Le quartier des Libertés (en ) ou quartier Notre-Dame-aux-Neiges est un quartier de la ville de Bruxelles qui occupe l'angle nord-est du Pentagone, là où la ville jouxte Saint-Josse-ten-Noode.
Historiquement, il se trouve entre la porte du Treurenberg de la première, les portes de Schaerbeek et celles de Louvain de la seconde enceinte de Bruxelles. Dans la ville d'aujourd'hui on peut le situer à l'arrière du palais de la Nation (Parlement fédéral belge), étant délimité par la petite ceinture, la rue de Louvain et par la rue Royale.
Historique Notre-Dame-aux-Neiges Alors que le quartier se situait encore à l'extérieur des murs de la ville, il était réputé pour ses vergers et vignobles. Un marché aux bestiaux se développe alors devant la porte du Treurenberg, sur la place dite « des bêtes» ou place de Louvain.
En , la Peste sévit dans la ville et les tourelles des remparts ne suffisent plus à accueillir les malades. Le magistrat ordonne alors la construction, entre les portes de Cologne et de Louvain, de maisons appelées pesthuyskens (maisons de peste) qui leur sont destinées. En 1618, cette fonction sanitaire est transférée vers de nouvelles constructions situées au-delà de la porte de Schaerbeek, à proximité de l'étang qui se trouve aujourd'hui dans le jardin botanique.vignette|Porte de Schaerbeek, vue vers la Rue Royale, vers 1830-1840.
L'ancien nom du quartier, Notre-Dame-aux-Neiges (en ), provient de celui d'une chapelleArchiviris élevée en 1621 au bout du vieux chemin de Schaerbeek, abattue en 1796. .
Pendant des siècles, ce quartier dans l'ombre des fortifications de la seconde enceinte était principalement couvert des jardins potagers et vergers. Avec ses quelques rues avec de petites maisons, il était connu comme le quartier des dentellières. Trois couvents s'installent dans le quartier : Le couvent des Annonciades rue de Louvain, en 1616, les Oratoriens, place de Louvain, en 1650, les Dames anglaises, rue des Épingles (aujourd'hui Rue du Gouvernement provisoire), en 1777.
Transformations Les changements commencent quand la ville et l'État autrichien aménagent, de 1777 à 1783, le parc de Bruxelles en parc public. Trois nouvelles rues percent maintenant ce qui était le mur arrière du domaine des gouverneurs pendant des siècles. Les habitants de la rue de Louvain se trouvent tout à coup confrontés avec le palais du Conseil du Brabant et des ministères derrière leurs jardins. La soudaine proximité du quartier au lieu du pouvoir inspire la transformation du couvent des Annonciades en caserne de cavalerie, en 1785, après la dissolution de l'ordre par Joseph II. Les deux autres couvents du quartier sont dissous par la révolution française, un hôpital s'installe dans les locaux des Oratoriens, et la guinguette Frascati dans des bâtiments des Dames Anglaises. Cette dernière fait, ensemble avec d'autres établissements semblables, que ce coin vert de la ville devient un but de promenade apprécié des bruxellois.
En 1782 Joseph II ordonne le démantèlement des remparts, puis Napoléon Ier décide de la création de boulevards plantés en 1810. La ville organise également des concours d'aménagement en 1818, une cinquantaine d'hectares sont réaménagés lors de ces opérations, qui se poursuivent jusqu'en 1840.
vignette|Le jardin de l'Oratoire (François Stroobant), 1885-1887.En ce qui concerne notre quartier, le boulevard de l'Observatoire (aujourd'hui boulevard Bischoffsheim) se trouve un peu plus à l'extérieur que les anciens remparts. Le quartier s'est donc agrandi avec les îlots entre le boulevard d'un coté et la rue du Nord et l'impasse du Rempart du Nord qui remplacent le chemin jadis au pied des remparts.
Des nombreuses grands axes, qu'on envisage de tracer à partir des boulevards de ceinture à travers le centre ville, seulement les deux prolongations de la rue Royale se réalisent à cette époque. En 1822, celle-ci est prolongé, au-delà de la place de Louvain, vers le nord, suivant les plans de Jean-Alexandre Werry. La porte de Schaerbeek est déplacée de quelques dizaines de mètres pour se trouver dans l'axe de la nouvelle rue, d'abord appelée rue Royale Neuve. Celle-ci se remplit des hôtels et maisons de maître entre 1823 et 1850. Une fois aménagé, cette rue délimite le quartier Notre-Dame-des-Neiges dans le haut de la ville clairement du quartier des Bas-fonds en contrebas.
vignette|Place des Barricades, 2014.
Une fois le terrassement des remparts terminés, on procède à l'aménagement des boulevards. Le plan prévoit, que les boulevards soient ornés par toute une série des places, dont la place d'Orange (aujourd'hui place des Barricades). Aménagée de 1826 à 1828 selon les plans de Nicolas Roget, il est un des rares ensembles néoclassiques de Bruxelles encore bien préservés : toutes les façades sont identiques, même si certains sont rehaussés ultérieurement.. De l'autre côté du boulevard, un des bastions est transformé en jardin de l'Observatoire (aujourd'hui square Henri Frick), où on construit l'observatoire en 1826. Le square sera transféré à la commune de Saint-Josse en 1895, quand l'observatoire déménage à Uccle.
Les travaux d'embellissement continuent. De 1847 date la statue d'André Vésale de la main de Joseph Geefs, initiative de la Commission médicale de Bruxelles. Au milieu de la rue Royale Neuve, un espace est laissé vide, d'où on a une belle vue sur la ville et les environs. On y aménage la place du Panorama (aujourd'hui place du Congrès). Vite se dessine un projet : Il y faut un monument en commémoration du congrès national qui avait élaboré la constitution. L'arrêté royale d'en ériger un date du , le budget, 80 % pour l'État, 20 % pour les communes belges est fixé en 1853, la ville de Bruxelles cède le terrain gracieusement. Pourtant, la réalisation met du temps, avant que l'architecte Joseph Poelaert et les sculpteurs Charles-Auguste Fraikin, Eugène Simonis, Joseph Geefs finissent les travaux. La Colonne du Congrès fut finalement inauguré, le .
Un quartier homogène du fin Alors que les frères Hymans décrivent le quartier comme
... un dédale de ruelles s'enroulant autour de jardinets et de vergers. Il y avait là un mélange de population bizarre, des Italiens, joueurs d'accordéon et d'orgue de Barbarie, des modèles qui trouvaient emploi dans les ateliers de peintres nombreux en la région. L'atelier Portaels, où se sont formés quelques uns des maîtres de notre école d'art était en plein cœur de ce quartier, - centre de travail, d'espérances, de jeunes ambitions en quête de gloire.
les autorités y voient un quartier qui se paupérise. De plus en plus d'ouvriers affluent en ville. Les propriétaires du quartier Notre-Dame-des-Neiges y entassent des familles ouvrières dans un nouveau impasse après l'autre et amortissent ainsi leurs bâtisses toutes les trois ans. habitent dans quelque 630 maisons. L'air et la lumière n'y pénètrent que rarement, l'humidité stagne, les taudis sont nombreux. Des plans pour une « assainissement » du quartier se succèdent, pendant les années 1860, mais les moyens de la ville sont absorbé par le voûtement de la Senne et la législation en matière d'expropriation pour cause d'utilité publique ne le permet pas encore.
En 1867, une nouvelle loi remplace la notion de « nécessité » par celle d’« utilité publique » qui ouvre la voie à des expropriations à grande échelle. Pas du tout découragé par des problèmes rencontrés lors du voûtement de la Senne, le bourgmestre Jules Anspach a une nouvelle fois recours à ce qu'on appellerait aujourd'hui un partenariat public-privé. Il monte avec des investisseurs privés la S.A. du quartier Notre-Dame aux Neiges, avec un capital de . Le , il conclut un contrat avec elle, selon lequel la société devrait, contre une avance de la ville, à l'hauteur de , s'occuper du tout : expropriations, nivellement du terrain, aménagement des rues et des égouts, construire des maisons en sept ans. La valeur des terrains hypothéqués est la seule garantie pour la ville.
Les habitants du quartier recolltent 930 signatures pour démander la construction des logements de remplaçement avant l'éviction, mais sans succès.
Le plan choisi est celui de l'architecte Antoine Mennessier. Il tient compte du fait que l'État décline la proposition antérieure d'y implanter un nouveau Palais des Beaux Arts. En fait, le plan ne prévoit plus aucun pôle d'attraction culturel. Son but principal est de dégager une perspective de la porte de Louvain à la colonne du congrès. Des autres rues larges, belles et rectilinéaires coupent le quartier en formes géométriques. Pas question de prendre en compte des structures existantes ou le denivellement du terrain.
Les problèmes s'accumulent : On a sous-estimé les coûts du dénivellement et des expropriations. Des sous-traitants et surtout la cessation de la caserne tardive par l'État retardent les travaux, qui se prolongent donc en plein crise de l'immobilier des années 1880. La voirie occupe maintenant au lieu de , ce qui réduit la surface libre à la construction. Les terrains à bâtir deviennent petits, les jardins ou cours arrières encore plus - pas vraiment intéressant pour des gens aisés. Les seuls intérieurs d'îlots plus spacieux sont occupés par des particuliers avec le Cirque Royal, le théâtre Éden, le Passage du Parlement ainsi que les « bains publics », curieuse combinaison de théâtre en hiver et bains en été. Tous les quatre projets sont des échecs commerciaux.
Le résultat de l'histoire tumultueuse de ce projet de spéculation est, par contre, surprenant : A la fin, c'est la ville qui doit reprendre la société et des nombreux terrains à bâtir, mais sans s'endetter outre mesure, comme ça avait éte le cas lors du voûtement de la Senne. La ville réussie aussi de construire un beau quartier homogène. Les perdants sont les dont seulement une infime minorité est relogé rue du Nord et rue Charles Quint, les petits actionnaires de la SA Notre-Dame aux Neiges et les spéculateurs qui avaient achetés trop chers des terrains à bâtir. Les classes aisées, prévues pour ces rues larges ayant partis au quartier Léopold et à l'avenue Louise, le quartier est finalement investi par la petite bourgeoisie. Le seul vestige de l'ancien quartier est l'impasse du Rempart du Nord (aussi impasse de la Révolution), dont le sol irrégulier donne une impression des rues d'antan, mais sans les maisons.
Le nouveau quartier est nommé Quartier des Libertés (les quatre libertés constitutionnelles : libertés de la Presse, des Cultes, d’Association et de l’Enseignement, y ont chacune leur rue), il est dédié à la glorification de la révolution belge et de l’indépendance de la Belgique de 1830, ainsi qu'aux personnalités qui y ont pris part. L’ancienne rue Notre-Dame-aux-Neiges fait place à l'actuelle rue de la Révolution, non loin de la place des Barricades et de la rue du Congrès.
vignette|180px|Place Surlet de Chokier, La Brabançonne (Charles Samuel, 1930).
Vers 1900, l'immense immeuble du ministère des chemins de fer, des postes et télégraphes est mis en fonction (aujourd'hui Maison des parlementaires fédéraux), rue de Louvain (architecte Henri Beyaert). C'est difficile de garder un quartier aussi central purement résidentiel. Au se succèdent des constructions des bureaux. Citons les Comptes Chèques Postaux (aujourd'hui Parlement Flamand de 1949 (architecte Charles Van Nueten, le Moniteur belge dans les années 1960. Mais ça concerne aussi la quasi-totalité du boulevard Bisschoffsheim et de la rue Royale. Le quartier affiche en même temps une très forte surrépresentation de bureaux ( contre dans la moyenne régionale) et une densité de la population légèrement au-dessus de la moyenne régionale ( contre dans la moyenne)chiffres de 2022, resp. 2024 .