Labbaye d’Eberbach est une ancienne abbaye cistercienne en Allemagne, près d'Eltville. Fondée en 1135, elle a été agrandie au début du .
Histoire L'abbaye a été fondée en 1135 par Adalbert de Sarrebruck, archevêque de Mayence, alors que l'ordre cistercien rayonnait en Europe. Elle a été refondée par saint Bernard de Clairvaux, fondateur des Cisterciens, comme une abbaye fille de l'abbaye de Cîteaux. L'église abbatiale, à trois vaisseaux, a été édifiée en deux temps, de 1145 à 1160, puis de 1170 à 1186. Entre 1310 et 1340, on a ajouté sur le flanc sud une série de chapelles gothiques.
L'écrivain catholique des Lumières Johannes Lorenz Isenbiehl fut condamné en 1778 à une retraite à l'abbaye d'Eberbach à cause de ses écrits considérés comme hérétiques. Cette abbaye est à ce jour une des mieux conservées au monde. L’édifice héberge une fondation culturelle. Le musée de l'abbaye retrace l'histoire de l'abbaye et de l'ordre cistercien.
Lors de l'hiver 1985-1986, les scènes intérieures du film Le Nom de la rose y ont été tournées, ce qui a accru sa réputation.
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] } thumb|Sceau du monastère, en usage de 1332 à 1803.
Eberbach est le plus grand domaine viticole d'Allemagne : déjà au les moines produisaient à peu près 1,5 million de litres par an. La règle de saint Benoît leur dictait de se procurer par eux-mêmes leurs revenus.
En 1435, le comte Jean IV de Katzenelnbogen fut le premier viticulteur de riesling à Rüsselsheim (près de quatorze comtes ou comtesses de Katzenelnbogen furent enterrés dans l'église abbatiale du monastère).
À cette époque, les documents indiquent que les moines cultivaient le cépage « , variété Grobrot ».
Sépultures Gerlier de Nassau (1322-1371), archevêque de Mayence Jean de Luxembourg-Ligny (évêque de Mayence) Adolphe II de Nassau (1422-1475)
Description Plan du monastère thumb|center|upright=2.7|À gauche : porterie (I), bâtiment des frères convers (L), réfectoire des frères convers (M). Au centre : cloître (C), lavabo (E), réfectoire (F), cuisines (G). En bas : basilique (A), sacristie (B). À droite : salle capitulaire et salle de travail (scriptorium) ; à l'étage, dortoir des moines (D). Hospice (N).
La zone centrale du monastère forme une structure de plan orthogonal, composée d'une basilique, d'un cloître et d'une aile de réunion.
Le ruisseau Kisselbach s'étend à l'est de la zone centrale. De l'autre côté du cours d'eau se trouve le bâtiment de l'ancien hôpital. À l'ouest du bâtiment des convers et au nord de la zone centrale se trouvent divers ateliers et bâtiments agricoles.
À l'origine, il n'y avait d'accès au complexe monastique que du côté sud : l'ensemble était clos par un mur d'enceinte et l’entrée n’était possible que par la guérite. Au cours des siècles suivants, d'autres portes ont été aménagées.
L'ensemble constitue un monument culturel de rang européenGottfried Kiesow, Der Hessische Minister für Landwirtschaft und Forsten, Freundeskreis Kloster Eberbach e. V. « Europäisches Denkmal der Klosterbaukunst », Eberbach im Rheingau, Zisterzienser – Kultur – Wein, éd. Der Hessische Minister für Landwirtschaft und Forsten, Wiesbaden/Eltville, 1986, p. 41–54.
Histoire du bâtiment thumb|Trois styles architecturaux sont visibles du côté sud-est de la basilique : une nef romane avec des fenêtres gothiques et des tourelles baroques.
L'emplacement du monastère, au-dessus du Rheingau et entouré des chaînes de montagnes boisées du Taunus, correspondait à l'idéal de solitude des premiers mouvements cisterciens. Les moines étaient censés se concentrer sur une vie pieuse, isolés du monde, loin des routes commerciales importantesWolfgang Einsingbach, Wolfgang Riedel, Kloster Eberbach im Rheingau. 2007, p. 11..
Les Cisterciens vivaient à l'origine dans les bâtiments abandonnés de l'ancien monastère des chanoines augustins, situés dans le quartier de l'ancien hôpital, à l'est du Kisselbach. C'est la forte croissance du nombre de couvents à partir de 1140 qui a rendu nécessaire la construction du monastère actuel dans un style roman. Le chantier a été achevé vers 1220. Au cours des deux siècles suivants, les bâtiments furent reconstruits et modifiés à plusieurs reprises dans le style gothique.
Les projets de reconstruction du monastère au XVIIe siècle sous l'abbé Leonhard Ier Klunckhart n'ont pas pu être réalisés à cause de la guerre de Trente AnsWolfgang Einsingbach, Wolfgang Riedel, Kloster Eberbach im Rheingau. 2007, p. 24.. À la fin des , d'autres travaux de rénovation baroque ont été effectués sur le monastère, sans que soit modifié le noyau de l'ensemble du complexe. L'ancienne église du monastère des chanoines a été démolie au XVIIIe siècle.
Le complexe a été en grande partie préservé grâce à une utilisation continue par l'État, sans investissements importants depuis la sécularisation. Au XXe siècle, des rénovations ont été réalisées dans le respect de la protection des monuments. Les bâtiments ont été partiellement restaurés dans leur état romanWolfgang Einsingbach, Wolfgang Riedel, Kloster Eberbach im Rheingau. 2007, p. 26.. La maison des enragés, le plus grand ajout structurel du XIXe siècle, a finalement été démolie.
Basilique thumb|Façade ouest et chapelles de l'église abbatiale. Photographie : Albrecht Meydenbauer, 1885.
thumb| Monastère d'Eberbach : basilique, chapelles gothiques sur la face sud. thumb|upright|Vue vers l'ouest, depuis la croisée vers la nef.
La basilique a été construite à la limite sud de la zone centrale du monastère. Elle constitue donc le bâtiment visuellement dominant du monastère pour les visiteurs venant de la porterie. Il s'agit d'une basilique à trois nefs à piliers romans hauts et à transept. La nef, le transept et le chœur présentent un faîte continu et de hauteur uniformeDethard von Winterfeld, Die Vierung der Klosterkirche Eberbach, Nassauische Annalen, Band 123, Verlag des Vereines für Nassauische Altertumskunde und Geschichtsforschung, Wiesbaden, 2012. ISSN 0077-2887 p. 43–54.Wolfgang Einsingbach, Wolfgang Riedel: Kloster Eberbach im Rheingau. 2007, p. 31–54.. La construction de la basilique romane a commencé en 1140. Après des interruptions de construction vers 1160-1170, l'autel fut consacré en 1178. La consécration de l'église entière a eu lieu en 1186, par l'archevêque de Mayence Konrad Ier de Wittelsbach, en présence de l'évêque de Münster Hermann II de Katzenelnbogen. Dans le plan initial, le chœur devait être nettement plus bas que la nef, mais ce plan fut abandonné au cours de la construction.
Il y a neuf chapelles gothiques devant le bas-côté sud. Elles ont été agrandies au cours de plusieurs phases de construction, entre 1313 et 1340, servant à l'origine de chapelles funéraires. Durant cette phase de construction, de grandes fenêtres gothiques ont été percées dans le chœur, dont celle du sud, qui a été conservée.
Lors des travaux de rénovation baroques du monastère, l'inclinaison du toit de la nef et du transept a été augmentée. L'église a été couronnée de deux tourelles, chacune pourvue d'un toit en forme d'oignon. La plus grande se trouve au-dessus de la croisée et la plus petite au-dessus de la nef ouest. D'autres modifications baroques de la structure romane ont été démontées lors de la restauration de 1935 à 1939.
À l’intérieur du bâtiment de 76,2 × 33,4 m, l’impression générale romane domine. La basilique est construite sur un plan de croix latine. De simples arcs en plein cintre soutiennent la voûte d'arêtes. La nef, qui comporte six arches, les transepts nord et sud, ainsi que le chœur, sont séparés de la croisée par un arc. Les murs sont lisses et sans décorations. Les murs de la phase gothique ont été peints et le sol a été recouvert de carreaux ornementaux colorés.
Du côté est, deux groupes symétriques de trois chapelles donnent sur chacune des ailes nord et sud du transept. À l’intérieur, des restes de stucs issus de la refonte baroque du début du XVIIIe siècle ont été conservés.
Les stalles du chœur qui caractérisaient à l'origine l'intérieur de l'église, ainsi que la clôture du chœur, n'existent plus. Les dalles funéraires gothiques conservées ont été endommagées lorsque le bâtiment a été utilisé comme écurie. La quasi-totalité des pierres tombales ne se trouvent plus à leur emplacement d'origine.
Aujourd'hui, l'église est utilisée pour des concerts, notamment le festival de musique du Rheingau. L'église peut accueillir 1 400 auditeurs. Les services religieux n'ont lieu que lors d'occasions spécialesStiftung Kloster Eberbach, Kloster Eberbach Tagen und Tafeln in einzigartigem Ambiente Eltville, 2011, p. 14–15.
Aile orientale Au nord de la basilique se trouvent les bâtiments de retraite du monastèreWolfgang Einsingbach, Wolfgang Riedel: Kloster Eberbach im Rheingau. 2007, p. 54–75.Stiftung Kloster Eberbach, Kloster Eberbach Tagen und Tafeln in einzigartigem Ambiente, Eltville, 2011, p. 16–25. Les parties les plus anciennes remontent probablement aux constructions de 1140. Les bâtiments ont été construits dans le style roman, mais ont été remaniés dans le style gothique primitif au XIIIe siècle. L'aile orientale du cloître se trouve dans le prolongement du transept de la basilique. Dans le cadre de la rénovation gothique vers 1250, le bâtiment a été agrandi, dépassant bien au-delà du cloître.
Le rez-de-chaussée de la basilique abrite l'armurerie, la sacristie, la salle capitulaire, le parloir et la fraternité, qui sert aujourd'hui de cave à vin. Après le déménagement de la bibliothèque, l'armurerie a été reconvertie en lieu de sépulturesHilmar Tilgner, Siegbert Sattler, Die Sanierung des Klosters Eberbach im Rheingau: Der Bibliotheksbau, Nassauische Annalen, Band 109, Verlag des Vereines für Nassauische Altertumskunde und Geschichtsforschung, Wiesbaden, 1998, p. 175–202.
Salle capitulaire
La salle capitulaire, accessible depuis le cloître, a reçu sa forme gothique vers 1350. L'étoile voûtée qui s'élève de l'unique colonne centrale soutient la pièce comme un parapluie. La salle est entourée de deux rangées de bancs de pierre. Vers 1500, elle était décorée de peintures de vrilles et de fleurs.
Salle de travail La salle à deux nefs de 48 m occupe la majeure partie du rez-de-chaussée du bâtiment oriental. Haute de plus de trois mètres, elle est couverte en voûtes d'arêtes. Dans sa forme actuelle de style gothique primitif, elle remonte à un agrandissement du monastère, vers 1250. À l'origine, c'était une salle de travail, probablement la salle d'écriture (scriptorium) des moines. À la fin du Moyen Âge, la salle a été convertie en cave à vin du monastère. Les vins les plus précieux étaient conservés en cet endroit, appelé Cabinettkeller. Le nom de « Kabinett » pour désigner les vins allemands de qualité trouve là son origine.
Dortoir thumb|Dortoir de moines.
À l'étage supérieur se trouve le dortoir des moines, une salle à deux nefs de 74 m de long et 14 m de large. Avec plus de , cette salle du début du gothique est l'une des plus grandes salles non sacrées du Moyen Âge. Sa voûte d'ogives est soutenue par des colonnes basses aux chapiteaux sculptés.
Le sol qui s'élève légèrement vers le nord rend l'aspect du lieu encore plus impressionnant. Le dortoir est directement relié au transept de la basilique par un escalier. Aujourd'hui, les salles forment le musée de l'abbaye. Du temps du monastère, la salle pouvait abriter jusqu'à 150 moines.
Bâtiments de clôture monastique, côté nord thumb|Le réfectoire des moines, dans le bâtiment nord.