thumb|upright=1.2|Dessin de Greg Williams (pour le projet WikiWorld) de Colbert et son utilisation du mot .|alt=Dessin caricatural de Colbert, surmonté du mot Truthiness en lettres de journal, et accompagné de diverses citations définissant le terme. est un mot-valise anglais inventé en 2005 par l'humoriste américain Stephen Colbert dans son émission . Il peut être traduit par « véritude ».

Formé à partir du mot (vérité) et du suffixe (la qualité de quelque chose), il désigne une « vérité » subjective qu'une personne sait ou croit être vraie de façon intuitive « avec les tripes » () ou parce que « ça a l'air vrai » (), sans tenir compte des preuves du contraire, des faits ou d'une quelconque logique ou réflexion intellectuelle.

Depuis sa création, le terme est reconnu et réutilisé dans différents contextes socio-politiques, et déclare que , une ère où la vérité est devenue optionnelle.

Concept et définition Stephen Colbert – sous les traits de son personnage conservateur et arrogant, satiriste politique et présentateur du – prononce pour la première fois dans le pilote de son émission le , dans le segment intitulé . Il y explique la différence entre « ceux qui pensent avec leur tête et ceux qui savent avec leur cœur. »

Le mot est choisi juste avant le début de l'émission. Le mot original était simplement , mais il n'était pas assez ridicule, et Colbert explique : .

Ainsi, il parodie l'abus ou le mésusage des commentaires ou « analyses » qui font (l’ en latin) ou issus d'une intuition (), de plus en plus utilisés dans les discours socio-politiques contemporains. Il cible alors particulièrement le président américain en exercice, George W. Bush, dans plusieurs débats comme pour la nomination d'Harriet Miers à la cour suprême (il prononce les mots , « je connais son cœur ») ou pour sa décision d'envahir l'Irak en 2003. Colbert attribue par la suite à d'autres institutions ou organisation, notamment Wikipédia (il invente par la suite , combinaison de et ).

En , hors-personnage, Colbert explique son point de vue sur l' :

Couverture médiatique Après l'introduction de , il est rapidement devenu reconnu et réutilisé. Dans les mois qui ont suivi sa première prononciation par Colbert, le terme est débattu dans la plupart des médias d'importance américains : sur sur , etc.

Le , une semaine après le premier épisode du , publie un troisième article sur l'émission, intitulé « ». L'article développe largement le néologisme de Colbert, qu'il écrit . Malgré un erratum publié le , Colbert saute sur l'occasion de se moquer du quotidien, disant ironiquement que Il présente aussi le mot du jour, (chat), expliquant que celui-ci serait plus facile à recopier pour le journal.

Le de la même année, le mentionne à nouveau comme l'un des neuf mots ayant capturé le de 2005. Titrant son article « », le journal juge que est Stephen Colbert, quand bien même ce dernier n'aurait fait qu'interpréter un personnage.

Reconnaissance thumb|upright=1|Citation originale : affiché devant une église de Floride.|alt=panneau publicitaire installé au milieu d'un champ pour la promotion d'une église, la Cape Christian Fellowship.

et autres citations Par la suite, la réutilisation de a proliféré dans les médias, la politique nationale et la conscience du public. Le , le professeur d'étymologie Anatoly Liberman a animé un programme de une heure à la radio publique pour discuter du terme et a prédit qu'il serait inclus dans les dictionnaires dans les deux ans à venir.

Le lendemain, l' annonce que est le mot de l'année (), alors que le site du le nomme mot de la semaine quelques jours plus tard :

Le , qui suit l'évolution des langues, a peu après cité comme le mot qui a fait le buzz à la télévision en 2006, ainsi que , un autre néologisme inventé par Colbert, première fois que deux mots d'une même émission étaient sélectionnés sur la même liste. En 2009, est des mots de la décennie de .

Le dictionnaire le sélectionne aussi comme mot de l'année 2006 (devant « »), mais il n'apparaît pas dans l'édition 2006 du dictionnaire. Colbert répond à cet affront en diffusant dans son émission du la page 1344 de la dixième édition de qui inclut alors . Pour faire de la place à ce nouveau mot, ainsi qu'à une photo de Colbert, la définition du mot (essayer) a dû être supprimée, alors que Colbert déclare . Il ajoute sarcastiquement à l'adresse de ses spectateurs de ne pas télécharger la nouvelle page, et de ne pas la coller sur les nouvelles éditions qu'ils pourraient trouver dans les bibliothèques ou les écoles.

Par ailleurs, le mot est également classé dans la liste des mots à bannir établie par l'université d'État du lac Supérieur en 2007, accompagné par des mots comme « », « » ou « ». En réponse, Colbert déclare dans son segment que l'université du lac supérieur était .

Début , au moment de la nomination de pour le mot de l'année par l', l' rapporte les faits, et ajoute un commentaire écrit par l'un des linguiste ayant voté :

Par ailleurs, un autre linguiste et consultant de l', Benjamin Zimmer, avait précédemment affirmé que le mot trouve son origine dans la littérature et apparaît déjà dans l'OED et comme un dérivé de « ». Deux mots rares et dialectiques, ils peuvent être simplement définis par « » (véracité, fidélité). Colbert répond à ces affirmations en expliquant les origines de son mot :

Dans les quatre épisodes qui suivent la sélection du mot de l'année, Colbert se lamente que les médias qui ont rapporté l'information ont négligé de mentionner qu'il était personnellement à l'origine du mot. Il ajoute Michael Adams sur son classement , ainsi que la journaliste de l'AP qui a écrit l'article, Heather Clark, comme . Dans le troisième épisode, il range l'AP comme la menace numéro un qui pèse contre l'Amérique, détrônant pour la première fois les ours. Dans l'épisode suivant, il appelle Adams et exige des excuses, et alors que ce dernier ne s'excuse pas, Colbert finit par « accepter » ses excuse, mais « oublie » de le retirer de son classement .

Le , le lendemain du dernier épisode de critiques contre l'AP dans , Adams publie un article intitulé « ».

Le , Clark elle-même répond à Colbert dans un article titré « ». Elle y explore le succès de , concédant que « je n'avais jamais regardé The Colbert Report avant que mon nom n'apparaisse sur son classement cette semaine… J'ai donc regardé son émission pour la première fois… et c'était drôle. Et ceci n'est pas juste « ». C'est un faitCitation originale : ! ».

Le , Arianna Huffington réutilise dans un article sur son site, . Elle est invitée sur le plateau du le , où elle remet en question le fait que Colbert ait inventé le terme. Colbert réplique alors : . Citant Wikipédia, Huffington le corrige en disant qu'il a au mieux contribué à populariser le terme. En voyant la source qu'elle cite, Colbert répond .

Autres témoignages En 2008, dans l'édition du du , est mentionné dans les mots-croisés en 1-horizontal sous la définition . Colbert s’autoproclame alors « Roi des mots-croisés » () et s'en vante sur le plateau du .

En 2009, le a demandé à ses lecteurs de suggérer les choses qui devraient être incluses dans un poster représentant les plus importants évènements de la décennie, divisé en cinq différentes catégories : Personnes, Mots, News, Objets et Culture. est sélectionné en tant que Mot et apparaît sur le poster.

En , soit cinq ans après sa première évocation en direct à la télévision, un linguiste écrit que le mot est « pratiquement » devenu un vrai mot.

Réutilisations Au gala des correspondants de la Maison-Blanche

Le , Colbert est invité à prononcer un discours en présence du président des États-Unis d'alors, George W. Bush. Sous les traits de son personnage, il décrit le président en utilisant la définition de . Colbert parle notamment du fait que, comme Bush, il , allusion directe à son néologisme.

Le magazine , dans son article intitulé « Le pamphlet de Colbert au gala des correspondants – Le président n'a pas été amusé ? » (), rapporte que . Il ajoute que de nombreux invités . et d'autres quotidiens ont également fait le rapprochement entre le discours de Colbert et le mot qu'il avait inventé un an plus tôt. Six mois plus tard, l'éditorialiste Frank Rich a écrit dans un article intitulé « » que la prestation de Colbert a été une « première culturelle ».

Au parlement canadien Toujours en 2006, au Canada, le candidat à la présidence du Parti libéral du Canada, Ken Dryden utilise dans un discours devant la Chambre des communes. Le discours critique le du gouvernement, et Dryden explique que, dans le cas présent, est . Le discours, comme tout ce qui est prononcé à la Chambre, est traduit en français, où est traduit par « fausse vérité ».

Autres réutilisations dans les médias En 2006, le publie un article intitulé « », expliquant que la controverse de l' sur les soi-disant mémoires de James Frey, (2003) tombait à point nommé pour définir le mot (fin 2005, des critiques découvrent que certains éléments de l'« autobiographie » de Frey, sélectionnée par l'émission d'Oprah Winfrey au moment de sa sortie, sont faux) « » sur le 16 janvier 2006.. L'histoire est reprise dans et , ainsi que par l'émission . publie également un article titré « ».

En 2010, le commentateur conservateur Charles Krauthammer a réutilisé en parlant du président Barack Obama dans l'émission de Fox News, en . Obama avait précédemment critiqué les Républicains de ne pas soutenir sa réforme financière :

Depuis sa création, « » est régulièrement réutilisé par les médias anglo-saxons pour évoquer tel ou tel événement, que ce soit aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Australie, etc.

Dans d'autres langues En espéranto, est traduit , et il est écrit en chinois. En français, le mot n'est pas traduit officiellement ; Libération, l'un des rares journaux français à l'avoir rapporté, l'a en effet retranscrit tel-quel. Depuis, plusieurs auteurs lui ont donné pour correspondant le mot « véritude ».

Notes et références

Notes

Références

Annexes

Articles connexes Pensée désidérative

Néologismes du De l'art de dire des conneries, de Harry Frankfurt

Doublepensée Vérisimilitude Ère post-vérité

Liens externes Colbert Nation, site officiel de l'émission sur du 17 octobre 2005 - Truthiness sur sur

Catégorie:Raisonnement fallacieux Catégorie:Mot-valise Catégorie:The Colbert Report Catégorie:Ignorance Catégorie:Trumpisme