapelle Saint-Oyend (actuellement chapelle du Chapitre) qui fut conservée au , a été plusieurs fois remaniée, et fut construite sur un axe qui n'est pas perpendiculaire à la nef sud au bâtiment du . Un décalage entre cette chapelle par rapport au petit et au grand cloître montre très clairement que la disposition des bâtiments annexes répond à un plan d'ensemble où l'axe de la cathédrale actuelle différait de l'axe d'aujourd'hui adopté pendant la reconstruction de l'édifice durant le . La nouvelle cathédrale du , exécutée par Hugues de Salins était établie sur un nouveau plan suivant un nouveau modèle et un nouvel axe changeant de huit degrés la position initiale du monument. Ce nouveau plan a permis l'allongement des nefs vers l'est sans que la route de la citadelle de Besançon ne soit gênée.

La querelle des chapitres vignette|Les sceaux du chapitre de Saint-Étienne datant de 1156 et du chapitre de Saint-Jean datant de 1128 à 1177. À leurs côtés est dessiné leur monnaie estevenante (dessins de 1880).

Entre le et le , un important débat est soulevé (connu sous le nom de querelle des chapitres) entre la cathédrale Saint-Jean et l'église Saint-Étienne de Besançon. L'archevêque Hugues de Salins, qui a remanié la cathédrale Saint-Jean, a également construit l'église Saint-Étienne (près de la citadelle de Besançon) de 1033 à 1050 sur les plans de Gautier. Hugues de Salins a aussi bâti un chapitre qui devait coexister avec l'ancien chapitre de la cathédrale Saint-Jean située non loin, nommé chapitre de Saint-Jean et de Saint-Étienne. Les deux églises participent à l'élection de l'archevêque et la liturgie assigne à chacune son rôle, mais la cathédrale Saint-Jean reste prioritaire.

Cependant, le chapitre de Saint-Étienne se plaint en 1092 d'avoir été dépouillé de sa préséance, l'église Saint-Étienne étant la véritable église-mère du diocèse de Besançon. L'argument principal de l'église est que les plus anciens titres de l'église de la ville la nomment église de Saint-Étienne. Les arguments avancés ne convainquent pas Hugues III de Bourgogne (1085–1101), alors archevêque, qui rejette sévèrement cette prétention. Cependant, les conflits reprennent de plus belle quand le successeur d'Hugues III, l'archevêque Ponce (1102–1107), doit démissionner en 1107 sous la pression de plus en plus insoutenable au sein du diocèse. L'administration du diocèse de Besançon est alors confiée à Gui de Bourgogne, qui se range du côté de la cathédrale Saint-Jean, qui affirme sa légitimité de siège ecclésiastique.