Le camp de Guantánamo est une prison militaire de haute sécurité située sur la base navale américaine de Guantánamo, dans le sud-est de Cuba. Y sont détenues des personnes qualifiées de « combattant illégal », capturées par les forces armées des États-Unis dans les différentes opérations qu'elle mène à l'étranger (Afghanistan, Irak) contre des militants et terroristes islamistes. Le choix de ce centre situé à Cuba sur une base militaire américaine est justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l'extraterritorialité de la base.

Le camp est construit en 2001 mais les premiers prisonniers en provenance d'Afghanistan y arrivent le . Il connaît un pic de détenus au début des années 2000, à la suite de quoi le nombre de personnes enfermées baisse régulièrement, jusqu'à atteindre en 2025. Au total, près de sont passés par le camp de Guantánamo, dont des mineurs. Une étude de l'armée américaine affirme qu'au moins trente anciens détenus de Guantánamo ont été capturés lors de combats en Afghanistan, au Pakistan ou en Irak, et que 95 % d'entre eux constituent une menace pour les en raison de leur affiliation à la mouvance islamiste Freed Guantanamo inmates take up arms, The Age, 28 février 2007..

Ce lieu de détention hors de tout cadre juridique attire les critiques de l'opinion publique internationale, des gouvernements et des associations de défense des droits de l'homme. De nombreux témoignages et documents font état de conditions de détention dégradantes et de l'emploi de techniques de torture sur des prisonniers« Guantanamo – L'Amérique et ses prisonniers : le droit entre parenthèses », Cairn, Études 2004- 1 (Tome 400), p. 11-21.« À Guantanamo, j'étais devenu aussi inhumain que ceux que je poursuivais », Le Monde, 13 janvier 2009.« Guantanamo : une responsable américaine reconnaît que la torture a été utilisée », Le Monde, 14 janvier 2009.. En , la Cour suprême des États-Unis déclare illégales les procédures judiciaires d'exception mises en place à Guantánamo.

Le , le président Barack Obama confirme son intention de fermer le camp. Il ne peut toutefois pas tenir sa promesse en raison de contraintes juridiques invoquées par le gouvernement américain. En , le secrétaire à la Défense des États-Unis avance ainsi que certains des prisonniers de Guantánamo doivent rester détenus indéfiniment. L'activité du camp se poursuit sous les administrations présidentielles suivantes (première présidence de Donald Trump, présidence de Joe Biden et seconde présidence de Donald Trump), avec un nombre plus faible de détenus.

Historique

Premières années thumb|Vue aérienne de l'entrée de la baie de Guantánamo. Ce centre de détention est situé sur un terrain de , actuellement loué par le gouvernement des États-Unis au gouvernement de Cuba. Cette location est effective depuis le , sous la présidence de Theodore Roosevelt, et est incessible sauf par consentement des deux parties. . Le chef cubain Fidel Castro a toujours refusé d'encaisser ces paiements (sauf celui de la première année de la révolution en 1959), car il n'acceptait pas que l'un de ses plus grands ennemis dispose d'une base militaire sur son territoire. À ce jour, le gouvernement cubain n'encaisse pas ce loyer, afin de montrer l'occupation illégale des États-Unis de leur sol par un traité pris sous la contrainte. À l'origine, ce traité spécifie la destination de ce lieu exclusivement comme utilisation minière et navale, sa destination actuelle de camp de rétention est donc juridiquement illégale.

C'est depuis cette base (dont le sigle est JTF-GTMO pour Joint Task Force Guantánamo, ou simplement « Gitmo » pour les Américains), qu'en 1898, les États-Unis (qui comptaient à l'époque au plus fort de la guerre hispano-américaine à sa base de Santiago) avaient conquis Porto Rico avec , s'adjugeant ainsi la souveraineté de cette île des Caraïbes.

En 1994, les États-Unis fondent un camp de détention pour isoler les prisonniers haïtiens mêlés aux réfugiés du coup d'État. C'est ce même camp (que l'on appelle aujourd'hui camp X-Ray) qui commencera à accueillir les détenus soupçonnés de terrorisme fin 2001. Il est définitivement remplacé le par le camp Delta.

En , le groupe de défense des droits de l'homme Reprieve basé à Londres révèle dans le journal The Independent que plus de soixante détenus auraient été capturés alors qu'ils étaient mineurs..

Le , la veille du suicide de trois détenus, le président américain George W. Bush a affirmé dans une conférence de presse au Danemark sa volonté de mettre un terme au camp de Guantánamo et de travailler au rapatriement de certains détenus, ou au jugement par des tribunaux américains pour d'autres Bush espère « vider » la prison de Guantánamo President Bush and Prime Minister Rasmussen of Denmark Participate in Joint. À la fin du mois, la Cour suprême des États-Unis annonce que les tribunaux militaires créés pour juger les détenus de Guantánamo sont illégauxReuters, Le Pentagone réaffirme la nécessité du camp de Guantánamo, 29 juin (page consultée le 9 juillet 2006). En , le secrétaire adjoint à la Défense, Gordon R. England, a indiqué aux militaires américains que les prisonniers de guerre étaient protégés par les conventions de Genève, ce qui signifie qu'ils ont droit à un procès équitable et juste« Guantánamo se range sous la loi internationale », Philippe Gélie, Le Figaro, 12 juillet 2006.

Guantánamo sous l'administration Obama Le , soit deux jours après son investiture comme nouveau président des États-Unis, Barack Obama signe un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp. Cette mesure est censée être effective dans un délai d'un an, mais la fermeture pose en particulier des problèmes de nature juridique, comme le fait que des aveux ont été obtenus « sous contrainte », créant ainsi un vice de procédure, ce qui pourrait conduire la justice américaine à libérer des condamnés, dont Khalid Cheikh Mohammed qui a été jugé responsable des attentats du 11 septembre 2001Mathilde Gérard, Obama face au casse-tête juridique de la fermeture de Guantanamo, Le Monde, 18 novembre 2008. La prison de haute sécurité de la petite ville de Thomson dans l'Illinois, construite en 2001, mais dont les ne sont pas toutes remplies, doit être achetée par l'État fédéral. De nombreuses difficultés, tant politiques qu'administratives et juridiques, entravent la réalisation de la fermeture du camp de Guantánamo« Guantanamo, une épine dans le pied de l'administration Obama », Le Monde, 13 novembre 2009 Obama faces dwindling options in his effort to close Guantanamo Bay, Peter Finn et Del Quentin Wilber, The Washington Post, 29 janvier 2010. qui compte toujours en , soit 10 ans après son ouverture« Le camp de Guantanamo a 10 ans » Le Monde des religions. Le Congrès bloque en effet tout transfert des détenus extra-judiciaires vers le système judiciaire fédéral américain, Ahmed Khalfan Gailani ayant été le seul à être jugé par une cour High-value Guantanamo Bay detainee Majid Khan, in first, reaches plea deal, Washington Post, 22 février 2012.; ne reste alors, comme possibilité de jugement, que les commissions militaires instaurées par l'administration Bush, mais seuls six cas ont été jugés .

Néanmoins, fin , un juge militaire siégeant à l'une des commissions militaires de Guantánamo, institués par le Military Commission Act de 2002 afin de pouvoir juger hors du système judiciaire fédéral les détenus de Guantánamo, refusa d'obtempérer aux directives de l'administration Obama, qui requièrent la suspension des procès militaires jusqu'à nouvel ordre. Aussi, le juge militaire en chef à Guantánamo, le colonel , décida que le procès d'Abd al-Rahim al-Nashiri, accusé d'avoir organisé l'attentat-suicide d'octobre 2000, au Yémen, contre le navire de guerre , se poursuivrait Guantanamo Judge Denies Obama's Request for Delay, Peter Finn, The Washington Post, 29 janvier 2009.

Al-Nashiri est l'un des trois détenus, avec Khalid Shaikh Mohammed et Abou Zoubaydah, qui ont été reconnus avoir été soumis à la torture par l'eau (waterboarding), par le directeur de la CIA, Michael Hayden, le CIA chief confirms use of waterboarding on 3 terror detainees, Caitlin Price, Jurist Legal News & Research, Université de Pittsburgh School of LawCIA finally admits to waterboarding, The Australian, 7 février 2008. Inside a 9/11 Mastermind’s Interrogation, Shane Scott, The New York Times, 22 juin 2008. Al-Nashiri fut transféré à Guantánamo , puis accusé en par une commission militaireSalon.com, Goodbye to Guantanamo?, 23 décembre 2008.

Devant l'opposition du Congrès, dominé par les républicains, à ce que les détenus extra-judiciaires de Guantánamo soient jugés devant des juridictions fédérales, en partie en raison de la possibilité que ce dernier déclare nulles et non avenues les « preuves » obtenues sous la torture et libère par conséquent les détenus, Obama a été confronté à l'impossibilité de fermer Guantánamo. Ahmed Khalfan Gailani fut ainsi le seul à être transféré devant la justice fédérale, qui le condamna à la perpétuité pour avoir participé à l'organisation des attentats de Nairobi et Dar-es-Salaam en 1998. En conséquence, le président Obama tenta de libérer les détenus jugés les moins « dangereux » en passant des accords avec d'autres pays, notamment européens, où ceux-ci obtinrent le statut étrange d'asile sous surveillance. Par ailleurs, les procès devant les commissions militaires furent rétablis. Seuls six détenus furent cependant jugés devant celles-ci. En , Majid Khan, seul détenu à posséder un titre de séjour américain, acceptait de plaider coupable devant une telle commission, affirmant avoir rencontré à Karachi Khalid Shaikh Mohammed.

Le , Ashton Carter, le secrétaire à la Défense des États-Unis (présidence de Barack Obama), déclare que , même si La moitié des prisonniers de Guantanamo resteront enfermés « indéfiniment », lemonde.fr, septembre 2015..

Le , Barack Obama présente son plan pour la fermeture du camp de Guantánamo, qui n'aboutit pas à la fin de son mandatBarack Obama présente son plan de fermeture de Guantanamo..

Mandats ultérieurs En , le président Donald Trump signe un décret ordonnant au Pentagone de maintenir les installations de Guantánamo ouvertes.

En , à la fin du mandat présidentiel de Joe Biden, sont renvoyés vers Oman. Le nombre de prisonniers encore enfermés dans le camp est ainsi réduit à 15. Parmi les détenus transférés, aucune des n'a jamais été inculpée ou condamnée.

Dès le début de son second mandat la même année, Donald Trump annonce la signature d'un mémorandum demandant aux ministères de la Défense et de la Sécurité intérieure de préparer un centre pour à Guantánamo. L'annonce est décriée par Cuba. Les premiers migrants arrivent en et sont victimes de tortures psychologiques incluant la torture blanche. En mai 2026 cependant, seuls six migrants arrêtés sur le sol américain se trouvent à Guantánamo.

En septembre 2026, vingt-cinq ans après les attentats du World Trade Center, il reste toujours dans le camp. Le procès de Khalid Cheikh Mohammed, l'un des organisateurs des attentats, doit être jugé à partir de janvier 2028, après de détention.

Installations Camp Delta

Le camp Delta est créé entre le et la mi-. Il comprend sous la responsabilité de la police militaire américaineGuantanamo Bay - Camp Delta.

Le camp est subdivisé en six parties où les arrivants transitent selon leur degré de coopération. À partir du niveau quatre, les détenus ont accès à des avocats et peuvent aussi discuter librement sans témoin.

Camp Iguana