La centrale nucléaire de Zaporijjia (en ; en ) se trouve en Ukraine, dans l'oblast de Zaporijjia, sur le territoire de la ville d'Enerhodar, à au sud-ouest de Zaporijjia, sur les berges du réservoir de Kakhovka, alimenté par les eaux du fleuve Dniepr. Elle comprend six réacteurs nucléaires VVER de chacun, dont les cinq premiers sont entrés en service entre 1985 et 1989, et le sixième a été mis en route en 1995. Disposant d'une puissance nette électrique totale de , c'est la centrale nucléaire la plus puissante et l'une des quatre centrales nucléaires fonctionnelles du pays exploitées par la Compagnie nationale de production d'énergie nucléaire d'Ukraine Energoatom.

Devenue l'un des enjeux stratégiques du conflit russo-ukrainien, elle a été périodiquement endommagée ou menacée par des bombardements proches, mise à l'arrêt en à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Sous contrôle russe depuis 2022, plusieurs réacteurs ont peut-être manqué de bore (utilisé sous forme d'acide borique, comme absorbeur de neutrons, pour modérer ou stopper la réaction nucléaire d'un réacteur, en urgence notamment). En , l'AIEA alerte sur le fait que durant cette guerre, le site a perdu toute alimentation électrique hors site à treize reprises.

Caractéristiques du site vignette|gauche|Environs du site nucléaire de la centrale. La puissance thermique de la centrale, qui atteint pratiquement (mégawatts thermiques), exige d'énormes quantités d'eau de refroidissement provenant du Dniepr, qui a été élargi spécialement pour ce site.

Une partie du combustible usé est stockée dans des piscines de stockage qui sont protégées par les enceintes de confinement des réacteurs. Une autre partie du combustible nucléaire usé est stockée dans des containers d'entreposage à sec., laissés à l'air libre..

Après l'arrêt du dernier réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en l'an 2000, l'activité de la centrale de Zaporijjia a été maintenue à un niveau très élevé pour assurer les besoins électriques du pays. Ses six réacteurs ont alors produit environ par an, soit un cinquième de la production d'électricité ukrainienne.

La centrale est connectée au réseau électrique ukrainien par quatre lignes électriques de et une ligne de , cette dernière étant située à proximité d'une centrale thermique. Ce même réseau lui fournit son alimentation électrique de secours.

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, le réseau électrique d'Ukraine a été basculé sur le réseau européen.

Nom du réacteurModèlePuissancebrute (MW)Puissancenette (MW)Début deconstructionRaccordementau réseauMise en servicecommercialeZaporijjia-1.VVER-1000/3201000950Zaporijjia-2.VVER-1000/3201000950Zaporijjia-3.VVER-1000/3201000950Zaporijjia-4.VVER-1000/3201000950Zaporijjia-5.VVER-1000/3201000950Zaporijjia-6.VVER-1000/3201000950

Sûreté thumb|gauche|Localisation des bâtiments du site nucléaire de la centrale. Un des scénarios redoutés concerne la non-disponibilité des alimentations électriques qui permettent de faire fonctionner les systèmes de surveillance et de sauvegarde de la centrale. En cas de perte totale de ces alimentations électriques dites « externes », la centrale peut tenter de s'autoalimenter avec l'électricité qu'elle produit, mode de fonctionnement appelé « îlotage ». Si cela ne fonctionne pas, chaque réacteur dispose de trois groupes électrogènes de secours () pour faire face à cette situation, sachant qu'un seul groupe électrogène est suffisant pour maintenir le réacteur dans un état sûr durant 10 jours au bout desquels un réapprovisionnement en carburant serait nécessaire, selon une note de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). En outre, deux groupes électrogènes, protégés contre les agressions et les actes de malveillance (bunkerisés), sont également présents sur le site..

Le deuxième scénario redouté est la perte du refroidissement des réacteurs, actuellement par un bassin de rétention depuis la destruction du barrage hydroélectrique de Kakhovka en .

Lorsque les réacteurs sont en production, les installations sont refroidies par de l'eau pompée dans un bassin de rétention, isolé du Dniepr, alimenté par la centrale thermique de Zaporijjia au nord du site. Lorsque les réacteurs sont à l'arrêt, ou en cas de situation accidentelle, le refroidissement peut être assuré par des bassins équipés de systèmes d'aspersion, appelés bassins fontaines., durant une certaine période.

Histoire 1980-1986 : construction des cinq premiers réacteurs La centrale de Zaporijjia a été financée et conçue à l'époque soviétique, alors que l'Ukraine faisait partie de l'URSS.

1986-1996 : chantier du sixième réacteur En dépit de la catastrophe de Tchernobyl qui s'est produite à partir du , au nord de l'Ukraine, la construction du de la centrale de Zaporijjia est lancée le . Toutefois, alors que les cinq premiers réacteurs avaient été construits en cinq ans, ce mettra dix ans avant d'être achevé et de démarrer.

2014 : conflit Russo-ukrainien

La centrale nucléaire de Zaporijjia est située à environ de la zone des combats de la guerre du Donbass. Le , un expert allemand de l'ONG Greenpeace déclare qu'il existe une menace de surchauffe de la centrale si les combats se propagent dans l'oblast de Zaporijjia et si la centrale est touchée par l'artillerie lourde ou si le réseau électrique qui dessert la centrale est coupé. Une surchauffe pourrait conduire à une fusion du cœur du réacteur, comme dans le cas de la catastrophe de Fukushima WAZ: Experten warnen vor Atomkatastrophe in der Ukraine.

redresse=2.0|vignette|Carte des centrales nucléaires en Ukraine.

2014-2015 : des incidents Le , le ministre de l'Énergie ukrainien Volodymyr Demtchichine annonce qu'un court-circuit, suivi de l'incendie d'un transformateur du réacteur , a mis la centrale en arrêt automatique, le , privant d'électricité la proche région... Cet incident survient dans un contexte politique instable, alors qu'une crise énergétique menace (une partie du bassin houiller du Donbass est passée sous contrôle d'une rébellion prorusse, limitant les capacités des centrales thermiques ukrainiennes.). La centrale devrait retrouver toute sa puissance le selon le ministre. Un communiqué sur le site de la centrale précise que le réacteur concerné (3) a été déconnecté du réseau jusqu'au , ajoutant qu'il n'y a pas de changement observé dans le taux de radiation autour de la centrale. De son côté, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français n'a pas décelé de radioactivité inhabituelle (pour les deux releveurs installés sur le toit de l'ambassade de France à Kiev).

Le , le réacteur de la centrale a été déconnecté du réseau pour raison de sécurité..

2022-2024 : invasion russe

Prise de contrôle de la centrale en 2022 Le , deux jours après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les troupes russes s'approchent de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia et, selon Vadym Denysenko, conseiller du ministre de l'Intérieur ukrainien, pointent leurs roquettes sur le site Ukraine official says Russian troops approaching Zaporizhzhia nuclear plant.

Le , l'Agence internationale de l'énergie atomique annonce avoir été informée par la Russie de la prise de contrôle de la zone entourant la centrale..

La nuit du , la centrale est bombardée par l'armée russe, ce qui entraîne un incendie, selon le maire d'Enerhodar et le ministre des Affaires étrangères ukrainien Dmytro Kouleba...., le porte-parole de la centrale ajoutant que les tirs empêchent les pompiers d'intervenir.

Au matin du , l'incendie a été maitrisé, et l'armée russe occupe la centrale.. Le personnel en assure le fonctionnement et aucune fuite radioactive n'a été détectée. Un seul des six réacteurs est encore en service. L'objectif stratégique de cette occupation est de protéger la centrale hydroélectrique de Kakhovka, obligeant les forces ukrainiennes à se limiter à des frappes de précision..

Le , l'homme politique russe Marat Khousnoulline annonce que son pays veut couper l'Ukraine de sa centrale, sauf si Kiev paye Moscou pour l'électricité produite.Moscou veut faire payer à Kiev l'électricité produite dans une centrale nucléaire ukrainienne sur latribune.fr, 19 Mai 2022..

Début août, trois des six réacteurs sont à nouveau opérationnels, mais un bombardement touche un transformateur haute tension, et cause l'arrêt automatique du réacteur n°3, et le démarrage de ses groupes électrogènes de secours. Le , Energoatom assure être toujours en contact avec le site et recevoir des données sur la surveillance des radiations.

Le , de nouveaux bombardements proche de la centrale font craindre, selon l'AIEA, une réelle « catastrophe nucléaire » qui pourrait mettre en danger la santé publique et l'environnement en Ukraine et au-delà..

Le , Energoatom affirme que les niveaux de radiations sont stables.Ukraine: un réacteur de la centrale nucléaire de Zaporijjia à l'arrêt après des frappes, Libération, 6 août 2022..

Le , la WENRA publie une analyse de sûreté de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporizhzhya au regard de ses récents dommages, concluant, au vu des données disponibles, à des impacts limités et n'ayant pas causé de situation d'accident industriel..

Le , le G7 accuse la Russie de « mettre en danger » la région ukrainienne autour de la plus grande centrale d'Europe, exigeant Guerre en Ukraine : le G7 somme Moscou de rendre à Kiev le contrôle de la centrale de Zaporijjia, Les Échos, 10 août 2022..

Le , le site est à nouveau bombardé, endommageant plusieurs capteurs de mesures de radioactivité.. Au Conseil de sécurité de l'ONU, l'AIEA, qui demande sans succès l'autorisation de visiter la centrale, déclare devant le Conseil de sécurité de l'ONU que ..

Le , le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le président turc Recep Tayyip Erdoğan rencontrent à Lviv Volodymyr Zelensky, qui estime que l'ONU devait Ukraine : intenses efforts diplomatiques pour contenir le risque nucléaire de Zaporijjia, Les Échos, 18 août 2022..

Olivier Gupta, président de l'Association des autorités de sûreté nucléaire des pays d'Europe de l'Ouest, rappelle qu'une centrale nucléaire a besoin d'être constamment alimentée en eau et en électricité pour assurer le refroidissement du combustible, même quand le réacteur est à l'arrêt. Or, Zaporijjia n'est pas totalement déconnectée du réseau électrique, mais des lignes électriques alimentant le site sont touchées, et la centrale doit compter sur des groupes électrogènes de secours à moteur Diesel, ce qui amoindrit la sûreté du site. « Les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour résister à tous les actes de guerre », Les Échos, 19 août 2022..

Le , le président Macron téléphone à Vladimir Poutine, qui donne son accord pour une mission de l'AIEA, se disant prêt et acceptant que cette équipe internationale passe par l'Ukraine et non par la Russie (ce qu'il exigeait auparavant)Ukraine : Poutine donne à Macron son accord pour que l'AIEA accède à la centrale nucléaire de Zaporijjia, Les Échos, 19 août 2022..

Le , la Russie demande une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour le lendemain, au sujet des bombardements du site nucléaire de Zaporijjia...

Le , deux réacteurs de la centrale encore en fonctionnement sont déconnectés du réseau, après l'endommagement des lignes à haute tension, provoquant la déconnexion totale de la centrale de Zaporijjia du réseau électrique ukrainien pour la première fois de son histoire..

Le , Energoatom annonce avoir reconnecté la centrale au réseau électrique et que ses systèmes de sécurité fonctionnent normalement. L'ONU appelle à démilitariser les environs de la centrale et permettre l'envoi d'une mission d'inspection internationaleUkraine : la centrale nucléaire de Zaporijjia de nouveau raccordée au réseau, Les Échos, 26 août 2022...