La faculté de médecine de Montpellier-Nîmes est une unité de formation et de recherche, composante de l'université de Montpellier pour la formation de futurs professionnels de la santé et de chercheurs dans le domaine du vivant.
Cas unique en France, la faculté de Montpellier-Nîmes est liée par convention à deux centres hospitaliers universitaires (CHU) : celui de Montpellier et celui de Nîmes. La faculté est située dans le centre-ville de Montpellier, pour les bâtiments historiques (« bâtiment historique » : rue de l’École-de-Médecine, institut de biologie : boulevard Henri-IV), à proximité des hôpitaux au nord de Montpellier (unité pédagogique médicale, institut universitaire de recherche clinique, nouveau Campus Santé Arnaud-de-Villeneuve : avenue du Doyen-Giraud), et possède une antenne à Nîmes (chemin du Carreau-de-Lanes), à proximité du CHU Carémeau.
Histoire vignette|Plaque commémorative dans le vestibule de la faculté de médecine vignette|358x358px|Plaque commémorative inaugurée le (cour d'honneur du bâtiment historique de la faculté). thumb|220px|right|La cour d'honneur (ancien cloître du collège-monastère Saint-Benoît) et le construit en 1804 et financé en partie par Chaptal. thumb|Faculté de médecine de Montpellier. thumb|110px|right|Guillaume Rondelet en 1545. 110px|right|thumb|François Gigot de Lapeyronie.
La faculté de médecine de Montpellier, créée en 1220, est la plus ancienne université du monde en ce qui concerne la médecine, au sens juridique et conceptuel du terme « université » tel que défini à partir du en Europe, au même titre que les universités de Paris, Oxford et Bologne le sont pour la théologie, les arts libéraux (Paris) et le droit (Oxford et Bologne). Elle a fêté ses 800 ans tout au long de l'année 2020 et 2021. et a fait l'objet d'une édition d'un timbre poste commémoratif national..
Sa devise fait référence à la tradition hippocratique qui constituait l'essentiel de l'enseignement médical à sa fondation : (« Jadis, Hippocrate était de Kos, maintenant il est de Montpellier »).
Moyen Âge Contexte Montpellier est une ville nouvelle de l'an mille, profitant de l'explosion urbaine et commerciale qui marque l'Europe de cette période. Les invasions barbares, puis celles de l'expansion de l'islam en méditerranée avait amené une coupure entre Orient et Occident, les deux mondes restant relativement séparés, chacun vivant en vase clos. Puis des échanges commerciaux et culturels s'établissent.
Montpellier n'était qu'une modeste bourgade, doté d'un petit sanctuaire situé près d'un chemin de Compostelle, à côté de villes plus importantes comme Nîmes, Béziers, Narbonne… où existent des communautés juives ayant des médecins renommés. Les raisons du développement de Montpellier sont principalement géographiques : la ville est idéalement située à la croisée des chemins de circulation terrestre et maritime, avec son port de Lattes (port alors le plus important entre Gênes, Pise et Barcelone), d'autant plus que les navires de Lattes avaient obtenu du Pape d'être « nefs absoutes » c'est-à-dire d'avoir le privilège de commercer avec les infidèles. Ceux-ci étant tout proches puisqu'ils occupaient une grande partie de l'Espagne et les îles Baléares.
Origine Nombreux sont les voyageurs, marchands, médecins, savants, qui passent à Montpellier en reliant les péninsules ibérique et italienne, ce qui permet le partage des influences des mondes arabo-andalou et byzantin. Rapidement, une importante communauté médicale se constitue à Montpellier au , ce qui est alors très rare dans l'Europe médiévale, en dehors de l'École de médecine de Salerne où l'enseignement de la médecine s'était développé dès le .
Dans ce contexte, l'enseignement médical à Montpellier est né de la pratique, en dehors de tout cadre institutionnel, au début du . La pratique médicale se fonde sur les écrits de la Grèce antique conservés par les Arabes. Ils seront traduits et enrichis par la science arabo‑persane (dont Avicenne entre autres), qui parvient en Europe grâce à la civilisation d'Al-Andalus présente dans la péninsule ibérique et par la culture latine et sicilienne (avec, par exemple, Constantin l'Africain, un moine de Tunisie ayant traduit l'arabe).
Le seigneur de Montpellier accorde en 1181 à « tout homme, quel qu'il soit et d'où qu'il soit » le droit de « diriger une école de médecine à Montpellier ». Dans le hall d'entrée du bâtiment historique de la faculté, on peut lire qu'un tiers des premiers médecins illustres de Montpellier étaient juifs. Cette liberté d'enseigner la médecine a très certainement conduit à accroître la renommée de la ville, mais aussi la diffusion de connaissances médicales de manière complètement dérégulée.
Organisation En 1220, apparaît la nécessité d'encadrer, d'organiser et de garantir l'enseignement de la médecine à Montpellier. Ainsi, le cardinal Conrad d'Urach, légat apostolique du pape , concède à l'« » ses premiers statuts. Il s'agit d'une charte de fondation juridique octroyée par l'autorité en vigueur (la papauté), qui détermine avec précision qui peut enseigner, comment est rendue la justice au sein de l'université, et quelles sont les règles de fonctionnement entre enseignants et étudiants, autour d'un équilibre de droits et de devoirs entre ces deux communautés. Cet acte de fondation s'inscrit dans un schéma géopolitique international de lutte d'influence entre les papes et les empereurs autour de la création des premières universités au : Oxford (royaume d'Angleterre, droit), Paris (royaume de France, théologie et arts libéraux), Bologne (Saint-Empire romain germanique, droit) et Montpellier (couronne d'Aragon, médecine). À ces aspects politiques, s'ajoutent des intérêts idéologiques. Outre le fait que l'enseignement de la médecine était sans doute tellement dérégulé depuis l'édit de qu'il existait un certain charlatanisme, la fondation de la première université de médecine de l'histoire s'inscrirait de surcroît dans la guerre contre le catharisme, ce qui constitue l'hypothèse historique la plus probable aujourd'hui. En effet, le légat apostolique qui a fondé l'université de médecine avait été envoyé en Languedoc pour une seule mission : combattre l'hérésie cathare par tout moyen. Comme le décrit bien le , le préambule des statuts de 1220 fait référence de manière implicite mais sans ambiguïté à l'hérésie. La promotion de la médecine par l’Église qui est inscrite dans ces statuts représente un changement de paradigme total de l’Église vis à vis de la médecine, qui est même élevée au rang de science universitaire, alors qu'elle n'avait été jusqu'alors considérée qu'avec beaucoup de réserves et de restrictions (jusqu'au du Latran en 1215). Aussi, la médecine dont l'objectif est d'améliorer la santé charnelle irait contre l'idéologie cathare, et en contrôlant la formation des médecins, l’Église gagnait également le monopole de la pratique médicale, empêchant toute implication des médecins auprès des cathares.
vignette|La bulle « Quia Sapientia » de 1289 du pape Nicolas IV. |néantUn cadre institutionnel s'est développé autour de l'enseignement médical, en moins d'un siècle. Le 1289, le pape adresse, depuis Rome, la bulle « », à tous les docteurs et étudiants de la ville de Montpellier, créant ainsi officiellement l'université de Montpellier regroupant la médecine, le droit, et les arts libéraux. Seule la faculté de médecine a cependant le droit de conférer les grades, les autres pouvant seulement dispenser l’enseignement. « Les diplômes délivrés par l'université de Montpellier auront un caractère universel puisque garantis par le Pape par l'intermédiaire de l'évêque de Maguelone, son représentant. Le diplôme délivré aux impétrants leur donnera licence d'exercer hic et ubique terrarum, formule qui sera pieusement conservée jusqu'à la Révolution dans les lettres de licence en médecine » et sera adoptée comme devise par l'université de Paris.
Toutefois, les médecins refusèrent que leur école soit une simple composante d'une université globale et décidèrent de continuer à fonctionner en autonomie en tant qu'« université des médecins » (Universitas medicorum). Fait singulier dans l'histoire des universités, l'indépendance de l'université de médecine de Montpellier se poursuivra jusqu'à la création de l'Université impériale (Université de France) en 1808, où elle n'en deviendra alors qu'une composante (faculté). Cette singularité permet probablement d'expliquer la spécificité de l'enseignement médical montpelliérain, qui, indépendant des autres facultés, se tournera non pas exclusivement vers la médecine mais intègrera au contraire de nombreux champs de la connaissance (sciences naturelles, philosophie, littérature, arts…).
Jusqu'au début du , l'université de médecine n'occupe aucun bâtiment propre. Les cours sont dispensés le matin au domicile des maîtres, consistant dans la lecture et l’interprétation des textes anciens, dont le maître possédait une copie. L'après-midi, maître et étudiants se rendaient chez les patients pour la pratique et l'enseignement de la médecine « au lit du malade ». Concernant les actes de l'université (débats autour de différents thèmes que l'on appelaient les « disputes », passage des examens, soutenance de diplômes, assemblée de l'Université…), ceux-ci étaient réalisés dans les églises de la ville (Saint-Firmin qui avait en outre la charge d'archiver tous les actes de l'université médicale, Notre-Dame des Tables, ou encore la Salle L’Évêque, résidence montpelliéraine de l’évêque de Maguelone). Dès 1309, le pape autorisa les maîtres et étudiants en médecine montpelliérains à se marier, avec cent quarante-trois ans d'avance sur leurs confrères parisiens, soumis à la rigide autorité cléricale hostile à cette mesure. En 1340, l'université crée un cours officiel d'anatomie sur cadavre, l'un des plus précoces de l'histoire universitaire, qui en fera sa renommée. Les années 1360 voient la construction des tout premiers bâtiments universitaires de la ville, œuvre du pape : collège des douze médecins (ou collège de Mende, encore appelé collège du Pape, rue Alexandre Germain) et collège Saint Benoît Saint Germain (initialement prévu pour les étudiants en droit et en théologie, puis palais épiscopal en 1536, et enfin bâtiment historique de la faculté de médecine depuis 1795). Le collège Saint Benoît était associé à un monastère bénédictin et était doté d'une abbatiale à la silhouette fort remarquable (4 tours carrées précédées d'un porche muni de 2 piliers cylindriques), qui était au Moyen Âge l'"église universitaire" de tous les étudiants de Montpellier (actuelle cathédrale Saint Pierre). vignette|Cadran solaire sur la façade de la faculté de médecine de Montpellier, portant l'inscription « H TEXNH MAKPH» (« L'art est long »), extraite des aphorismes d'Hippocrate. L'école de médecine jouit d’un grand prestige, ayant la réputation d’avoir hérité du savoir de Al Andalus (l'Andalousie musulmane), et accueille des étudiants de toute l’Europe. Son rayonnement va bénéficier de la proximité d'Avignon (papauté) et de l'enseignement de maîtres illustres, dont Arnaud de Villeneuve et Gui de Chauliac. La place de l'enseignement clinique est importante, constituant une autre spécificité de l'enseignement médical montpelliérain, héritage de l'école de Salerne et plus généralement de la médecine médiévale arabopersane qui alliait doctrine et pratique, incluant tout
particulièrement la chirurgie.
Renaissance La Renaissance se caractérise par une rénovation de l'enseignement à l'université de médecine de Montpellier qui est alors un centre intellectuel de haut niveau renommé dans toute l'Europe.