Les phtalates sont un groupe de produits chimiques dérivés (sels ou esters) de l’acide phtalique. Ils sont donc composés d'un noyau benzénique et de deux groupements ester placés en ortho et dont la taille de la chaîne alkyle peut varier. Les phtalates sont couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques (en particulier du polychlorure de vinyle (PVC), pour former par exemple des plastisols) pour les rendre souples.

Produits à quelque trois millions de tonnes par an dans le monde, les phtalates sont présents partout à des niveaux différents dans notre environnement quotidien : cosmétiques et produits de soin , peintures, vêtements, jouets, matériaux de construction, intérieurs de véhicules, articles d'ameublement, produits pharmaceutiques, suppléments nutritionnels, dispositifs médicaux.. Certains d'entre eux possèdent un effet perturbateur endocrinien et sont toxiques pour l'appareil reproducteur mâle chez le rongeur. Plusieurs phtalates ont été classés dans la catégorie des substances présumées toxiques pour la reproduction humaine (CMR catégorie 1B) par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Des mesures ont été prises au niveau français et européen qui limitent, voire interdisent, l'utilisation de certains phtalates préoccupants dans les cosmétiques, les jouets et articles pouvant être portés à la bouche par des enfants, les dispositifs médicaux et les matériaux de contact alimentaire..

Structure et propriétés Ce sont des liquides visqueux, transparents, incolores, avec peu ou sans odeur et très peu volatils. Leur point d'éclair varie en sens inverse avec leur volatilité. Hydrophobes dans les conditions normales, ils auront donc une affinité particulière pour les graisses ou les alcools lourdsLes fiches toxicologiques sur le site de l'INRS du DEHP, DIDP, DINP, DBP.. Dans l’environnement, les phtalates sont biodégradables mais peuvent persister plus longtemps dans certains milieux comme le milieu aquatique où ils vont se mélanger aux sédiments, ce qui rendra plus difficile leur dégradation en milieu aérobie.

{|class="wikitable centre" |+Phtalates les plus utilisésLouis Saint-Laurent et Marc Rhainds, Les phtalates : état des connaissances sur la toxicité et l'exposition de la population générale , communiqué de veille toxicologique, Institut national de santé publique du Québec, 7 janvier 2004. ! Phtalate de ! Sigle ! Formule brute ! Numéro CAS ! Exemples d’utilisation

| di-2-éthylhexyle | DEHP, DOP | C6H4[COOCH2CH(C2H5)(CH2)3CH3]2 | | Le plus utilisé(sauf dans l'UE où il est interdit). Fragrances, rideaux de douche, contenants pour la nourriture, sacs de sang, cathéters, etc. |- | di-isononyle | DINP | C6H4[COO(CH2)6CH(CH3)2]2 | | Jouets pour enfants, revêtements à plancher, gants, emballages alimentaires |- | di-isodécyle | DIDP | C6H4[COO(CH2)7CH(CH3)2]2 | | Applications médicales, sacs de sang, tubulures |- | benzylbutyle | BBP | CH3(CH2)3OOCC6H4COOCH2C6H5 | | Fragrances, adhésifs et colles, produits pour l’automobile, revêtements |- | dibutyle | DBP | C6H4[COO(CH2)3CH3]2 | | Fragrances, déodorants, fixatifs pour cheveux, vernis à ongles, insecticides |- | diéthyle | DEP | C6H4(COOC2H5)2 | | Fragrances, déodorants, produits cosmétiques pour les cheveux et le corps, savons |- | di-cyclohexyle | DCHP, DCP | C6H4[COOC6H11]2 | | Laboratoires de recherche |- | di-n-octyle | DNOP | CH3(CH2)7OOCC6H4COO(CH2)7CH3 | | Produits flexibles à base de plastique |- | diméthyle | DMP | C6H4(COOCH3)2 | | Déodorants

Applications industrielles, produits de consommation Utilisés , on en produit plus de trois millions de tonnes par an .

Ce sont des plastifiants utilisés couramment et dans de nombreux produits en plastiques, caoutchoucs et d’autres matériaux. Souvent ils rendent les matières plus souples, élastiques ou flexibles, plus résistantes aux chocs et au froid, à l'allongement et à la rupture ou facilitent leur mise en œuvre (par exemple en abaissant la température de transformation). Les cosmétiques sont le deuxième domaine d'application des phtalates (agents fixateurs augmentant le pouvoir de pénétration d’un produit sur la peau ou empêchant un vernis de craquer, supports de colorants, agents texturants, vecteurs ou solvants dans les parfums, les shampoings et gels douche…) Joseph DiGangi, Helena Norin, Pretty Nasty—Phthalates in European Cosmetic Products. Health Care Without Harm, 2002, p.5..

Presque tous les produits en polychlorure de vinyle (PVC) en contiennent (ils les rendent moins cassants, semi-rigides ou souples). Ce plastique peut être reconnu grâce à son . 90 % de la production de phtalates est destinée aux PVC, dont ils peuvent représenter plus de 50 % en poids pour les articles souples comme les nappes ou les rideaux de douche. On les trouve dans des milliers de produits courants en PVC : couches, chaussures et bottes, textiles imperméables, cuirs synthétiques, jouets, consoles de jeux, encres d’imprimerie, détergents. Ils sont présents dans des matériaux de construction, d’ameublement et de décoration, incorporés dans les revêtements en vinyle.. Ils renforcent l’effet des adhésifs et les pigments de peinture. Des amalgames dentaires en contiennent et certains médicaments (essentiellement quand une résorption particulière s’impose, par exemple pour fabriquer des capsules gastro-résistantes).

Divers jouets sexuels en contiennent aussiGreenpeace, How safe is your sex toy?, 8 septembre 2006.Vidéo sur Dailymotion..

Le matériel hospitalier, notamment les poches de perfusion, sont aussi des sources de contamination ; l'ANSM a trouvé (lors de contrôles) divers dispositifs médicaux en polychlorure de vinyle (PVC) garantis sans DEHP (perturbateur endocrinien très préoccupant) mais contenant des quantités significatives de résidus de phtalates, y compris dans des matériels aussi étiquetés « sans phtalates ». L'ANSM a demandé en 2016 des mesures correctives aux industriels et a publié un avis aux fabricants, rappelant leurs obligations d'étiquetage concernant la présence de phtalates classés carcinogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction de ou 1B selon le règlement CE dans certains dispositifs médicauxÉvaluation de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE), .

Toutefois, leur utilisation dans les jouets et emballages alimentaires est très réduite en Europe à la suite de la réglementation en vigueur. L'Italie fut l'un des derniers pays européens à bannir les phtalates comme plastifiants dans les films étirables alimentaires ; leur absence reste aujourd'hui un argument : « ». Le risque d'en trouver dans des articles venus d'ailleurs (Asie en particulier) est élevé, car les phtalates ont des performances inégalées pour un prix raisonnable.

Apparaît alors une contradiction : L'Europe L'UE pousse (via sa réglementation) à réduire l'usage de ces agents chimiques, mais ne semble pas disposer d'un système de contrôle suffisant pour garantir le respect des réglementations et des personnes.

Cette omniprésence des phtalates a suscité l'inquiétude des organismes de santé publique, qui étudient leur toxicité et les effets possibles des phtalates sur l’être humain et son environnement.Portail du groupe scientifique sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiques et les matériaux en contact avec les aliments (AFC)..

Modes d'exposition

La libération des phtalates dans l’environnement est permise par une migration au sein de la matrice (due à une incompatibilité avec celle-ci) suivie d’une exsudation, et d'une volatilité (plutôt faible mais significative, et qui varie en sens inverse avec la masse molaire). En toxicologie, quatre types d’exposition étaient considérées : inhalation, ingestion, intraveineuse ou contact cutané. Mais une étude publiée en 2015 a expérimentalement confirmé que chez l'enfant, l'absorption des phtalates par la peau (directement à partir de l'air) est une voie d’exposition/contamination aussi importante que l’inhalation (même si l’enfant ne touche pas les objets qui émettent ces phtalates volatils)Weschler, C. J., Bekö, G., Koch, H. M., Salthammer, T., Schripp, T., Toftum, J. et Clausen, G., Transdermal Uptake of Diethyl Phthalate and Di (n-butyl) Phthalate Directly from Air: Experimental Verification, Environmental health perspectives, 2015.. L'inhalation de phtalate n’était pas jugée prépondérante car ces composés sont très peu volatils, il faut tout de même considérer le risque dû aux aérosols dans les cosmétiques (parfums, déodorants) et aux colles et le risque de passage transcutané direct (à partir de l'air pollué) chez les jeunes enfants.

L’exposition via l’ingestion de phtalates est jugée plus critique : dans les pays où les phtalates sont encore admis dans les plastiques au contact des aliments, les phtalates migrent vers les aliments riches en graisses (fromages, viandes, plats en sauce). La valeur moyenne ingérée est alors de . Malgré cela, selon des chercheurs de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) « seuls » 12 % des gens dépasseraient la dose tolérée pour le DEHP selon la Communauté européenne (soit de poids corporel/jour). Le risque est exacerbé chez le jeune enfant qui tend à porter à la bouche les objets (dont jouets en plastique) et car les phtalates peuvent migrer dans la salive et aussi au travers de la peau.

La libération de phtalates par la voie intraveineuse est une autre source d’exposition non négligeable. En marge de ces expositions plutôt courantes, il peut aussi se produire des problèmes lors d’une longue hospitalisation pour laquelle l’organisme est exposé aux phtalates à travers les appareils médicaux comme les poches de sang ou les sondes intraveineuses. La quantité à laquelle le patient est exposé est faible mais l’exposition est directe puisque les composés passent directement dans le sang. Cela devient encore plus critique lorsqu’il s’agit d’un bébé ou d’une femme enceinte car les effets sur la fertilité, la croissance et le développement infantile sont rapportés dans différentes études..

Enfin des produits cosmétiques en contenant sont aussi source d’exposition car le contact cutané' direct permet la migration dans le corps humain.

Des phtalates sont aussi transmis (avec d'autres polluants organiques persistantsKim, S., Park, J., Kim, H. J., Lee, J. J., Choi, G., Choi, S., … et Choi, K., Association between Several Persistent Organic Pollutants in Serum and Adipokine Levels in Breast Milk among Lactating Women of Korea, Environmental science & technology, 2015, 49(13), 8033-8040.) par le lait maternelKim, S., Lee, J., Park, J., Kim, H. J., Cho, G., Kim, G. H., … et Choi, K., Concentrations of phthalate metabolites in breast milk in Korea: Estimating exposure to phthalates and potential risks among breast-fed infants, Science of The Total Environment, 2015, 508, 13-19..

Lorsque toutes ces expositions sont combinées, il peut y avoir des risques mais les quantités présentes dans l’environnement ne sont pas assez importantes pour être dangereuses outre mesure. De plus, il ne se produit en général pas de bioamplification en remontant dans la chaîne alimentaire, ce qui veut dire que la contamination à laquelle un animal a pu être exposé ne se transmettra pas à celui qui va le manger si le temps est assez long pour permettre aux phtalates de se dégrader.