Le Sud du Kurdistan ou Kurdistan irakien, officiellement appelé région autonome du Kurdistan, est un territoire historique du nord de l'Irak ayant adopté le un statut de région autonome par référendum populaire légal consécutivement reconnu par l'État irakien et mentionné dans la Constitution irakienne. Le « gouvernement régional du Kurdistan » (, en anglais : Kurdistan Region Government, ou KRG) a pour siège sa capitale, Erbil.
Cette région est bordée par trois États — l'Iran à l'est, la Turquie au nord et la Syrie à l'ouest — tout en faisant partie de la région historico-culturelle plus vaste du Kurdistan, peuplée de Kurdes.
Étymologie et nom officiel Le mot Kurdistan signifie littéralement « pays des Kurdes ». La région du Kurdistan est connue par plusieurs termes apparentés au mot « kurde » au cours de l'Antiquité. Les Sumériens l'appelaient « Kur-A » ou « pays de Karda », les Élamites « Kurdasu », les Akkadiens « Kurtei », les Assyriens « Kurti », les Babyloniens « Qardu », les Grecs « » (Kardoûkhoi) et les Romains « Corduene ».
Concernant le nom officiel, la nouvelle Constitution irakienne parle de « région du Kurdistan »Full Text of Iraqi Constitution. Le gouvernement régional parle de « Kurdistan-Iraq » (Site du gouvernement régional du Kurdistan (Kurdistan Region Government, KRG) ou « région du Kurdistan » en français.).
Les Kurdes appellent leur région « Kurdistan du Sud » () ou « Sud du Kurdistan » () en référence à la localisation géographique de la région autonome au sein du Kurdistan dans son ensemble.
Histoire
Histoire ancienne
Les Kurdes sont mentionnés dès la plus haute Antiquité.
Longtemps marginalisés par les États du Moyen-Orient, s'ils ont une longue expérience de résistance et de résilience remarquables, ce n'est qu'au qu'ils développent un mouvement politique national durable en Irak.
Lutte armée durant le
Sous administration britannique et sous le royaume d'Irak Dans les années 1920, à la création de l'Irak, la Société des Nations attribue la gestion de l'Irak au Royaume-Uni, à condition qu'une autonomie administrative soit accordée aux Kurdes. Par la suite, la Société des Nations réaffirme l'importance de l'autonomie administrative du vilayet de Mossoul, en demandant sa mise sous tutelle de la Société des Nations, jugement qui est suspendue par la Cour internationale de justice de La Haye.
À l’époque du royaume d'Irak, les Kurdes sont la principale minorité ethnique du pays ( sur soit 13,7 % de la population en 1945) et la langue kurde est autorisée par la déclaration de 1932 qui permet son usage officiel dans les districts à majorité kurdeLouis Massignon et Vincent Monteil, Annuaire du monde musulman, PUF, 1955, mais ils sont opprimés par l'administration hachémite et les grands propriétaires arabes. Plusieurs révoltes kurdes sont étouffées entre 1931 et 1945.
À partir de 1931, Moustapha Barzani se bat pour l'indépendance des Kurdes avec son frère aîné, Ahmed. En 1932, à la suite de raids de la RAF, les deux frères se rendent aux Turcs, qui les gardent prisonniers. En 1932, Mustafa est libéré. Il reprend immédiatement le combat contre l'État irakien. Défait, il est exilé en 1935 à Souleimaniye avec son frère. Il s'échappe en 1943 et lance une nouvelle révolte depuis sa région d'origine, Barzan. Le pouvoir de Bagdad parvient à utiliser les rivalités entre Kurdes à ses fins. Mustafa Barzani est alors contraint de quitter l'Irak avec autres Kurdes et sa famille pour l'Iran.
Période d’accalmie entre 1958 et 1961 Le coup d'État du général Abdul Karim Qasim, qui renverse la monarchie le , est d'abord bien accueilli par les Kurdes. Moustapha Barzani et ses partisans sont invités à quitter leur exil soviétique par le nouveau pouvoir républicain. L'article 2 de la Constitution proclame que mais l'article 3 affirme que . Les milices kurdes aident le régime à écraser un soulèvement des militaires panarabes nassériens à Mossoul (8 et ).
De 1958 à 1961, les Kurdes d'Irak bénéficient de libertés exceptionnelles dans leur histoire. Ils peuvent militer ouvertement dans leurs propres partis politiques et publier plusieurs journaux kurdes. Les autorités favorisent la création d'une commission de savants kurdes pour rédiger une histoire de leur peuple destinée à être enseignée dans tous les établissements scolaires, y compris les écoles arabes. Fait unique dans les annales de l’État irakien, la construction de lycées et d'une université kurdes est entérinée par Bagdad. Le principal parti kurde est le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), sous la présidence nominale de Moustafa Barzani, animateur de la révolte de 1944-1945 puis ministre de la Défense de l'éphémère république de Mahabad au Kurdistan iranien en 1945.
Première insurrection
L'insurrection de 1961 est conduite par Moustafa Barzani et le Parti démocratique du Kurdistan (PDK). En 1961, les relations entre le gouvernement et les Kurdes se dégradent : le régime ne satisfait pas aux revendications d'autonomie, administration en langue kurde et investissements publics au Kurdistan. Le général Qassem se rapproche des nassériens. En , un conflit local oppose le clan kurde des Zibari, soutenu par Bagdad, aux partisans de Moustafa Barzani ; les chefs Zibari, vaincus, se réfugient en Turquie. En , des soulèvements locaux inorganisés éclatent autour de Souleimaniye, où ils sont rapidement réprimés par l'armée, et autour d'Erbil, où les combats se prolongent jusqu'en décembre. Moustafa Barzani, avec une petite troupe de 660 partisans, s'établit dans la région de Zakho. En , le PDK, après avoir hésité devant la rupture, décide de prendre la tête de l'insurrection.
Le nombre des combattants kurdes appelés peshmergas atteint à la fin de 1962. L'armée irakienne, affaiblie par les désertions de nombreux soldats kurdes, doit bientôt renoncer à s'engager dans les régions montagneuses et se contente de tenir les villes.
Le conflit est interrompu à plusieurs reprises par les coups d'État qui se succèdent à Bagdad. Le général Qassem est renversé le ; le nouveau gouvernement, dirigé par Abdel Salam Aref et dominé par le parti Baas, se hâte de conclure une trêve avec les Kurdes qui durera jusqu'en . Ayant consolidé sa situation intérieure par l'exécution de Qassem et par une dure répression contre les communistes, le gouvernement baasiste reprend la guerre contre le PDK en . Il inaugure dès cette époque sa politique d'arabisation des régions kurdes en expulsant kurdes de la province de Kirkouk. La Syrie, gouvernée par la branche locale du parti Baas, envoie une brigade en soutien de l'armée irakienne dans la région de Zakho en octobre-. Mais Aref, par un nouveau coup d'État, se débarrasse de ses alliés baasistes en et conclut une nouvelle trêve avec le PDK en .
Le PDK exerce alors un pouvoir autonome de facto sur un territoire montagneux d'un million d'habitants, adossé aux frontières de Turquie et d'Iran, mais ne comprenant aucune ville importante ; il défendra ce bastion jusqu'en 1975.
Le parti traverse alors une crise intérieure qui conduit à la scission : Jalal Talabani et rompent avec Moustafa Barzani en . La plupart des peshmergas, estimés entre et , restent fidèles à Barzani et seulement un millier d'entre eux rejoignent Talabani. En , Talabani et ses partisans se rallient au gouvernement de Bagdad : ils constituent une milice d'environ et, jusqu'au cessez-le-feu de , participent aux combats contre leurs anciens frères d'armes du PDK.
En , le maréchal Aref rouvre les hostilités. Mais l'armée irakienne, forte de à , est incapable de venir à bout des peshmergas qui commencent à recevoir une aide matérielle discrète du shah d'Iran. Le maréchal Aref meurt dans un accident d'hélicoptère en ; il est remplacé par son frère, le général Abdul Rahman Aref qui, après une défaite des forces gouvernementales à la bataille du mont Hendrin (mai-), conclut un cessez-le-feu avec les Kurdes le .
Le , le général Aref est renversé par un nouveau coup d'État baasiste qui porte au pouvoir le général Ahmad Hasan al-Bakr. Des affrontements locaux opposent les Kurdes aux forces gouvernementales et le cessez-le-feu est finalement rompu en . Le , les peshmergas conduisent un raid sur les installations de l'Iraq Petroleum Company à Kirkouk, interrompant pour plusieurs semaines les exportations pétrolières de l'Irak. À partir de , des unités de l'armée iranienne viennent appuyer les peshmergas en territoire irakien.
L'épuisement des deux parties les amène à ouvrir des négociations secrètes. En , le vice-président irakien Saddam Hussein vient rencontrer le général Barzani à son quartier général de Nawperdan. Le conflit se conclut par un accord en 15 points entre le régime baasiste et le PDK, signé le .
Accords de paix de 1970 Le , Saddam Hussein signe avec les deux partis « autonomistes/indépendantistes » PDK et UPK kurdes un accord relatif à l'autonomie du Kurdistan irakien, avec la « Loi pour l'autonomie dans l'aire du Kurdistan ». L'accord du , reconnait le caractère binational de Irak, la nomination d'un vice-président kurde ; la légalisation du PDK ; la création d'une région kurde dont les limites restent à définir ; l'usage de la langue kurde dans l'administration régionale et dans l'enseignement ; la non-dissolution des peshmergas et, à terme, la création d'une section kurde dans l'armée irakienne. Trois gouverneurs kurdes sont nommés à Dahuk, Erbil et As-Sulaymaniya, et cinq ministres kurdes au gouvernement..
Cependant, l'application de l'accord rencontre des difficultés : le recensement qui devait avoir lieu dans un délai de 6 mois est indéfiniment reporté, laissant en suspens le statut de Kirkouk, province revendiquée par les Kurdes. La nomination d'un vice-président kurde est également reportée, Mohammed Habib Karim, candidat du PDK, étant refusé par Bagdad à cause de ses origines iraniennes. Le régime continue sa politique d’implantation de peuplement arabe autour de Kirkouk et Sinjar tout en refusant la citoyenneté irakienne aux Kurdes Feyli (Kurdes chiites d'origine iranienne) qui seront expulsés d'Irak en . Le , Moustafa Barzani échappe à une tentative d'assassinat au moyen d'engins explosifs portés par une délégation venue de Bagdad.
La guerre israélo-arabe d'octobre 1973, à laquelle participe l'Irak, vient retarder la rupture entre les Kurdes irakiens et Bagdad. Mais les négociations sur l'autonomie et le statut de Kirkouk sont dans l'impasse et, en , Saddam Hussein remanie son gouvernement pour remplacer les cinq ministres kurdes par d'autres Kurdes plus dociles. Le , il publie une « loi d'autonomie » qui annule en fait les concessions promises aux Kurdes.
Deuxième insurrection
La deuxième insurrection kurde irakienne oppose le PDK, soutenu par l'Iran du shah Mohammad Reza Pahlavi, au régime baasiste. Les insurgés kurdes, estimés entre et peshmergas et peut-être des milices locales, équipés de fusils et de lance-roquettes, affrontent une armée irakienne de avec chars et 200 avions.
En , des tirs d'artillerie opposent les armées iranienne et irakienne le long de la frontière. En mars, après la publication de la , le Kurdistan entre en insurrection et plusieurs garnisons irakiennes sont encerclées. D'avril à , l'armée irakienne lance une série d'offensives et prend Rowandouz, Akra et Dohuk, provoquant l'exode de la population kurde. Le , à l'issue d'une bataille coûteuse, l'armée prend d'assaut le mont Zorzek et s'empare de Nawperdan, siège du QG du général Barzani. Le même jour, un gouvernement et un parlement kurde composés de partisans du régime baasiste sont établis à Erbil.
La population civile, grossie par les réfugiés, connaît de graves difficultés de ravitaillement. Les peshmergas, mal approvisionnés par leurs alliés iraniens, ne peuvent protéger les accès routiers et doivent battre en retraite le long de la frontière. À partir d', l'armée iranienne installe des batteries d'artillerie et de DCA pour défendre les lignes kurdes.