Victor Delbos, né le à Figeac et mort le à Paris, est un philosophe historien français.
Biographie Naissance et famille Victor Delbos, dont le nom de baptême est Étienne-Marie-Justin-VictorQui êtes-vous ? Annuaire des contemporains, 1910, , consulté en ligne le .., naquit à Figeac le ..
On sait peu de chose sur sa famille paternelle. Ceux qui sont connus demeurent issus de la biographie écrite par Joannès Wherlé, qui était à la base d'un entretien avec un certain Malrieu, juge à Figeac, note .. Selon cette source, son père Germain Delbos était originaire de Faycelles. Il fut d'abord clerc de notaire, puis libraire.
Sa mère, née Marie-Justine Cadiergue, était l'une des filles d'un instituteur. Le , elle succéda, après la naissance de Victor, à sa mère, en tant que propriétaire de la librairie familière à Figeac, située en face de celle du père de ChampollionLe cercle de l'imprimerie, de la librairie et de la papeterie, Journal général de l'imprimerie et de la librairie, , tome VII, , 1863..
Le personnage le plus important de sa famille était son grand-père maternel, Jean Cadiergue, étant le directeur de l'école communale de Figeac qui comptait , grâce à sa bonne réputation. Il était un ancien élève de l'école normale de Cahors. Il avait été promu comme mention honorable, par arrêté du ministre de l'instruction publique daté du Journal général de l'instruction publique et des cultes, tome 12, , 1843.. La qualité de son enseignement était tellement appréciée : « La méthode mutuelle est appliquée dans son école avec la plus grande exactitude. C'est la seule école de ce genre qui existe dans le département. Le mérite de cet instituteur, son excellente conduite, son zèle, lui ont acquis la considération et la confiance générales au plus haut point. Son école est constamment au complet. ... Tel est le témoignage rendu à M. Cadiergue par le sous-inspecteur des écoles primaires du Lot. »Journal d'éducation populaire, , , , 1847..
Formation C'était ce grand-père qui conduisit Victor, petit-fils unique, sur le chemin des études. Le directeur Jean Cadiergue l'accueillit dans sa propre école, et l'instruisit avec soin.
Selon la volonté de son grand-père, la formation suivante aussi fut effectuée à Figeac, au vieux collège, entre 1870 et 1879. Il fut récompensé par plusieurs premiers prix et nominations.
Ses travaux favorisèrent son inscription auprès du lycée Louis-le-Grand à la capitale, en 1879. À cause des froidures du pensionnat austère, il dut passer l'année 1879 - 1880 à Figeac et à Cauterets. Toutefois, à nouveau, il réussit à étudier à Paris, en 1881 - 1882 comme auparavant, en tant qu'externe.
École normale supérieure Une fois accueilli à l'École normale supérieure en 1882, Victor Delbos progressa dans ses recherches. En 1883, il obtint sa licence ès lettresComité des travaux historiques et scientifiques à l'École nationale des chartes, Victor Delbos.. Il fut qualifié comme cacique de cette école, et en 1885, il fut reçu premier au concours de l'agrégation de philosophie.. L'autorité de l'école décida de créer une quatrième année, de sorte qu'il puisse continuer à étudier librement, en conservant son rôle exemplaire de cacique.
Enseignement aux lycées Il commença sa carrière en étant professeur de philosophie au lycée de Limoges en 1886. L'année suivante, il se déplaça vers Toulouse. Son enseignement dura six ans au lycée de cette ville.
Victor Delbos était déjà un excellent enseignant de philosophie. Après son arrivée, en 1888, l'un de ses élèves à Toulouse, Stéphane-Martin Strowski, décrocha le prix d'honneur () de la Dissertation française, dans la classe de philosophie, ainsi que Gilles-Marie-Théodore Suran, Distribution des prix du concours général des lycées et collèges des départements, , , 1888..
Or, en 1891, avec un mémoire écrit sur la morale de Baruch Spinoza, Delbos subit le premier et dernier échec dans sa vie. Sa participation au concours, tenu par l'Académie des sciences morales et politiques, fut refusée par le jury, qui attendait que le candidat critique le doctrine ou athéisme de Spinoza, alors que Delbos songeait à restituer le système de ce philosophe. La réponse de Delbos était d'approfondir ses études. En 1893, il fit publier un livre de , Le problème moral dans la philosophie de Spinoza et dans l'histoire du spinozime. Cette œuvre connut un grand succès, premier de ses écritures. Le livre fut rapidement épuisé.
Il restait encore enseignant aux lycées. De 1893 à 1895, il fut professeur au lycée Michelet de Vanves. Sa carrière académique connue, il fut chargé, le , de présider la distribution des prix à Figeac, sa ville natale. Entre et , il fut maintenant professeur auprès du lycée Louis-le-Grand où il avait passé sa jeunesse. Puis, il fut invité en 1897 par le lycée Henri-IV, en faveur des Khâgne (classes préparatoires littéraires).. Pendant cinq ans, il y enseigna au lieu d'Henri Bergson en congé..
Lorsqu'il était le professeur de ce lycée Henri-IV, il fut chargé, en faveur de La Grande Encyclopédie, de rédiger l'article PhilosophieLa Grande Encyclopédie, tome XXVI, 1899 selon Jean-Louis Maisonhaute ; Liste de MM. les collaborateurs : « Delbos (Victor), professeur de philosophie au Lycée Henri IV. » ..
L'année 1902 se remarquait de son ascension de carrière, à la suite de son diplôme obtenu, un doctorat ès lettres, qui fut octroyé par la faculté des lettres de Paris. En réalité, il avait déposé deux thèses ayant pour but d'obtenir le doctorat. L'une était ce qui se consacrait à Friedrich Wilhelm Joseph Schelling et à Georg Wilhelm Friedrich Hegel, thèse complémentaire. Delbos l'avait achevée en latin. L'autre thèse, en français, était principale, en faveur d'Emmanuel Kant. Et c'était la deuxième qui fut appréciée par le jury de la faculté. Chercheur infatigué, le nouveau docteur continuera à enrichir sa thèse, passée de 329 pages à . Finalement, pour récompenser cet immense travail, l'Académie française lui octroiera le prix Montyon en 1906. Cette année 1902, après avoir publié sa thèse latineLa couverture De posteriore Schellingii philosophia : Victor Delbos, olim scholæ normalis alumnus, nunc in lyceo Henrici Quarti dicto philosophiæ professor MCMII (1902), consulté en ligne le ., il quitta le Lycée Henri-IV, et à nouveau fut accueilli auprès du Louis-le-Grand, de même, en faveur de la classe Khâgne.
À la Sorbonne Finalement, il continua ses études et l'enseignement à la Sorbonne, jusqu'à son décès inattendu. Nommé maître de conférences en histoire de la philosophie moderne le , il fut également, au sein de cette université, d'abord professeur adjoint en 1908 puis professeur de philosophie et psychologie de 1909 à 1913. Il y eut un changement en 1913. Il était inhabituel que l'autorité de l'université ait décidé de créer un nouveau poste pour lui. Il fut nommé professeur de philosophie et d'histoire de la philosophiep. 198, note n° 4. Après son décès, ce poste sera supprimé et ne sera restitué qu'en 1933.
Il fut membre puis président de la Société d'études pour les questions d'enseignement secondaire. Le , il devint membre de l'Académie des sciences morales et politiquesp. 452 - 453 qui accorde depuis 2002 un prix Victor-Delbos. À son âge, à quarante ans, ces promotions demeuraient vraiment exceptionnelles. En 1913, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. De nos jours, ses enseignements effectués à la Sorbonne restent encore une référence. De même, on apprécie toujours La philosophie pratique de Kant, une œuvre monumentale et considérablement enrichie à la base de sa thèse de doctoratThèse publiée en 1903 Jean-Louis Vieillard-Baron, Delbos et Belgson, un spiritualisme nouveau, dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 141, p. 373 - 380, 2016 .
Ses promotions spéciales étaient en fait le résultat d'un revivalisme catholique, constaté à cette époque-là parmi les jeunes les plus intellectuels. Cette génération, qui avait critiqué et renoncé le catholicisme 20 ans auparavant, avait une grande tendance à retourner à ces doctrines, dans l'optique d'établir la vie intellectuelleChristophe Prochasson et Anne Rasmussen, Au nom de la patrie : Les intellectuels et la Première Guerre mondiale (1910 - 1919), p. 130, 2020 . Un témoignage était la revue Études religieuses, historiques et littéraires : « Enfin, à la Sorbonne, les étudiants en philosophie, s'écartant des méthodes sociologiques d'un Durkheim, ont choisi pour maître un catholique, M. Victor Delbos. »Études religieuses, historiques et littéraires, tome 132, p. 752, 1912, consulté en ligne le 22 juin 2022 D'ailleurs, dans la même année 1912, le , un correspondant du journal The New York Times aussi écrivit, dans son article intitulé French Catholic Rivival, la phrase identique : « At the Sorbonne, the students in philosophy have chosen for professor a Catholic, Victor Delbos. »The New York Times, French Catholic Revival : Marked Reaction Toward the Church Has Set In, le 23 juin 1912 . C'est la raison pour laquelle il était devenu le professeur de philosophie et d'histoire de la philosophie, à la place de celui de philosophie et psychologie auparavant.
Cours professés à la Sorbonne Chercheur qualifié, Victor Delbos présentait aux étudiants ses derniers études, dans l'optique de partager ses connaissances. Chaque année, il leur donnait un cours nouveau. Certains furent publiés, y compris les publications posthumes. année 1902 - 1903 : Cours sur Spinoza et Malebranche année 1903 - 1904 : Histoire de la philosophie grecque année 1904 - 1905 : Histoire de la philosophie grecque à partir d'Aristote année 1905 - 1906 : Histoire de la philosophie moderne année 1906 - 1907 : Histoire de la philosophie moderne à partir de Locke et Leibniz année 1907 - 1908 I : Les théories de la connaissance dans la philosophie grecque ( semestre : cours fermé) année 1907 - 1908 II : Spinoza (2e semestre : cours public) année 1908 - 1909 I : Questions préliminaires sur l'histoire de la philosophie et les sources de l'histoire de la philosophie ancienne ; le stoïcisme et l'épicurisme ( semestre : cours fermé) année 1908 - 1909 II : Les origines de la philosophie allemande au ( semestre : cours public) / posthume 1919 - 1922 (revue) année 1909 - 1910 : Victor Egger (leçon d'ouverture) / 1910 (revue) ; les théories de la connaissance dans la philosophie moderne année 1910 - 1911 : Maine de Biran et son œuvre philosophique / posthume 1931 année 1911 - 1912 : Diverses formes du rationalisme moderne année 1912 - 1913 : Spinozisme / 1913 (revue) / 1916 année 1913 - 1914 : Descartes, Locke et Condillac année 1914 - 1915 : année 1915 - 1916 : La philosophie française / posthume 1919
À la suite de la Première guerre mondiale
vignette|redresse=0.5|Maurice Blondel, ami et collaborateur. Dans sa vie privée, Victor Delbos fut attristé, à la suite du trépas de son fils Gérard en 1903 puis celui de son père Germain en 1907. Sa mère Marie-Justine décéda le , juste après le commencement de la Première Guerre mondiale. Avec cette circonstance, et en souhaitant que son épouse et ses filles soient en sureté, il passa plusieurs mois à Figeac. La reprise des cours à la Sorbonne ne fut tenue qu'en novembre.
Toujours enseignant, Delbos envoyait des livres de philosophie à son ancien étudiant de la Sorbonne, Étienne Gilson. En effet, ce dernier fut mobilisé, lorsque la Première guerre mondiale avait éclaté. Aussi Gilson pouvait-il continuer ses études, même au front. Après la guerre, il devint, avec Jacques Maritain, l'un des deux philosophes les plus importants pour la philosophie catholique., et finalement élu académicien.