vignette|droite|Hélène Grenier en 1946

Hélène Grenier (Anne Marie Hélène Grenier) est une bibliothécaire québécoise et mélomane née le à Québec et décédée dans la même ville le à l'âge de 91 ans. Elle est reconnue pour ses idées novatrices et son altruisme dans le domaine de la bibliothéconomie et de la bibliothéconomie scolaire.

Biographie et carrière professionnelle Hélène Grenier (1900-1992) est la plus jeune de sa fratrie composée de sa sœur Irène (1890-1926) et de son frère Gustave (1892-1959). Ils sont les enfants de Gustave Grenier et d’Hélène Marchand. Cette dernière est la seconde femme de Gustave Grenier. Son père est un homme de droit ayant travaillé dans le Conseil exécutif de la province et sa mère est l'une des filles de l'ancien premier ministre québécois Félix-Gabriel Marchand (Hélène Grenier signe d’ailleurs la préface de la Bio-bibliographie de M. Félix-Gabriel Marchand. Premier ministre de la province de Québec de Berthe Deland en tant que sa petite-fille). La jeune Hélène Grenier grandit ainsi dans un environnement familial intellectuel. Valorisant l’ouverture d’esprit, sa mère l’influence positivement dans son intérêt pour les mouvements intellectuels, artistiques et politiques. Il est possible de soupçonner sa tante Joséphine Marchand, fondatrice de l'Œuvre des livres gratuits, d’avoir joué un rôle dans cette influence. Hersélie Turgeon, la mère de sa mère, semble aussi avoir influencé Hélène Grenier dans sa passion pour les livres.

Elle quitte la ville de Québec à l’âge de 12 ans, après le décès de son père, pour venir s’installer à Montréal. La mère d’Hélène aurait été incitée par sa sœur, alors malade, de déménager en ville pour la rejoindre. La famille déménagera donc dans un quartier cossu et anglophone, le Golden Square Mile. Hélène sera alors pensionnaire au Collège Villa Maria pendant cinq ans. Elle fait son entrée dans ce pensionnat en 1914 et y restera jusqu’en 1919. Elle y aurait passé de beaux moments malgré des difficultés financières et des problèmes de santé. Elle aurait suivi des cours assez variées (sciences, histoire, littérature, mathématiques, philosophie et latin) lors de son passage à Villa-Maria en suivant un programme intitulé Lettres – Sciences de l’Université Laval. Elle semble s’en être bien sortie en littérature, matière pour laquelle elle a gagné un prix pour la composition de texte en français. Elle part ensuite pour un séjour de 20 mois à Paris entre 1923 et 1925 où elle suit des cours de géographie, participe à des visites de sites historiques offertes par l’Université des Annales, va à l’opéra et fréquente les théâtres. Elle fait un stage de deux années à la Sorbonne et à l'Institut catholique.

De retour à Montréal en 1926, elle s’implique dans la Ligue de la jeunesse féminine fondée par Thérèse Casgrain la même année. Elle en est la première présidente. Elle se fait engager à la bibliothèque de Montréal où elle s’occupe de la distribution des livres au comptoir. Elle y travaille notamment avec Marie-Claire Daveluy environ un an. C’est un intérêt pour le service de référence qui la pousse à commencer la même année, des études à l'École des Bibliothécaires de l’Université McGill, le soir et le samedi. . Elle reçoit son diplôme en 1932. Elle travaille en tant que bibliothécaire professionnelle pour la première fois à la Bibliothèque Municipale de Montréal. Dès le début de sa carrière, elle prend une part active dans son milieu de travail. À peine diplômée en 1932, elle rédige un rapport sur la Bibliothèque des instituteurs et des institutrices, qu'elle soumet à la Commission pédagogique des écoles. vignette|Bibliothèque de la ville de Montréal où Hélène Grenier commence sa carrière de bibliothécaire En 1931, Victor Doré, président de la Commission scolaire catholique de Montréal (CECM), lui donne la mission de monter une bibliothèque pour les instituteurs et non rattachée à une école normale, ce qui est nouveau à l’époque. Elle fonde la Bibliothèque des Instituteurs de la Commission des Écoles catholiques de Montréal assisté de Laurette Toupin. Elle en est ensuite la directrice jusqu’au , moment où elle est élue directrice et chef du service des bibliothèques scolaires de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM), poste qu'elle occupe jusqu'à sa retraite en 1961. Elle remplace à cette fonction M. Joseph Brunet. Ce poste vient avec de très nombreuses tâches. En effet, 133 bibliothèques scolaires tombent sous sa responsabilité, sans compter celles qui se sont ajoutés dans d’autres écoles de la Commission des Écoles catholiques de Montréal au fil des ans, en plus de deux bibliothèques de région. Ce sont ces vingt-huit années de travail au sein de la CECM qui lui valent une telle reconnaissance dans l'avancement des bibliothèques scolaires au Québec. Hélène Grenier avait des idées très innovatrices pour son temps concernant les bibliothèques scolaires. Elle voulait entre autres inculquer, chez les élèves, le plaisir de lire par des animations et des activités. Cette idée sera toutefois considérée comme étant excessive par certaines personnes haut placées dans le milieu. En quittant ce poste, Hélène Grenier, malgré ces nombreuses réalisations, aura tout de même quelques dossiers non résolus. Il manque encore dans les écoles primaires des locaux dans lesquelles installer les bibliothèques qui se retrouvent par exemple dans les couloirs. Aussi, les bibliothèques scolaires ne sont pas gérées par des personnes qualifiées dans le domaine des bibliothèques. Puis, finalement, les élèves ne vont pas suffisamment à la bibliothèque de leur école puisqu’aucun moment n’est réservé à sa visite. Durant ses années à l’emploi de la Commission scolaire catholique de Montréal, elle contribue à bâtir 159 nouvelles bibliothèques dans les écoles primaires et secondaires. En 1961, à sa retraite, la Commission catholique de Montréal lui décerne l’Ordre du mérite scolaire avec le titre de Commandeur, la décrivant comme « l'une des pionnières qui ont bâti le Québec »..

En plus d’exercer sa profession de bibliothécaire, Hélène Grenier s’investit dans l’enseignement de cette profession. Cette carrière commence en alors qu'elle est engagée comme enseignante lors du cours d'été en bibliothéconomie offert pour la première fois en français par l'Université McGill. Ses cours portent sur les bibliothèques scolaires et enfantines. Elle occupe également un poste de professeure à l’École des bibliothécaires de l’Université de Montréal (maintenant l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information) dès sa fondation en 1937. En 1954, elle devient membre du Conseil général de l'École des Bibliothécaires de l'Université de Montréal. Elle enseignera aussi l'histoire de la musique au Thomas Moore Institute for Adult Education.

Sa contribution à la profession se fait également à travers la signatures de plusieurs articles de périodiques et en s'impliquant dans divers association et projet. Elle collabore à diverses revues, notamment Relations. Le , lors du premier exécutif de la Bibliothèque des enfants, elle publie une causerie où elle met l'accent sur le pourcentage de lecture au Québec. En 1934, elle fait partie du comité local du cinquante-sixième congrès de l’Association américaine des bibliothécaires avec Aegidius Fauteux. Selon la nouvelle législation des bibliothèques dans la province de Québec adoptée en 1960, il est établi une Commission de bibliothèques publiques où elle devient commissionnaire. En 1967, elle est choisie pour travailler, avec trois autres bibliothécaires, à l’Exposition Universelle à la bibliothèque du Pavillon du Canada. Au cours de sa carrière, Hélène Grenier occupe les postes de président dans plusieurs bibliothèques et associations professionnelles. Elle est la première présidente francophone de l'Association des bibliothécaires du Québec (ABQ) en 1935 et 1936. Elle fait partie des membres de la délégation canadienne assistant au Congrès internationale des bibliothécaires de 1935 en Espagne. Elle exerce également comme vice-présidente de l’Association canadienne des Bibliothèques.

Hélène Grenier est décédée le , à l'âge de 91 ans, à Québec, ville ou elle revient vivre à sa retraite.. Elle ne se sera jamais mariée.

Le fonds d'archives d'Hélène Grenier est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du QuébecFonds Hélène Grenier (MSS173) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).. Elle a elle-même permis l’acquisition de son fonds d’archives en 1975. Elle est membre honoraire de l’ASTED.

Bibliothèque des instituteurs La bibliothèque des instituteurs est l’une des plus grandes contributions d’Hélène Grenier pour les bibliothèques scolaires au Québec. Hélène Grenier se fait engager en 1931 pour débuter ce projet de bibliothèque pour les enseignants de la Commission des Écoles catholiques de Montréal (CECM). Celle-ci sera située dans les locaux de l’école Le plateau, une nouvelle école installée sur Calixa-Lavallée. La bibliothèque ouvre finalement en après avoir surmonté plusieurs obstacles tels que l’aménagement de la bibliothèque, la situation économique de Montréal et de la CECM ainsi que de l’avis défavorable de certaines personnes concernant l’utilité de livres pour les enseignants. À cette époque, on pouvait y trouvait environ 3000 livres ou périodiques, mais aucun roman. Ce nombre a augmenté au fil des années. Ceux-ci pouvaient être en français ou en anglais et portaient sur un vaste éventail de sujet. Cette bibliothèque visait deux buts pour aider les enseignants. Elle servait d’abord pour les soutenir dans l’enseignement qu’ils dispensaient aux élèves, notamment en leur faisant des bibliographies. Elle servait aussi à leur formation continue en leur donnant accès à de l’information sur les nouveautés dans leur domaine et à des documents sur de nombreux sujets leur permettant de parfaire leur culture générale. Hélène Grenier travaillera à la bibliothèque des instituteurs jusqu’en 1952. Elle aura été assistée par Laurette Toupin (de 1931-1939 et de 1947-1952) et par Gertrude Karch (de 1939-1952) dans cette aventure.

Éthique professionnelle Hélène Grenier est au courant des défis du métier. Pour elle, «parmi les carrières, professions, métiers dont le public se fait une idée trop approximative pour être juste, il n'en est pas (...) de plus méconnue que la carrière de bibliothécaire.» Pour Grenier, l'idéal du bibliothécaire est d'avoir une curiosité intellectuelle et de servir .Une bonne culture générale et un désir de l'augmenter, la préparation technique, l'attention professionnelle et l'amour des humaines sont les qualités requises qu'un bibliothécaire doit avoir. Ses devoirs principaux envers les lecteurs sont les devoirs intellectuels qui nécessitent un apprentissage continu, les devoirs professionnels qui consistent à se tenir au courant des méthodes les plus modernes en bibliothéconomie, et ceux moraux qui se caractérisent par une attitude altruiste. Pour Hélène Grenier, la bibliothèque doit «répondre aux besoins de tous les lecteurs qui réclament son aide.» Elle souligne également l'importance primordiale et la position stratégique des bibliothèques dans l’éducation postscolaire. Considérée comme une bibliothécaire «formée aux meilleures méthodes de la bibliothéconomie», elle exerce son métier avec une ouverture d'esprit et un sentiment de responsabilité. Elle s'intéresse aux problèmes sociaux qui touchent la société et s'investit également dans l'aspect pédagogique du métier. Dans Le Devoir en 1938, elle parle de l’éducation des jeunes comme une arme contre certains mouvements comme le fascisme ou le nazisme. C’est avec celle-ci qu’une population avisée peut être mise en place. Pour éviter de priver de lecture les enfants de milieux défavorisés, elle abolit les amendes pour retard, pertes ou détérioration dans les bibliothèques scolaires.