Amédée-François Frézier (né le à Chambéry et mort le à Brest) est un ingénieur militaire, explorateur, botaniste, navigateur et cartographe français.

Jeunesse et illustration militaire Amédée François Frézier nait le , à Chambéry. Il est le fils de Pierre-Louis Frézier, juge et conseiller ducal de Savoie, professeur de droit dans la capitale du duché de Savoie. Sa famille est originaire du Chablais, où son arrière-arrière grand-père, cité en 1618, était notaire à Vailly. Selon la tradition, la famille aurait une ascendance écossaiseLéon Quiblier, président de l'Académie chablaisienne, Le Chevalier A. F. Frézier, in « Mémoires de l'Académie chablaisienne », , année 1938, (lire en ligne).

Après des études secondaires, il fut envoyé par son père à Paris où il poursuivit de solides études axées en particulier sur la théologie, les mathématiques et la botanique : La Hire, mathématicien, et Varignon, géomètre, furent ses maîtres. Il lui resta de ses études — il avait, disent ses contemporains, une mémoire exceptionnelle — une culture étendue, qui, avec la somme d'expérience qu'il acquit au cours de sa vie aventureuse, lui permit plus tard de collaborer à l'Encyclopédie et d'aider l'abbé Prévost à rédiger son grand recueil des Voyages.

Après ses études, le jeune Frézier partit pour un tour d'Italie, qui lui permit d'étudier l'architecture et les beaux-arts.

Revenu en France, Frézier délaissa Turin pour Paris et devint lieutenant d'un régiment d'infanterie commandé par le duc de Charost, en 1700. En 1706, le jeune Frézier fit paraître son Traité des feux d'artifice, un ouvrage de pyrotechnie qui eut beaucoup de succès (il le fera rééditer 41 ans plus tard) et attira favorablement l'attention sur lui. Versé dans le corps du Génie, il fut nommé ingénieur ordinaire en 1707 et fut affecté comme ingénieur-architecte à Saint-Malo auprès de Siméon Garangeau, qui loua son habileté dans plusieurs rapports. Il s'adapta de plus très bien au milieu maritime : sa relation de voyage, rédigée alors qu'il avait la trentaine, aurait pu être écrite par un vieux capitaine de la marine en bois tant elle fourmille de détails sur les allures, les vents, les manœuvres, l'état du fond, les courants, etc. D'ailleurs, Frézier aida notablement les officiers du Saint-Joseph à calculer la navigation, et tint même pendant le voyage un journal de bord du Saint-Joseph précis et détaillé, qui est conservé aux archives de la MarineA.-F. Frézier, ingénieur ordinaire du roi à Landau, par Pierre du Colombier, in « Sonderbrück aus Festschrift für Karl Lohmeyer », West-Ost Verlag, Sarrebruck..

Jeune officier du génie, il s'illustra de plus en ayant l'idée de remplacer les baguettes de queue des fusées par un empennage, idée qui trouvera plus tard une application primordiale en aéronautique au .

Pendant son séjour à Saint-Malo, Frézier rédigea et fit parvenir au Journal de TrévouxLe Journal de Trévoux est un organe des jésuites, que la Compagnie avait commencé à publier en 1701 pour faire pièce au Journal des Savants d'obédience « philosophique ». quelques remarques sur le nouveau traité de toute l'architecture du chanoine de Cordomoy. Ce dernier répliqua vertement, et une polémique au long cours s'engagea. Cette polémique fut d'ailleurs peut-être à l'origine de l'animosité de Frézier (on la sent nettement dans sa Relation du voyage à la mer du Sud) envers l'obscurantisme et le dogmatisme en général, et la Compagnie de Jésus en particulier.

Lors de la guerre de Succession d'Espagne, alors que la France était mise aux abois par le prince Eugène, qui allait marcher sur Paris, le jeune officier Frézier fut de ceux qui suggérèrent au maréchal de Villars d'attaquer les redoutes qui défendent la route de DenainPierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, , axe si essentiel pour l'approvisionnement des Impériaux qu'ils l'appellent « la route de Paris ». Le , Villars opère une feinte sur Landrecies, puis lance ses troupes sur les fortifications, qui sont enlevées à la baïonnette (bataille de Denain). Eugène perd , , évacue les Flandres, et la guerre de Succession d'Espagne tourne court.

Frézier explorateur et cartographe vignette|250px|L'itinéraire de Frézier (édition anglaise de son Voyage à la mer du Sud - 1717). À la suite de la glorieuse « manœuvre de Denain », Frézier, nommé officier du génie au service de Sa Majesté, est choisi par Le Peletier de Souzy, le ministre des Fortifications, pour participer à un voyage d’« exploration » dans les mers du Sud : officiellement, il doit servir de conseiller militaire aux colonies espagnoles (Sa Majesté vient en effet de placer son petit-fils sur le trône espagnol), mais en réalité il doit aller reconnaître les ports espagnols et leurs fortifications au Chili et au Pérou, sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud. Sous couvert de chercher à conseiller les Espagnols et les aider à se défendre contre les pirates, Frézier va espionner les ports, les relations commerciales, et les ressources minières de ces deux pays : la France est alors dans une crise économique telle que n’a pas de scrupules à lorgner sur les riches colonies de .

Frézier, mis en congé (selon le principe des services secrets qui veulent être prêts à ne pas reconnaître un des leurs en cas de complications) s’embarque à Saint-Malo en sur un navire marchand, et non un navire de guerre, toujours par discrétion.

Mais les tempêtes hivernales désemparent le bateau qui, un mois plus tard, revient au port. Frézier repart en sur le Saint-Joseph (, , capitaine Duchesne-Battas), un navire marchand armé cependant de .

Frézier fit escale aux îles Sao-Vicente (Cap Vert) et Santa-Catarina (Brésil), puis doubla le cap Horn, et arriva le dans la baie de Concepción, au Chili. Fin , il partit pour Valparaiso, où il resta huit mois, et alla visiter Santiago et les régions environnantes. En Frézier repartit pour le Nord, visita la Serena, la côte de Copiapo, et arriva jusqu'à Callao, le port de Lima, qu'il visita ainsi que de nombreuses villes du Pérou. Il revint à Concepción, y séjourna encore de à , puis s'embarqua à destination de la France sur un navire marchand marseillais, la Marianne, qui passa le cap Horn, fit escale à San Salvador de Bahia (Brésil), aux Açores, et arriva à Marseille en . Le voyage de Frézier avait duré et .

Frézier cartographe de la « mer du Sud »

Frézier descendit d'abord jusqu’aux Falklands (Malouines), dont il releva les côtes Est. La partie Ouest de l’archipel sera relevée en 1765 par le commodore John Byron, qui sur la frégate Wager (Défiante), participa comme midship au voyage du Commodore Anson autour du monde. Du reste, Anson, lors de son passage du cap Horn en 1740, utilisa les vues des côtes, les relevés d’atterrage et les cartes que Frézier dessina en 1712-1713, tout en regrettant qu’elles n’aient pas été l’œuvre de son compatriote Sir Edmond Halley, qui était malheureusement resté dans l’Atlantique. Il est vrai que Frézier avait osé relever avec ironie que « Halley a mal à propos retranché l’île de l’Ascension » de la carte de l’Atlantique Sud, pour la remplacer par une île Trinidad voisine qu’il fut seul à situer à cet endroit ! Cependant, c’est grâce à la carte de Frézier qu’Anson reconnut le Cap Noir et, en virant de bord, évita de jeter son escadre sur les rochers : il faisait du Nord, pensant avoir assez gagné vers l’Ouest et largement doublé la pointe Sud de l’Amérique.

La première bonne carte de la rive orientale du Pacifique fut donc française, et Frézier l’accompagna d’une Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Pérou et du Chili que non seulement les navigateurs et explorateurs, mais aussi les esprits éclairés de l’époque apprécièrent fort, car l’Escurial faisait tout pour garder le secret sur ses colonies. Après 1712, cette tendance du pouvoir central espagnol à isoler ses colonies de toute influence extérieure s’accroîtra encore, et c’est aux Anglais (et non aux Français) que l’Espagne, lors de la signature du traité d’Utrecht, accordera quelques libertés commerciales : l’asiento (monopole de la traite des esclaves), et le navio de permisoVoir à ce sujet l’introduction de la Guerre de l’oreille de Jenkins..

Frezier ouvrit un œil de cartographe exceptionnel sur cette partie du monde dangereuse et mal connue, mais primordiale pour les communications et le commerce de l'époque : le détroit de Magellan, le Horn, l'île des États, la Terre de Feu et les Malouines. Il remonta jusqu'à Callao, le port de Lima. Mais il fit aussi un travail étonnant de botaniste, de physicien, de minéralogiste (lors de son analyse des mines d'or et d'argent d'Amérique du Sud), et même d'économiste et d'ethnologue. De plus, il dessina fort bien non seulement les cartes et plans, mais aussi les hommes, les végétaux et les animaux dépeints sur les planches qui enrichissent sa Relation, parue en 1716, traduite en plusieurs langues et rééditée plus tard. Réaumur la loua fort — et aussi Edmond Halley et le Journal de Trévoux, tous deux sans rancune malgré les piques que Frézier leur avait lancées.

La carte de Frézier et sa Relation du voyage dans la mer du Sud figurent encore dans la chambre des cartes de deux grands navigateurs :

Louis-Antoine de Bougainville y eut recours, pendant son passage de l'Atlantique au Pacifique par le Détroit de Magellan, un dédale d'îles et de chenaux balayés par des vents et des courants anarchiques et des tempêtes de neige bouchant toute visibilité. Par un temps abominable, quatre jours avant , Bougainville et son second consultent le livre et la carte de Frézier, 55 ans après qu'il les eut conçus. Et Bougainville dans son Voyage autour du monde sur la frégate La Boudeuse et la flûte L'Étoile dans les années 1766, 1767, 1768, et 1769, écrit à la date du qu'. Bougainville dit aussi avoir rouvert le livre du père Louis Éconches Feuillée, rival de Frézier (cf. infra « Frézier polémiste »), dans des circonstances bien moins dramatiques: il voulait simplement vérifier la position de Buenos-Aires.

thumb|250px|Planche illustrant les poissons dans la relation de son voyage (même source).

La Pérouse, lui, doubla le Horn d'est en ouest en 1786 (72 ans après Frézier), puis, comme il était à court de vivres renonça à rechercher les îles Juan-Fernandez, et se dirigea vers la côte chilienne. Il écrit dans son Voyage autour du monde : « Nous cherchions avec nos lunettes la ville de Concepcion qui, nous le savions d'après le plan de Frézier, devait être au fond de la baie... ». Aucune ville n'est visible, mais une embarcation vient de terre, accoste la frégate. C'est un pilote local, qui apprend aux Français qu'un tremblement de terre a rasé Concepcion en 1751.