Pierre-Louis Prieur, dit Prieur de la Marne, né le à Sommesous (Marne) et mort le rue de Namur, à Bruxelles, était un avocat et un homme politique français. Membre de l'Assemblée constituante de 1789, puis député de la Marne à la Convention nationale, il fut l'un de ses principaux représentants en mission et membre du Comité de salut public. Il était surnommé « Crieur de la Marne » à cause de son éloquenceNotes et souvenirs inédits de Prieur de la Marne, publiés avec une introduction et des notes de Gustave Laurent, Berger-Levrault, 1912, 168 pages, , et Marcel Thomas, Christiane & Roland Choiselle, La grande Champagne: dictionnaire de ses femmes et hommes célèbres depuis le début du , précédé d'une étude sur son « Apport dans l'évolution des idées sociales », Éditions Matot-Braine, 1980, 507 pages, . Bernard Gainot, Dictionnaire des membres du Comité de salut public: dictionnaire analytique biographique et comparé des 62 membres du Comité de salut public, Tallandier, 1990, 163 pages, , fournit la même raison: .Pour Denise Béatrix Centore-Bineau, Saint-Just, 1767-1794, Payot, 1936, 292 pages, , .. De même, à l'Assemblée constituante, on disait d'une personne qu'elle était pour signifier qu'elle était désintéresséeBernard Gainot, Dictionnaire des membres du Comité de salut public: dictionnaire analytique biographique et comparé des 62 membres du Comité de salut public, 1990, ..

Biographie vignette|gauche|Portrait de Pierre-Louis Prieur dit Prieur de la Marne, huile sur toile de Jacques-Louis David, musée de la Révolution française, vers 1791.

Jeunesse Fils de Louis-Joseph Prieur, greffier et procureur fiscal de la justice, et de Marie Reine Hémard (morte en 1761), frère de Louis Basile (né à Sommesous le )Notes et souvenirs inédits de Prieur de la Marne, 1912, et 35.Louis-Basile Prieur deviendra négociant puis, en l'an II, agent supérieur du Comité de salut public pour opérer l'incorporation et l'encadrement des bataillons de la Charente., Prieur suit les cours du collège de Châlons-en-Champagne, avant d'étudier le droit à Reims (-)Edna Hindie Lemay, Christine Favre-Lejeune, Yann Fauchois, Alison Patrick, Dictionnaire des Constituants: 1789-1791, Voltaire Foundation, 1991, tome 2, 1022 pages, ., puis en 1781. Il y loge chez l'ancien boulanger Fouet. Le fils de ce dernier, François JosephFrançois-Joseph Fouet, né dans la paroisse Saint-Pierre de Reims le , s'établit comme notaire et conseiller du roi à Reims. Installé à Châlons-en-Champagne en 1786, après le décès de son épouse en 1790, il est élu maire de la ville (1797-1799). Il retourne à Reims sous le Consulat et y meurt le 2 mars 1827 Voir Notes et souvenirs inédits de Prieur de la Marne: publiés avec une introduction et des notes, 1912, et 36., également étudiant en droit à Reims, épouse sa sœur aînée, Marie Reine (1753-1790), avec laquelle il a un fils, Louis Joseph, le , qui sera plus tard adjoint titulaire aux commissaires ordonnateurs des guerres. Reçu lui-même avocat en parlement à Châlons, Prieur y devient membre de la loge « Saint-Louis de la bienfaisance »Jeffrey Tyssens, « Aspects de la sensibilité libérale dans les loges belges pendant les premières décennies du », in Cécile Révauger (dir.), Franc-maçonnerie et politique au siècle des lumières: Europe-Amériques, Presses universitaires de Bordeaux, 2006, 380 pages, et administrateur du collège de Châlons.

Député sous la Constituante (1789-1791) Le , à 36 ans, il est élu député du tiers état par ce bailliage aux États Généraux, premier sur deux, avec 257 voix sur 323 votants au troisième tourAdolphe Robert, Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Edgar Bourloton, 1889, tome 5, Lire en ligne.. À l'Assemblée constituante, il n'intervient guère dans les débats entre mai et , mais défend à la fin de l'année des positions avancées et se spécialise dans les questions financièresJean-René Suratteau, « Prieur Pierre-Louis, dit de la Marne », in Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, ).. Élu secrétaire de l'assemblée, il fait également partie des comités de mendicité () et des monnaies ()Jean-Pierre Jessenne (dir.), Robespierre: de la nation artésienne à la République et aux nations : actes du colloque, Arras, 1-2-3 avril 1993, Centre d'histoire de la région du nord et de l'Europe du Nord-ouest, Université Charles de Gaulle-Lille III, 1994, 458 pages, ..

vignette|gauche|Pierre Louis Prieur de la Marne, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1790. Il prend une part active dans les discussions sur l'organisation judiciaire, propose des mesures de rigueur contre les émigrés ( et ), réclame la destruction des monuments rappelant l'Ancien Régime, s'oppose à toute condition pécuniaire pour l'éligibilité des représentants, défend les sociétés populaires, le rattachement d'Avignon à la France ou le droit des pauvres de ramasser le bois mort dans les forêts, ainsi qu'une amélioration du traitement des religieux septuagénaires ou infirmes. Il se range ainsi dans le petit groupe de députés autour de Robespierre dès début 1791.

Au moment de la fuite du roi, il obtient que le nom du monarque soit supprimé de la formule du serment à la constitution et demande la mise en jugement du comte de Provence. De même, il s'oppose au principe de l'inviolabilité du roi dans la constitution. Après ces événements, il est l'un des quinze commissaires envoyés aux frontières, devant se rendre avec Sinéty et Ramel-Nogaret dans le FinistèreMichel biard, Missionnaires de la République, CTHS, Paris, 2002, .. Leur mission est cependant suspendue avant leur départ. Du au , il préside le club des JacobinsAuguste Kuściński, Dictionnaire des conventionnels, Société de l'histoire de la révolution française, 1916, vol. 3-4, .. Il passe ensuite brièvement aux Feuillants avant de revenir aux Jacobins le .

Interlude : retour dans la Marne (1791-1792) Après la fin de la session, il est élu, le , administrateur du département de la Marne puis, le , membre du directoire et substitut du procureur général syndic de la Marne. Il est également choisi comme accusateur public de Versailles (Seine-et-Oise)Notes et souvenirs inédits de Prieur de la Marne, 1912, . et vice-président du tribunal criminel de Paris le par 201 voix sur 350 votants, mais donne sa démission le Voir Alexandre Tuetey, Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française, Imprimerie nouvelle, 1900, vol. 5, ; Maurice Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, Imprimerie nouvelle, 1906, vol. 4, ; Étienne Charavay, Assemblée électorale de Paris, 26 août 1791-12 août 1792, Cerf, 1894, 628 pages, ..

Député sous la Convention (1792-1795) Le , il est élu, le premier sur dix avec 386 voix sur 442 votants, député de la Marne à la Convention. Envoyé en mission avec le girondin Carra et le député de la Plaine Sillery dès le à Châlons pour accélérer la mobilisation et l'organisation de l'armée, il se rend ensuite à Verdun pour y enquêter sur la capitulation de la place, quelques jours plus tôtMichel biard, Missionnaires de la République, 2002, et 41.. Au cours de cette mission, il rend visite, le , à la loge maçonnique « La Triple Union » à ReimsAldo Masullo, 1799-1999: geografia e storia dell'idea di libertà, Éditeur Falzea, 2000, 305 pages, ..

De retour à Paris, il se rapproche peu à peu de la Montagne, votant contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis dans le procès de Louis XVI et demandant le sur les massacres de Septembre, qu'il regrette, mais dont il juge impolitique de rechercher les auteurs, avant d'intervenir dans les débats sur l'organisation du tribunal révolutionnaire, dans lesquels il défend, contre Guadet et Buzot, la disposition suivant laquelle les jurés sont tenus de voter à voix haute. Élu membre du comité de défense générale le suivant, il n'y siège guère, étant envoyé en mission à Orléans avec Bourbotte et Julien de Toulouse par décret du Michel Biard, Missionnaires de la République, 2002, ., avec la charge de remonter l'esprit public dans cette commune déclarée en état de rébellion après un attentat contre le député Léonard Bourdon. Prieur est nommé pour remplacer Matthieu le et arrive à Orléans au plus tard le . Il est rappelé par décret le et de retour dans la capitale le . Puis, conformément au décret du , il part avec Laurent Lecointre et Gilbert Romme (rejoints le par Prieur de la Côte-d'Or) à l'armée des côtes de Cherbourg pour organiser cette armée et veiller plus généralement à la défense des côtes normandes. Ils se répartissent en deux équipes le , Prieur de la Marne et Lecointre se rendant dans la Manche. Ils y sont lorsque éclatent les révoltes fédéralistes et finissent par être expulsés de ce département, d'où ils se rendent à Rouen. Ils sont chargés de la répression de la révolte dans l'Eure et au Calvados par décret du , mais Prieur part pour Paris le pour solliciter des subsistances pour la Seine-Inférieure.

Élu le au Comité de salut public, Prieur est officiellement rappelé par décret du . Même après son élection, il passe l'essentiel de son temps en mission. Moins d'un mois après, il est envoyé par décret du aux armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle et du Rhin avec Jeanbon Saint-André et Philippe Le Bas (celui-ci ne participe cependant pas à la mission, ayant reçu une autre destination le lendemain).

De retour le , il est nommé à Brest avec Jeanbon Saint-André par arrêtés du Comité de salut public des 22 et et décret du pour réorganiser la marine. Partis de Paris dès le , ils arrivent à Brest le 7. Suivant une rumeur d'un nouveau soulèvement dans le Morbihan, les représentants sur place décide du départ de Prieur pour Vannes, où il arrive le brumaire. Trouvant tout tranquille, il y procède à l'épuration des administrations fédéralistes et veille au recrutement, avant de partir à la sollicitation de ses collègues pour l'armée de l'Ouest. Cette nouvelle mission est confirmée par lettre du Comité de salut public du 25 brumaire an II (). Arrivé à Rennes le 27 brumaire (), il suit l'armée, le plus souvent accompagné de ses collègues Bourbotte et Turreau, jusqu'à la reprise de Noirmoutier le 14 nivôse an II ().

Pendant la guerre de Vendée, il participa, avec ses collègues sur le terrain, à la nomination de plusieurs commissions militaires destinées à juger les rebelles pris les armes à la main, dont celles établies à Antrain (le frimaire an II-), à Angers (15 frimaire an II-), au Mans (24 frimaire an II-) et au moins la première commission de Noirmoutier (14 nivôse an II-).

À Noirmoutier, Prieur, Bourbotte et Turreau passent outre la promesse faîte par le général Haxo d'accorder la vie sauve à la garnison vendéenne en échange de sa capitulation. Dès le soir de la prise de l'île, ils écrivent au Comité de Salut public que la . Dans les jours qui suivent, à prisonniers vendéens sont fusillés à Noirmoutier. Prieur et ses collègues effectuent également l'interrogatoire du général vendéen Maurice d'Elbée et ordonnent l'exécution sans jugement du lieutenant-colonel Jean-Conrad Wieland, l'ancien commandant républicain de l'île.

Le Comité de salut public l'envoie par arrêté du 9 nivôse an II () dans le Morbihan et en Loire-Inférieure pour y organiser le gouvernement révolutionnaire. Arrivée à Lorient le 19 nivôse an II (), il reste dans le Morbihan jusqu'au rappel de Jean-Baptiste Carrier. Mandé à Nantes par le Comité de salut public pour le remplacer, Prieur partage son temps entre les deux départements de ventôse en floréal an II (février-), sauf une brève excursion avec l'armée qui le mène jusqu'à Montaigu le 4 ventôse an II ().