vignette|upright=1.5|La Gran Ciudad de Tenochtitlan par Diego Rivera, Palais national de Mexico, 1945. vignette|Omniciencia de José Clemente Orozco, , Mexico, 1925. vignette|Cuauhtémoc contra el mito de David Alfaro Siqueiros, , Mexico, 1944. vignette|La Hispanidad de Josep Renau, Casino de la Selva de Cuernavaca (Mexique). Le muralisme mexicain est un mouvement artistique qui s'est développé au début du au Mexique, par un groupe de peintres intellectuels à la suite de la Révolution mexicaine de 1910, de la Grande Dépression et de la Première Guerre Mondiale.

Il s'inscrit dans un désir de véritable transformation sociétale, et a pour vocation d'exprimer des idées, d'éduquer, et d'exprimer fièrement un héritage autochtone, de manière accessible à tous même aux populations analphabètes, qui représentent à ce moment 90% de la population.

Soutenu par José Vasconcelos alors Ministre de l'Éducation, c'est Gerardo Murillo dit « Dr. Atl », peintre et enseignant, qui cherche à créer un art national utilisant les principes modernes pour exprimer ses idées par le biais de fresques. Geralrdo Murillo invite à son programme de jeunes artistes qui deviennent ses disciples, tels que Roberto Montenegro, Federico Cantú, Ramón Alva, José Clemente Orozco, Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros, entre autres.

Les trois artistes les plus influents associés à ce mouvement () sont Diego Rivera, José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros...

On y associe également les peintures murales des artistes Mexicains Fernando Leal, Juan O'Gorman, Rina Lazo ou Ernesto García Cabral et du républicain espagnol exilé Josep Renau au , et plus récemment Julio Carrasco Bretón.

Les fresques sont été réalisées dans des lieux publics tels qu'au Palais national de Mexico avec le tableau La Gran Ciudad de Tenochtitlan de Diego Rivera, qui représente la ville de Mexico-Tenochtitlan, capitale de l'empire Aztèque et à l'origine de la ville de Mexico.

Principaux artistes représentatifs

Gerardo Murillo dit « Dr. Atl » Roberto Montenegro Diego Rivera José Clemente Orozco David Alfaro Siqueiros Rufino Tamayo Federico Cantú Aurora Reyes Juan O'Gorman Fermín Revueltas Pablo O'Higgins Ernesto Ríos Rocha

Objectifs du muralisme mexicain

David Alfaro Siqueiros a publié dans la revue Vida Americana en 1921 à Barcelone le premier manifeste des nouveaux peintres Mexicains. Il y critique les mouvements artistiques (notamment le modern-style) avec des tendances décoratives ou trop coloristes. Pourtant, « de façon raisonnable, nous accueillons tous les soucis spirituels de la rénovation nés de Paul Cézanne à nos jours. » c'est-à-dire l'impressionnisme, le cubisme, le futurisme, la figuration classique (dont les anciens peintres cubistes et non figuratifs de Picasso à Herbin). Tout en souhaitant vivre son époque « merveilleusement dynamique », il n'adhère pas pour autant au futurisme « qui essaie ingénument d'écraser le processus antérieur d'ailleurs invulnérable ».

Les nouveaux peintres Mexicains souhaitent « la prépondérance de l'esprit constructif sur l'esprit décoratif et analytique ». Leur devise est « Superposons, nous peintres, l'esprit constructif à l'esprit uniquement décoratif ; la couleur et la ligne sont des éléments de deuxième ordre ; l'essentiel, la base de l'œuvre d'art, c'est la magnifique structure géométrale de la forme (…). Sur une armature consistante, caricaturons, s'il le faut, pour humaniser. » David Alfaro Siqueiros conseille aussi de ne pas faire appel à des « motifs littéraires ». « Rapprochons-nous, pour notre part, des œuvres des antiques habitants de nos vallées, les peintres et les sculpteurs indiens (mayas, aztèques, incas...).

Dans cette première déclaration d'intention, la fresque ou la peinture murale n'est pas mentionnée. Cette évocation est abordée seulement en 1922, après son retour au Mexique à la suite d'une réflexion collective, lors de la rédaction de la « Déclaration sociale, politique et esthétique » pour le Syndicat des travailleurs techniques, peintres et sculpteurs. Les co-signataires sont Rivera, Orozco, Charlot, Guerrero, Revueltas, Montenegro et Merida.

Cette déclaration affirme l'art mexicain comme un art populaire, un art public et monumental, un art collectif contre l'art individualiste, l'œuvre unique et l'art pour les privilégiés. Il y est précisé « L'art du peuple est la plus saine expression spirituelle qu'il y ait au monde, et sa tradition notre plus grand bien. Il est grand, parce qu'appartenant au peuple, il est collectif, et c'est pourquoi notre objectif esthétique fondamental est de socialiser l'expression artistique qui tend à effacer totalement l'individualisme, lequel est bourgeois. Nous condamnons la peinture de chevalet et tout l'art des cercles ultra-intellectuels parce qu'il est aristocratique, et nous glorifions l'expression de l'art monumental parce qu'il est propriété publique. »

En 1934, un nouveau manifeste précise des détails supplémentaires. David Alfaro Siqueiros exclut « les formes et les procédés uniques, archaïques, tels que le tableau de chevalet, le dessin unique, la lithographie et les gravures snobs (c'est-à-dire à peu d'exemplaires), la sculpture incolore et unique, la peinture à huile, à l'aquarelle, à la détrempe, au pastel etc., les expositions pour amateurs et critiques professionnels dans les galeries « distinguées », les monographies chères et à tirage limité, en un mot tout ce qui, par sa forme et sa stratégie sociale, correspond à un art destiné à l'appropriation individuelle et à l'usage exclusif d'élites privilégiées. »

Sont promus tous les supports qui permettent une diffusion généralisée et une exposition publique : les gravures, les lithographies, les photogravures, les affiches et les sculptures à reproduction multiple.

Ces nouveaux artistes mexicains créent prioritairement en réalisant des fresques et des peintures murales dans l'intention d'amener l'art au peuple. Comme le souligne Philippe Soupault, « l'art des peintres mexicains n'est pas aux amateurs ni aux musées. Il s'adresse à la foule, au peuple qui en subit directement les suggestions ; autrement dit il n'exige pas le concours ni le truchement d'intermédiaires, critiques ou professeurs. Cette immédiate prise de contact avec leurs compatriotes permet aux artistes mexicains d'échapper à l'atmosphère des ateliers ou des chapelles ou des coteries et de connaître instantanément les réactions de ceux pour qui ils travaillent. »

La technique de l'art mural et des fresques diffèrent fondamentalement d'une toile sur une forme ordinaire. Le muraliste envisage son œuvre par masses et plans simples : impossible de s'embarrasser d'un déploiement de formes et de couleurs. Si la toile ordinaire peut être vue de près et être composée de nombreux détails, l'art mural doit être regardé avec beaucoup de recul. Comme le souligne David Alfaro Siqueiros, « il s'agit d'une autre discipline, au cours créateur de laquelle il faut appliquer une autre structure mentale. » La peinture de chevalet a été critiquée par le Syndicat des travailleurs, techniciens, peintres et sculpteurs. En effet, la peinture primitive et médiévale était marquée par l'anonymat. La peinture de cette époque était un bien public et non délocalisable. Elle se situait souvent sur les parois des grottes préhistoriques ou sur les murs des églises (les églises catholiques n'étaient pas seulement des lieux de culte mais aussi des lieux de rencontres et d'échanges sociaux). À La Renaissance, avec la montée de l'individualisme et une économie de tendance capitaliste, le peintre a quitté l'anonymat pour apposer son nom en bas de la toile. En employant un support plus léger comme le bois ou la toile, il a rendu son œuvre délocalisable, c'est-à-dire échangeable, achetable et objet de spéculation. Forcément, la peinture en quittant le mur pour le chevalet, devenait complice du monde financier et disparaissait du regard du public (même si le musée est public, il conserve un côté salon bourgeois). Plus tard, les peintres mexicains se montreront plus nuancés vis-à-vis de la peinture de chevalet en devenant de grands portraitistes.

La technique de l'art mural implique un travail collectif sous la direction d'un seul artiste en raison de la dimension des surfaces à peindre. L'art mural nécessite la collaboration de plusieurs personnes : avant de peindre le mur, il faut préparer le mur, peindre un fonds de support et les ingrédients de la peinture. Les premiers murs à décorer en 1921 sont proposés aux artistes par Vasconcelos.

La technique de l'art mural fait appel à l'art précolombien et colonial, à l'art populaire et à l'avant-garde artistique européenne. Comme l'explique Xavier Guerrero, mexicain nahuatl, « c'est ainsi qu'on peint l'intérieur et l'extérieur des églises et jusqu'aux façades des maisons dans presque tous les villages. »

En 1921, le premier manifeste de David Alfaro Siqueiros mettait à l'honneur l'art des anciens Mexicains. Beaucoup de politiciens et d'artistes mexicains se réclamaient de cet héritage : de Vasconcelos au poète Tablada, aux peintres Dr. Atl et Mérida ou le compositeur Carlos Chavez qui avec Le Feu Nouveau est basé sur un rite aztèque.

À partir de 1910, le peintre Best Maugard avait coopéré avec une étude scientifique de l'art mexicain précolombien. Désormais, les artistes mexicains collaboreront avec les chercheurs en archéologie. En 1921, Diego Rivera de retour au Mexique visite les monuments mayas de Chichen Itza. L'art le plus moderne et le plus ancien ne sont pas incompatibles. Ainsi, à Mexico, le musée d'archéologie devint sans transition à la fois un Louvre et un musée d'art moderne.

Antonin Artaud explique cette passion pour l'art mural au Mexique par peur du vide. Les formes, les signes dessinés et enluminés dans les anciens codex, gravés ou peints sur les murs des anciens temples, les fonds colorés de Tamayo, les étagements de plans des toiles de Gerzso foisonnent. Comme le précise Fernand Léger, « un mur nu est une surface morte » et « un mur coloré devient une surface vivante ».

Les nouveaux peintres Mexicains se passionnaient pour l'artisanat et l'art populaire du Mexique et ces traditions ont fortement influencé leurs œuvres. Comme le précise Philippe Soupault, « c'est grâce aux potiers, aux orfèvres, aux vanniers et même aux pâtissiers et aux artificiers qui continuent à créer au Mexique que nous pouvons retrouver les influences des civilisations qui, avant la conquête espagnole, ont profondément fécondé la terre et l'âme mexicaines. L'art populaire, vieux de plusieurs siècles, est resté vivant, c'est-à-dire qu'il ne cesse de s'enrichir. »

Les nouveaux peintres mexicains s'intéressent particulièrement aux retablos et aux pulquerias. Les retablos sont des petites peintures réalisées par des croyants et destinées à être suspendues dans les églises en guise de remerciement pour une quelconque guérison ou un événement heureux. On peut les assimiler à des ex-voto. Diego Rivera et David Alfaro Siqueiros n'hésitaient pas à observer les peintres amateurs qui réalisaient des retablos. En 1922, Rivera précise en voyant ses retablos que « des comparaisons inattendues viennent à l'esprit : les maîtres du italien, le Douanier Rousseau et d'une certaine façon l'Orient et les fresques de Chichen Itza. »

Les pulquerias sont des boutiques où sont servies le pulque, boisson issue du plant de l'agave. Ces lieux sont décorés de scènes héroïques ou sportives, des pin-up, des paysages magiques. « Bien que cette tradition authentiquement indigène ait été méprisée au cours du et confinée aux murs des chapelles villageoises et des bouges, elle remonte directement aux décorations murales des temples mayas et aztèques. »