Norbulingka ou Norbu Lingka (À proprement parler, lingka désigne un jardin horticole. Cf 安才旦, Tibet China : travel guide, 五洲传播出版社, 2003, , 203 p., p. 92 : :  ; translittération phonétique en ), est une enclave de , comprise dans les faubourgs ouest de Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, et remplie de jardins, de bassins, de pavillons et de palais. Avant la construction de la ville nouvelle à partir de 1959, le site était à l'extérieur de LhassaJean Dif, Carnet de route d'un voyage au Tibet, septembre - octobre 2004 : .

Le parc, qui se divise en deux parties : le Norbulingka proprement dit, à l'est, et le Chensel Lingka ou Jianselingka, à l'ouest, servit de résidence d'été aux dalaï-lamas depuis le milieu du jusqu'au , date où , le s'exila en IndeRoland Barraux, Histoire des dalaï-lamas, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Éditions Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel , p. 341.. Hormis le palais de , (le Kelsang Phodrang), construit en 1755, les grands palais et leurs bâtiments ancillaires (le Chensel Phodrang et le Takten Migyür Phodrang) furent édifiés au respectivement par , dalaï-lama, et le .

Le site fut un deuxième centre religieux, politique et culturel du Tibet, après le Potala Historic Ensemble of the Potala Palace, Lhasa, sur le site World Heritage Convention..

En 2001, l'UNESCO inscrivit le Norbulingka sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité en tant que partie de l'ensemble historique du Palais du Potala.

La fête du Shoton, « fête du yaourt », se tient chaque année au Norbulingka durant une semaine de juillet-août. Elle est marquée par des agapes et des libations sur les pelouses du parc ainsi que par un festival de danses traditionnelles et d'opéras tibétains.

Historique thumb|Le porche d'entrée du Norbulingka en 1938.

Origines et création Avant la création du complexe, le site était un bois où coulait une source ayant des vertus curatives. Kelzang Gyatso, dalaï-lama (1708-1757), qui était de santé fragile, venait s'y reposer et s'y baigner l'été安才旦, Tibet China : travel guide, op. cit., p. 93 : .Victor Chan, Tibet. Le guide du pèlerin, Éditions Olizane, 1998, p. 195..

La création du parc démarra en 1755 avec la construction, par le dalaï-lama, Kelsang Gyatso (1707-1757), d'un palais, le Kelsang Potrang (le « palais Kelsang »)Victor Chan, , p. 195., et où il vint résider chaque été, inaugurant une pratique reprise par tous ses successeurs.

Le dalaï-lama, Jampel Gyatso (1758-1804), fit agrandir le périmètre initial en y ajoutant trois temples ainsi qu'un mur d'enceinte autour de la partie sud-est Patricia Cronin Marcello, The Dalai Lama: a biography, Greenwood Publishing Group, 2003, , 173 p., p. 35 : . Le caractère de parc s'affirma dès cette époque avec la plantation de jardins fleuris et de tonnelles, ainsi que d'arbres fruitiers et d'arbres à feuillage persistant venant de toutes les régions du Tibet. Une armée de jardiniers était nécessaire pour entretenir espaces et alléesPatricia Cronin Marcello, op. cit., p. 36 : . Visitant le parc dans les années 1930, les membres d'une délégation britannique furent étonnés de trouver des roses et des pétunias en fleur à d'altitude ainsi que des roses trémières, des soucis, des chrysanthèmes et des rangées d'herbes médicinales ou de plantes rares en pot. Il y avait en outre des pommiers, des pêchers et des abricotiers (bien que les fruits n'en mûrissent pas à Lhassa) et des bosquets de peupliers et de bambous Michael Buckley, Tibet, Bradt Travel Guide, Édition 2, illustrée, Éditeur Bradt Travel Guides, 2006, 336 p. : .

Sous le dalaï-lama, Thubten Gyatso (1876–1933), l'ensemble vit de nouvelles constructions ainsi que l'amélioration des jardins. Le fit bâtir le complexe du Chensel Linka au nord-ouest, dont trois palais (en fait, comme tous les palais du parc, guère plus que des maisons richement décorées)Patricia Cronin Marcello, op. cit., p. 35-36 : .

À l'époque de Lhamo Dondup (le futur ), le terme de Norbulingka en était venu à englober à la fois le Norbulingka et le Chensel Lingka. La zone orientale comportait trois parties : les palais (au nombre de deux), l'opéra (avec scène en plein air et jardins) et les bureaux du gouvernement. La zone occidentale comportait trois parties : le palais, la forêt et les champs. L'ensemble du parc avait deux murs d'enceinte, un mur intérieur délimitant l'espace réservé au dalaï-lama et sa suite, un mur extérieur délimitant avec le premier l'espace réservé aux hauts responsables et à la famille du dalaï-lamaPatricia Cronin Marcello, op. cit., p. 36..

Le Norbulingka à l'époque du dalaï-lama vignette|Le dalaï-lama et Wu Zhongxin au Norbulingka le 31 janvier 1940..

Le parc à l'époque de Heinrich Harrer (1946-1950) vignette|Le parc aujourd'hui. L'Autrichien Heinrich Harrer indique que, lors de son séjour à Lhassa entre 1946 et 1950, avant que le dalaï-lama ne soit intronisé chef spirituel et temporel du Tibet, le parc, entouré d'un mur, est ouvert aux visiteurs et aux pèlerins pendant la journée, pourvu qu'ils portent tenue tibétaine. Deux gardes à l'entrée y veillent. L'enceinte abritant le nouveau palais d'été et son jardin derrière de hauts murs jaunes est lourdement gardée par des soldats. Seuls le et ses tuteurs y ont accès. Même les ministres du gouvernement n'y sont pas autorisés. L'enceinte est gardée par des chiens Heinrich Harrer, Seven years in Tibet, translated from the German by Richard Graves; with an introduction by Peter Fleming; foreword by the Dalai Lama, E. P. Dutton, 1954, : .

Lorsqu'il quittait sa résidence d'hiver, le palais du Potala, pour passer l'été au parc, le se déplaçait dans un palanquin jaune, tapissé de soie, porté par trente-six porteurs et abrité du soleil par un moine portant une vaste ombrelle en plumes de paonHeinrich Harrer, Seven Years in Tibet, op. cit. : . Cette chaise à porteurs est conservée aujourd'hui dans le nouveau palais d'été construit de 1954 à 1956.

En 1948, Heinrich Harrer doit intervenir afin de renforcer une digue qui protège le Norbulingka des inondations du Kyi chu, un fleuve large de après la mousson. Pour effectuer cette tâche, Harrer dirige 500 soldats et . De plus, Harrer dirige une flottille de 40 barques en peau de Yak. Les bateliers transportent des blocs de granit qui sont extraits d'une carrière située en amont du Norbulingka. Il indique par ailleurs que le chantier destiné à protéger le palais reçoit souvent la visite de membres du gouvernement tibétain. Avant de quitter le chantier, ils remettent des écharpes de soie et font distribuer des récompenses aux ouvriersHeinrich Harrer Sept ans d'aventures au Tibet, p. 209 et suivantes, traduction de Henry Daussy Arthaud, 1954 ..

Le parc lors du soulèvement de mars 1959

vignette|Un portail finement décoré. L'universitaire Christine SedraineChristine Sedraine de l'Université Toulouse 1 Capitole. indique que le , des Tibétains se rassemblèrent devant une porte de Norbulingka, afin de protéger le dalaï-lama à la suite d'une rumeur qui prêtait aux Chinois l'objectif d'enlever celui-ci. Le , les manifestants, rejoints par la garde de Norbulingka, interdisaient l'accès à la résidence du dalaï-lamaChristine Sedraine, Trois tibétains en exil: des oies sauvages en larmes, L'Harmattan, 1998, pp. 273-274.. Le tibétologue Charles Ramble précise que quelque entourèrent le Norboulingha afin de protéger le Dalaï-lama Tibétains, 1959-1999, quarante ans de colonisation, Ouvrage collectif dirigé par Katia Buffetrille et Charles Ramble avec Robbie Barnett, Georges Dreyfus, Samten G. Karmay, Per Kvaerne et Jigmé Namgyèl; Ed Autrement, coll. Monde ..

Selon les sources officielles chinoises, le au matin, plus de de Lhassa et des centaines de rebelles provenant du Kham accourent au palais de Norbulingka pour dissuader le dalaï-lama d'aller au spectacle Tell you a True Tibet - How Does the 1959 Armed Rebellion Occur?, People's Daily Online, avril 17, 2008 (Excerpts from Tibet - Its Ownership And Human Rights Situation, published by the Information Office of the State Council of The People's Republic of China) : . Selon Qingying Chen, la Conférence du peuple, créée dans l'après-midi par les insurgés et la plupart des ministres du gouvernement tibétain, décide l'envoi, au palais, de moines armés depuis les monastères de Séra et de Drepung pour protéger le dalaï-lama. Le soir, un millier de moines gagnent Lhassa tandis que les troupes tibétaines se préparent au combat. Dans le même temps, les rebelles du Kham se répandent autour de la ville. Le gouvernement tibétain fait ouvrir le dépôt d'armes et distribuer armes et munitions aux insurgés Qingying Chen, Tibetan History, Series of basic information of Tibet of China, 2003, 181 pages, pp. 172-173 , : .

Selon le gouvernement tibétain en exil et divers auteursCharles Ramble, Tibétains 1959 - 1999 : 40 ans de colonisation, en collaboration avec Katia Buffetrille, Éditions Autrement, p. 7.Frédéric Lenoir et Laurent Deshayes, L’Epopée des Tibétains entre mythe et réalité (essai), Fayard, 2002, p. 284.Claude B. Levenson, La Chine envahit le Tibet: 1949-1959, Éditions Complexe, p. 59.Pierre Macaire, Encre de Chine : (Transsibérien, Mongolie, Chine, Tibet), p. 103., le , les Chinois envoyèrent deux obus de mortier sur Norbulingka. Ils atterrirent dans un étang, près du mur d'enceinte du nouveau palais, ce qui poussa le à quitter le pays The Government of Tibet in Exile, History leading up to March 10th, 1959, sur l'ancien site tibet.com : . Charles Ramble indique que 2 jours plus tard les bombardements du Norbulingha reprirent. Selon le Gouvernement tibétain en exil, le Norbulingka fut frappé par 800 obus environ, tuant des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants autour de l'enceinte du palais, et détruisant les demeures de 300 dignitaires à l'intérieur de l'enceinte History Leading up to March 10th 1959, site du gouvernement tibétain en exil, 7 septembre 1998 : . L'Indien Ranesh Chandra Dhussa affirme que des obus détruisirent le bâtiment [le nouveau palais d'été], y tuant la plupart des Tibétains. Quand les Chinois inspectèrent les cadavres, ils s'aperçurent que le dalaï-lama s'était échappé Ranesh Chandra Dhussa, Tibet: A Nation in Exile, in Focus on Geography, American Geographical Society, vol. 52, , 22 septembre 2009, pages 1-6, en part. p. 5, légende de la photo de la salle d'audience du palais d'été : . Des informateurs apprendront au dalaï-lama en fuite, le bombardement du Norbulingka le Gilles Van Grasdorff, La nouvelle histoire du Tibet, Perrin, octobre 2006 , p. 371..

Un moine interviewé par Claude B. Levenson, rapporte que « L'enfer se déchaîna soudain au cours de la nuit, quand le premier assaut chinois fut lancé et que quelques tirs sporadiques répliquèrent du Potala et du Chakpori, la Colline-de-fer juste en face de la Colline-des-dieux. Un déluge de bruit, de fer, d'obus, de fumée, de hurlements de terreur et une odeur de sang. Le vacarme s'apaisa vers l'aube, quand un jour blafard couleur de poussière se leva sur un paysage de mort : des corps enchevêtrés montaient des plaintes, des râles et des gargouillis, des blessés suppliaient qu'on les achève, des gamins aux yeux agrandis d'étonnement fixaient à jamais un ciel infini, des femmes sanglotaient sans larmes, un vieillard au regard vide égrenait un rosaire de ses doigts décharnés, un moinillon gisait à la renverse un filet de sang séché à la commissure des lèvresClaude B. Levenson, La Chine envahit le Tibet: 1949-1959, p. 57.. »