La bastille Saint-Antoine, souvent appelée simplement la Bastille, et anciennement les fort et bastide Saint-Anthoine lez ParisFernand Bournon, Histoire Générale de Paris. La Bastille - Histoire et description des bâtiments. Administration. Régime de la prison. Événements historiques, Paris, Imprimerie nationale, 1893, . Citation : BnF, mss. collection Duchesne, vol. 121 (fol. 149 r°)., est une forteresse construite au , à l'emplacement du débouché de la rue Saint-Antoine sur l’actuelle place de la Bastille à Paris. Devenue une prison, considérée comme le symbole du despotisme monarchique, elle fut totalement détruite au début de la Révolution française.

Historique Forteresse Initialement, la Bastille était une bastideLe terme « bastide » est entendu ici au sens de petit ouvrage de fortification (Jacques Hillairet, Gibets, piloris et cachots du vieux Paris, Éditions de minuit, 1956, ). (châtelet à deux tours) de la porte Saint-Antoine de l'enceinte de Charles V, élevée en hâte de 1356 à 1358 pendant la prévôté d'Étienne Marcel.. En 1367, le roi Charles V décida de pourvoir le revers de cette porte d’une enceinte formant un véritable château urbain (une bastille formant un réduit indépendant et disposant de sa propre garnison) en rehaussant les deux tours et en en construisant six autres. Ce fort était destiné à défendre la porte Saint-Antoine et les remparts de l’Est de Paris devenus plus vulnérables. Il servait aussi à protéger le roi en cas de révolte du peuple parisien car il pouvait sécuriser la route reliant la résidence du roi à l'hôtel Saint-Pol au château de Vincennes où le roi Charles V veut établir le centre administratif du royaume.

vignette|redresse=1.4|La Bastille vers 1416, reconstitution 3D d'après des documents d'époque. La « Bastille » ou « Bastille Saint-Antoine » ou encore « fort et bastide Saint Antoine lez Paris » était initialement un véritable château et un arsenal. La construction ordonnée en 1367 eut lieu durant le règne de , de 1370 à 1383, et fut établie sous la direction du prévôt de Paris Hugues Aubriot qui posa la première pierre le .., sur le modèle à quatre tours courant à l’époque. Les autres tours furent ajoutées ultérieurement. Elle faisait de long pour de large et de hauteur au niveau des tours, et était entourée d’un fossé de de largeur sur de profondeur alimenté par les eaux de la Seine. Les huit tours se nommaient : tour du Coin (au coin de la rue Saint-Antoine) ; tour de la Chapelle (au s'y trouvait la chapelle, transférée par la suite de l'autre côté de la cour entre les tours de la Liberté et de la Bertaudière) ; tour du Trésor (Henri IV y avait transféré en 1580 le trésor royal, ) ; tour de la Comté (peut-être en raison de la vicomté de Paris) ; tour de la Bertaudière ou parfois Bretaudière (le maçon Berthaud se tua en tombant durant sa construction, c'est la tour du Masque de fer) ; tour de la Bazinière (Macé Bertrand de la Bazinière, trésorier de l'Épargne et arrêté en même temps que Fouquet en 1661, y a été enfermé quatre ans) ; tour du Puits (elle contenait un puits qui fut comblé et remplacé par un autre creusé dans la cour. La tour est endommagé par l’explosion d’un baril de poudre, vers 1430) ; tour de la Liberté (à la suite d'un assaut des parisiens vers 1380 au cri de « Liberté ! Liberté ! », c'est dans cette tour que sera enfermé Hugues Aubriot sous Charles VI).

L’entrée se faisait par la rue Saint-Antoine et donnait sur la Cour de l’Avancée qui abritait des boutiques et une caserne. Son premier capitaine gouverneur fut nommé par Charles VI, dès 1386, en la personne de son chambellan Jehan de La Personne, vicomte d'Acy, ancien compagnon de Bertrand du Guesclin et qui avait été déjà chambellan sous les deux règnes précédentsFernand Bournon, La Bastille, histoire et description, Paris, Imprimerie Nationale, 1893, . ; BnF, mss. collection Duchesne, vol. 121 (fol. 149 I°) & BnF, mss. Clairambault, Titres scellés, reg. 76, pièce 46.. À la même époque fut édifié le donjon de Vincennes. Le château de Montagu, édifié par le surintendant des finances de Charles VI, Jean de Montagu, à Marcoussis, est un exemple proche des choix d'architecture retenus pour la forteresse de la Bastille.

Après une courte période durant laquelle la circulation entre la rue Saint-Antoine et l'extérieur de la ville s'effectuait en traversant la forteresse et son avant-cour, ce passage fut condamné au début du et détourné par une nouvelle porte construite au nord de la Bastille se prolongeant par un pont enjambant le fossé du rempart et donnant accès à la rue du Faubourg-Saint-Antoine. Le débouché de la rue Saint-Antoine fut alors élargi pour permettre l'accès à cette porte. Le pont sur le fossé de l'ancien parcours public devint une sortie privée..

vignette|Miniature parisienne. Le maître d'ouvrage fait visiter le chantier de la Bastille à Charles VI, son chambellan La Personne, en rouge, et la Cour. Elle appartenait au système défensif de l'enceinte de Charles V mais très vite, son utilité militaire s’avère médiocre, car, assiégée, elle s’est toujours rendueIntervention de Claude Quétel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet, vendredi , France Inter, « 2000 ans d’histoire »..

Durant la guerre de Cent Ans, qui fut en grande partie une guerre civile française, la Bastille se rendit en 1413. aux Armagnacs pendant la révolte des Cabochiens, puis en 1418 aux Bourguignons, en 1436 au Roi, en 1565 au Prince de Condé, en 1591 aux Ligueurs, en 1594 aux troupes royales, en 1649 et 1652 pendant la FrondeNoëlle Destremeau, Trois journées pour détruire la monarchie, Nouvelles Éditions Latines, 1988, (lire sur Google Livres)..

À la fin du , l'enceinte datant de près de deux siècles, apparaissant insuffisante, fut améliorée par la construction de bastions, également nommés « boulevards », et le déplacement des fossés pour contourner ces bastions. Lors de cette transformation, un bastion fut construit en avant de la forteresse à la place de la basse cour. Cette transformation supprima la sortie privée de la Bastille vers la campagne..

La forteresse fut occasionnellement prison d’État sous puis utilisée comme entrepôt d'armes et lieu de réception par François , comme coffre-fort des richesses royales sous Henri IVClaude Quétel, « La vérité sur la Bastille », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, ..

Durant la journée des Barricades (huitième guerre de religion), la Bastille se rendit le . et Jean Bussy-Leclerc en devint le gouverneur. À la chute de la Ligue et l'entrée d'Henri IV à Paris le , le gouverneur de la Bastille refusa de rendre la forteresse qui fut assiégée et résista quatre jours.

Sully, nommé gouverneur en 1602, y abrita le trésor royal dans la tour du même nom, qu’on désigna alors sous le terme de « buffet du roi »Claude Quétel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet, ibid..

La Bastille est à nouveau prise durant la Fronde en 1649 et un Frondeur en est nommé gouverneur : La Louvière, fils de Pierre Broussel. C'est à cette époque que se situe un des épisodes les plus rocambolesques de l'histoire de la forteresse. Le , lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine, le prince de Condé est en difficulté face aux troupes royales dirigées par le maréchal de Turenne. Sa cousine, de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, obtient alors de son père Gaston d'Orléans l'autorisation de faire tirer les canons de la Bastille sur les troupes royales pour le sauver et lui permettre d'entrer dans Paris.

Prison thumb|Vue de la Bastille et de la porte Saint-Antoine, par Israël Silvestre - vers 1650. vignette|Oubliettes de la Bastille — Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , par Eugène Viollet-le-Duc. La Bastille fut utilisée occasionnellement comme prison dès le règne de .

Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, fut mis à la Bastille le et décapité en place de Grève le de la même année. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de la Marche, y fut également emprisonné, dans une cage de fer, pour crime de haute trahison et décapité aux Halles le .

Pendant les troubles des guerres de Religion, elle servit de prison à des Grands du royaume comme François de Montmorency (1574-1575), Charles d'Angoulême (1604-1616), ou encore le prince de Condé (1616-1619). Sous la domination de la Ligue, la Bastille abrite l'écrivain Montaigne (1588), les magistrats du parlement de Paris restés fidèles au roi dont le premier président Achille de Harlay, et l'artiste protestant Bernard Palissy qui y meurt. vignette|Cage de fer suspendue.

Charles de Gontaut, duc de Biron, pair et maréchal de France, convaincu d'intelligence avec l'étranger, eut la tête tranchée (Henri IV)Le à Monsr de Beaumont, cf. ..

Quoique la Bastille fût affectée principalement aux prisonniers d'État, le roi Henri IV y fit garder le trésor royal ; c'est ce que nous apprend le poète satirique Mathurin Régnier dans sa . :

Sully nous dit dans ses mémoires :

C’est le cardinal de Richelieu qui la transforma en prison d’État à laquelle restent attachées les lettres de cachet, lettres signées du roi (ou le plus souvent de ses ministres) ordonnant un emprisonnement sans jugement.

Paris dispose de plusieurs types de prisons : prisons ordinaires, Hôpital général et prisons d’État (Vincennes, For-l'Évêque). Victime de la haine du cardinal de Richelieu, le maréchal de Bassompierre fut mis à la Bastille en 1631, et n'en sortit qu'à la mort du ministre. La délivrance du maréchal inspira ces vers à un poète (c'est Bassompierre qui parle) :

En 1634, on fit quelques réparations à la Bastille, tant pour fortifier ce château que pour en agrandir les dépendances.

Le , Nicolas Fouquet, surintendant général des finances, accusé de concussion, fut transféré de Vincennes à la Bastille, sur un ordre du roi, contre-signé Le Tellier.

L'homme au masque de fer entra à la Bastille le , à trois heures de l'après-midi. Il portait un masque de velours noir, bien attaché sur le visage, et qu'un ressort tenait derrière la tête. Il logeait dans la tour de la Berthaudière. Sa mort arriva presque subitement le . Il fut enseveli dans un linceul de toile neuve et enterré à Saint-Paul le lendemain, à quatre heures, sous le nom de Marchiali, en présence de M. Rosarges, major du château, et du sieur Beilh, chirurgien-major de la Bastille, qui ont signé sur les registres de Saint-Paul. Son enterrement a coûté .

À la mort de , la presque totalité des prisonniers ont été libérés par le régent Philippe d'OrléansAlexandre Dupilet, Le Régent : Philippe d'Orléans, l'héritier du Roi-Soleil, Paris, Tallandier, 2020, 494 p.. Saint-Simon ainsi raconte:

Saint-Simon, Mémoires (1714-1716), Paris, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 110), 1985, 1724 p.

D'après d'autres versions, la Bastille aurait été une prison plutôt confortable pour les personnes de qualité (nobles, grands bourgeois) emprisonnés dans les cellules (au nombre de 42), elles mangeaient tous les jours « à la table du gouverneur » (non avec lui mais bénéficiant du même repas que lui). Ces cellules disposaient de grandes pièces avec repas fins et d’un domestique si ce dernier acceptait (tel le domestique du banquier de Gérard Michel de La Jonchère qui a partagé le sort de son maître mais finit par ne plus le supporter, sans pouvoir ressortir.), de meubles et d'une cheminée avec bois de chauffage (grâce à la « pistole »<ref>Littré, Dictionnaire de la langue française' (1872-77) : </ref>). Les prisonniers royaux sont autorisés à correspondre avec l'extérieur, recevoir des visites et jouissent d'une relative liberté de mouvement au sein de la forteresse.