Jacques Couture, né le à Québec et mort le à Saint-Jérôme, est un prêtre et homme politique québécois.
Jésuite engagé, il s'est fait connaître à partir des années 1960 par son action dans les milieux ouvriers montréalais. Membre fondateur de nombreux organismes d'entraide pour les familles et les travailleurs, son engagement social le conduit à faire le saut en politique dans les années 1970. Il est candidat pour le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) à la mairie de la ville lors des élections de 1974.
Il poursuit son engagement au sein du Parti québécois en 1976. Ministre du Travail et de l'Immigration dans le gouvernement de René Lévesque, il a contribué à l'adoption de la première loi anti-briseurs de grève en Amérique du Nord. Il est aussi le cosignataire de l'entente Cullen-Couture, définissant les pouvoirs du Québec en matière d'immigration et d'intégration des nouveaux arrivants. Il est également connu pour avoir organisé la mobilisation pour accueillir au Québec les premiers réfugiés du Viêt Nam.
En 1981, il quitte la politique et revient à la vie religieuse. Il s'installe sur l'île de Madagascar et organise la mise sur pied d'un ensemble d'organismes d'aide au développement dans la capitale Tananarive. La maladie le force toutefois à revenir au Québec, au début des années 1990.
Biographie Jeunesse Famille Jacques Couture vient au monde à Québec, dans une famille bourgeoise. Il est le cinquième de sept enfants nés de Joseph-Ubald Couture (1897-1992), haut fonctionnaire, et de son épouse Irène Marcoux« Couture (Joseph) », Le Soleil, 24 novembre 1992, cahier C, p. 10. Consulté le 12 octobre 2023..
Sympathisant libéral, son père est membre du personnel de bureau de plusieurs premiers ministres, dont Louis-Alexandre Taschereau, Adélard Godbout et Jean Lesage. Il est également chef du protocole pour le gouvernement du Québec, entre autres lors des conférences de Québec en 1943 et 1944« M. Churchill assiste à une séance du cabinet provincial », La Patrie, 12 août 1943, p. 2. Consulté le 12 octobre 2023.« Le conseil des ministres reçoit M. Churchill », Le Devoir, 15 septembre 1944, p. 4. Consulté le 12 octobre 2023..
Son frère Jean (1924-2016) est un médecin. Il a été directeur du département de chirurgie de l'Université Laval et président du Collège Royal des médecins et chirurgiens du CanadaFiche : Jean Couture, Fédération québécoise des sociétés de généalogie, 24 décembre 2016. Consulté le 24 octobre 2023..
Formation sociale et politique gauche|vignette|Le quartier Montcalm aujourd'hui (anciennement Belvédère). Il grandit dans le quartier Belvédère (aujourd’hui Montcalm) de la haute-ville de Québec. En 1943, il entre au Collège Saint-Charles-Garnier pour y faire son cours classique. Cette éducation catholique l'influence très tôt dans ses choix de vie. Attiré par les mouvements d'action catholique et par le personnalismeCourant répandu chez les jeunes chrétiens des années 1920 aux années 1950, le personnalisme peut se décrire comme une volonté de chercher des outils collectifs pour permettre à chaque personne de se déployer pleinement., il est animé par un sincère désir d'aider son prochain. Il s'engage ainsi dans le scoutisme, la ligue missionnaire des étudiants et la congrégation mariale de son collègeCatherine Foisy, Figures marquantes de la solidarité : Jacques Couture (1929-1995), Fondation Lionel-Groulx, 9 mai 2023, p. 1. Consulté le 12 octobre 2023..
Bien qu'il soit animé par une grande foi, il est également intéressé par la politique. À la même époque, le Québec est plongé dans une crise politique à la suite du plébiscite du printemps de 1942 ayant rendu le service militaire obligatoire au Canada, malgré l'opposition d'une grande majorité de Québécois. En réaction, un groupe de gens fonde le Bloc populaire, un nouveau parti politique visant à défendre les droits des citoyens face au gouvernement canadien. Jacques Couture trouve dans ce parti une continuité avec son engagement spirituel. Il y milite et distribue notamment des tracts pour le candidat Alfred Rouleau lors des élections de 1944Bernard Descôteaux, « Jacques Couture propose une nouvelle vision de la vie urbaine », Le Devoir, 22 octobre 1974, p. 11. Consulté le 18 octobre 2023..
Sa conscience sociale est mise à l'épreuve pour la première fois alors qu'il a 15 ans. À la veille de Noël, il se rend dans le quartier populaire de Saint-Roch pour offrir des paniers de provisions aux résidentsMonique Richer, « Au nom de Dieu, l'ex-ministre Jacques Couture œuvre parmi les plus pauvres », Le Journal de Montréal, 22 mai 1988, p. 5.. Cette expérience (qu'il qualifiera plus tard de « tourisme socialJean-V. Dufresne, « Cet homme a fait trembler Jean Drapeau », Le Maclean, mars 1975, p. 21. ») l'amène à s'interroger sur le sens véritable de la charité et de l'altruisme. Il finit par s'indigner de voir que sous cette forme de générosité bien intentionnée se cachait une forme d'hypocrisie : le don ponctuel pouvait donner la paix d'esprit aux gens de son milieu, mais il ne faisait pas grand-chose pour ceux qui n'avaient pas sa chance et qui voulaient s'en sortir. Comme il le résume dans ses mots : « Nous descendions sous le cap visiter les pauvres de Saint-Roch, puis remontions ensuite réveillonner dans la haute-ville […]. Alors j'ai compris que quelque chose ne marchait pas. Nous ne proposions aucune solution. Nous nous donnions bonne conscience en nous occupant de nos pauvres, une fois par quinze jours ». Cette prise de conscience fait naître en lui une vocation : changer le monde en aidant les pauvres à s'épanouirCatherine Foisy, Figures marquantes de la solidarité : Jacques Couture (1929-1995), Fondation Lionel-Groulx, 9 mai 2023, p. 2..
Vocation religieuse Jacques Couture termine son cours classique en 1951. Toujours attiré par la politique, en de la même année, il s'inscrit en droit à l'Université Laval. Son but est alors de devenir avocat pour les travailleurs du quartier Saint-Roch. À l'université, il participe à la fondation d'une association étudiante du CCF. Toutefois, il se trouve vite déçu par « l'aspect frivole de la vie d'étudiant en droitMartin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 30. Consulté le 16 octobre 2023. ». En 1953, alors qu'il prépare ses examens, il demande l'hospitalité d'une maison jésuite pour étudier. Au bout de quatre jours, lors d'une messe, il est illuminé par une lecture de l'Évangile. Déjà intéressé par l'idéalisme chrétien que représentait pour lui l'ordre des jésuites, cette illumination le mène à abandonner ses études de droit et à intégrer la communauté religieuse. Il y fait son entrée le Martin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 32..
Au cours des années suivantes, Jacques Couture se consacre à l’étude religieuse afin de recevoir l’ordination. Il étudie au noviciat du Sault-au-Récollet à Montréal, puis poursuit une licence en philosophie au Collège Immaculée-Conception. En entrant chez les jésuites, le futur prêtre pose une condition : il souhaite œuvrer en Inde. Bien que cette condition soit acceptée par ses supérieurs, au moment de partir en mission, il apprend que l'Inde est réservée aux jésuites anglophones tandis que la Chine est réservée aux francophones. Ainsi, le , il quitte Montréal et s'installe comme missionnaire stagiaire dans la ville de Hsinchu, sur l'île de Formose à Taïwan« Départ du Rév. P. Jacques Couture S.J. pour les Missions », La feuille d'érable, 25 juin 1959, p. 12. Consulté le 16 octobre 2023.. L'expérience le marque durablement. En plus de lui permettre d'apprendre le chinois et de prendre goût à la culture et aux grandes civilisations asiatiques, ce voyage le sensibilise aux réalités du tiers-mondeMartin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 33-34..
Au bout de dix-huit mois, il contracte une maladie qui le force à revenir au Québec. Rentré à Montréal le , il décide alors de s'installer dans le quartier Saint-Henri. Après sa guérison, il poursuit et complète sa licence en théologie et se fait ordonner prêtre le Catherine Foisy, Figures marquantes de la solidarité : Jacques Couture (1929-1995), Fondation Lionel-Groulx, 9 mai 2023, p. 3..
Installation dans Saint-Henri vignette|Le quartier Saint-Henri à Montréal. En 1964, Saint-Henri est un quartier laissé-pour-compte. Socialement homogène, composé largement de francophones catholiques, il est cependant négligé par les autorités. La distance entre l'Église (vue comme embourgeoisée) et les gens du quartier se fait bien sentir. À son arrivée, Jacques Couture y trouve donc une population méfiante et peu intéressée par son discours. Afin de s'intégrer à son quartier, il adopte une approche qui lui permettra de mieux agir de l'intérieur (et de mettre en application les transformations souhaitées par l'Église, dans la foulée du concile Vatican II). Ainsi, au lieu de vivre comme les curés traditionnels, il décide de s'installer parmi les pauvres et les ouvriers du quartier et partager leur quotidien. Cette intention de vivre leur vie, même si elle est souvent pénible, lui semble indispensable à sa mission (comme il l'écrit à son supérieur) : « Notre but serait avant tout de “présence” dans un milieu donné, adoptant le mode de vie, partageant les mêmes conditions. En même temps, l’occasion de connaître très concrètement l’existence parfois pénible de quantité de gens auxquels est destiné l’Évangile du Christ : “évangéliser les pauvres”Martin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 29. ».
Suivant cette logique de vouloir vivre parmi les pauvres, puisqu'il ne reçoit aucun fond des Jésuites en tant que prêtre, le père Couture décide de se trouver un emploi pour gagner sa vie. Il travaille d'abord comme livreur pour les supermarchés Steinberg, puis comme ouvrier dans une usine de métal de 1965 à 1968Catherine Foisy, Figures marquantes de la solidarité : Jacques Couture (1929-1995), Fondation Lionel-Groulx, 9 mai 2023, p. 4-5.Martin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 41.. Il devient ainsi le premier jésuite québécois à s'installer parmi ses paroissiens comme prêtre ouvrierMartin Croteau, L'implication sociale et politique de Jacques Couture à Montréal de 1963 à 1976, mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, 2008, p. 34.. Sincère, il refuse que ce choix soit interprété comme une manière de se grandir aux yeux des autres : « Je ne veux pas être un mythe [...] ni jouer les héros. Il n'est pas extraordinaire d'être prêtre ouvrier. C'est la logique de l'engagementJean-Paul de Lagrave, « Le père Jacques Couture : Il n'est pas extraordinaire d'être prêtre-ouvrier, c'est la logique de l'engagement », La Presse, 6 juillet 1968, p. 55. Consulté le 18 octobre 2023. ».
Action communautaire Tout en travaillant, Jacques Couture participe à la création d'un « comité diocésain permanent pour la pastorale en milieu ouvrier afin de faire de la recherche et proposer des moyens de renouveler la présence cléricale en milieu ouvrier et populaireCatherine Foisy, Figures marquantes de la solidarité : Jacques Couture (1929-1995), Fondation Lionel-Groulx, 9 mai 2023, p. 5. ». Il met ensuite sur pied des rencontres, à travers le Groupement familial ouvrier (GFO) pour organiser des loisirs. Il cofonde également un comité d'action politique avec des citoyens de Saint-Henri et devient le rédacteur principal de son journal L'Opinion ouvrière.