La Stellaire intermédiaire, également appelée le Mouron blanc ou la Morgeline (Stellaria media L.), est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Caryophyllaceae. C'est une plante herbacée annuelle, bisannuelle ou vivace commune en Europe et dans une grande partie de l'hémisphère nord. Elle peut faire office de plante bioindicatrice car sa présence est la signature d'un sol équilibré et fertile.
Phytonymie et appellations Le nom du genre vient du latin Stella, l'étoile. Il fait référence aux cinq pétales échancrés qui donnent à la corolle l'aspect d'une étoile à dix rayons. L'épithète du nom botanique media, « milieu », fait référence à la ligne de poils qui court alternativement d'un côté puis de l'autre de chaque entrenœud de la tige ronde, cette caractéristique permettant de la distinguer de plantes toxiques qui affectionnent les mêmes milieux, comme le Mouron rouge..
Elle est parfois appelée Mouron blanc ou Mouron des oiseaux. Ce nom vernaculaire vient des graines de la plante, très appréciées par les oiseaux. Celui de Morgeline est une syncope du latin (« morsure des poules »), la volaille des cours de ferme étant avide de cette plante..
Pseudo-synonymie D'autres plantes sont appelées Mouron dont le Mouron rouge (Anagallis arvensis), qui ressemble au Mouron des oiseaux par l'aspect des feuilles et le port de la plante. Voir l'article Mouron.
Description Appareil végétatif Cette plante annuelle, bisannuelle ou vivace de 5 à 40 cm de hauteur est très commune, couvrant souvent le sol d'un épais tapis vert. L'appareil souterrain, formé de racines grêles, lui permet de résister au gel. La tige grêle et cylindrique est d'abord étalée (la multiplication végétative se réalisant au niveau des nœuds qui s'enracinent) puis dressée. La tige prostrée se multipliant par bouturage naturel a la capacité de coloniser l'espace à courte distance par reproduction asexuée ou clonale. Ce développement latéral est une stratégie de croissance clonale permettant une certaine mobilité végétative.. Si on pince la tige et qu'on tire, on découvre, comme chez la Stellaire graminée, un axe très élastique à l'intérieur. Les petites feuilles (5 à de long), entières, pétioléesLes pétioles sont plus longs sur feuilles du bas., opposées, d'un beau vert tendre, sont soit sessiles et lancéolées-linéaires, soit à pétiole cilié et limbe ovale, aigu au sommet, mais alors à nervation pennée bien visible uniquement sur la face supérieure de la feuille adulte..
En conditions naturelles, sa période de végétation la plus active s'étend de février-mars à novembre, et en condition clémentes elle maintient toute l'année des populations hétérogènes représentées par différentes classes d'âge. En zone tempérée, elle fleurit toute l'année, continue à croître à 2 °C (quand la plupart des plantes sont en dormance)Turkington R, Kenkel N.C & Franko G.D (1980) The Biology of Canadian Leeds : 42. Stellaria media (L.) Vill. Canadian Journal of Plant Science, 60(3), 981-992., se marcotte spontanément et produit jusqu'à 6 générations par an (espèce polycarpique). L'allélopathie est en outre une composante de la nuisibilité de cette adventice dans certains contextes agricoles où elle se montre très compétitrice (quand elle est en situation de pionnière, sur sol riche et qu'elle dispose d'une quantité suffisante de lumièreVan Delden, A., Lotz, L. A. P., Bastiaans, L., Franke, A. C., Smid, H. G., Groeneveld, R. M. W., & Kropff, M. J. (2002). The influence of nitrogen supply on the ability of wheat and potato to suppress Stellaria media growth and reproduction. Weed Research, 42(6), 429-445 (résumé).) ; elle produit des substances phénoliques solubles dans le sol interférant avec les jeunes pousses de blé (Triticum aestivum).. Cette plante comestible a néanmoins longtemps été cultivée et commercialisée.
Appareil reproducteur La floraison se répartit sur presque toute l'année. L'inflorescence est une cyme bipare qui porte des fleurs de 4 à 6 mm, composées de 5 pétales bifides, blancs, de même longueur que les sépales.
L'espèce, hermaphrodite, a un androcée composé de 3 à 8 étamines à anthères rose-rougeâtre, puis brunes. La protandrie favorise une pollinisation entomogame. Le fruit est une capsule ovale dépassant du calice, contenant de nombreuses graines aplaties, brun-rouge ou noires. La dissémination des graines est barochore.
La plante pratique la nyctinastie : la fleur s'ouvre le matin et se ferme complètement le soir ; elle fait de même par temps humide ou très nuageux. La nyctinastie a un impact positif sur la croissance, mais peut, par le processus d'exaptation, jouer un rôle de défense contre les herbivores la nuit, sachant que les principaux consommateurs de ces fleurs, les limaces et les chevreuils, sont surtout actifs de nuit..
Habitat et répartition Habitat type : cette annuelle commensale des cultures et de l'homme s'épanouit sur les talus, bords de chemins, potagers, dans les champs, dans certains gazons ou prairies... Elle fleurit tant que la température ne descend pas en dessous de 2°C, se développe sur divers types de sols et son optimum de température est 22°C. Aire de répartition : Originaire de l'Eurasie (trouvée jusqu'à 4300 m dans l'HimalayaAnkei T (1982) Habitat gradient and reproductive habits of the seven Stellaria species in Japan, Bot Mag Tokyo, 94, 35-48.), elle a été introduite en Amérique du nord il y a quelques siècles (notée en 1672Josselyn cité par Rousseau C (1968) in Histoire, habitat et distribution de 220 plantes introduites au Québec. Natur. Can. 95: 49-17l. et est devenue cosmopolite) Données d'après : Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.
Utilisations Usages alimentaires Comme la Stellaire holostée, les jeunes pousses Éviter les tiges rasant le sol car elles ont un goût terreux., feuilles et fleurs sont comestibles crues (léger goût de noisette) ou cuites (goût d'épinard).
vignette|Alphonse Legros, Chickweed Merchant (Marchand de mouron), 1884.
Cette espèce ubiquiste et très commune, rencontrée en toute saison, était autrefois cultivée, et il existait jusqu'au début du en France une corporation des marchands de mouron blanc .. C'était un des cris de Paris les plus fréquents.
C'est l'une des meilleures salades sauvages : douce, non amère et renfermant calcium, silice, magnésium, vitamine C. Au Japon, elle fait partie de la traditionnelle salade en début d'année : la salade aux 7 herbes (voir la fête du Nanakusa-no-sekku). Elle est aussi consommée en soupe (par exemple hachée et mixée avec eau, huile d’olive, ail et pommes de terre), intégrée dans les pâtes à crêpe ou des smoothies ex : Mixage dans un blender de trois poires bien mûres, une pomme, deux poignées de stellaire, une petite poignée de mâche et un verre d'eau. et des farces de ravioli"Recettes avec des plantes sauvages" - Myriam de Mahé - Éditions Le mercure dauphinois - 2009. Les tiges deviennent plus filandreuses avec l'âge.
On peut aussi consommer ses minuscules graines ..
Comme les pissenlits et d'autres composées, elle peut causer des irritations chez certains allergiquesJovanović, M., Poljački, M., Mimica‐Dukić, N., Boža, P., Vujanović, L. J., Ðuran, V., & Stojanović, S. (2004) Sesquiterpene lactone mix patch testing supplemented with dandelion extract in patients with allergic contact dermatitis, atopic dermatitis and non‐allergic chronic inflammatory skin diseases. Contact dermatitis, 51(3), 101-110.. Elle est diurétique (et laxative si consommée en grande quantité) ; légèrement toxique en raison de sa concentration en saponines .. Cette toxicité persiste en partie après dessiccation. Cette plante n'est pas appétente pour de nombreux animaux et consommée par d'autres (les oiseaux apprécient notamment ses graines). En contexte d'agriculture intensive (apports d'engrais, ensilage) cette plante nitrophile accumule des nitrates (à des taux dangereux pour le bétail selon A. Case en 1957Case A.A (1957) Some aspects of nitrate intoxication in livestock. J. Amer. Vet. Med. Assoc. 130:323 mais cette conclusion a été contredite par des études postérieuresDavison K.L, Hansel W.M, Krook L, McEntee K & Wright M.J (1964) Nitrate toxicity in dairy heifers. I. Effects on reproduction, growth, lactation, and vitamin A nutrition. Journal of Dairy Science, 47(10), 1065-1073.).
En période de disette ou de famine, elle constituait dans les campagnes un aliment de complément pour faire face aux difficultés et aux menaces de disette (c'est une des explications possible de l'expression « se faire du mouron »), mais consommée en trop grande quantité, elle provoquait des diarrhées. En voici deux exemples :
Un sou par-là, deux sous par-ci ! La bonne femme dit merci. C’est avec les gros sous de cuivre Que l’on achète de quoi vivre, Et qu’elle, la peau sur les os, Peut donner, à l’heure où l’on dîne, À son bambin, à sa bambine, Du mouron pour les p’tits oiseaux ! — (Jean Richepin, La Chanson des gueux, 1881, pages 101-103). Dans le film Little Palestine : journal d'un siège (celui d'une ville syrienne de 2013 à 2015), une scène montre une petite fille palestinienne expliquer pourquoi elle cueille à longueur de journée des feuilles de mouron.
Cette plante ne doit pas être consommée si elle a poussé sur des sols pollués, car elle présente une certaine tolérance à certains métaux toxiques qu'elle peut alors bioaccumuler. Elle remplit par exemple presque les critères d'hyperaccumulateur de cadmium, qui est un contaminant de certains engrais et lisiers. Ce fait permettrait de l'utiliser en bioremédiation, même en hiver pour décontaminer certains sols. Sa taille, sa biomasse et sa croissance sont réduites quand la pollution augmente, mais sans autres marques visibles de stressLin L.J & al. (2014) Cadmium accumulation characteristics of winter farmland weed Stellaria media. Ecology and Environmental Sciences, 23, 673-678 (résumé).. Des chercheurs ont réussi à extraire via les pousses de mouron blanc jusqu'à 87,42 μg (max) par plant pour un sol contenant 100 mg de cadmium par kg.
Usages médicinaux Les pharmacopées traditionnelles, notamment asiatique et indo-européenne, lui ont attribué de nombreuses propriétés : toniques ; diurétiquesAnonymous (1976) The Wealth of India. Publications and Information Directorate, CSIR, Vol X. New Delhi;. p. 39-40. ; expectorantes (en infusion), anxiolytiques et anti-asthmatiques ; légèrement laxative ; anti-inflammatoires utilisées sous forme de pâte de feuilles contre les inflammations des voies digestives, rénales, respiratoires et reproductivesDuke JA. (1985) CRC Handbook of Medicinal Herbs. Florida: CRC Press; p. 458., contre les hémorroïdes, l'inflammation de l'œil et divers types de démangeaisons cutanéesShan Y, Zhou J, Zhao HG, Feng X, Dong Y, Xia B, et. al. (2010) Amino acid and mineral composition of Stellaria media. Chem Nat Compd ; 46(4): 667-668. et contre l'eczéma ; contre les enflures, fracturesShinwari MI, Khan MA (2000) Folk use of medicinal herbs of Margalla Hills National Park, Islamabad, J Ethnopharmacol, 69, 45- 56.Ahmad SS, Husain, SZ (2008) Ethno medicinal survey of plants from salt range (Kallar Kahar) of Pakistan, Pak J Bot, 40, 1005- 1011. en application externe (emplâtres, pâte de feuilles...), contre les brûlures, certaines blessures, piqûres d'insectes, certaines affections articulaires. (et en décoction contre les douleurs articulaires) ; contre certaines maladies nerveuses ; contre certaines maladies du sang.
Les graines réduites en poudre, mélangées à du lait, soignent les infections cutanées et les allergiesMalik AH, Khuroo AA, Dar GH, Khan ZS (2011) Ethnomedicinal uses of some plants in the Kashmir Himalaya, Ind J Tradit Know, 10, 362- 366..