vignette|alt=fièvre catarrhale d'une brebis|Fièvre catarrhale d'une brebis.

La fièvre catarrhale ovine (FCO), ou maladie de la langue bleue, est une arbovirose due au virus bluetongue (BTV pour ), transmis par des moucherons piqueurs du genre Culicoides à des ruminants surtout domestiques, principalement les moutons, moins souvent les chèvres et les bovidés.

Cette maladie animale à déclaration obligatoire internationale est répertoriée dans le code sanitaire pour les animaux terrestres de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Elle n'est ni contagieuse ni transmissible à l'Homme, mais elle peut être grave pour les espèces de ruminants domestiques sensibles, surtout les races évoluées (par rapport aux rustiques), et avoir d'importantes répercussions économiques.

D'origine africaine, cette infection est endémique (enzootique) dans la ceinture intertropicale mondiale, où elle reste le plus souvent infraclinique. Des foyers de formes graves surviennent régulièrement, de façon saisonnière, aux limites des zones tempérées nord et sud. Depuis 1998, une extension rapide de la FCO a été constatée au niveau régional, en particulier en Europe. Ce phénomène s’explique probablement par des facteurs climatiques et anthropiques dont l'importance respective est encore mal comprise.

Les moyens de lutte sont fondés sur la surveillance et le contrôle : réactivité devant l'apparition de foyers épidémiques (épizootiques), vaccination des espèces sensibles d’élevage, restrictions imposées aux échanges et aux déplacements d’animaux.

Histoire Jusqu'aux années 1920, l'histoire de la maladie de la langue bleue se déroule en Afrique du Sud. Les premières descriptions chez le mouton sont publiées en 1876, mais il est probable que la maladie soit apparue à la fin du , lorsque les moutons européens ont été introduits dans la même région pour un élevage intensif. L'origine virale de la maladie est démontrée en 1905, avec production d'un vaccin vétérinaire utilisé en Afrique du sud jusqu'en 1943. Durant cette période, le rôle de transmission par le moucheron piqueur Culicoides imicola est établi.

En 1924, la maladie touche les moutons de Chypre, et ceux des États-Unis dans les années 1950. Elle est reconnue en Méditerranée, en Asie, en Australie et dans toute la zone mondiale intertropicale. Au cours du , un modèle de la FCO s'impose : celui d'une maladie ovine émergente d'origine africaine, liée aux mouvements et au commerce d'animaux vivants, limitée à la zone intertropicale.

Au tournant du , ce modèle est mis à mal par la survenue soudaine d'épizooties majeures en Europe, transmises par d'autres Culicoïdes autochtones, touchant aussi les bovins, et ce jusqu'à plus de 50 ° de latitude nord, ce qui a conduit l'OIE à réviser en 2013 les chapitres concernant la FCO du Code sanitaire pour les animaux terrestres.

Agent de la maladie

L'agent de la maladie est le bluetongue virus (BTV), un virus à ARN double brin de la famille des Reoviridae, et, comme le virus de la peste équine (african horse sickness) également transmis par des Culicoides, il appartient au genre Orbivirus.

Les orbivirus sont des virus non enveloppés avec une capside icosaédrique à symétrie cubique d'ordre 3, qui contient un génome segmenté. Ce génome est composé de 10 segments S1-10 qui encodent 7 protéines de structure VP1-7 et au moins 4 protéines non structurelles NS1-4.

Dans une cellule infectée, l'assemblage des nouvelles particules de BTV s'effectue dans le cytoplasme.

Propriétés La résistance du virus bluetongue aux agents physiques et chimiques est la suivante : inactivé après 180 minutes à ou 15 minutes à ; inactivé par la β-propiolactone et le phénol ; sensible à un pH inférieur à 6,0 et supérieur à 8,0 ; peut survivre longtemps en présence de protéines .

Sérotypes Le pouvoir pathogène varie considérablement d'une souche à l'autre. En 2019, 24 sérotypes différents (BTV1-24) sont reconnus par l'OIE, et soumis à notification obligatoire. Il y a peu de protection croisée entre les sérotypes : l'infection par un sérotype (ou la vaccination contre un sérotype) ne protège pas (ou pas nécessairement) contre les autres sérotypes.

Dans les années 2010, en sus de ces sérotypes reconnus, au moins cinq nouveaux sérotypes ont été découverts : les BTV25-27 dits « BTV atypiques » ne se trouvent que chez les petits ruminants, ne sont pas pathogènes, et sont transmissibles par contact. Le BTV-28 peut aussi se transmettre par contact mais avec des signes cliniques. Deux autres sérotypes ont été proposés, mais ils n'ont pas été étudiés en détail.

Le BTV-25 découvert en Suisse en 2008, sur une chèvre saine, a été appelé virus Toggenburg.

Le nombre de sérotypes découverts, typiques ou atypiques, chez les ruminants domestiques et sauvages, augmente avec l'effort de surveillance et les capacités de détection (utilisation de nouvelles technologies). Il est probable qu'ils soient peu pathogènes, mais ils sont à surveiller car susceptibles de recombinaison avec des sérotypes virulents.

Cette recombinaison ou réassortiment génétique, peut aussi survenir lorsque des sérotypes virulents différents circulent simultanément dans une même population d'hôtes.

Vecteurs Vecteurs principaux vignette|L'une des nombreuses espèces de Culicoides dits « Midges » ou moucherons en anglais (ici Culicoides sonorensis nourri de sang, en laboratoire, au travers d'une membrane artificielle). La maladie est non contagieuse, et se transmet par des vecteurs : des petits moucherons piqueurs du genre Culicoides, famille des Ceratopogonidae. Sur les 1315 espèces de Culicoides recensées en 2015Gérard Duvallet 2017, op. cit., p. 346., seule une quinzaine sont vectrices de BTV. La température optimum pour une activité maximale de ces moucherons est 24 °C, vers 15-18 °C, ils s'arrêtent de voler.

Un Culicoides infesté le reste à vie en multipliant le virus de manière intense dans ses glandes salivaires (période de réplication de 6 à 8 jours). Cette réplication s'arrête lorsque la température s'abaisse à moins de 15 °C. Une seule de ses piqûres suffit à infecter un hôte sensible.

Chaque espèce vectrice de Culicoides transmet des sérotypes préférentiels dans une zone géographique donnée, constituant ainsi différents « pathosystèmes » dans le monde.

Culicoides imicola est reconnu comme le vecteur majeur de la fièvre catarrhale ovine en région méditerranéenne, accès libre. et en Afrique. Il transmet les BTV1-15, 18-19, 22 et 24-25.

En Europe non méditerranéenne, d'autres vecteurs ont été signalés : Culicoides dewulfi , Culicoides obsoletus et Culicoides Pulicaris sont susceptibles de transmettre le virus (BTV1, 4 et 8).

En Amérique du nord, les vecteurs sont Culicoides sonorensis et Culicoides occidentalis (BTV 1-3, 5, 6, 11, 13-14, 17, 19 et 22) ; en Amérique centrale et du sud Culicoides insignis et Culicoides pusillus (BTV1, 3-4, 6, 8, 12, 14, 17 et 19-20).

Pour le sous-continent indien, les vecteurs principaux sont Culicoides oxystoma et C. imicola (BTV1-20 et 23).

En Extrême-orient, on trouve C. oxystoma, Culicoides brevitarsis et Culicoides Wadai (BTV1-4, 11-21 et 23) et dans le Pacifique C. brevitarsis, Culicoides fulvus, C. wadai et Culicoides actoni (BTV 1, 3, 9, 15-16, 20-21 et 23).

Autres vecteurs De manière anecdotique ou occasionnelle, d'autres vecteurs, comme les tiques Ixodidae et Argasidae, pourraient être incriminés dans la transmission du virus de manière passive (sans multiplication). Du fait de l'absence de multiplication virale dans ces hôtes, ces vecteurs ne sont pas responsables de la diffusion de la maladie à grande échelle, mais pourraient être incriminés dans des phénomènes ponctuels de transmissionStott JL, Osburn BI, Alexander L (1985) Ornithodoros coriaceus (pajaroello tick) as a vector of bluetongue virus. Am J Vet Res 46:1197–1199. Un passage transovarien (⇒ passage du virus à la descendance) chez la tique pourrait expliquer la survie hivernale de certains virus (comme le BTV8) en Europe, lorsque le climat ne permet pas aux Culicoïdes de survivre à l'hiver.

Transmission et contamination Les moucherons Culicoïdes sont les seuls transmetteurs significatifs de BTV dans la nature. Les vecteurs s'infectent en ingérant le sang d'animaux contaminés. En l'absence de vecteurs, la maladie ne peut pas se propager d'un animal à l'autre, sauf en cas de reproduction.

Une transmission placentaire (de la gestante au fœtus) a été mise en évidence et une transmission par contact étroit (élevage intensif) a été documentée Menzies FD, McCullough SJ, McKeown IM. 2008;163(7):203–209.. Le virus a été retrouvé dans la semence des mâles, et peut se transmettre par là aux vaches et aux brebis sensibles, mais cette voie est peu importante.

La transmission virale peut se produire tout au long de l'année, elle est la plus forte en périodes chaudes et pluvieuses (survenues saisonnières). Les bovins et les veaux infectés , jouent le rôle de réservoir. Ils permettent au virus de passer l'hiver () dans les régions tempérées où l'hiver est souvent trop rigoureux pour permettre une survie du vecteur toute l'année.

Dès le printemps, la densité des Culicoides commence à augmenter, mais ils ne se nourrissent que sur les bovins, sur lesquels ils se contaminent. Ce n'est que plus tard qu'ils commencent à piquer les ovins.

Chez l'animal, le virus n'est pas excrété dans la salive, les mucus ou le jetage, ni dans les lésions buccales bénignes. On ne le retrouve donc pas dans le milieu extérieur, sauf en cas de présence de sang : blessures, mise bas…

Le virus n'est pas transmissible à l'homme, par piqûre ou morsure d'insecte, par contact avec les animaux malades, la laine ou la consommation de lait : il n'existe aucun risque de santé publique (humaine) lié à la fièvre catarrhale ovine.

Espèces affectées La fièvre catarrhale du mouton a été décrite pour la première fois en Afrique du Sud, où elle était probablement endémique chez les ruminants sauvages. Classiquement, la fièvre catarrhale était réputée n'affecter que les ovins.

L'infection était généralement inapparente et jugée sans effets significatifs chez les bovins et les caprins même quand le virus était retrouvé dans leur sang. Cependant une surmortalité a été démontrée chez les bovins dans les années 2000-2010. Cette maladie pourrait avoir été sous-estimée chez le bovins, en raison d'une INRA, AFSSA, École nationale des services vétérinaires (2010) Présentation faite par JB Perrin, P Hendrikx, C Ducrot et D Calavas et intitulée [Impact de la FCO sur la mortalité des bovins], Réunion d'information et d'échanges sur la restitution des résultats de la recherche opérationnelle FCO en France ; 18 mars 2010, Afssa, 20 pages et de problèmes de qualité des tests diagnostiques et parfois de réticences à déclarer des animaux malades par peur des conséquences socio-économiques.

Les races domestiques améliorées sont beaucoup plus sensibles au virus que les espèces domestiques rustiques. Les ruminants sauvages susceptibles d'être atteints sont les buffles, les antilopes, les cerfs, les wapitis et les camélidés.

Clinique et traitement Par gravité croissante, on distingue les formes inapparentes (sans symptômes), subaiguës, aiguës et suraiguës. La morbidité peut atteindre 80 % du troupeau, et la mortalité 5 à 10 %, et jusqu'à 40 % chez les animaux élevés dans de mauvaises conditions. Cette mortalité survient au 10e-12e jour suivant le début de la maladie.

En Europe, le BTV8 est responsable de la plus forte morbidité du bétail (jusqu'à 100 % d'un troupeau de moutons), mais sa mortalité est très faible (moins de 1 %).

Symptômes et signes cliniques vignette|Fièvre catarrhale d'un bovin. La période d'incubation est de l'ordre de 5 à 10 jours. Un individu infecté, sans ou peu de signes cliniques, est virémique en 4 jours après l'infection (susceptible de transmettre le virus par insecte vecteur).