L’histoire de la Géorgie, pays situé à la frontière entre l'Europe et de l'Asie, dans le Caucase, s’étend sur des millénaires et s’enracine dans la préhistoire, lorsque les premiers hominidés connus hors de l’Afrique s’y sont établis il y a plus de d’années. Durant la Protohistoire, son territoire est l’un des foyers de civilisation agricole et lettrée, avec la Mésopotamie et l'Égypte. Depuis l’Antiquité, la Géorgie est souvent disputée entre les puissances qui l’entouraient, de l’Empire hellénistique à la Russie moderne (qui contrôle indirectement une partie de son territoire), en passant par les empires perse, pontique, romain, romain d’Orient, arabe, mongol et turc. Chacun de ces facteurs influence l’identité géorgienne sans parvenir à l’effacer.
Devenue chrétienne en 337 (prenant alors le titre de troisième nation à choisir le Christianisme comme religion d'État), la Géorgie antique, connue sous le nom d’Ibérie, se divisa à la fin du en plusieurs principautés qui furent finalement réunifiées au sous le sceptre de Bagrat III. Peu à peu, le nouveau royaume de Géorgie se développa, atteignant son apogée au sous les règnes de Georges III et de sa fille Tamar. Toutefois, les invasions ultérieures divisèrent à nouveau le pays en quatre entités différentes à la fin du .
Dès lors, le territoire géorgien fut partagé entre les sphères d’influence de l’Empire ottoman et de la Perse séfévide, deux puissances musulmanes rivales. Les chrétiens du Caucase se tournèrent vers l’Empire russe au pour obtenir sa protection, voire pour en espérer leur libération, ce qui fut le cas de la Géorgie. Après un siècle passé sous l’égide russe, la Géorgie retrouva une éphémère indépendance en tant que république démocratique de Géorgie, avant de tomber sous la domination de l’Union soviétique, dont elle fut l’une des 15 républiques. Alors même qu’un Géorgien, le dictateur Joseph Staline, imposait un régime de terreur en URSS et était maître indiscuté du mouvement communiste mondial, les Géorgiens furent durement réprimés par les autorités soviétiques et beaucoup d’entre eux furent déportés. Profondément déconsidérée, l’URSS finit par se disloquer et la Géorgie proclama son indépendance et rejeta le régime communiste en avril 1991.
Elle tenta à plusieurs reprises de s’éloigner de la Communauté des États indépendants qui avait succédé à l’URSS, et se trouva aussitôt confrontée à de forts mouvements anti-gouvernementaux armés, ce qui mena à une guerre civile dans les années 1990, et à la sécession de deux de ses trois républiques autonomes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, d’où les majorités géorgiennes locales furent violemment chassées, ce qui mena à quatre « guerres de maintien de l’influence russe », en 1992, 1998, 2006 et 2008.
Aux origines Préhistoire 200px|thumb|Représentation d'un crâne dHomo georgicus Les humains vivent en Géorgie depuis très longtemps, comme le montrent les découvertes de 1999 et 2001Skull D2700 sur Fossil Hominids.org de deux crânes d'Homo erectus (désormais connu sous le nom de Homo georgicus) à DmanissiSite officiel de Dmanissi, dans le sud du pays. La couche archéologique dans laquelle Homo georgicus repose (avec des centaines d'outils en pierre et de plusieurs ossements d'animaux) date d'environ 1,8 million d'années, car la couche de lave basaltique recouvrant le site date elle-même de cette période. Le site présente ainsi la plus ancienne preuve de la présence des hommes préhistoriques en dehors du continent africainNodar Assatiani et Otar Janelidze, History of Georgia, Tbilissi, 2009, 8.
Des sites datant du Paléolithique inférieur tardif et de l'Acheuléen ont été découverts dans les hautes terres de Géorgie, particulièrement dans les cavernes de Koudaro (à d'altitude) et de Tsona (). Des sites ouverts de l'Acheuléen sont aussi connus dans d'autres régions de la Géorgie, comme le plateau de Djavakheti, où des bifaces de l'époque ont été découverts à d'altitude.
Le premier établissement définitif sur le territoire géorgien date du Paléolithique moyen, il y a plus de . Des sites archéologiques ont également été découverts dans les régions de Kartlie intérieure, d'Iméréthie et d'Abkhazie.
Protégée par les hauts sommets du Caucase et bénéficiant de la création de la mer Noire, la région aurait servi de refuge biogéographique durant le Pléistocène. Ces privilèges géographiques épargnent ainsi la Transcaucasie des multiples oscillations climatiques de l'époque et autorisent les humains à prospérer sur la plus grande partie du territoire pendant des millénairesOfer Bar-Yossef, Anna Belfer-Cohen et Daniel S. Adler, The Implications of the Middle-Upper Paleolithic Chronological Boundary in the Caucasus to Eurasian Prehistory, in Anthropologie XLIV/1:49-60, 2006..
right|200px|thumb|Au millénaire avant notre ère, le lac Pontique devint la mer Noire Des restes du Paléolithique supérieur ont été trouvés dans plusieurs cavernes, telles que Devis Khvreli, Sakajia, Sagvardjile, Dzoudzouana et Gvardjilas Klde. À cette époque, la partie orientale de la Transcaucasie apparaît avoir contenu une grande population (relativement aux autres régions du monde de l'époque), notamment dans les vallées du Rioni et du Kvirila, dans l'est géorgien. Le Paléolithique géorgien s'achève il y a quelque - et est suivi par la culture mésolithique. À cette période, les derniers changements géographiques dans le Caucase se déroulent, pour finalement atteindre l'aspect actuel.
Des signes de la culture du Néolithique et de la transition de la chasse et de la cueillette à l'agriculture et à la conservation des aliments datant de plus de sont visibles en Géorgie. Les plus anciens sites néolithiques sont principalement situés dans l'ouest du pays, comme ceux de Khoutsoubani, Kistriki, Tetramitsa, Apiancha et Palouri. Au , le bassin du Mtkvari (Koura) devient également habité de façon stable, et des établissements de la Géorgie orientale se distinguent rapidement par une longue et durable tradition, une architecture unique et des compétences remarquables dans le travail de la pierreAruchlo: An Early Neolithic Tell Settlement of the Millennium BC Deutsches Archäologisches Institut, Consulté le . La plupart de ces sites sont issus de la Culture de Choulaveri-Chomou, qui fleurit durant le Chalcolithique.
La Géorgie préhistorique a connu plusieurs inventions très utiles pour le monde futur. En effet, les premières traces de la culture du vin et de la vigne (datant d'il y a plus de ) ont été retrouvées dans le village de Choulaveris Gora. De même, le premier vase (amphore) a été découvert par les archéologues géorgiens. Plus récemment, en 2009, les plus anciennes fibres textiles en lin, faites il y a environ , ont été mises au jour dans une grotte de Dzoudzouana, en Géorgie occidentale, par une équipe américano-géorgienneLes plus anciennes fibres textiles retrouvées en Géorgie sur le Figaro du .
Dans les hautes terres de l'Anatolie orientale et du Sud-Caucase, la combinaison des animaux domestiques et de la culture des fruits et des légumes rend bientôt possible la plus ancienne agriculture du monde. En raison de toutes ces caractéristiques, la région de l'actuelle Géorgie peut ainsi être considérée comme l'un des « berceaux de la Civilisation »Ronald Grigor Suny, The Making of the Georgian Nation: Second Edition, Indiana University Press, 1994, 4-6.
Culture de Shulaveri-Shomu Grotte de Satsourblia, Dmanissi
L'âge du bronze, du fer et les cultures caucasiennes 200px|left|thumb|La culture kouro-araxe (clair) comparée à celle de l'Urartu (foncé) De 3400 à , la région voit le développement de la culture kouro-araxe, ou première culture transcaucasienne, centrée, comme son nom l'indique, sur les bassins de la Koura et de l'Araxe. Durant cette ère, la stabilité économique axée sur la culture des bovidés et des ovidés est achevée. Les chefs locaux deviennent bientôt des hommes de pouvoir et de richesse, comme le prouvent les tumulus faits en argent, en or et en pierres précieuses, et ils assimilent en quelque temps la culture du Moyen-Orient en affichant des scènes de rituels sur les parois de leur « mausolée ». Cette vaste et florissante culture entre bientôt en contact avec la civilisation plus avancée de la Mésopotamie akkadienne, mais passe par la suite au stade du déclin, avant de se stagner vers 2300 avant notre ère, puis se diviser en une multitude de cultures régionales. L'un des plus anciens exemples d'une de ces cultures est celle de Bedeni, en Géorgie orientale.
Il existe aujourd'hui des preuves d'un développement économique considérable et d'une augmentation du commerce entre les tribus locales à la fin du En Géorgie occidentale, une unique culture, connue sous le nom de culture colche, se développe entre 1800 et 700 av. J.-C., tandis qu'en Transcaucasie centrale, la culture de Trialeti atteint son apogée vers 1500 avant notre ère. Durant les derniers siècles du second millénaire avant Jésus-Christ, le travail du fer fait son apparition en Transcaucasie, avant que le véritable âge du fer débute, avec l'introduction d'outils et d'armes d'une qualité nouvelle. Ce changement important pour la culture régionale est par la suite introduit au Proche-Orient, entre le .
Durant cette période, comme les linguistes l'ont démontré, l'unité ethnique et linguistique des Proto-Géorgiens se sépare finalement en sept branches, qui forment aujourd'hui la famille sud-caucasienne, ou kartvélienne. La première à se séparer est la branche svane, dans le nord-ouest de la Géorgie, environ dix-neuf siècles avant l'ère actuelle. La culture zane, dont seront issus le laze et le mingrélien, se sépara à son tour au Sur la base du langage, il a été établi que les toutes premières ethnies géorgiennes furent composées de quatre tribus voisines : les Géorgiens propres (« Karts »), les Zanes (Colches, Mingrélo-lazes) et les Svanes. Ces tribus forment aujourd'hui la base de la nation géorgienne moderne.
Liste des cultures pontiques, dont Culture de Trialeti, Culture de Maïkop et Culture Yamna
Hypothèse kourgane, Gasgas Diaokhi (Daïaène, Taokhi)
Le Caucase, carrefour des envahisseurs À partir de la sortie de la Transcaucasie de l'âge du bronze, la Géorgie se retrouve divisée en deux. La Géorgie occidentale, connue plus tard sous le nom de Colchide, est par la suite colonisée par les Grecs, tandis que la Géorgie orientale devient plus tard l'Ibérie…
Par la vallée du fleuve Koura, passe l'un des tracés secondaires de la route de la soie, entre Mer Caspienne et Mer Noire.
Il existe aujourd'hui une légende sur l'origine des tribus géorgiennes. Selon la Chronique médiévale de Léon de Rouissi, les premiers humains sont venus dans le Caucase, région déserte située entre le Pont-Euxin et la Mer de Casp, à la suite de la Division des Langues et de l'épisode biblique de la Tour de Babel. Targamos, fils de Yavane, fils de Japhet, fils de Noé, est venu dans cette région de la planète avec ses enfants, dont ses deux fils aînés : Hayk et Karthlos. Le premier aurait reçu la partie sud des domaines familiaux, terres qui deviendront par la suite l'Arménie. Le second aurait reçu les terres au nord du pays, la future Géorgie.
Voir également : Urartu, Mèdes, Parthes, Cimmériens, Sarmates, Alains... Ouplistsikhé
Invasions des Scythes 200px|thumb|Il est probable que les guerriers khazars qui envahirent jadis la Géorgie étaient en fait des Scythes