Les (ou ) furent des unités d'élites, des troupes d'assaut, de l'armée impériale allemande durant la Première Guerre mondiale. Elles furent créées dans l'esprit de la guerre de positions.

Conditions de leur mise en place La création d'une unité d'élite par l'état-major allemand fut décidée vers la fin 1914 - début 1915. Ce projet avait pour but de former des soldats spécialement entraînés pour la guerre de positions. En effet, au mois de , les belligérants prennent tous conscience qu'ils se sont engagés dans une guerre d'usure. Cependant, seuls les Allemands et les Italiens créent de véritables unités spécialisées dans ce type de conflit.

Les , utilisées comme fer de lance d'un assaut, avaient pour but de prendre les premières lignes ennemies pour créer une tête de pont dans la ligne adverse. À la suite de cela, les unités classiques devaient continuer la progression. Les étaient donc des troupes de choc équipées en conséquence.

Les Sturmpionniere, embryon des futurs Sturmtruppen Lors de l'hiver 1914-1915, les grandes opérations sont terminées en raison de la météo, alors peu propice aux opérations de grand style, mais il continue à y avoir des escarmouches tout au long du front, des coups de main et autres « commandos » envoyés en mission pour récolter des informations chez l'ennemi. Les Allemands, devant ce nouveau genre de guerre, décident de créer une unité d'élite spécialement destinée à ce genre d'opérations, les bataillons de . Depuis quelques années déjà, l'armée allemande possédait dans ses rangs des soldats spécialement destinés à la prise d'assaut de points fortifiés et qui s'appelaient des . Ces troupes viennent donc du génie (le génie dans l'armée allemande étant les ). Leur création fut décidée pour pouvoir mettre à bien le plan Schlieffen, en effet les devaient capturer les forts belges. Cette unité est dotée d'armes différentes de celles de l'infanterie « normale », elle est dotée de lance-flammes, (sorte de mortier qui sera utilisé plus tard dans les tranchées pour tirer sur celles de l'ennemi) et autres armes de corps à corps. Certains soldats étaient même dotés d’arbalètes pouvant servir de lance-grenades rudimentaire. Ainsi des troupes de chocs étaient présentes dès le début de la guerre et leurs armes comme leur existence étaient inconnues chez les Alliés. Un des premiers hauts faits des est la prise du village fortifié de Maixe en Lorraine le par le du d’infanterie bavarois avec l'aide de (grenadiers). Assez vite, une unité d'assaut à part est créée, le (section de lance-flammes) sous la direction du commandant Reddeman, pompier dans le civil. Cette troupe est composée de 48 volontaires. Ainsi cette unité d'assaut va être engagée dès .

Peu à peu cependant, la guerre de position oblige l'état-major allemand à créer de nouvelles troupes de choc et bientôt de la simple section à la division, les hommes spécialement destinés aux opérations « commandos » se font de plus en plus courants. Comme unités d'élites connues, on peut citer l, un corps spécialement destiné à la guerre en montagne ou encore le bataillon de choc wurtembergeois commandé par un certain Erwin Rommel. Les Allemands par ailleurs vont, contrairement à leurs adversaires, lancer deux divisions d'élite à l'assaut pour capturer les premières lignes, tactique qui sera très utilisée par Ludendorff en 1918. Le marque ainsi la naissance du premier détachement d'assaut ().

L'échec de la Sturm-Abteilung « Calsow » Dès l'arrivée de cette nouvelle unité, les officiers allemands demandent un test pour observer sa capacité. Ainsi la dirigée par le commandant Calsow part dans un premier temps s'entraîner dans les alentours de Cologne. Le détachement d'assaut est composé d'un état-major, de deux compagnies du génie et d'une unité d'artillerie comprenant 20 canons de . Lors de ces entraînements, les Allemands testent de nouvelles armes comme le bouclier par exemple ; utilisé dans un premier temps sur les mitrailleuses, les boucliers vont doter certaines unités durant la guerre. On peut noter cette observation faite lors d'un entraînement :

« Un homme très puissant tenait dans sa main gauche deux grands boucliers de protection de mitrailleuses attachés ensemble et dans la main droite, un pic-hachette »..

Mais le poids d'ensemble () rend son détenteur peu mobile et le bouclier restera plutôt une arme défensive. La nouvelle unité teste aussi de nouvelles tactiques : ainsi les pionniers travaillent avec les canons de ce qui leur permet d'être protégés par les canons si l'artillerie de l'arrière tarde à se mettre en action. Un des principaux problèmes reste celui de la communication entre unités : les postes de radio qui n’en sont qu'à leurs débuts sont encore trop lourds et les bombardements sectionnent assez souvent les lignes téléphoniques. Ainsi il ne reste plus pour transmettre des messages que d'utiliser un messager, la plupart du temps humain bien que parfois des chiens et plus couramment des pigeons soient utilisés. thumb|230px|La stratégie de Erich von Falkenhayn n'était pas adaptée à celle des . Finalement après un long entraînement, la est envoyée le au niveau de Douai où elle effectue une opération au profit du groupe d'armée de Lochow. Néanmoins, l'unité ne convainc pas, les troupes d'assaut n'ayant pas été d'une grande utilité selon l'état-major allemand. À la suite de cet échec, le détachement de Calsow est envoyé près de Vimy comme simple renfort de la d'infanterie. À cet endroit, la n'effectue aucune action d'envergure, ne faisant pas plus que des travaux destinés à renforcer les lignes de front. De plus, le détachement de canons est retiré de la . Cependant malgré ces états de faits peu glorieux, la va pouvoir se distinguer : en effet le , Joffre lance une offensive dans l'Artois qui n'avance que de quelques kilomètres dans les lignes ennemies. Mais le , l'offensive est réitérée et le français avance sensiblement dans les lignes allemandes. L'état-major allemand, pour ralentir cette offensive, demande notamment à la de Calsow de combattre mais l'unité d'élite est épuisée par les travaux qu'elle a effectués les jours précédents. Néanmoins, les hommes de la section d'assaut contre-attaquent et réussissent à reprendre les tranchées perdues malgré de terribles pertes : 178 hommes et 6 officiers c'est-à-dire 50 % de l'effectif total. Deux jours après, les restes de la sont relevés. De son côté la section de canonniers sert comme artillerie au bavarois de réserve et la plupart de ses canons seront détruits au cours des combats du mois de juillet.

Ainsi, la « Calsow » constitue une déception pour le haut commandement allemand qui tient son chef, le major Calsow, pour responsable et le destitue au cours du mois d’août 1915.

Néanmoins, Calsow n'est pas le véritable coupable de l'échec de son unité car ses hommes destinés et entraînés comme des troupes de choc ne servirent que pour de simples travaux à l'arrière du front et sa contre-attaque fut réalisée sans les armes qui leur étaient destinées. La « Calsow » a été détruite à cause de la stratégie allemande qui est de ne rien lâcher et de faire subir de lourdes pertes à l'ennemi. Ainsi les restes de la seront envoyés au général Gaede en Alsace comme réserve d'armée où peu à peu ils deviendront la véritable force d'assaut voulue par l'armée allemande.

La réussite de la Sturm-Abteilung « Rohr » La reconstruction de la Sturm-Abteilung « Calsow » thumb|Capitaine Rohr (1917). thumb thumb|Homme du Bataillon Rohr (Ludwig Dettmann). Après le fiasco de l'unité du major Calsow, l'armée allemande nomme le capitaine Wilhelm Rohr comme nouveau chef. Ce dernier prend ses fonctions le . Cet officier est très apprécié des créateurs des et il poursuit donc l'entraînement de son unité avec une très grande liberté donnée par le général Gaede. Il développe le (escouade) qui est l'échelon le plus bas pour une manœuvre. Le capitaine Rohr la crée pour les besoins de la guerre de position. En effet pour qu'un assaut soit réussi, il faut la coopération la plus totale entre les différents échelons de l'armée. Ainsi la se renforce de nouvelles recrues et dispose de nouvelles armes. L'organisation de la section d'assaut est elle aussi changée, les canons de remplacent les canons de 37 et un peloton de mitrailleuses vient renforcer l'unité. Rohr veut créer une véritable force d'assaut.

Après un long entraînement, la « Rohr » est envoyée au front dans les Vosges fin . Dans cette partie du front les combats ont été très rudes, les Français voulant capturer les forêts vosgiennes. Le les chasseurs alpins lancent une offensive sur le Vieil Armand, une montagne d'un peu moins de . Les 16 bataillons de chasseurs et d'infanterie français réussissent leur attaque en capturant au passage . Mais le lendemain, les ainsi que le de chasseurs de réserve et deux régiments d'infanterie contre-attaquent. Les Allemands réussissent à contourner et à encercler les Français et les aidés de leurs lance-flammes réduisent inexorablement les Français à l'image du qui est anéanti. Les Vosges changent de mains pour la sixième fois.

La contre-attaque des a cette fois-ci été une grande réussite et ouvre la voie à la création de nouvelles unités du même type. Falkenhayn séduit par ce nouveau type d'unité demande leur présence pour la grande offensive de Verdun. Le haut commandement allemand renforce peu à peu les d'unités du génie et de lance-flammes.

Les Sturmtruppen à Verdun Ainsi donc les se retrouvèrent à Verdun avec comme rôle celui de fer de lance de la grande offensive du Kronprinz. Contrairement à ce que dira ce dernier, l'offensive de Verdun avait comme objectif de prendre la ville et non de saigner à blanc l'armée française.. La présence des l'illustre bien.

Le premier jour de l'attaque, , les font partie de la première vague d'assaut avec la d'infanterie à Herbebois. Elle avance par petits groupes sous la conduite d'un sous-officier.. Après une rude bataille, les Allemands prennent la position mais il apparaît vite que les hommes de Rohr utilisent mal les armes qui sont à leur disposition. Le , l'unité d'assaut allemande fait partie des troupes qui doivent prendre le fort de Douaumont, mais c'est une ' (Troupe d'assaut) du d'infanterie ainsi qu'un détachement brandebourgeois du génie qui capturent le fort sans combat. Ainsi les restent en première ligne ou plus en arrière jusqu'à leur mise au repos début avril. C'est pendant cette période de repos que la (Détachement de la tempête) deviendra le Sturmbataillon 5 (Bataillon d'assaut 5). Les nouveaux membres de cette unité sont pour la plupart des hommes appartenant aux divisions qui ont attaqué en première ligne à Verdun.

La composition de la nouvelle unité est donc changée : un état-major, quatre compagnies d'assaut de avec pour chacune une compagnie de , un groupe de , un détachement de ainsi qu'un groupe de canons d'assaut. Peu après, une cinquième compagnie est incorporée et chacune des compagnies bénéficie d'une deuxième compagnie de mitrailleuses et de huit . De plus, quatre mitrailleuses MG 08/15 sont fournies à chacune des compagnies et le groupe de canons d'assaut est remplacé par quatre obusiers de montagne de . Ainsi nouvellement constitué, le Sturmbataillon continuera à combattre jusqu'en 1917 à Verdun, combattant 70 fois en 1916 et participant à la prise du village de Fleury la même année.

Malgré ces réussites, les Français ne lâchent pas et les épuisés par un excès de demandes ne sont jamais en pleine possession de leurs moyens. De plus, le manque d'informations sur les positions adverses et la mauvaise coopération entre les différents échelons du Sturmbataillon ne permettent pas au d'être décisifs à Verdun. Néanmoins, Ludendorff, qui remplace Falkenhayn en 1917, est séduit par les faits d'armes des hommes de Rohr et utilisera de nombreuses fois les .

De plus en plus de Sturmtruppen thumb|right|Soldat appartenant aux avec son Bergmann MP 18 et un Parabellum P08 au nord de la France durant l'année 1918.