Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg-Gotha (en russe : Виктория Фёдоровна) est née le à Malte et est décédée le à Amorbach en Allemagne.
Née princesse du Royaume-Uni et de Saxe-Cobourg-Gotha et duchesse de Saxe, elle devient par mariage grande-duchesse de Hesse et du Rhin en 1894. Divorcée en 1901, elle devient par remariage grande-duchesse de Russie en 1905.
Biographie
Famille et éducation La princesse Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg et Gotha, troisième enfant et deuxième fille du prince Alfred du Royaume-Uni, duc d'Édimbourg et de Saxe-Cobourg-Gotha, et de la grande-duchesse Maria Alexandrovna de Russie, est née le à Malte au palais Saint-Antoine, où son père est stationné en tant qu'officier de la Royal Navy. Elle est la sœur cadette d'Alfred, né en 1874, surnommé « Young Affie », de Marie, née en 1875, surnommée Missy, et la sœur aînée d'Alexandra, née en 1878, surnommée « Sandra » et de Béatrice, née en 1884, surnommée « Baby Bee ».
Son premier prénom lui est attribué en l'honneur de sa grand-mère, la reine Victoria, le second en l'honneur de l'île (Mélita - l'un des noms anglais de Malte)Michael John Sullivan, A Fatal Passion: The Story of the Uncrowned Last Empress of Russia, Random House, 1997, p. 7. Sa famille la surnomme affectueusement « Ducky » (le caneton). La princesse est baptisée le au palais Saint-Antoine par un aumônier de la Royal Navy. Elle est la filleule de sa grand-mère paternelle, qui se fait représenter lors de la cérémonie. Au moment de sa naissance, la princesse Victoria-Mélita occupe le dixième rang dans l'ordre de succession au trône britannique.
left|thumb|200px|Victoria-Mélita et sa famille. De gauche à droite : Alexandra, la grande-duchesse Maria Alexandrovna, Béatrice, Marie, Alfred et Victoria-Mélita.
À la fin du service du duc à Malte, la famille retourne en Angleterre. Ils partagent leur temps entre Eastwell Park, dans le Kent, et Clarence House, leur résidence londonienne faisant face à Buckingham Palace. Eastwell, un grand domaine près d'Ashford, est grâce à son parc et sa forêt la résidence préférée des enfantsSullivan, p. 34. En , la famille retourne à Malte où le duc est nommé commandant-en-chef de la flotte méditerranéenne. Pendant trois ans, Victoria-Mélita et sa famille vivent de nouveau au palais Saint-AntoineSullivan, p. 63.
Le mariage de ses parents n'est pas heureux. Le duc est taciturne, infidèle, porté sur la boisson et émotionnellement détaché de sa famille. La duchesse est une femme indépendante d'esprit et cultivée. Bien qu'elle soit stricte et peu sentimentale, c'est une mère dévouée et la personne la plus importante de la vie de ses enfantsJohn Van der Kiste, Princess Victoria Melita, Sutton Publishing, 1991, p. 15.
Comme la plupart des petits-enfants de la reine Victoria, la princesse reçoit une éducation typiquement britannique. Dès sa plus tendre enfance, elle se passionne pour la musique et apprend le pianoSullivan, p. 56 ; elle est aussi un peintre de talent et une lectrice assidue. Elle est une enfant timide, sérieuse, sensible, et selon sa sœur Marie, qui écrit que « cette enfant passionnée était souvent incomprise »Sullivan, p. 37, Ducky est dotée d'un tempérament difficile.
Victoria-Mélita et Marie sont particulièrement proches, et le resteront tout au long de leurs viesSullivan, p. 38. Les deux jeunes filles sont un contraste tant par leurs apparences que par leurs personnalités. Victoria-Mélita est en effet brune et maussade quand Marie est blonde et décontractée. Bien qu'elle soit d'un an plus jeune, Victoria-Mélita est la plus grande et semble être la plus âgée des deuxVan der Kiste, p. 14.
thumb|Victoria-Mélita et sa famille au château de Rosenau. De gauche à droite : Béatrice, son père, sa mère, Alexandrine de Bade, duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Gotha, Victoria-Mélita, Alexandra et Marie.|gauche|200x200px
La famille s'installe à Cobourg en 1889, le duc Alfred étant appelé à succéder à son oncle le duc Ernest II de Saxe-Cobourg et Gotha. Leur mère, bien que née grande-duchesse de Russie, est pro-allemande et commence immédiatement à éduquer ses enfants dans le style germanique. Elle confie ses enfants à une nouvelle gouvernante, leur fait porter des vêtements simples et les fait confirmer dans la foi luthérienne, alors qu'ils étaient jusque là élevés dans la religion anglicaneSullivan, pp. 80–82. La fratrie se rebelle et certaines des nouvelles restrictions sont assoupliesSullivan, pp. 87–88.
Adolescente, Victoria-Mélita est selon les observateurs de l'époque une « grande et brune jeune fille aux yeux bleus-violets, avec l'assurance d'une impératrice et la bonne humeur d'un garçon manqué »Sullivan, p. 115. Victoria-Mélita, selon un de ses biographes, n'a « pas assez de menton pour être considérée comme conventionnellement belle », mais « elle a une belle silhouette, des yeux d'un bleu profond et un teint foncé » et Constantine Pleshakov, The Flight of the Romanovs, Basic Books, 1999, p. 83. La jeune princesse, toujours vêtue avec une élégance sophistiquée, possède des manières douces, une féminité très délicate, mais est dotée d'un caractère fort.
En 1891, accompagnant sa mère, la princesse Victoria-Mélita se rend en Russie aux funérailles de la princesse Alexandra de Grèce, épouse défunte de son oncle le grand-duc Paul Alexandrovitch de Russie. Elle rencontre pendant ce séjour son cousin le grand-duc Cyrille Vladimirovitch et ils s'éprennent l'un de l'autre, mais l'Église orthodoxe interdisant les unions entre cousins germains, leur mariage s'avèrent impossible. De plus, sa mère se méfie de la moralité et de la fidélité des hommes de la famille Romanov. Alors que ses filles sont impressionnées par leurs séduisants cousins, elle leur rappelle que les grands-ducs de Russie ne font pas de bons marisSullivan, pp. 93, 114.
Elle est demoiselle d'honneur au mariage de son cousin le duc d'York avec Mary de Teck le .
Après le décès du duc Ernest II de Saxe-Cobourg et Gotha en 1893, Alfred d'Édimbourg succède à son oncle et la princesse Victoria-Mélita reçoit le titre de duchesse de Saxe-Cobourg et Gotha.
Premier mariage thumb|left|200px|Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt et Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg-Gotha lors de leur mariage le 9 avril 1894. Après le mariage de sa sœur Marie avec le prince héritier de Roumanie, Ferdinand de Hohenzollern, la reine Victoria se met en quête d'un mari convenable pour sa petite-fille. La visite de Victoria-Mélita à sa grand-mère au château de Balmoral à l'automne 1891 coïncide avec celle de son cousin Ernest-Louis de Hesse, fils de Louis IV de Hesse et d'Alice du Royaume-Uni. Ils s'entendent bien, partagent le même tempérament artistique et le même sens de l'humour, ainsi que la même date d'anniversaire. Observant cela, la reine juge qu'ils sont un très bon parti l'un pour l'autre et souhaite ardemment les marierSullivan, p. 113. Le protestantisme autorisant un mariage de parents proches, l'union n'est guère empêchée par les liens familiaux.
Toutefois, Ernest-Louis et Victoria-Mélita refusent ; la jeune princesse anglaise a en effet revu le grand-duc Cyrille Vladimirovitch à Saint-Pétersbourg. En fin de compte, Ernest-Louis et Victoria-Mélita cèdent à la pression familiale. Le mariage est célébré le au palais Ehrenbourg à Cobourg. Une magnifique cérémonie est organisée, et une grande partie des familles royales, presque toutes apparentées, sont conviées à la célébration de cette union au cours de laquelle le tsarévitch Nicolas doit demander la main de la plus jeune des princesses de Hesse-Darmstadt, Alix. Ce secret de polichinelle occupe toute la noce et les mariés sont éclipsés par cet événement politico-mondain. À cette occasion, une photographie, aujourd'hui célèbre, est prise, montrant la reine Victoria entourée de ses descendants : le futur Nicolas II y côtoie le Kaiser Guillaume II.
Le couple a deux enfants :
Élisabeth, surnommée « Ella » née le , décédée en 1903. un fils mort-né le .
thumb|180px|Victoria-Mélita et sa fille Élisabeth vers 1900.
Le couple se révèle néanmoins rapidement incompatible. Victoria-Mélita se plaint du manque d'attention de son jeune époux ; de son côté, le grand-duc porte beaucoup d'attention à sa fille, qu'il adore. La petite Élisabeth, ressemblant beaucoup à sa mère, préfère la compagnie de son père à celle de Victoria-MélitaMichael John Sullivan Une passion fatale : Histoire de la dernière impératrice de Russie page 217-218. Le jeune couple donne beaucoup de réceptions dans son château pour leurs jeunes amis. Leur règle non officielle est que quiconque au dessus de trente ans est « vieux et dépassé »Sullivan, p. 146. Le couple se dispense de formalité et les invités de sang royal sont appelés par leur surnom et encouragés à faire ce qu'ils leur plaît. Victoria-Mélita et Ernest-Louis cultivent des amis parmi les artistes et intellectuels progressistes ainsi que tous ceux aimant s'amuser. Le prince Nicolas de Grèce, cousin de Victoria-Mélita, se rappelle son séjour à Cobourg comme étant « la réception la plus joyeuse à laquelle j'ai assisté de toute ma vie. »Sullivan, p. 148.
left|thumb|200x200px|Victoria-Mélita et sa belle-famille à Darmstadt en 1894. De gauche à droite, assis : Irène de Hesse-Darmstadt, Élisabeth de Hesse-Darmstadt, Victoria-Mélita et le grand-duc Serge Alexandrovitch. Debout : Nicolas II, Alix de Hesse-Darmstadt, Victoria de Hesse-Darmstadt et Ernest-Louis.
La jeune grande-duchesse ne s'intéresse guère à ses responsabilités publiques : elle ne s'occupe d'aucun organisme de bienfaisance et s'ennuie lors des cérémonies officielles. Peu soucieuse de ses devoirs, elle converse uniquement avec les personnes qui l'amusent, ignorant les personnalités - fussent-elles d'un rang élevé - qu'elle trouve ennuyeusesMichael John Sullivan Une passion fatale : Histoire de la dernière impératrice de Russie page 152 . La négligence de la grande-duchesse de Hesse-Darmstadt à l'égard de ses responsabilités de souveraine a le don de provoquer la colère du grand-duc Ernest-Louis. Des scènes éclatent souvent au sein du couple grand-ducal. La grande-duchesse, dans ses accès de colère, crie, jette le plateau de thé, les vases chinois contre les murs. On peut expliquer son attitude par le fait qu'elle surprend à plusieurs reprises son mari dans les bras d'officiers ou de majordomes, l'homosexualité de son mari étant connue. Victoria-Mélita trouve du réconfort dans son amour pour les chevaux et se promène dans la campagne avec un étalon difficile à contrôler appelé BogdanSullivan, p. 153. Alors qu'elle est en Russie pour assister au couronnement de Nicolas II, son affection pour le grand-duc Cyrille est ravivée et elle flirte avec lui aux bals et célébrations qui marquent le couronnementSullivan, p. 157.
Le mariage est sérieusement en péril quand il est rapporté, qu'en 1897, Victoria-Mélita, de retour d'un séjour chez sa sœur en Roumanie, aurait surpris Ernest-Louis au lit avec un domestique. Elle ne rend pas son accusation publique, mais raconte à une de ses nièces qu'« aucun garçon n'était à l'abri, depuis les écuries jusqu'aux cuisines. Il couchait ouvertement avec chacun d'entre eux »Terence Elsberry, Marie of Romania, St. Martin's Press, 1972, p.62Sullivan, p. 182. La reine Victoria est attristée quand son chargé d'affaires Sir George Buchanan lui rapporte les problèmes du couple, mais, le couple ayant une petite fille de deux ans, la souveraine refuse d'examiner la demande de divorce de ses petits-enfantsSullivan, pp. 189–190.