Constantin Nikolaïevitch de Russie (Constantin Nikolaïevitch Romanov, en ), grand-duc de Russie, né le à Saint-Pétersbourg et décédé le , à Pavlovsk, en Russie, est un membre de la maison Romanov, grand-amiral de la Flotte impériale russe, chef du Département de la marine impériale russe et président du Conseil d'Empire.

Sous le règne de son frère aîné Alexandre II de Russie, Constantin Nikolaïevitch de Russie est grand-amiral de la Flotte impériale de Russie et joue également un rôle dans l'émancipation des serfs (moujiks). Comme vice-roi de Pologne, il a moins de réussite et est rappelé en Russie, où il est attaqué pour son libéralisme. Après l'assassinat de son frère en 1881, il tombe en disgrâce et s'oppose à son neveu, le nouveau tsar Alexandre III. Il perd alors progressivement l'ensemble de ses fonctions au sein du gouvernement.

Famille

Parents Le grand-duc Constantin Nikolaïevitch est le deuxième fils et le cinquième enfant de l'empereur Nicolas de Russie (1796-1855) et de son épouse la princesse Charlotte de Prusse (1798-1860), devenue, par son mariage, la tsarine Alexandra Feodorovna de Russie.

Mariage et descendance légitime

Le , le grand-duc Constantin Nikolaïevitch épouse, au palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911). Devenue, après sa conversion à l'Orthodoxie, Alexandra Iosifovna, la princesse est la fille du duc Joseph de Saxe-Altenbourg (1789-1868) et de son épouse la princesse Amélie de Wurtemberg (1799-1848).

De cette union naissent six enfants : Nicolas Constantinovitch de Russie (1850-1918), grand-duc de Russie, qui épouse, en 1882, morganatiquement Alexandra von Dreyer (1861-1929) ; Olga Constantinovna de Russie (1851-1926), grande-duchesse de Russie, qui épouse, en 1867, le roi Georges de Grèce (1845-1913) ; Vera Constantinovna de Russie (1854-1912), grande-duchesse de Russie, qui épouse, en 1874, le prince Eugène de Wurtemberg (1846-1877) ; Constantin Constantinovitch de Russie (1858-1915), grand-duc de Russie, qui épouse, en 1884, la princesse Élisabeth de Saxe-Altenbourg (1825-1927), fille du prince Maurice François de Saxe-Altenburg et d'Augusta de Saxe-Meiningen ; Dimitri Constantinovitch de Russie (1860-1919), grand-duc de Russie (fusillé à Saint-Pétersbourg) ; Viatcheslav Constantinovitch de Russie (1862-1879), grand-duc de Russie.

Enfants illégitimes De sa liaison avec Anna Kounetzova (1847-1922), le grand-duc Constantin est le père de cinq enfants qui portent le nom de Kniazev (Kniaz signifie prince en russe, Veliki Kniaz signifie grand-duc en français) :

Sergueï Constantinovitch Kniazev (1873-1873) ; Marina Constantinovna Kniazev (1875-1941), qui épouse, en 1894, Alexandre Pavlovitch Erchov (1861-????), lui-même fils du général Paul Erchov ; Anna Constantinovna Kniazev (1878-1920), qui épouse, en 1898, Nicolas Nicolaïevitch Lialine (1869-1920), lui-même fils du général Nicolas Lialine ; Izmaïl Constantinovitch Kniazev (1879-1885) ; Lev Constantinovitch Kniazev (1883-1885).

D'une autre liaison, le grand-duc est le père d'une fille :

Marie Condorusso (1860-????).

Biographie

Enfance

Dans la première moitié du , les enfants de la famille impériale sont habituellement placés sous la responsabilité des femmes, de la naissance à l'âge de sept ans. Toutefois, le jeune Constantin Nikolaïevitch est d'un caractère difficile et il est placé, dès l'âge de cinq ans, sous la tutelle masculine. Alors qu'il est encore enfant, son père l'empereur Nicolas décide de son avenir et choisit d'en faire un amiral de la Flotte impériale russe. Pour cela, il choisit comme professeur l'amiral von Lütke, marin expérimenté qui, à vingt ans, a déjà parcouru le globe. L'amiral est un homme direct et audacieux qui n'a peur ni de la polémique, ni des vexations, et qui lègue ses qualités à son élève. Lütke enseigne au prince la marine et les sciences, mais lui remplit aussi la tête de contes marins et gagne ainsi son amitié pour la vie. L'étude des langues tient également une place très importante dans la formation du jeune homme : il apprend ainsi outre le russe, le français, comme toute l'aristocratie de l'époque, l'allemand, langue du commerce et de l'art militaire, et aussi l'anglais. À mesure qu'il grandit, les cours qu'il reçoit deviennent plus complexes. Il apprend les mathématiques, les statistiques et l'administration gouvernementale. Le grand-duc reçoit par ailleurs ses premières leçons d'exercices militaires. Il apprécie également la musique et apprend à jouer du piano et du violoncelle. Il aime le dessin et a une grande passion pour les arts. Constantin de Russie est un grand lecteur. Il est fasciné par Homère et il traduit l'Odyssée en allemand.

En 1835, Constantin de Russie accompagne ses parents en Allemagne et on lui enseigne à tenir un journal. Il reçoit à cette époque en cadeau un petit bateau avec lequel il navigue entre Peterhof et Cronstadt et passe ses journées en mer, ne rentrant que le soir. En 1836, accompagné de Litke, il entame une longue expédition en mer en voilier. Il obtient ensuite le commandement de la frégate russe Hercule, mise sous le commandement de Litke. Le grand-duc Constantin est traité de la même façon que les autres cadets de la marine, pendant sa formation militaire. Il prend des quarts de nuit sous la pluie et la tempête. Le grand-duc est promu capitaine à seize ans et sert comme commandant à bord de la frégate Ulysse. Il fait plusieurs escales le long du golfe de Finlande puis entreprend un voyage dans le sud de la Méditerranée.

Les conseils de sa tante, la grande-duchesse Hélène, ont une grande influence sur son éducation. la grande-duchesse prend en effet le grand-duc sous son aile, approfondit son goût de la littérature et la musique et lui présente les dernières découvertes scientifiques. La grande-duchesse, qui est connue pour ses idées libérales, a finalement une grande influence sur les opinions politiques de son neveu. Constantin de Russie débute sa vie publique comme mécène de la nouvelle Société impériale de géographie. Cette société est subordonnée au ministère de l'Intérieur et compte un nombre considérable de fonctionnaires libéraux, dont Milioutine. Il fonde un prix, la médaille Constantin, décernée aux explorateurs les plus distingués.

Physique et caractère

Les membres masculins de la famille impériale sont célèbres pour leur prestance, leur belle apparence et leur haute stature. Cependant, Constantin de Russie est plutôt laid et de petite taille. Selon un observateur, « son teint était cireux, la couleur de ses cheveux était assez neutre, il ressemblait au sable de la mer du Nord. Ses yeux étaient gris, rêveurs et mi-clos, un nez énorme. Il avait une voix forte, une personnalité imposante, des manières brusques ». Avec ce tempérament, le grand-duc est un homme difficile et d'humeur souvent désagréable.

Mariage et vie de couple

Une sœur de Constantin de Russie, la grande-duchesse Olga, épouse le prince héritier Charles de Wurtemberg (plus tard roi sous le nom de Charles ) en 1846. Le grand-duc accompagne alors le jeune ménage à Stuttgart, puis continue son voyage à Altenbourg. À la Cour des Saxe-Altenbourg, on lui présente la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg. Les parents de la jeune fille ont organisé la rencontre en pensant que la princesse pourrait s'accorder avec le grand-duc Constantin. Or, Alexandra est une jeune fille magnifique, grande et mince et le grand-duc désire l'épouser immédiatement.

Constantin de Russie est, à l'époque, âgé de dix-neuf ans tandis que la princesse Alexandra en a seize. Ils se fiancent, mais attendent encore deux ans pour se marier. La princesse Alexandra arrive en Russie le . Elle se convertit à la religion orthodoxe en et prend le nom d'Alexandra Iossifovna. Le mariage des deux jeunes gens a lieu au palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, le .

Le grand-duc et son épouse forment d'abord un couple harmonieux. Tous deux sont d'ailleurs musiciens : Constantin Nikolaïevitch joue du violoncelle et Alexandra du piano.

Le grand-duc reçoit en cadeau de mariage le palais de Marbre et le Palais Strelna, donnant sur le golfe de Finlande. En 1849, il hérite, en outre, de son oncle, le grand-duc Michel Pavlovitch de Russie, du palais de Pavlovsk et, en 1860, à la mort de sa mère, du palais Oreanda en Crimée.

Carrière militaire Au décès de son oncle, le grand-duc Constantin Pavlovitch de Russie, le tsar Nicolas de Russie le nomme chef du régiment de la garde de Finlande (1841).

En 1849, Constantin de Russie prend part comme jeune officier du côté des Autrichiens à la campagne de répression contre le soulèvement en Hongrie. C'est là son baptême du feu et il participe à trois dangereux affrontement sous le feu ennemi. Il reçoit la croix de saint Georges pour sa bravoure.

L'empereur Nicolas promeut son fils grand-amiral de la marine impériale russe et chef du Département de la marine impériale en 1853. Il est donc chargé de réformer la marine russe, inchangée depuis l'époque de Pierre le Grand.

Non seulement le grand-duc Constantin doit commander cette flotte archaïque, mais il doit également vivre le désastre de la guerre de Crimée. Son père meurt en 1855 pendant la guerre, et Constantin conseille à son frère de rechercher la paix pour une guerre déjà perdue. Il accompagne le nouveau tsar, Alexandre II en 1856, en Crimée pour constater les dévastations causées par le conflit. Ces premières expériences militaires provoquent chez le grand-duc une certaine détestation de la chose militaire, malgré sa loyauté vis-à-vis de l'empire et de sa maison. Dès lors, en dépit de son intérêt pour la marine, il devient un homme de paix. Le grand-duc a ensuite d'étroites relations de travail avec Alexandre II et est à l'origine de nombreuses réformes. Il est également envoyé en mission diplomatique auprès de Napoléon III.

Réformes de la marine impériale

Au début du règne d'Alexandre II, le grand-duc Constantin a à cœur de réformer la marine impériale. En 1857, il voyage en Angleterre et en France pour y étudier les marines modernes. Connaissant l'infériorité de la puissance militaire de son pays, il concentre ses efforts pour moderniser la flotte russe. Sur ses ordres, les vieilles frégates en bois équipées de canons sont remplacées par de nouveaux navires en acier équipés par de l'artillerie française et allemande. En 1857, il supervise un vaste programme de construction, transforme entièrement la marine impériale et lui donne ainsi une place parmi les superpuissances mondiales. Sur les ordres de Constantin Nikolaïevitch, la flotte de la Baltique reçoit dix-huit cuirassés, douze frégates et cent canons de marine. La flotte du Pacifique est renforcée par douze nouveaux navires blindés, neuf navires de transport et quatre frégates. Seule la flotte de la Mer Noire est négligée en raison de la restriction imposée après la guerre de Crimée. Néanmoins, le grand-duc ajoute dix-neuf navires, le maximum autorisé par les traités de paix.

Constantin le Réformateur doit affronter une bureaucratie qui obstrue ses moindres gestes, mais il est énergique et déterminé. Il ordonne une enquête approfondie sur la corruption dans l'armée, sur la censure dans l'empire russe. À chaque fois, il se montre brusque, d'un tempérament vif et d'un total mépris pour les personnes s'opposant à lui.