Le centre national d'art et de culture Georges-Pompidou (CNAC) est une institution parisienne qui regroupe le même bâtiment futuriste de huit étages, en lieu et place de l'ancien quartier Beaubourg, la très vaste Bibliothèque publique d'information (BPI), première bibliothèque publique de lecture en Europe, imaginée en 1966, à l'époque du plan Calcul, pour élargir les choix de lecture du grand public par le recours à l'informatique et à d'autres médias, et un vaste musée d'art moderne, qui a rejoint le projet en 1970, par la volonté du président Georges Pompidou, grand amateur d'art moderne, de créer au cœur de Paris une institution culturelle originale où les arts plastiques voisineraient avec les livres, le dessin, la musique, le spectacle vivant, les activités pour les jeunes publics, ainsi que le cinéma.

Finalement inauguré le , le centre Pompidou conserve l'une des deux plus importantes collections d'art moderne et contemporain au monde, et la première d'Europe avec de six mille artistes au . Il a accueilli en 2019 , soit une moyenne de par jour. Il abrite également d'importantes galeries d'expositions temporaires, des salles de spectacles et de cinéma. De part et d'autre de la Piazza, deux bâtiments annexes accueillent l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) et l'atelier Brancusi.

Contexte historique

Dans l'esprit du président Georges Pompidou, l'implantation au centre de Paris d'un équipement culturel d'un type nouveau, voué à toutes les formes de la création contemporaine, se situait au carrefour de plusieurs préoccupations : la volonté d'enrayer le déclin de Paris sur la scène artistique et de lui conserver son statut de place majeure de l'art contemporain au niveau mondial, de plus en plus contesté par New York ; symétriquement, la volonté d'ouvrir la création française sur le monde et de favoriser, par l'interdisciplinarité, l'expression de nouvelles formes artistiques ; la conviction que l'art le plus contemporain peut renouer avec le public le plus large à la condition que la puissance publique joue pleinement son rôle de médiateur ; le désir de créer à Paris un grand monument représentatif de l'architecture de la seconde moitié du .

Cette ambition était faite, particulièrement à l'époque, pour susciter de vifs débats, qu'il s'agisse de l'opposition courante entre culture de masse et culture élitiste, de la problématique de la décentralisation culturelle et des rapports entre pouvoir et création

La décision initiale de Georges Pompidou En 1969, Georges Pompidou, élu président de la République, décida de construire un nouveau musée d'Art moderne et choisit le plateau Beaubourg comme le seul emplacement disponible« Pour la localisation, le plateau Beaubourg a été choisi uniquement parce que c'était le seul terrain disponible dans l'immédiat et que je voulais aller vite, sûr que si j'attendais, rien ne se ferait jamais. » (Georges Pompidou, interview accordée au journal Le Monde, ) Claude Pompidou a raconté que : « J'allais souvent chercher mon mari en voiture à la banque Rothschild, rue Laffitte. Nous habitions à ce moment-là rue Charlemagne et passions par ce fameux plateau Beaubourg. Ce plateau était dans un état de ruine lamentable, abandonné. Mon mari râlait de voir cela. Il disait tout le temps qu'il fallait faire quelque chose. Il y avait de la place, c'était situé en plein cœur de Paris, entre les Archives, la Bibliothèque nationale et surtout le Louvre. Il fallait faire quelque chose de formidable, de nouveau. Cela voulait dire non seulement un musée ou une bibliothèque, mais quelque chose de plus important. » (entretien avec Daniel Abadie, in Georges Pompidou et la modernité, Paris, Éditions du jeu de Paume et éditions du centre Pompidou, 1999, ) après la démolition de l'îlot insalubre La rue Beaubourg et ses environs dans le quartier Saint-Merri (îlot insalubre ). Mais ce terrain étant également le seul susceptible d'accueillir la grande bibliothèque publiqueLe , sous l'impulsion de René Capitant, le Conseil de Paris fixa l'emplacement de la bibliothèque publique sur le plateau Beaubourg, propriété de la Ville de Paris., il fut décidé, en février 1970, de réunir les deux projets au sein d'un même équipement culturel. Dans la conception du président Pompidou, la bibliothèque devait attirer des visiteurs qui pourraient ensuite découvrir les autres activités proposées. « Je voudrais passionnément, expliqua-t-il, que Paris possède un centre culturel comme on a cherché à en créer aux États-Unis avec un succès jusqu’ici inégalé, qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc. Le musée ne peut être que d’art moderne, puisque nous avons le Louvre. La création, évidemment, serait moderne et évoluerait sans cesse. La bibliothèque attirerait des milliers de lecteurs qui du même coup seraient mis en contact avec les arts »interview accordée au journal Le Monde, 17 octobre 1972.

La décision de construire « un ensemble monumental consacré à l'art contemporain sur l'emplacement du plateau Beaubourg » à Paris fut prise officiellement par le président de la République Georges Pompidou lors d'un conseil restreint tenu le , sur la base d'un document programmatique qui avait été rédigé par Sébastien Loste, alors chargé de mission à la Présidence de la RépubliqueSurnommé le « livre rouge », ce document devait constamment servir de référence lors de l'élaboration et de la mise en œuvre du projet.. Le Conseil de Paris donna son accord le .

À l'origine, le centre devait comprendre un musée d'art moderne, la bibliothèque publique d'information (BPI) et le Centre de création industrielle (Cci) créé par François Mathey, conservateur en chef du musée des Arts décoratifs. Mais, en 1971, sous l'impulsion directe de Georges Pompidou, il fut décidé d'y inclure également un centre de création musicale confié à Pierre Boulez, qui acceptait de rentrer en France, où il avait cessé toutes ses activités depuis 1966, et qui devait devenir l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique)Non prévu dans le programme initial, l'Ircam dut être installé en dehors du bâtiment principal. Pour cela, il fut décidé de transférer l'école Saint-Merri dans de nouveaux locaux construits sur un terrain disponible rue du Renard..

D'emblée, le projet fut extrêmement mal accueilli par l'administration. Il réunissait en effet un équipement relevant du ministère des Affaires culturelles (le musée), un autre relevant à l'époque du ministère de l'Éducation nationale (la bibliothèque), et un troisième (l'Ircam), qui s'affirmait comme indépendant, voire rival, de la direction de la musique, de l'art lyrique et de la danse dont le directeur nommé par André Malraux, le compositeur Marcel Landowski, était en guerre ouverte avec Pierre Boulez. Dans l'esprit de ses concepteursV. par exemple : Claude Mollard, L'Enjeu du centre Georges Pompidou, Paris, Union générale d'éditions, Coll. 10/18, 1976. Magistrat à la Cour des comptes, Claude Mollard a été secrétaire général du centre Georges-Pompidou de 1970 à 1978., le centre se voulait une réponse à un certain nombre de faillites de la politique culturelle française : l'incapacité à créer un musée d'art moderne digne de ce nom, le retard de la lecture publique par rapport notamment à l'Europe du Nord, le dédain dans lequel les autorités avaient tenu la musique contemporaine. Au lendemain de , la fondation du centre Pompidou apparaissait ainsi comme un nouveau défi lancé à l'académisme des institutions culturelles d'État.

La conception et la réalisation du centre Le , Robert Bordaz, conseiller d'État, fut nommé en conseil des ministres « délégué pour la réalisation du centre du plateau Beaubourg ». Il constitua une équipe d'une dizaine de personnes, chargée de préparer le concours international d'architecture lancé en et de mettre en place l'établissement public qui devait être chargé de la construction et de la préfiguration du centreL'équipe s'installa d'abord rue de la Bienfaisance (), puis dans des baraquements de chantier sur le plateau Beaubourg (1971-1972), et enfin dans un immeuble du boulevard Sébastopol..

Le , le jury du concours international d'architecture, présidé par Jean Prouvé, décida de retenir, parmi les 681 projets présentés, celui des architectes Renzo Piano, Richard Rogers et Gianfranco Franchini. Parmi les autres projets, on peut citer celui d'André Bruyère, qui proposait un immeuble en forme d'œuf de 38 étages, sur , qui aurait rompu drastiquement avec le rectiligne des voies parisiennesBruno D. Cot, « Paris. Les projets fous… auxquels vous avez échappé », cahier central publié dans L'Express, semaine du 29 mars 2013, p. XIII.. Les architectes, auxquels était adjoint le bureau d’ingénieurs Ove Arup & Partners conduit par Peter Rice, s'installèrent à proximité immédiate des locaux de la mission Bordaz, puis dans les locaux mêmes de celle-ci en 1973.

En , Robert Bordaz fut nommé président de l'établissement public du centre Beaubourg (EPCB), chargé de la construction du centre. Il réunit autour de lui les futurs responsables des activités culturelles du centre, les « utilisateurs », qu'il constitua, dès 1971, en un « conseil des utilisateurs » qui devint, une fois le centre achevé, le « conseil de direction » : Pontus Hultén, un Suédois arrivé en France en , fut nommé directeur du musée national d'Art moderne avec un contrat de trois ansSymbole d'ouverture internationale, cette décision fut alors violemment critiquée. Trois noms avaient été retenus : outre Pontus Hulten, Eddy de Wilde et Harald Szeemann. Robert Bordaz les avait rencontrés tous les trois et avait retenu Pontus Hulten, qui dirigeait le Moderna Museet à Stockholm, que le Président et Madame Pompidou avaient visité et apprécié (Claude Pompidou, entretien avec Daniel Abadie, in Georges Pompidou et la modernité, Paris, Éditions du jeu de Paume et éditions du centre Pompidou, 1999, ).. Avec son adjoint, Germain Viatte, il fut chargé de concevoir le nouveau musée dans une optique résolument contemporaine et internationale ; Jean-Pierre Seguin, qui fut le premier directeur de la Bibliothèque publique d'information, fut chargé de mettre en œuvre ce projet auquel il travaillait depuis 1967 ; François Mathey devint directeur du Centre de création industrielle, qu'il avait créé en 1968 au sein de l'Union centrale des arts décoratifs mais qui y végétait sans grands moyens.

Le , le Conseil des ministres arrêta le programme de la construction et les moyens financiers nécessaires, programmés sur plusieurs années et alloués sous forme de dotations exceptionnelles hors des crédits ordinaires du ministère des Affaires culturelles. Le responsable chargé de la coordination des entreprises chargées de la maîtrise d'œuvre était Roger Frangi (1922-1992), diplômé de l'Ecole centrale des arts et manufactures de Paris, ingénieur en chef à la société GTM (Grands Travaux de Marseille, aujourd'hui Vinci) qui organisa la conduite du chantier et coordonna l'activité des différents corps de métiers.

Le statut définitif de la nouvelle institution fut fixé par la loi du portant création du centre national d'art et de culture Georges-PompidouL'originalité du statut du centre avait justifié le recours à la loi, compétente, aux termes de l'article 34 de la Constitution de 1958, pour définir les catégories d'établissements publics.. Entre-temps, le Premier ministre Jacques Chirac avait dû batailler ferme contre le nouveau président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, qui envisageait d'arrêter le projet. À sa demande, un conseil restreint tenu en avait décidé la poursuite des travaux.