Emmanuelle de DampierreÉtat civil du ministère des Affaires étrangères, Nantes, acte de naissance référencé « (CSL) ROME.1913..00004. » : Patrick Van Kerrebrouck avec la collaboration de Christophe Brun (préf. Hervé Pinoteau), Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, t. 4 : La maison de Bourbon - 1256-2004, éd., , 265, note 29, Villeneuve d'Ascq : Patrick Van Kerrebrouck (auto-édition), 2004, 491 . (en italien : et en espagnol : ), par son mariage duchesse de Ségovie : Juan Balansó, ICC : L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 468, mai 1990, 432 . et duchesse d'Anjou, est née le au palais Ruspoli, à Rome en Italie, et morte dans la même ville, au palais Massimo alle Colonne, le Communiqué du décès par l'Institut Duc d'AnjouEsquela ABC, avec la date du 3 mai.Héraldique européenne... le blog. Épouse du prince Jacques-Henri de Bourbon, duc de SégovieJuan Balansó, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 468, mai 1990, 432. et d'Anjou puis prétendant légitimiste au trône de France et prétendant alphonsiste et carliste au trône d'Espagne, elle est une figure du mouvement légitimiste français ainsi qu'une personnalité du gotha.
Elle grandit dans une famille de la noblesse française et épouse, en 1935, l’infant Jacques-Henri, duc de Ségovie, fils de l'ex-roi et de l'ex-reine Victoire-Eugénie. En tant que duchesse de Ségovie, avec son mari et ses fils Alphonse et Gonzalve, elle personnifie la jeune génération de la monarchie espagnole en exil. Emmanuelle assume néanmoins une place « en retrait » dans la famille royale, étant considérée par son beau-père le roi déchu comme épouse morganatique.
En 1941, son mari devient le chef de la Maison de Bourbon, et assume en 1946 sa prétention au trône de France avec le titre de duc d’Anjou. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le couple princier se sépare, Jacques-Henri et leurs deux fils se réfugiant en Suisse, tandis qu’Emmanuelle reste à Rome, étant infirmière de la Croix-Rouge. La famille se retrouve finalement en Suisse en 1943, après l'armistice de Cassibile. Après la guerre, le couple se sépare définitivement et fait annuler civilement son mariage par un tribunal civil roumain.
Remariée en Italie, Emmanuelle demeure l’épouse légitime de Jacques-Henri pour l’Église catholique et le régime franquiste. En 1971, lorsque son fils aîné Alphonse se retrouve fiancé à Carmen Martínez-Bordiú, petite-fille de Franco, Emmanuelle se retrouve sur le devant de la scène médiatique.
Devenue veuve à , elle est considérée par une partie des monarchistes français comme la « reine mère » et continue à s’investir dans le légitimisme renaissant, notamment après le décès de ses fils Alphonse (1989) et Gonzalve (2000), et jusqu'à la fin des années 2000. Devenue la doyenne de la famille royale espagnole, Emmanuelle décède à Rome en 2012 à l’âge de 98 ans.
Famille
vignette|Le duc et la duchesse d'Anjou et de Ségovie avec leurs deux fils, Alphonse et Gonzalve en 1937.|gauche|alt=Photographie de groupe dans laquelle une femme est assise de trois-quart, tenant un bébé. Un homme est également assis, derrière un garçon.Emmanuelle est la fille aînée du vicomte Roger de Dampierre, duc de San Lorenzo (1892-1975) et de son épouse la princesse Vittoria Ruspoli (1892-1982). Par son père, c'est une descendante du pair de France Aymard de Dampierre (1787-1845), tandis que par sa mère, c'est une petite-fille du prince Emanuele Ruspoli (1837-1899), premier maire de Rome.
Le , Emmanuelle épouse, à Rome, en Italie, l’infant Jacques-Henri d’Espagne (1900-1948), duc de Ségovie et futur duc d’Anjou et prétendant au trône de France sous le nom d’« Henri VI » (1941-1975). Membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon, le prince descend en ligne agnatique du roi Louis XIV (1638-1715) et de son petit-fils le roi Philippe V d’Espagne (1683-1746).
Emmanuelle et Jacques-Henri ont par la suite deux enfants :
Alphonse de Bourbon (1936-1989), duc de Bourbon et de Bourgogne (1950-1975), duc de Cadix (1972-1989) et duc d'Anjou (1975-1989), qui épouse Carmen Martínez-Bordiú (1951). D'où deux fils, François (1972-1984), duc de Bretagne puis duc de Bourbon et Louis (1974), duc de Touraine, puis duc de Bourbon et ensuite duc d'Anjou ; Gonzalve de Bourbon (1937-2000), duc de Bretagne (1950-1972) puis duc d'Aquitaine (1972-2000), qui épouse d'abord civilement María del Carmen Harto Montealegre (1947), puis religieusement María de las Mercedes Licer García (1963) et enfin Emanuela Pratolongo (1960).
Sur le plan civil, le mariage d'Emmanuelle de Dampierre et de Jacques-Henri de Bourbon est annulé par le tribunal civil d'Ilfov, à Bucarest, en Roumanie, le . L'annulation civile est ensuite validée en Italie par la cour d'appel de Turin présidée par , qui en ordonne la transcription à l'état civil de Rome le . Cependant, et conformément à la promesse du pape Pie XI, l'union n'est jamais annulée par l'Église et reste valide en France et en Espagne. En 2012, le duc d'Anjou fait part du décès de sa grand-mère paternelle en la qualifiant de ..
Le , Emmanuelle de Dampierre se remarie civilement à Vienne, en Autriche, avec Antonio Sozzani (1918-2007), agent de change milanais.
Biographie
Premières années
Une enfance française vignette|Le duc et la duchesse de San Lorenzo, 1913.|alt=Photographie d’un couple. La femme tient l’homme par le bras. Premier enfant du vicomte Roger de Dampierre, duc de San LorenzoDuca di San Lorenzo. Maison de Dampierre, et de la princesse Vittoria RuspoliQuid, « Descendants des anciens souverains », Emmanuelle voit le jour le , au Palais Ruspoli, à Rome. Surnommée par ses proches, elle se montre particulièrement proche de sa sœur Béatrice et de son frère Richard. Par son grand-père maternel, le prince Emanuele Ruspoli, dont la grand-mère était Maria Leopoldina von Khevenhüller-Metsch, Emmanuelle descend de la Maison princière de Liechtenstein, et par cette dernière, de la Maison de VasaMaison royale de Suède de 1523 à 1654 ainsi que Maison royale de Pologne de 1587 à 1668...
Emmanuelle passe la majeure partie de son enfance dans la capitale française. Là, la petite fille et sa famille résident dans le . puis dans le . Élevée par des gouvernantes britanniques, Emmanuelle apprend rapidement à parler anglais (grâce à Nanny Lancaster, sa première ) et pratique également l'italien, le français (ses langues maternelles), l'espagnol et enfin l'allemand. Dans ses mémoires, elle explique que, selon l’ex-reine Victoire-Eugénie, seules des gouvernantes anglaises peuvent correctement éduquer des jeunes filles pour en faire « des dames ».
Étant née quelques mois avant le début de la Première Guerre mondiale, la jeune Emmanuelle grandit sans père. Ce dernier, officier dans l’armée française, reste sur le front et ne rentre presque jamais à Paris. Dans ses mémoires, elle raconte cette enfance particulière :
Vers la fin de la guerre, Roger de Dampierre abandonne complètement et définitivement le domicile conjugal et Vittoria Ruspoli prend la décision de rentrer à Rome auprès de sa famille.
Une adolescence italienne vignette|Emmanuelle de Dampierre avec sa mère, son frère Richard, et sa sœur Béatrice, 1922.|gauche|alt=Photographie de famille. Une mère et ses trois enfants : deux filles et un fils.Tout au long de son enfance, Emmanuelle ne voit pratiquement pas son père, ni la famille de ce dernier, avec lesquels elle n'a presque aucun contact. Bien qu'elle conserve quelques souvenirs de sa grand-mère paternelle, la princesse Pierre de Caraman-Chimay, née Jeanne Carraby, c'est la famille maternelle d'Emmanuelle qui marque durablement son enfance, et particulièrement sa grand-mère maternelle, la princesse douairière de Poggio-SuasaNée Joséphine Beers-Curtis, elle est la sœur d’Élisabeth Curtis, marquise de Talleyrand.. Après une longue période de séparation, ses parents divorcent en 1930 et son père se remarie en 1931 à Rylda TooneDe ce mariage, naît un fils Armand (1934-1953). Rylda meurt vraisemblablement en lui donnant naissance.., puis une troisième fois en 1937 avec Raymonde Dreyfus (1907-1967), petite-nièce du capitaine Alfred DreyfusMalgré la naissance d'une fille en 1939 (Christiane de Dampierre), ils divorcent le par le tribunal civil de la Seine...
Grâce à la grande importance sociale de sa famille maternelle en Italie, Emmanuelle fréquente la famille royale italienne et se lie d'amitié avec le prince héritier Humbert, futur roi d'Italie. Cette relative proximité lui permet notamment d'assister à des événements plus intimes de la famille royale, tels que le mariage de la princesse Marie-Françoise avec le prince Louis de Bourbon-Parme en 1939.
En grandissant, Emmanuelle devient une très jolie jeune femme, ce qui, ajouté à l'ancienneté de sa famille, lui permet d'avoir de nombreux soupirants, dont un diplomate italien qu’elle rencontre lors d'un bal au Royaume-Uni. La future duchesse de Ségovie écrit à ce propos . Décrite comme une , avec ses par le journaliste José María Carretero, Emmanuelle est toujours célibataire à l'âge de 20 ans.
Au début des années 1930, Emmanuelle, désormais majeure, cherche une activité. Sur les conseils de l’une de ses amies, elle demande à intégrer la Croix-Rouge italienne. Un obstacle majeur s’impose cependant car, bien que née en Italie, la jeune femme n’en possède pas la nationalité, étant uniquement citoyenne française. C’est pour cette raison qu’elle l’acquiert, en 1931.
Mariage princier
Des fiançailles rapides vignette|Fiançailles officielles de l'infant Jacques-Henri avec Emmanuelle de Dampierre, et de l'infante Béatrice avec le prince Alessandro Torlonia, 1934.|alt=Photographie représentant deux couples se tiennent par les bras. Le , l’infant Jacques-Henri arrive en Italie avec son père l’ancien roi sur l’invitation de la reine Hélène d’Italie. Cette dernière croit enfin pouvoir résoudre les problèmes de surdité et de mutisme du jeune prince. Le ministre de l’Instruction publiqueFrancesco Ercole, ministre de 1932 à 1935. a en effet présenté à la reine un médecin, le docteur Trafelli, censé capable de « soigner » Jacques-Henri. Il est rapidement révélé que Trafelli n'est pas médecin et afin de dissiper le scandale naissant, l’ex-roi Alphonse XIII demande aux souverains italiens d'organiser une réception en l’honneur de Jacques-Henri, à la Villa Savoie. C’est lors de cette réception qu’Emmanuelle rencontre son futur époux pour la première fois. Dans ses mémoires elle le décrit comme .
Le couple semble s’entendre et le père de Jacques-Henri prend les devants en informant Vittoria Ruspoli de son projet matrimonial : selon le témoignagePhilippe Montillet, Cahiers D.U.C., 6 : Les Princes Ainés de la Maison de Bourbon (1883-1941) - Les successeurs du Comte de Chambord, Diffusion — Université — Culture, Paris, 1987, 47 , 47. de Jean-Marie Charles-Roux (fils de l'ambassadeur de France de l'époque, François Charles-Roux), veut pour son deuxième fils une épouse française. Vittoria Ruspoli en fait part à sa fille, qui refuse catégoriquement. Jacques-Henri fait de même. Pourtant, quelques mois plus tard, le , les fiançailles d'Emmanuelle et de l’infant Jacques-Henri, duc de Ségovie, sont annoncées officiellementPour certains auteurs, il s'agirait ainsi d'un mariage forcé. . à la Villa Titta Rufo, près de Rome, alors louée par l'ancien roi Alphonse XIII.. La jeune fiancée est décrite par le journal français Les Modes comme étant ..
Un mariage royal
vignette|Le mariage de l’infant Jacques-Henri et d’Emmanuelle de Dampierre, .|gauche|alt=Photographie de mariage. Le couple est agenouillé devant l’autel, dans l’église.