Élisabeth de Hesse-Darmstadt (en allemand : Elisabeth von Hessen-Darmstadt ; - ) est une princesse allemande devenue grande-duchesse de Russie par son mariage avec Serge Alexandrovitch de Russie, un des fils d’Alexandre II.

Petite-fille de la reine Victoria et sœur aînée d'Alix de Hesse-Darmstadt, dernière tsarine de Russie, Élisabeth est célébrée par la haute-société russe pour sa beauté et son travail caritatif auprès des plus démunis. Son mari est assassiné en 1905 par Ivan Kaliaïev, membre du parti des Combattants socialistes révolutionnaires, et Élisabeth lui pardonne publiquement, et fait campagne, en vain, pour qu'il soit gracié. Elle quitte alors la cour pour fonder à Moscou le couvent des Saintes-Marthe-et-Marie, et elle consacre sa vie au soulagement de la misère des plus défavorisés.

En 1918, lors de la Révolution russe, la grande-duchesse est emprisonnée sur ordre de Lénine et bannie à Perm avant d’être transférée à Ekaterinbourg puis à Alapaïevsk. Elle est ensuite emmenée par les bolcheviks dans une mine de fer abandonnée, les yeux bandés, et conduite au fond, où elle est assassinée.

Aujourd'hui, elle est vénérée comme une sainte martyre par l'Église orthodoxe et fêtée le .

Biographie

Famille et enfance

Seconde fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la princesse Alice du Royaume-Uni, fille de la reine Victoria, elle reçoit le prénom de sa grand-mère paternelle, Élisabeth de Prusse. Son prénom rend également hommage à une ancêtre de la Maison de Hesse : Sainte Élisabeth de Hongrie. En famille, elle est surnommée « Ella ».

Bien qu'étant une des plus nobles et anciennes maisons souveraines d'Allemagne, la famille d'Élisabeth a un train de vie plutôt modeste. Les enfants nettoient eux-mêmes leurs chambres tandis que leur mère, fille de la reine Victoria du Royaume-Uni, confectionne les vêtements de toute la famille. Élisabeth grandit dans un foyer heureux et influencé par les habitudes britanniques. L'anglais est sa langue maternelle. Les enfants parlent en anglais avec leur mère, et en allemand avec leur père.

La jeune princesse reçoit une éducation très religieuse. Sa mère l'initie très tôt à ses œuvres de charité et Ella visite les malades dans les hôpitaux avec elle. Selon Maurice Paléologue, Alice, amie du théologien David Strauss, aurait ainsi fortement influencé ses filles Alix et Élisabeth concernant leurs croyances et leur ..

Le , la famille de Hesse-Darmstadt est endeuillée par le décès accidentel du prince Frédéric de Hesse-Darmstadt atteint d'hémophilie. Quelques années plus tard, le , la sœur cadette d'Élisabeth, la princesse Marie de Hesse-Darmstadt, âgée de 4 ans, meurt de la diphtérie. La princesse Alice ayant contracté la maladie en soignant ses enfants meurt elle aussi le . Élisabeth est la seule de la fratrie à ne pas contracter la maladie car elle est envoyée chez sa grand-mère paternelle dès le début de l'épidémie. Quand elle est enfin autorisée à retourner chez elle, elle décrit les retrouvailles comme étant terriblement tristes . Après le décès de sa mère, l'éducation de la princesse Élisabeth se poursuit à la cour de la reine Victoria.

Perspectives de mariage

Son cousin, le prince Guillaume de Prusse, alors étudiant à l'université de Bonn, rend souvent visite à sa tante Alice et sa famille. C'est au cours de ses visites qu'il tombe amoureux d'ÉlisabethPackard, Jerrold M, Victoria's Daughters, New York: St. Martin's Griffin, 1998. p. 176., et il lui écrit nombre de poèmes. Il la demande en mariage dès 1878, mais elle décline.

Un autre prétendant à la main d'Élisabeth est le futur grand-duc Frédéric II de Bade, le cousin de GuillaumeHeresch, Elisabeth: Alexandra – Tragik und Ende der letzten Zarin, 1993, pages 31-37. comme « bon et stable », avec « une position tellement sûre et satisfaisante », et elle « regrette profondément » que la jeune fille refuse de l'épouser. La grand-mère de Frédéric, l'impératrice Augusta, est furieuse d'apprendre qu'Élisabeth a rejeté son petit-fils et mettra du temps à lui pardonner.

Toute sa vie, Élisabeth suscite l'affection et la dévotion de son entourage. Maurice Paléologue écrit dans ses mémoires qu'elle était capable de provoquer des « passions profanes ». Par exemple, le , peu après son arrivée en Russie, le grand-duc Constantin Constantinovitch écrit un poème où il décrit l'excellente impression qu'elle fit à la courwww.pravoslavie.ru. Quant au prince Félix Ioussoupov, il la considère comme une seconde mère, qu'elle l'a soutenu dans les moments les plus difficiles de sa vie. Enfin, elle fascine sa cousine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, alors enfant, qui décrira plus tard dans ses mémoires sa beauté et sa douceur comme tenant du rêve.

Grande-duchesse de Russie

La grand-tante d'Élisabeth, la tsarine Marie de Hesse-Darmstadt, rend fréquemment visite à sa famille, accompagnée de ses deux plus jeunes fils, les grands-ducs Serge et Paul. Élisabeth les connaît depuis l'enfance, et les trouve plutôt hautains et réservés, particulièrement Serge, jeune homme sérieux et intensément religieux. Élisabeth sympathise avec lui après la mort des parents du jeune homme à un an d'intervalle, en 1880 et 1881 ; elle aussi a perdu sa mère, elle comprend la douleur qu'il ressent. Leurs autres points communs, notamment leur amour de l'art et leur piété, les rapprochent encore. Serge était particulièrement attaché à Élisabeth car elle avait le même caractère que sa mère. Quand Serge la demande en mariage pour la seconde fois, la jeune femme accepte, au grand chagrin de sa grand-mère la reine Victoria.

La princesse épouse le grand-duc le , dans la chapelle du Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg. C'est à leur mariage que le tsarévitch Nicolas, neveu de Serge, qui vient d'avoir 16 ans, rencontre sa future épouse Alix, jeune sœur d'Élisabeth, qui en a presque 12.

Le couple vit dans la propriété d'Ilynskoe située à l'ouest de Moscou. Pendant leurs séjours à Saint-Pétersbourg, ils vivent dans un palais situé à l'angle de la Fontanka et de la perspective Nevski. Plus tard, le grand-duc Serge fait l'acquisition du palais Belosselski-Belozerski qui prend par la suite le nom de Palais Serge..

La nouvelle grande-duchesse fait bonne impression à sa belle-famille et au peuple russe. . Elle maîtrise rapidement la langue russe, et se convertit le à l'orthodoxie, prenant ainsi le nom d'Élisabeth FeodorovnaBarkowez, Fedorow, Krylow: „Peterhof ist ein Traum …“, 2001, page 153..

En 1888, à l'occasion de la consécration de l'église Sainte Marie-Madeleine construite sur le Mont des Oliviers à Jérusalem, le couple se rend en Terre sainte. Les Lieux Saints impressionnent tant Ella qu'elle émet ce souhait : . Son vœu sera respecté en 1920romanov-murman.narod.ru.

En 1891, son époux est nommé gouverneur de Moscou. La vie de la grande-duchesse est transformée. En raison du poste occupé par son époux, ses soirées sont consacrées aux réceptions et aux bals, les journées employées à la gestion des associations de charité. Elle visite des hospices de pauvres et des orphelinats. Sur son instance, un hôpital est construit à Illynskoye.

Pendant la Guerre russo-japonaise, la grande-duchesse, déjà présidente de la Croix-Rouge, organise un comité chargé de porter assistance aux soldats, dans le grand palais du Kremlin..

Le couple n'a pas eu d'enfantEdvard Radzinsky: Nikolaus – Der letzte Zar und seine Zeit, 1992, page 31. Frédéric Mitterrand suppose que le mariage n'a jamais été consommé.. Maurice Paléologue décrit le grand-duc Serge comme face à une épouse . En 1902, lorsque le grand-duc Paul, après avoir épousé à l'étranger sa maîtresse sans le consentement du tsar, est exilé à Paris par Nicolas II, ses deux enfants, le grand-duc Dimitri et la grande-duchesse Marie sont confiés à la grande-duchesse Élisabeth et au grand-duc SergeEdvard Radzinsky: Nikolaus – Der letzte Zar und seine Zeit, 1992, page 68.

Élisabeth joue un rôle clef dans le mariage de son neveu par alliance, le tsar Nicolas II de Russie, avec sa jeune sœur Alix. À la consternation de la reine Victoria, elle encourage Nicolas, alors tsarévitch, à courtiser Alix. Quand Nicolas demande Alix en mariage en 1894, et qu'elle le rejette car elle ne veut pas se convertir à l'orthodoxie, c'est Élisabeth qui l'encourage à changer d'avisKing, Greg. The Last Empress (Wiley & Sons, 1994) pp. 55–56. Quelques jours plus tard, Nicolas demande Alix en mariage une seconde fois, et la jeune fille accepte.

Assassinat du grand-duc Serge Le grand-duc Serge est un des artisans de la politique autoritaire et répressive de Nicolas II, dont il partage les opinions politiques. S'attirant de toute part des critiques pour ses actions, il démissionne en 1905 de son poste de gouverneur militaire de Moscou. Il sait aussi qu'il est la cible des révolutionnaires, et emménage donc avec sa famille au Palais Nicolas (Nikolaïevsky) du Kremlin.

Après une tentative avortée le au théâtre du Bolchoï, l'attentat ayant été annulé après que les révolutionnaires aient aperçu la grande-duchesse et leurs neveux et nièces dans la voiture, et décidé de ne pas tuer la famille du grand-ducAndreï Maylunas et Sergueï Mironenko Une passion de toujours : Nicolas et Alexandra page 258, le grand-duc Serge est assassiné, le , par l'explosion d'une bombe à la nitroglycérine dans sa voiture. Le coupable est Ivan Kaliaïev, membre du parti des Combattants socialistes révolutionnaires. L'explosion désintègre la voiture, le grand-duc est tué sur le coup.

Au bruit, Élisabeth accourt sur les lieux du drame. Elle retrouve des morceaux de bois brûlé et des restes de tissu provenant des vêtements de son époux. À genoux dans la neige maculée de sangChristopher Warwick, Ella : princesse sainte et martyre, p.219., la grande-duchesse donne ses instructions, puis recueille les restes de son époux.

D'après Edvard Radzinsky : Élisabeth passa les jours précédant l'enterrement en prières. Sur la pierre tombale de son époux, elle fit écrire : Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. Elle avait compris dans son cœur et dans son âme le message des Écritures, et à la veille des funérailles, elle demanda à être conduite à la prison de Kaliaïev. Arrivée dans sa cellule, elle lui demanda :

« - Pourquoi avez-vous tué mon époux ?

- J'ai tué Serge Alexandrovitch car il était une arme de la tyrannie. J'ai vengé le peuple, lui répondit-il.

- N'écoutez pas votre fierté. Repentez-vous et je supplierais l'empereur d'épargner votre vie. Je lui demanderai pour vous. Je vous ai moi-même déjà pardonné.

À la veille de la révolution, elle avait déjà trouvé la solution : le pardon ! Pardonner malgré la souffrance et le sang - et stopper à son début le cercle vicieux de la violence. Par son exemple, la pauvre Ella a interpellé la société, appelant le peuple à vivre selon la foi chrétienne.

- Non ! lui répliqua Kaliaïev. Je ne me repens pas. Je dois mourir pour mon action. Ma mort sera plus utile à ma cause que celle de Serge Alexandrovitch. » Kaliaïev fut condamné à mort. « Votre sentence me convient, a-t-il-dit aux juges. J'espère qu'elle sera exécutée aussi publiquement que celle que j'ai exécuté au nom du Parti Socialiste Révolutionnaire. Apprenez à voir en face la révolution qui s'avance. »Edvard Radzinsky, The Last Tsar, page 82.

Ivan Kaliaïev est pendu le .

Vie monastique