Le musée du Luxembourg est un lieu d'exposition d'art installé dans une aile bâtie perpendiculairement à l'orangerie du palais du Luxembourg, rue de Vaugirard, dans le de Paris.

Depuis 2000, cette institution culturelle est placée sous la tutelle du Sénat français, qui siège dans le reste du palais (dans certains cas, cette tutelle consiste à confier la gestion d'expositions à une société privéeDidier Rykner, « Nouvelles révélations par le journal Libération sur la gestion du musée du Luxembourg », La Tribune de l'art, 4 janvier 2004.).

Sa vocation actuelle est de présenter périodiquement des expositions artistiques thématiques et originales privilégiant trois axes de programmation, en lien avec l’histoire du lieu : « la Renaissance en Europe », « Art et pouvoir » et « le Palais, le Jardin et le Musée : le Luxembourg au cœur de Paris, capitale des arts »Sénat : Le musée du Luxembourg.

Emplacement géographique Le musée du Luxembourg se trouve dans le nord-ouest du jardin du Luxembourg, sur lequel il donne à l'ouest.

Le bâtiment est adjacent à l'orangerie, au sud. Il a un accès par la rue de Vaugirard, en retrait de laquelle il se trouve, au nord, et est bordé par le jardin du Petit Luxembourg à l'est.

Histoire L'histoire du musée du Luxembourg, qui a vu se succéder sous cette appellation plusieurs institutions muséales, remonte au milieu du .

En 1750, il fut avec l'exposition des « Tableaux du Roy », et après celui de Besançon ouvert en 1694, le premier musée des beaux arts d'importance ouvert au public en FranceLa plus ancienne collection de France est celle du Cabinet des médailles dotée d'un administrateur par Charles IX, lequel préfigura la création du musée du Louvre en 1793, avant d'être, en 1818, le premier musée d'art contemporain créé en Europe, à l'origine cette fois du musée national d'art moderne, qui lui succéda en 1947Les musées du Luxembourg depuis 1750, site du SénatCatalogues et explications des tableaux du Musée, site du Sénat.

Le musée a eu des affectations différentes au cours de son histoire, qui lui ont vu exposer des collections de natures et d'époques variées.

Le musée du Luxembourg et l'art ancien Le premier musée du Luxembourg : 1750-1780 Le Luxembourg fut le premier quartier de Paris à compter une galerie publique de peinture, et ce presque cinquante ans avant la création du muséum du Louvre. Ouverte le , à l'emplacement même de la galerie de Marie de Médicis, dans l'aile est du palais du Luxembourg, la galerie royale de peinture du palais du Luxembourg avait très tôt attiré les visiteurs étrangers, tant par la richesse que par la diversité des collections. La création d'une telle galerie dut être vécue comme un privilège royal conféré au quartier. Elle constitue également un jalon essentiel de la socialisation progressive des édifices privés au .

C'est sur une proposition du critique d'art Étienne La Font de Saint-Yenne que Le Normant de Tournehem, directeur des Bâtiments du roi, entreprit d'exposer au public les collections royales entreposées à VersaillesCatalogue sommaire des peintures, sculptures, dessins, gravures en médailles et sur pierres fines et objets d'art divers de l'école contemporaine exposés dans les galeries du musée national du Luxembourg , Imprimeries réunies, Musée du Luxembourg, 1894, p. IX-XII (Introduction) Lire en ligne.. L'abbé Gougenot en fait ce rapport : Laran J., « L'exposition des tableaux du roi au Luxembourg en 1750. Description inédite de l'abbé Gougenot », Bulletin de la Société d'histoire de l'art français, 1909, 154-202.. Les visites avaient lieu le mercredi et le samedi, sur des créneaux de seulement trois heures.

thumb|La Vierge au lapin de Titien.

Parmi les œuvres exposées dans la galerie est figuraient : Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau par Léonard de Vinci, La Vierge au lapin par Titien, des Raphaël, des Véronèse, des Rembrandt, des Poussin, des Van Dyck, ainsi que des œuvres du Lorrain, du Corrège, etc. Dans la galerie parallèle, à l'ouest, étaient exposés la série de toiles biographiques commandées par Marie de Médicis à Rubens. Ces peintures sont aujourd'hui dans les collections du Louvre.

C'est le comte de Provence, futur Louis XVIII, qui fit fermer la galerie en 1780 : il avait commencé dès 1760 à entreposer ses archives dans le Palais du Luxembourg, qu'il reçut en complément d'apanage en 1778. L'administration de la Couronne reprit les tableaux ainsi que l'ensemble de toiles de Rubens, et les déposa au Louvre en 1790, où l'on envisageait depuis longtemps la création d'un grand musée (ce qui advint finalement en 1793).

Le deuxième musée du Luxembourg : 1803-1815 Pendant les années de fermeture au public, la dégradation du palais se poursuivit, et c'est en 1795 que le Directoire lança le chantier des réparations qui ne s'acheva qu'en 1804. Le ministre de l'Intérieur Chaptal décide la création d'un musée du Luxembourg en 1801, sur la demande des préteurs du Sénat et sous l'impulsion de Joseph-Marie Vien, sénateur et peintre en vue. Il concurrence alors le musée spécial de l'École française, à Versailles, qui expose lui aussi les chefs-d'œuvre du « génie national » : de nombreuses toiles sont transférées de Versailles au Luxembourg, ce qui précipite sa disparition, advenue en 1810..

En 1802, le Sénat a financé, à hauteur de francs, l'achat de la série de toiles de Jacob Jordaens intitulée Les Signes du Zodiaque, dans le but d'en orner le plafond de la galerie est du Palais du Luxembourg.

C'est le peintre Jean Naigeon qui fut nommé conservateur de cette seconde galerie de peinture, en . Le nouveau musée fut inauguré le , après 33 ans de fermeture. Les Rubens avaient retrouvé leur emplacement d'origine, et la collection fut complétée par d'autres tableaux de maîtres (Nicolas Poussin, Simon Vouet, Jacques-Louis David, entre autres), ainsi que par la série de la Vie de saint Bruno par Eustache Lesueur.

thumb|Vue de la rade d'Antibes, de la série des Vues des ports de France de Joseph Vernet.

Le musée commença alors son expansion dans le palais, en annexant trois salles dans l'aile ouest, à la suite de la galerie Rubens, du côté de la rue de Vaugirard. Elles accueillirent, jusqu'en 1820 environ, les Vues des ports de France par Joseph Vernet, puis d'autres toiles par Rubens et Lesueur.

À la suite de la restitution des œuvres issues des saisies des guerres napoléoniennes, une grande partie des toiles constituant le musée du Luxembourg fut transférée au musée du Louvre pour combler les lacunes laissées par ces restitutions : , note Auguste NepveuGrivaud de la Vincelle C.-M., Notice sur le palais de la Chambre des Pairs de France anciennement appelée palais du Luxembourg ou d'Orléans, Nepveu, Paris, 1820..

Horsin-Déon s'interroge en 1849 sur l'utilité d'un tel transfert : Horsin-Déon, De l'organisation des musées nationaux, Bonaventure et Ducessois, Paris, 1849.. Cela était valable aussi bien pour les peintures que pour les sculptures. En effet, le musée du Louvre avait eu la possibilité de racheter sur place certaines œuvres restituées à leurs propriétaires qui souhaitaient, malgré tout, s'en défaire. Les pertes ne furent pas aussi importantes qu'on avait bien voulu le faire croire, ainsi que l'avouait Pierre-François-Léonard Fontaine dans son Journal : Pierre-François-Léonard Fontaine, Journal 1799-1853, David-Roy M. (éd.) École nationale supérieure des beaux-arts, Société de l'histoire de l'art français, Paris, 1987, 1, , , 527-528..

Le musée des artistes vivants : 1818-1937 L'art vivant au palais du Luxembourg : 1818-1885 thumb|Louis-Philippe et Marie-Amélie visitant le musée du Luxembourg en 1838Auguste-Jean-Simon Roux. Devenu roi, Louis XVIII, voulant que le musée qui se trouvait dans la chambre des Pairs redevint important et vivant, décida en 1818 que dans le même lieu serait aménagé un musée des artistes français vivants. Le ouvrait, dans les galeries du palais du Luxembourg, le musée des artistes vivants, doté de 74 toiles d'artistes vivants et de 17 d'artistes anciens, qui furent retirées dès 1821.

Y étaient alors exposées, entre autres, des œuvres de David (1748-1825), de Gros (1751-1835), de Girodet (1767-1824), d'Ingres (1780-1867) et de Delacroix (1798-1863). Le système prévoyait que dix ans après la mort de l'artiste, les œuvres dont soient transférées au Louvre, les autres étant reversées à d'autres institutions ou administrations« Les origines : le musée du Luxembourg », sur le site du musée d'Orsay..

Dans un premier temps, les collections du musée du Luxembourg sont presque exclusivement constituées par des achats au Salon. Elles reflètent donc le goût officiel de l'époque faisant la part belle à la peinture d'histoire, aux portraits et aux paysages classiques, selon une hiérarchie des genres bien établie. C'est ainsi que plusieurs sculptures aujourd'hui exposées dans le jardin entrèrent au Luxembourg, parmi lesquelles L'Acteur grec ou Le Faune dansant.

Frédéric Villot, Charles-Philippe de Chennevières et Étienne Arago, successivement conservateurs du musée des artistes vivants, contribuèrent à la renommée de l'art moderne français au . En 1857, le gouvernement achète L'Inondation de Saint-Cloud du peintre Paul Huet pour le Musée. Ce tableau peint en 1855, avait reçu des éloges enthousiastes de Delacroix : , lui écrit-il le et il lui avait obtenu une médaille supplémentaire à l'Exposition universelles de ParisPierre et Rolande Miquel avec la collaboration du professeur Gérard Bonin et de Michael Tazi Klaa, De l'aube romantique à l'aube impressionniste, éditions Somogy, 2011, p. 122..

Jusqu'aux années 1880, le musée du Luxembourg demeure néanmoins fermé aux recherches les plus contemporaines. Courbet et Millet, par exemple, n'y furent pas exposés de leur vivant. Il fallut les changements provoqués par les gouvernements républicains victorieux en 1879 et les efforts conjugués des artistes, de leur famille, des collectionneurs et de certains fonctionnaires pour que les peintres les plus novateurs de l'École de Barbizon (Millet en 1887 puis en 1890 avec Des glaneuses) et de l'impressionnisme (Manet en 1890 avec Olympia offert par souscription publique) fassent enfin leur entrée dans les collections nationales françaises, à la suite du réalisme de Courbet initialement entré au Louvre en 1881, avec le don par sa sœur dUn enterrement à Ornans.

L'art vivant à l'Orangerie du Luxembourg : 1886-1937 thumb|Plan des salles du musée de l'Art vivant tel qu'après la construction de l'aile sur rue en 1886 (ici en 1923). La victoire des Républicains aux élections de 1879 permit de faire évoluer le choix des œuvres présentées au musée. Étienne Arago consacra une grande énergie pour faire construire un nouveau bâtiment permettant de mieux présenter les tableaux. Sadi Carnot proposa l'implantation actuelle du nouveau bâtiment.

Alors qu'il avait tenu ses séances à Versailles de 1876 à 1879, le Sénat reprend possession du palais du Luxembourg à cette dernière date. Ayant besoin de s'étendre, la chambre considère l'idée d'évincer le musée de son palais. Le rapport fait en 1884 par la commission de comptabilité du Sénat autorise les questeurs à utiliser les fonds disponibles pour créer un musée des arts contemporains dans l’Orangerie FérouSénat : Le nouveau musée du Luxembourg inauguré le avril 1886.

Construite perpendiculairement à l'orangerie du Luxembourg, bâtie par Alphonse de Gisors en 1839 et ensuite affectée provisoirement au musée afin d'y abriter les sculptures, la nouvelle aile est inaugurée le et permet de répondre un temps à l’exiguïté des locaux qui freinait également la présentation des nouvelles écoles. Directement ouverte sur la rue de Vaugirard, cette aile demeure seule affectée au musée aujourd'hui.