, souvent abrégé en Ziggy Stardust, est le cinquième album studio de l'auteur-compositeur-interprète britannique David Bowie. Il est généralement considéré comme son chef-d’œuvre. Enregistré de à aux studios Trident de Londres avec le guitariste Mick Ronson, le bassiste Trevor Bolder et le batteur Mick Woodmansey, il paraît le sur le label RCA Records.
Il s'agit d'un concept album à la trame assez vague. Bowie y incarne Ziggy Stardust, rock-star androgyne extraterrestre envoyée sur Terre avant une apocalypse imminente. Après un succès fulgurant au sein de son groupe les Spiders from Mars, Ziggy tombe en disgrâce, dévoré par son ego. De grandes thématiques qui domineront l’œuvre de Bowie s'y concrétisent : l'espace et les créatures extra-terrestres comme métaphores des sommets et de la solitude de la « staritude », l'androgynie, la dissociation de la personnalité
Archétype du glam rock et du protopunk, l'album reflète les influences de musiciens alors proches de l'auteur : Lou Reed et le Velvet Underground, Marc Bolan de T. Rex, Iggy Pop et ses Stooges.
Précédé par le single Starman, le culmine au du classement au Royaume-Uni. L'interprétation vocale de Bowie et le jeu de guitare de Mick Ronson sont unanimement salués. La célébrité du chanteur est propulsée au zénith par ce disque, considéré rétrospectivement comme l'un de ses meilleurs opus et régulièrement cité dans les listes des plus grands albums de tous les temps.
Aiguillonné par sa femme Angie, Bowie crée autour de l'album et du personnage un ensemble artistique cohérent : costumes avant-gardistes et unisexes conçus par Freddie Burretti puis Kansai Yamamoto, coiffure orange composée par Suzi Fussey, maquillage pâle de Pierre Laroche orné d'un disque doré sur le front, sexualité tapageuse, confusion des genres et des orientations sexuelles, spectacles mêlant musique, mime et théâtre Le chanteur emmène Ziggy et les d'apparitions télévisées en concerts dans près de dix-huit mois de tournées au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et au Japon, qui le laissent aux portes de l'épuisement physique, de la confusion mentale et de la drogue. Le , à la fin d'un ultime concert au Hammersmith Odeon, il stupéfie ses fans en annonçant la disparition définitive de Ziggy.
Histoire Contexte Au début des années 1970, David Bowie n'est qu'un chanteur anglais parmi d'autres, dont le style oscille entre le folk et le psychédélique. Sa notoriété auprès du grand public repose sur un unique succès, le , qui a atteint la cinquième place des britanniques en .
En , il rentre en Angleterre après une tournée promotionnelle en Amérique. Dans la maison victorienne qu'il habite avec sa femme Angie Barnett à Haddon Hall, hybride de laboratoire expérimental et de baisodrome où le couple tient porte ouverte pour leurs amis artistes, il compose une quarantaine de chansons. C'est dans ce fond que seront puisées les pistes des albums et . Bowie enregistre dès une première version de certaines (, ) avec le groupe éphémère Arnold Corns qu'il a créé pour contourner le contrat d'exclusivité qui le lie à Mercury Records.
Pour , les sessions d'enregistrement commencent en aux studios Trident de Londres. Ken Scott, ingénieur du son pour ses deux albums précédents et qui a travaillé avec les Beatles, est choisi comme producteur. Bowie s'est entouré du guitariste Mick Ronson, du bassiste Trevor Bolder, du batteur Mick Woodmansey et du pianiste Rick Wakeman. Mais le groupe prend conscience que ces titres ne se prêtent guère à une interprétation en concert, et décide de poursuivre les sessions pour enregistrer d'autres morceaux.
Enregistrement vignette|redresse|alt=Photo de l'entrée d'un immeuble aux murs blancs, fermée par de grandes grilles bleues.|L'entrée des anciens studios Trident, en 2018.
Les séances du cinquième album de David Bowie débutent donc le , toujours aux studios Trident. Elles impliquent les mêmes musiciens, à l'exception de Rick Wakeman qui a préféré rejoindre le groupe de rock progressif YesRick Wakeman est tout de même présent sur l'album final, sur le titre , une chanson issue des séances de , enregistrée le .. L'équipe commence vers , pour finir entre et du matin. Bowie est très impliqué dans le processus, donne des indications aux musiciens, allant jusqu'à fredonner à Mick Ronson les solos qu'il souhaite l'entendre jouer. Le travail s'effectue de manière très rapide : le groupe enregistre un morceau, le réécoute immédiatement et effectue une autre tentative si le son ne correspond pas à ses attentes. Plus de neuf fois sur dix, la piste vocale définitive est la première prise.
Le premier jour, les musiciens enregistrent des versions de et , mais le résultat ne les satisfait pas. Ils effectuent une deuxième tentative sur ces deux chansons trois jours plus tard, le , et enregistrent également , , et . Le lendemain, ils effectuent deux prises de , et (un morceau déjà paru sur ), ainsi qu'un essai de . Le , c'est au tour de et de versions inachevées de et (qui sera finalisée... près de 30 ans plus tard). Une liste provisoire de morceaux est ébauchée le même jour : elle comprend des reprises de de Chuck Berry et d’Amsterdam de Jacques Brel, ainsi qu'une nouvelle version de et , mais pas . Le titre de travail de l'album est alors ; il le reste au moins jusqu'au .
Après le , le travail est interrompu pendant les fêtes de fin d'année. Les musiciens se retrouvent le pour répéter aux studios Underhill à Blackheath en prévision des dernières séances. Ils interprètent quelques-unes de leurs nouvelles chansons pour l'émission de radio , qui marque la première apparition du nom The Spiders from Mars, avant de retourner aux studios Trident pour travailler sur les morceaux et . Lorsqu'un cadre de RCA Records se plaint que l'album ne contient aucun potentiel, Bowie écrit , qui remplace in extremis la reprise de . Les séances prennent fin le avec l'enregistrement des versions finales de , et .
Parution et accueil vignette|David Bowie en 1971 avec son imprésario Tony Defries.|gauche|alt=Photographe en noir et blanc de deux jeunes hommes : devant à droite Bowie, blond, cheveux longs ; derrière lui Defries, cheveux noirs frisés. Après avoir négocié la terminaison de l'engagement de Bowie avec Mercury Records, son manager Tony Defries présente les bandes de à plusieurs labels aux États-Unis : le , c'est Dennis Katz, pour RCA Records de New York, qui signe avec le chanteur un contrat pour ses trois prochains albums. paraît le . Malgré des critiques très favorables, il ne parvient pas à entrer au classement britannique des meilleures ventes en partie à cause d'un mauvais marketing de RCA, déconcerté par la rumeur d'un changement d'image de l'artiste pour son disque suivant.
Campagnes de promotion Le coming out de Bowie qui confie en au magazine Melody Maker qu'il est homosexuel et qu'il l'a toujours été, posant pour l'article en costume de Ziggy Stardust, braque les projecteurs sur l'artiste, suscitant l'attente de son prochain album. Si l'enthousiasme se limite à quelques milieux gays (le magazine Gay News le décrit alors soudainement comme et ), elle attire l'attention de la presse sur ses dates de tournée et son prochain album.
RCA sort le le , avec en face B. Ses ventes ne sont pas spectaculaires, mais il reçoit de nombreuses critiques positives. paraît le en Grande-Bretagne. avec le numéro de catalogue SF 8287. s'en vendent dans le royaume la première semaine et il entre au top 10 la suivante. Le , l'émission pour les jeunes sur ITV diffuse après l'heure de l'école une version de enregistrée le dans ses studios par Bowie, ses et le claviériste Nicky Graham : elle est vue par des milliers d'enfants britanniques. Le se hisse à la du , ce qui vaut à Bowie une invitation à se produire dans l'émission de télévision de la BBC Top of the Pops.
Le , Bowie et son groupe jouent sur les plateaux de la BBC. Le chanteur a revêtu une combinaison arc-en-ciel aux couleurs vives et des bottes d'astronaute. Il arbore sa longue coupe mulet de cheveux rouges. Les et Graham portent des vêtements de velours bleu, rose, écarlate et doré. Pendant la session, Bowie, détendu et confiant, entoure de son bras l'épaule de Ronson. La diffusion de Top of the Pops le lendemain. est une révélation et un séisme : à une heure de grande écoute, devant près de vingt millions de téléspectateurs, l'ambivalence sexuelle jouée de Bowie et Ronson scandalise la vieille Angleterre, sidère les jeunes et attire l'attention du public sur l'album. De nombreux fans datent de ce jour leur conversion à tout ce qui concerne Bowie. Bono, le chanteur de U2, déclare ainsi en 2010 . est propulsé à la dixième place des charts britanniques et au aux États-Unis..
Fin 1972, du 33 tours se sont vendus au Royaume-Uni. Après un fléchissement dans le classement en fin d'année, les ventes recommencent à croître et il atteint la en ..
Aux États-Unis, l'album culmine à la du palmarès en ..
En , RCA sort tardivement en , avec en face B.
Accueil critique À sa sortie est accueilli avec tiédeur par les critiques spécialisés. James Johnson de New Musical Express juge l'album que les précédents opus et concède que les chansons sont .. Sur Melody Maker Michael Watts observe que Ziggy Stardust n'a et mentionne .. Dans Rolling Stone, si Richard Cromelin convient que l'album est bon, il doute qu'il suscite un intérêt durable : .. Sounds, qui avait pourtant fait l'éloge de , écrit . Dans The Times, Richard Williams juge le personnage superficiel, incarné sans conviction par Bowie.. Même Nick Kent dans Oz, qui pourtant apprécie l'album, juge que le personnage de Ziggy est peu cohérent, et que Bowie se surévalue.. Ces verdicts négatifs sont courants chez les spécialistes qui ont apprécié les précédentes compositions de l'auteur, qu'ils ne retrouvent pas dans la .
Certains critiques cependant sont convaincus par l'album. Pour le magazine Circus c'est une , .. Jack Lloyd dans The Philadelphia Inquirer déclare que .. Dans l’Evening Standard Andrew Bailey partage cet avis et loue à la fois les textes, le spectacle et une musique « digne d'un opéra ».. Robert Hilburn dans le Los Angeles Times compare favorablement Ziggy au Tommy des Who de 1969, avec sa musique .. C'est au disque des Rolling Stones que Jon Tiven compare quant à lui l'album dans Phonograph Record, estimant que Bowie, , mériterait de devenir une star .. Dans Creem, qui classe fin 1972 l'album en tête de sa liste de favoris, Dave Marsh pronostique : .. Le New York Sunday News lui aussi choisit Ziggy Stardust comme le meilleur album de l'année devant des Stones ; Lillian Roxon y qualifie Bowie d'..
Tournée
vignette|Affiche publicitaire pour un concert à Cleveland.|alt=Photographie en noir et blanc d'une affiche annonçant un concert de David Bowie à Cleveland. À droite le chanteur en pied, vêtu d'un justaucorps et de bottes, guitare à la main. La tournée Ziggy Stardust Tour commence au Royaume-Uni du au . Le retentissement d'un spectacle donné au pub Toby Jug dans la banlieue de Londres le catapulte le chanteur au rang de star, créant comme le décrit Buckley, un « culte de Bowie ». En , les poursuivent la tournée aux États-Unis. Totalement immergé dans son persona, Bowie commence à ne plus pouvoir distinguer hors de la scène son propre soi de Ziggy. Il déclare plus tard : . De fait, la tournée a un impact négatif sur le psychisme de Bowie et marque le début de sa longue dépendance à la cocaïne. De peur que sa carrière ne se résume à l'extra-terrestre, il imagine un nouvel alter-ego pour son album suivant, Aladdin Sane, écrit et enregistré de à entre les étapes de la tournée. Cet Aladdin Sane, qu'il décrit comme , est un personnage beaucoup moins optimiste, adepte d'activités sexuelles violentes et de drogues dures.