vignette Lhistoire des Amazigh remonte aux premières civilisations installées sur les territoires d'Afrique du Nord. Les Amazighs (en Tamazigh pl. ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ /Imaziɣen/, sing. ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ /Amaziɣ/) sont une ethnie autochtone d'Afrique du Nord, aussi connue dans l'Antiquité sous les noms de Libyens, Libou, Mauri, Numides, Gétules, Garamantes. Ils ont été notamment impliqués durant leur histoire dans les guerres puniques, la conquête romaine, la christianisation, l'invasion vandale, la conquête arabe et l'islamisation.

Durant l'ère hellénique, ils ont été appelés « Libyens » (ou « Libyques », ou Paléo-Berbères) et leur terre « Libye », connue aujourd'hui sous le nom de Libye antique. Leur terre s'étendait alors des Îles Canaries (à l'ouest du Maroc actuel) à l'ouest de l'Égypte antique. L'Égypte moderne comprend l'oasis de Siwa, région berbérophone, qui a fait historiquement partie de la Libye antique.

Les populations berbères thumb|120px|Portrait du roi numide Massinissa. (actuelle Algérie)

Le nom de « berbère » est issu du mot barbarus, par lequel les Grecs, puis les Romains, désignaient tout peuple dont ils ne comprenaient pas la langue, et qui ignoraient les coutumes et la civilisation gréco-romaines. Par la suite, les Romains ont maintenu l'usage du mot « Berbères » pour désigner les peuples d'Afrique du Nord qu'ils n'ont jamais réussi à soumettre totalement, même après la prise de Carthage. Chaque région du Maghreb étant constituée de plusieurs tribus dont notamment les grandes confédérations Sanhadja, Zénète, Masmouda et Luwata. Chaque tribu est décomposée en des sous-tribus, dont chacune dispose d'une indépendance territoriale et décisionnelleHistoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale De Ibn Khaldūn, William MacGuckin lire en ligne.

Les groupes liés de près et de loin avec les Berbères dans l'histoire sont: Les Africains de l’EstL'origine de l'haplogroupe E3b2 est l'haplogroupe E3b d'Afrique orientale qui date de . ; Les Ibères, les Grecs, les ÉgyptiensL’Origine des Berbères, Gabriel Camps, [Islam : société et communauté. Anthropologies du Maghreb, sous la direction de Ernest Gellner, les Cahiers C.R.E.S.M, Éditions CNRS, Paris, 1981.]version en ligne Les premiers habitants de l'Europe, d'après les auteurs de l'antiquité et... Par Henry Arbois de Jubainville ; Les CorsesGermaine Tillion, L'Algérie en 1957 et autre peuples de culture nuragique.

Préhistoire

Les Ibéromaurusiens thumb|left|upright|Peinture rupestre au Hoggar

Des sites archéologiques révèlent des ossements d’hominidés dont les dates obtenues par archéomagnétisme remontent jusqu’à 2 millions d’années. Les chercheurs y ont vu la présence de l’Homo habilis et de l’Homo erectus (appelé auparavant Atlanthrope) au début du Paléolithique.

Le Paléolithique finit avec l'Ibéromaurusien, connu en particulier par les fouilles menées dans la grotte d'Afalou, en Kabylie (Algérie) qui ont révélé l'existence à cette période (il y a à environ) d'un art mobilier (petites statuettes zoomorphes) et d'enterrements.

Les derniers chasseurs-cueilleurs sont représentés dans le nord de l'Algérie par les Capsiens, attestés jusqu'à il y a .

Dans le sud Sahara, le Néolithique est une période florissante en raison d'un climat globalement plus humide que l'actuel et donc d'une flore et d'une faune beaucoup plus riches. De plus, les êtres humains de cette période ont gravé et peint les parois des abris notamment à Tassili n'Ajjer.

thumb|Peintures rupestres au Tassili n'Ajjer

La civilisation ibéromaurusienne se caractérise par des rites funéraires plutôt évolués et par un raffinement de l'outillage utilisé. Néanmoins, il n'est bien sûr pas encore question d'agriculture. La grotte des Pigeons (Taforalt / Ifri n Tafoughalt) dans la région d'Oujda correspond au plus grand gisement de l'époque.

Cette civilisation se maintient et se répand sur l'ensemble du Maghreb avant de se métisser progressivement vers le neuvième millénaire avant notre ère avec les populations capsiennes.

La civilisation capsienne right|170px|thumb|Squelette capsien en position repliée La civilisation capsienne, ancêtre des Berbères, apparaît avec la révolution du Néolithique entre et et dure jusqu'à l'apparition de l'âge du fer vers 2000 Les Capsiens, ancêtres directs des Berbères, apparaissent d'abord à la ville de Gafsa en Tunisie, avant de se répandre dans l'ensemble de l'Afrique du Nord. Les Capsiens qui habitaient des campements faits de huttes et de branchages s'installaient généralement sur des sites à proximité d'un oued ou d'un col montagneux. À cette époque la plus grande partie de la berbérie ressemblait à une savane, comme en Afrique de l'Est aujourd'hui, avec des forêts méditerranéennes uniquement en haute altitude.

Les Capsiens furent les premiers en Afrique du Nord à domestiquer les ovins, ils fabriquèrent divers objets, y compris des objets d'art décoratifs et des bijoux, tels que des colliers à partir de coquillages marins et diverses peintures abstraites et figuratives. Les Capsiens se nourrissaient d'ovins et de bovins, ainsi que de produits agricoles, mais également d'escargots : en effet de vastes dépôts de coquilles vides d'escargots datant de l'époque capsienne furent retrouvés, notamment à Mechta Sidi El Arbi dans la wilaya de Constantine ( Algérie ). Du point de vue anatomique les Capsiens étaient composés de 2 types ethniques : les Mechta Afala et les Proto méditerranéens dont certains pensent qu'ils auraient émigré de l'est. La culture Capsienne est reconnue par les historiens linguistes comme l'ancêtre des langues berbères en Afrique du Nord, et la décoration de poterie capsienne est d'une grande ressemblance avec la décoration moderne de poterie berbère. Peu de choses sont connues de la religion des Capsiens. Toutefois, leurs pratiques funéraires (monticules de pierres, et de peintures figuratives) suggèrent que ces derniers croyaient en une vie après la mort.

Vers 3000 avant notre ère (il y a 5000 ans), en actuelle Algérie, les Capsiens commencèrent à migrer au sud de l'Atlas tellien et s'installèrent au-delà de l'actuelle Batna et progressivement jusqu'au confins du Sahara qui se situaient à l'époque plus au Nord, vers l'actuel Tamanrasset. Le Sahara rapidement asséché, devient le désert extrêmement aride que l'on connait de nos jours. Les populations qui migrent en raison de ce changement climatique laissent derrière eux des peintures rupestres comme celles du Tassili N'adjjer datant de la période 5000-1500 avant notre ère ou celles de la région d'El-Bayadh qui témoignent du mode de vie, de chasse d'agriculture et des rites capsiens. Leur civilisation survit jusqu'au début de l'âge du fer, avec l'apparition des fournaises vers -1500, l'actuelle Algérie n'ayant pas connu l'âge du bronze. L'aridité du désert a permis de conserver naturellement ces œuvres dans des musées à ciel ouvert durant plusieurs millénaires (même si ces peintures sont de nos jours menacées par la fréquentation touristique des sites rupestres du Sahara et les dégradations qui en découlent). Le contraste entre la luxuriance de la faune peinte sur ces peintures et l'aridité actuelle du désert du Sahara renforce encore leur attrait historique et artistique.

La civilisation carthaginoise

Le Néolithique voit également le contact s’établir entre les Phéniciens de Tyr qui fondent la civilisation carthaginoise sur les rives du golfe de Tunis en -814, avec les peuples autochtones de l’actuelle Tunisie, dont les Berbères sont désormais devenus la composante essentielle. On observe le passage de la Préhistoire à l’Histoire principalement dans l’apport des populations phéniciennes, même si le mode de vie néolithique continue un temps à exister aux côtés de celui des nouveaux arrivants. Cet apport est nuancé, notamment à Carthage (centre de la civilisation punique en Occident), par la coexistence de différentes populations minoritaires mais dynamiques comme les Grecs, les Italiens ou les Ibères d’Espagne. Les nombreux mariages mixtes contribuent à l’établissement de la civilisation puniqueEn particulier entre les Puniques et les populations locales selon Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Les Belles Lettres, Paris, 2006, . On peut parler de punicisation..

Parallèlement, l'Égypte et Libye vont s'affirmer dans leurs identités respectives. L'Égypte va se tourner vers l'Orient dont elle est pour partie issue, la Libye va se tourner vers sa seule voie d'expansion possible, la mer Méditerranée, dont elle reçoit régulièrement par bateaux, la visite de peuples maritimes, en particulier de la civilisation égéenne et phénicienne. De fait, dès le Néolithique, la plupart des habitants de la Libye habitent le front de mer, tandis que l'arrière-pays en voie de désertification dès le millénaire constitue un repli pour des groupes épars, réunis en chefferies et en communautés de pâtres.

Antiquité upright=1.0|thumb|Mausolée libyco-punique dans son état actuel à Dougga en Tunisie thumb|300px|Timgad, vue d'ensemble thumb|300px|Mausolée royal de Maurétanie

Organisation politique

Durant l'ère pré-romaine, plusieurs États indépendants se succèdent (Massæsyles, Massyles, Maures, etc.). La région est connue à travers plusieurs provinces. La province romaine d’Afrique correspond au territoire naturel de Carthage. La côte ouest de la Libye (l’Africa Vetus et l’Africa Nova), est divisée par Dioclétien en trois : la Tripolitaine, la Byzacène et l'Afrique Proconsulaire résiduelle, aussi appelée Zeugitane.), la Numidie. La Maurétanie désigne le territoire des Maures dans l'Antiquité, qui s'étend sur le Nord-ouest et central de l'actuelle Algérie, et une partie du Nord marocain.

Rome en développe l'économie pour assurer le ravitaillement de Rome (huit mois par an, selon Flavius Josèphe, et seulement quatre pour l'Égypte romaine). Au début de la domination romaine, le territoire est divisé en provinces : Maurétanie césarienne, qui correspond à l'Algérie centrale et occidentale. La capitale était Caesarea (actuelle Cherchel ou Cherchell) ; Maurétanie sétifienne, créée par Dioclétien pour la partie orientale de la Maurétanie Césarienne avec Sitifis (actuelle Sétif en Algérie) comme capitale ; Maurétanie tingitane, qui correspond à peu près au Nord du Maroc actuel. Les villes principales sont Volubilis, Sala, Lixus, Banasa, Ceuta, Melilla et Tingis (actuelle Tanger) qui en était le chef-lieu. Elle fut rattachée administrativement à la province d'Espagne (la Bétique).

Les Berbères vont connaitre des relations culturelles avec les Phéniciens (ce qui donne la civilisation carthaginoise), avec les Romains en Numidie ou encore avec leurs voisins égyptiens aux frontières de la Libye. La civilisation berbère est à son apogée, plusieurs grandes villes sont construites au Nord au Sud dans le désert (Timgad, Dougga, etc.), sauf Carthage, qui va être reconstruite. L'agriculture se développe grâce à la plantation de plusieurs milliers d'oliviers pour faire de l'huile d'olive en Afrique du Nord.

La nationalité romaine est offerte aux Berbères, cela facilite l'intégration des nomades au monde Romain. Plusieurs mariages mixtes entre Romains et Berbères naturalisés sont célébrés dans les grandes villes. La pratique des cultes berbères (croyances berbères) est représentée dans les fresques romaines, de même pour les jeux, sources de distraction et de joie pour la plupart des Berbères. De plus, les bains publics sont un luxe pour tout le monde. Timgad compte ainsi vingt-sept bains.

Il n'existe pas de remparts autour des villes, pour faciliter les relations entre les Berbères et les Romains. Les arts sont développés par les artisans berbères (céramique, poterie, tissage, etc.).

Plusieurs amphithéâtres sont construits, le théâtre de Timgad (Algérie) pouvant contenir de l'Aurès. La population globale de l'Aurès de l'époque est estimée entre huit et dix-mille habitants, durant les premières années de l'Empire romain en Afrique du Nord.