Les attentats de Beyrouth du , dont l'un est surnommé attentat du Drakkar, sont deux attentats-suicides quasi simultanés qui frappent les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité de Beyrouth durant la guerre du Liban. Le premier attentat tue américains, le second français ainsi que six Libanais. Les deux attentats sont revendiqués par le Mouvement de la révolution islamique libre puis par l'Organisation du Jihad islamique, mais le déroulement et les responsables précis des attentats restent inconnus, bien que de fortes suspicions pointent vers le Hezbollah.

Contexte vignette|Parachutistes français de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth avec un LRAC F1, .|alt=

En , dans un Liban déchiré par la guerre civile, se met en place une force de maintien de la paix dénommée Force multinationale de sécurité à Beyrouth, sans le soutien de l'ONU. Celle-ci comprend des unités militaires françaises (), américaines (, deux porte-avions), italiennes () et britanniques (). Le contingent français, parti le de Toulouse, compte , avant d'être renforcé pour atteindre (engagés ou appelés volontaires service long).

La force multinationale de sécurité avait déjà été attaquée à plusieurs reprises avant les deux attentats simultanés du . Ces attaques, individuelles ou concertées, avaient coûté la vie à dix-huit soldats français, huit Marines américains et un soldat italien.

La force française est composée de cadres aguerris et d'appelés volontaires du de chasseurs parachutistes. Ils ont installé un de leurs cantonnements dans l'immeuble Drakkar de huit étages situé dans le quartier de Ramlet El Baida, qu'ils ont baptisé « poste Drakkar » aux coordonnées géographiques suivantes (les différents postes français portent des noms de bateaux : Caravelle, Kayak, Sampan, Boutre, Gondole, etc.).

Déroulement

Le samedi , l'alerte est donnée et la possibilité d'une attaque du bâtiment Drakkar est prise en compte. Les « paras » dorment en tenue de combat, à portée de leurs armes.

Peu avant six heures, l'adjudant de compagnie inspecte les abords tandis que l'équipage d'une jeep part chercher les croissants du dimanche.

À environ UTC+2, un attentat au camion piégé touche le contingent américain du du des Marines rattaché à la Marine Amphibious Unit (MAU) basée à l'aéroport international de Beyrouth. Il cause la mort de 241 personnes dont 220 Marines, 18 marins de la marine américaine, 3 soldats de l'armée de terre et en blesse une centaine d'autres.

Environ deux minutes plus tard, l'immeuble Drakkar se met à trembler, puis soufflé par une explosion, le bâtiment se soulève et retombe sur le côté. Cinquante-huit parachutistes français de la force multinationale, soit 55 parachutistes de la du RCP et 3 parachutistes du RCP, trouvent la mort : l'attentat du Drakkar entraîne la destruction de l'immeuble qu'ils occupent comme quartier général (surnommé « poste Drakkar », anciennement occupé par les services secrets syriens.). Quinze autres sont blessésCertains ensevelis, comme le montre cette photo de Yan Morvan.. Vingt-six militaires sont indemnes..

Si le déroulement de l'attentat contre le bâtiment des marines américains est bien établi (camion Mercedes-Benz jaune rempli de six tonnes de TNT), du côté français, deux thèses s'affrontent. La version gouvernementale évoque un camion piégé dont aucune trace n'a été retrouvée, tandis que l'analyse des photos des décombres permet à des spécialistes d'établir la présence d'explosifs sous le bâtiment. Cette approche est corroborée par les rescapés, lesquels se souviennent de l'impossibilité d'accéder au sous-sol du Drakkar en véhicule. De plus, les parachutistes de garde ce jour-là n'ont pas vu de véhicule suicide.

Selon les autorités politiques en responsabilité à l'époque, l'attaque aurait été réalisée à l'aide d'un pick-up chargé de de TNT dont le conducteur se serait fait exploser sur la rampe d'accès au sous-sol du bâtiment ; le véhicule se serait soulevé dans les airs avant de retomber à sept mètres de distance, .. Tous les rescapés confirment que la destruction du poste Drakkar n'est pas due à l'explosion du véhicule piégé, aucun débris n'ayant été retrouvéRaison d'État : l'attentat du Drakkar, france5.fr, 3 octobre 2010. L'immeuble, qui auparavant était occupé par les services secrets syriens, aurait pu être miné ; une hypothèse a priori infirmée par l'enquête. Les sous-sols de Beyrouth, comme beaucoup de lieux de conflits, disposaient à l'époque de nombreux souterrains. Ainsi les explosifs auraient pu être installés quelques heures avant l'attentat.

Une semaine après l'attentat, les familles sont invitées aux obsèques nationales aux Invalides. Dans l'attente, les cercueils scellés à Beyrouth sont convoyés à Évreux et confiés à la garde de la base aérienne 105.

NationalitéMortsÉtats-Unis241France58Liban6

Représailles vignette|Le casernement des Marines à Beyrouth avant sa destruction. vignette|Secours dans les ruines après l'explosion.

La France et les États-Unis accusent le Hezbollah et l'Iran, qui nient les accusations.

Le président François Mitterrand se rend sur place le lendemain pour apporter son soutien au contingent français. Un grand hommage dans la cour d'honneur des Invalides a lieu en présence de la classe politique le .

En représailles, le service Action de la DGSE, dirigé par le colonel Jean-Claude Lorblanchés, organise une opération « homo », dans la nuit du 6 au , à l'aide d'une Jeep bourrée de 600 kilos d'explosifs devant exploser devant le mur d'enceinte de l'ambassade d'Iran de Beyrouth. L'opération, au nom de code « opération Santé », ne se déroule apparemment pas comme prévu : à cause d'un problème technique lié probablement aux retardateurs de la bombe, la Jeep n'explose pas, possiblement délibérément, afin de servir d'avertissement (avec un béret comme signature) selon Alain Chouet..

La seconde riposte est l'opération Brochet le : huit Super-Étendard de la Marine nationale décollant du porte-avions Clemenceau effectuent un raid sur la caserne Cheikh Abdallah, une position des gardiens de la révolution islamique et du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa. Ils larguent, selon les sources ouvertes, une trentaine de bombes qui tuent une dizaine de miliciens chiites et une douzaine de soldats iraniens, mais la caserne a été désertée par la majorité de ses occupants, prévenus du raid par une fuite d'un diplomate français proche du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson, opposé à toute riposte militaire.

Le , la CIA organise un attentat à la voiture piégée en représailles à l'attaque contre les troupes américaines. L'attentat doit principalement tuer Mohammad Hussein Fadlallah, un représentant religieux influent auprès de la population chiite libanaise, qui bien que non lié à ces événements et opposé aux attaques suicides est proche du Hezbollah. Celui-ci échappe à l'attentat, mais la puissance de l'explosion tue 80 personnes et en blesse plus de 200 autres parmi les habitants du quartier.

Imad Moughniyah, considéré comme le responsable des attaques, est tué dans un attentat à la bombe le , même si le lien entre ces événements n'a pas été établi.

Aujourd'hui encore, le souvenir de cet attentat demeure vivace et constitue un traumatisme pour l'armée françaiseLe Monde parle à cet égard d'un « syndrome Drakkar » pour expliquer les réticences de l'armée française à s'engager dans des opérations de maintien de la paix sans mandat bien défini (« Les réticences des militaires français, hantés par le "syndrome Drakkar" », Le Monde, mardi 22 août 2006). : de telles pertes subies lors d'une seule attaque n'ont pas été atteintes depuis et l'attentat du Drakkar sert souvent de référence, comme cela est le cas avec l'embuscade de Surobi de 2008 où 10 militaires français sont tués ou avec la collision de deux hélicoptères de l'Armée de terre au Mali le qui tue 13 soldats français.

Le , lors d'une frappe aérienne à Beyrouth, Israël élimine Fouad Chokr, l'un des planificateurs et exécutants des attentats.

Le , lors d'une nouvelle frappe aérienne à Beyrouth, Israël élimine Ibrahim Aqil, qui était suspecté par les États-Unis d'être également impliqué dans les attentats.

Le , Israël élimine Hassan Nasrallah, également impliqué selon les Etats-Unis dans les attentats de Beyrouth de 1983. Le président américain Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris se félicitent de l'assassinat de Hassan Nasrallah qui était . Le président français Emmanuel Macron ne fait pas de commentaires sur la mort de Nasrallah. Le premier ministre Michel Barnier fait référence dans son discours de politique générale du à l'attentat du Drakkar, étant pour certains observateurs une manière de saluer l'élimination de Nasrallah.

Responsables des attentats L'attentat du Drakkar aurait été un acte de représailles de l'Iran via le Hezbollah au prêt à l'Irak par la France d'avions de combat Super-Étendard équipés de missiles Exocet et accompagnés de pilotes instructeurs français. À l'origine secrète, l'opération Sugar aurait été rendue publique par une indiscrétion gouvernementale, ce qui aurait conduit l'Iran à se considérer en guerre avec la FranceÉmission Raison d'État - L'attentat du Drakkar, France 5, 3 octobre 2010. Selon le général François Cann, qui commandait la Force multinationale de sécurité à Beyrouth (FMSB) à l'époque, une autre raison aurait été l'interruption unilatérale par la France du contrat Eurodif signé avec le Shah d'Iran et gelé au moment de l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah KhomeiniEntretien avec le général Cann le 29 août 2013..

Dans la culture Cet événement a inspiré un chant qu'a interprété, entre autres, le chœur Montjoie Saint-Denis : Occident en avant, ainsi que le chant Ceux du Liban..

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie . .

Filmographie L'attentat du Drakkar, film documentaire d'Amal Mogaïzel, France, 2010, 55 min.

Articles connexes Guerre du Liban Attaque contre l'ambassade américaine à Beyrouth de chasseurs parachutistes de chasseurs parachutistes Pertes militaires françaises en opérations extérieures depuis 1963 Embuscade d'Uzbin

Liens externes

Chant écrit en mémoire des parachutistes français morts au Drakkar ,

Beyrouth Catégorie:Opération militaire française Catégorie:Massacre de la guerre du Liban Catégorie:23 octobre Catégorie:Octobre 1983 Catégorie:Histoire de Beyrouth Catégorie:1983 au Liban Catégorie:1983 aux États-Unis Catégorie:1983 en France Catégorie:Relations entre la France et le Liban Catégorie:Relations entre les États-Unis et le Liban Catégorie:Bataille impliquant la Légion étrangère Catégorie:Relations entre la France et l'Iran Catégorie:Relations entre les États-Unis et l'Iran Catégorie:Histoire de l'United States Marine Corps Catégorie:Hezbollah Catégorie:Histoire militaire des États-Unis Catégorie:Attentat islamiste au Liban Catégorie:Terrorisme en 1983 Catégorie:Explosion en 1983