Jules de Polignac, né le à Paris (paroisse Saint-Sulpice) et mort le à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), est un homme politique français. Il porte successivement les titres de comte de Polignac (1817-1820), de premier prince pontifical de Polignac (1820-1847), puis brièvement celui de duc de Polignac en .
Il est le fils de la duchesse de Polignac, favorite de la reine Marie-Antoinette.
Aide de camp du comte d'Artois, il est aussi pair de France et ambassadeur de France à Londres.
Il est ensuite ministre des Affaires étrangères, et président du Conseil des ministres du au .
Il contribue, parmi de nombreux autres, au lancement de l'expédition d'Alger, qui vise à lever le blocus du port d'Alger et a pour prolongement, longtemps après sa chute, la colonisation de l'Algérie.
Impopulaire dès sa nomination, il ne peut empêcher le déclenchement en 1830 de la révolution de Juillet.
Jeunesse
Naissance et enfance gauche|vignette|redresse|Gabrielle de Polastron, mère de Jules de Polignac. thumb|redresse|Acte de baptême de Jules de Polignac le 15 mai 1780 en l'église Saint-Sulpice de Paris.
Jules de Polignac naît le , rue Bourbon, à Paris. Il est le fils cadet de Jules de Polignac (1746-1817)Certaines sources le donnent pour fils naturel de Charles X., capitaine au régiment Royal-Dragons, et de Gabrielle de Polastron (1749-1793), comtesse puis duchesse de Polignac, amie et favorite de la reine Marie Antoinette et gouvernante des Enfants de France. Cependant, des rumeurs prétendent que son père serait le comte d'Artois, frère du roi.
Jules de Polignac est baptisé à Paris le en l'église Saint Sulpice : son parrain est Marie-Jean Hérault de Séchelles (1759-1794), le futur révolutionnaire membre du Comité de salut public, et sa marraine est sa tante Diane Louise Augustine de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth de FranceRegistre paroissial de l'église Saint-Sulpice de Paris, État civil reconstitué, Archives de Paris..
Il passe son enfance à Versailles, dans l'intimité des enfants de France, dont sa mère est la gouvernante.
Révolution française et exil Au déclenchement de la Révolution française sa famille est l'une des premières à quitter la France. Jules a alors neuf ans et il est élevé parmi les émigrés. Il suit ses parents en Suisse, puis à Rome, à Venise et à Vienne, où meurt sa mère, le , un mois après la reine Marie-Antoinette.
En 1794, il suit son père en Russie et s'engage en 1796 dans l'armée russe, qu'il quitte en 1799.
Cette même année 1799, Louis XVIII le nomme aide de camp, avec le grade de capitaine.
Après un séjour à Mittau, alors résidence de Louis XVIII et de sa cour, il rejoint en 1800, en Grande-Bretagne, le comte d'Artois, dont il reste toujours très proche.
Il est le frère d'Armand Jules Marie Héraclius, de Polignac, dont il est aussi très proche et auquel il succède au titre ducal le , quelques semaines avant sa mort.
Mariages et descendance Il se marie à Londres en 1816 avec Barbara Campbell, fille de sir Duncan Campbell et de Mary Campbell, une aristocrate écossaise ( - Saint Mandé, ). De ce premier mariage naissent deux enfants : le prince Jules-Armand de Polignac (Londres, - Paris , ), futur duc de Polignac, marié en 1842 avec Amélie Berton des Balbes de Crillon (1823-1904), dont postérité qui conserve le titre de duc de Polignac ; la princesse Seyna-Camille de Polignac (Paris, - Millemont, ).
En 1824, il se remarie à Londres avec Marie Charlotte Parkyns ( - Paris, ), fille de , et d'Elisabeth James. Elle est veuve avec une fille du comte César de Choiseul Praslin (mort en 1821). Ce remariage est célébré une seconde fois en 1837, à la suite de la décision de mort civile qui le frappe après la révolution de 1830.
De ce second mariage, naissent cinq enfants : le prince Alphonse de Polignac, officier d'artillerie (Londres, - Paris, ), marié en 1860 avec Jeanne Emilie Mirès (1838-1933), dont une fille ; le prince Ludovic de Polignac (Londres, - ), lieutenant-colonel dans l'armée française, qui participe à la colonisation de l'Algérie, marié en 1874 avec la princesse Gabrielle de Cröy Dulmen (1835-1905), sans postérité ; la princesse Yolande de Polignac (Jouy en Josas, - Paris, ), mariée en 1848 avec Sosthène II de La Rochefoucauld, duc de Bisaccia, duc de Doudeauville, (remarié avec la princesse Marie de Ligne), dont une fille ; le prince Camille Armand Jules Marie de Polignac (Millemont, - Paris , ), major-général dans l'armée confédérée pendant la guerre civile américaine, sert en France avec le grade de général pendant la guerre de 1870-1871, chevalier de la légion d'honneur, marié en 1874 avec Marie Adolphine Langenberger (1853-1876), puis en 1883 avec Margaret Elisabeth Knight of Wolverley (1864-1940), dont postérité ; le prince Edmond de Polignac (Millemont, - Paris , ), compositeur, théoricien de la musique et promoteur de la gamme octatonique, marié en 1893 avec Winaretta Singer, dite Winnie (1865-1943), mécène, fondatrice de la fondation Singer-Polignac, sans postérité ;
Ascension politique (1804-1828) Détention sous le premier Empire Jules devient l'un des aides de camp du comte d'Artois. En 1803, il participe, avec son frère Armand et Pichegru, à la conspiration de Georges Cadoudal. Tous deux sont arrêtés, puis jugés. Il est condamné à une peine de deux ans de prison, mais il est finalement emprisonné, comme prisonnier politique, jusqu'à la fin du premier Empire. Son frère et lui sont détenus d'abord à la Tour du Temple, puis au fort de Ham, à celui de Vincennes et en résidence surveillée à Paris.
Pendant cette résidence surveillée, son frère et lui côtoient un autre conspirateur, le général Malet.
En , alors que la situation de l'Empire se fragilise, Napoléon ordonne à nouveau leur mise en détention, mais ils parviennent à prendre tous deux la fuite.
Retour en France à la Restauration En , tous deux accompagnent le comte d'Artois (futur Charles X), lors de son retour en France, à la première Restauration.
Jules de Polignac est promu maréchal de camp et nommé, le , commissaire auprès de la division militaire. Jusqu'en juin, il visite tous les départements du sud-ouest de la France, où il rencontre les autorités civiles et militaires.
Membre des Chevaliers de la Foi et catholique intransigeant, il ne jure fidélité à la Charte de 1814 qu'avec réticence en raison de l'égalité des cultes à laquelle il est opposé..
En , Louis XVIII le nomme secrétaire d'ambassade à la légation de Munich, puis le charge, en novembre, d'une mission à Rome, auprès du pape Pie VII.
Quand Napoléon débarque en France, en , il tente de rallier les troupes à la cause royale, puis, devant l'insuccès de cette tentative, rejoint à Gand la famille royale.
Avec l'accord de Louis XVIII, il regagne la France pour y organiser la résistance pendant les Cent-jours. Arrêté en Savoie, il est finalement relâché par le commandant de l'armée, le duc d'Albuféra.
Représentant du royaume de France À la Seconde Restauration, il est fait pair de France le . À la Chambre des pairs, il participe régulièrement aux débats. Il fait partie de la Congrégation.
En 1815 et 1816, il est chargé de faire la navette avec le duc de Fitzjames entre le comte d'Artois et le comte de Vaublanc alors ministre de l'Interieur du ministère de RichelieuHi de la Restauration, Capefigue.
Le pape Pie VII le fait prince romain en 1820, et il reçoit en 1822 l'autorisation de porter ce titre en France.
En , il est nommé par Villèle et Chateaubriand ambassadeur en Grande-Bretagne, poste qu'il conserve jusqu'en 1829.
En tant que représentant du royaume de France, il participe aux négociations du traité de Londres (1827), qui aboutissent au traité par lequel la France, la Grande-Bretagne et la Russie s'imposent comme médiateurs entre le sultan turc et la Grèce insurgée. Une des conséquences de ce traité est la bataille de Navarin et à terme l'indépendance de la Grèce.
En 1827, il achète le château de Millemont, près de Montfort-l'Amaury.
Le retour des ultras (1829-mars 1830) thumb|Jules de Polignac (1829).
L'entrée au ministère Le ministère Martignac, formé en 1828, est une tentative de compromis entre le roi et une Chambre des députés sans majorité claire, mais hostile au ministère ultra de Villèle. Au retour en France de Polignac, en 1829, le roi, hostile à ce qu'il considère comme une usurpation progressive de ses prérogatives par la Chambre, entame des pourparlers en vue de la formation d'un nouveau ministère sur la base d'une entente entre les divers courants de la droite. Jules de Polignac est au coeur de négociations complexes. Finalement chargé des affaires étrangères, il participe à un ministère dont la composition est annoncée le . Initialement sans chef, il réunit plusieurs figures contre-révolutionnaires ou « ultra » en vue. François-Régis de La Bourdonnaye, un député de la Chambre introuvable célèbre pour avoir soutenu la deuxième Terreur blanche légale et réclamé « des fers, des bourreaux, des supplices » à la Chambre le TORT Olivier, « Le discours de La Bourdonnaye sur l'amnistie (11 novembre 1815). Un archétype du rôle des conflits de mémoire dans la marginalisation de l'extrême-droite », Histoire, économie & société, 2005/2 ( année), p. 233-252. DOI : 10.3917/hes.052.0233. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2005-2-page-233.htm devient ministre de l’Intérieur. Quant au portefeuille de la Guerre, il est attribué à Louis de Bourmont, un ancien chouan qui déserte pour rejoindre Louis XVIII à Gand lors des Cent-Jours, le , la veille de la bataille de Ligny, trois jours avant la défaite de Waterloo. Le ministère n'est cependant pas homogène et certains de ses membres apparaissent comme plus modérés, à l'instar de Jean de Courvoisier à la Justice - un ancien libéral.
Publiée dans Le Moniteur le , la nouvelle du changement de ministère fait l’effet d’une bombe et déclenche un débat constitutionnel majeur autour de la monarchie constitutionnelle et de l'interprétation de la Charte de 1814. Polignac, et derrière lui le roi, veut s’en tenir à une lecture stricte de la Charte de 1814. Le monarque nomme les ministres de son choix et gouverne à travers eux. Il ne doit les renvoyer que dans les deux cas prévus par la Charte (trahison ou concussion). La Chambre des députés peut tout au plus bloquer les mesures en refusant de voter les textes de loi. Les libéraux voudraient pour leur part faire évoluer le régime vers un parlementarisme à l'anglaise que la Charte n’a pas explicitement prévu : ils estiment que le ministère doit avoir la confiance de la majorité de la Chambre des députés, ce qui est de fait le cas depuis la fin des années 1810, les ministères Richelieu, en 1821, puis Villèle, en 1827, s'étant retiré devant l'opposition de la Chambre des députés.
La présidence du conseil vignette|gauche|L'impopulaire comte de La Bourdonnaye, ministre de l'Intérieur en 1829.
L’opposition pousse des clameurs indignées et s'en prend avec une particulière véhémence au prince de Polignac, symbole de l'émigration, de la supposée soumission à l'ennemi héréditaire anglais mais aussi d'un retour au favoritisme et à la courtisanerie de l'Ancien Régime, puisqu'il n'a aucun appui parlementaire. Soupçonné de vouloir rétablir l'absolutisme, ou du moins un régime autoritaire, il tente de lutter contre sa réputation de dévot en affirmant à maintes reprises son admiration pour les institutions britanniques et son adhésion profonde à la Charte. Durant plusieurs mois, Polignac comme le ministère dans son ensemble ne prennent aucune mesure importante, signe des nombreuses dissensions qui traversent le cabinet. Elles débouchent sur la démission de La Bourdonnaye le et sur la nomination de Polignac à la présidence du Conseil.