François Darlan, né le à Nérac (Lot-et-Garonne) et mort assassiné le à Alger, est un amiral et homme d'État français.
Chef de la Marine française au début de la Seconde Guerre mondiale, il est ministre de la Marine du premier gouvernement du régime de Vichy puis, en , chef du gouvernement vichyste où il s'investit dans la politique de collaboration du maréchal Pétain avec l'Allemagne nazie.
Remplacé par Pierre Laval en avril 1942, Darlan reste commandant en chef des forces de Vichy. Présent fortuitement à Alger lors du débarquement allié en Afrique du Nord en , il se rallie avec réticences et hésitations aux Alliés. L'amiral exerce dès lors le pouvoir sur une partie des colonies africaines de la France, avant d'être assassiné quelques semaines plus tard par Fernand Bonnier de La Chapelle.
Jeunesse et famille Né à Nérac, sous-préfecture du Lot-et-Garonne, il est le fils de Jean-Baptiste Darlan (1848-1912), notaire puis avocat, devenu maire de la ville un an avant sa naissance puis député républicain progressiste et garde des Sceaux. François Darlan a grandi en milieu républicain et franc-maçon. Orphelin de mère (comme Philippe Pétain) dès son plus jeune âge, il est placé en pension à l'âge de dix ans..
Par sa famille paternelle, il est issu d'une lignée maritime : son grand-père, Sabin Morlan, fut capitaine au long cours et armateur, son arrière-grand-père, Antoine Darlan, servait comme quartier-maitre canonnier. à bord du Redoutable lors de la bataille de Trafalgar (1805)François Darlan aimait à dire que c'est du Redoutable sur lequel servait son grand-père que fut tiré la balle qui tua l'amiral Nelson. et le père de celui-ci commandait un voilier au long cours en 1792. Par sa famille maternelle, il descend d'une famille clairacaise, les EspagnacGénéalogie de la famille Espagnac (Geneanet).
Début de carrière Entré à l'École navale en 1899, François Darlan en sort en 1901 et part servir l'année suivante en Extrême-Orient. De 1902 à 1904, il participe à la campagne de Chine, naviguant successivement sur quatre croiseurs : Le Châteaurenault, le D'Entrecastreaux, le Bugeaud et le Montcalm. Nommé enseigne de vaisseau en , il entre à l'école de canonnage à Toulon. Il en sort premier après 17 mois de formation et est réaffecté, à sa demande, en Extrême Orient.
Il navigue alors sur différents navires, parcourant même sur une jonque chinoise sur le Yang-Tsé-Kiang. Il est rappelé en France en 1908 et va assurer des formations au pilotage sur l'aviso Chamois puis est affecté comme canonnier sur le croiseur-cuirassé Waldeck-Rousseau. Lieutenant de vaisseau en 1912, il est affecté comme instructeur des élèves-officiers sur le croiseur et navire-école Jeanne d'Arc avec laquelle il effectue deux campagnes en Atlantique, en Méditerranée et dans l'océan Indien.
Canonnier à terre pendant la Première Guerre mondiale Se portant volontaire au début de la Première Guerre mondiale pour combattre sur le front, François Darlan va servir comme canonnier, à terre, pendant tout le conflit. Il est affecté en sur une batterie d'artillerie de marine longue portée à proximité de Toul en Meurthe-et-Moselle. Puis il prend le commandement de la batterie. du régiment de canonniers marins se battant sur la Meuse et en Haute-Alsace. Il reçoit deux citations à l'ordre de l'armée et est décoré de la Légion d'honneur pour faits de guerre en . En 1916, il installe des batteries de marine à Salonique avec l'armée française d'Orient. En 1917, il se bat à Verdun, en Champagne puis en Belgique, commandant les canonniers marins de la Première armée. En 1918, il se bat à différents endroits du front dont Compiègne et l'Argonne. Le il est promu capitaine de frégate avec la citation .
Entre-deux-guerres vignette|gauche|Revue de la flottille alliée sur le Rhin à Mayence le . Au premier plan, le capitaine de corvette Darlan, à côté du général Mangin et du commander britannique Achison. vignette|Le capitaine de vaisseau François Darlan, commandant de l'Edgar Quinet en 1928. Après l'armistice et jusqu'en , il commande la flottille du Rhin nouvellement constituée.. Nommé capitaine de frégate, il repart en Extrême Orient, prenant le commandement de l'aviso AltairL'Altair était un navire de la classe Flower, une classe de sloops britanniques construits en urgence pendant la Première Guerre mondiale en 112 exemplaires et dont 8 seront acquis par la Marine nationale française. et devenant également chef d'état-major des forces navales françaises d'Extrême Orient. En 1922, il est rappelé en métropole, prenant le commandement de l'école de pilotage et des deux navires qui lui sont affectés, le Chamois et l'Ancre. En 1925, il est auditeur au Centre des hautes études navales dont il sort premier de sa promotion avec le satisfecit , puis à la fin de l'année, il est nommé chef d'état-major de la division de ligne de l'escadre de la Méditerranée. Il n'y reste que quelques semaines, étant dès décembre, appelé par Georges Leygues qui vient d'être, le mois précédent, renommé ministre de la Marine. Il sera chef adjoint puis chef du cabinet militaire du ministre presque sans interruption de 1926 à 1934. Il va ainsi bénéficier de la protection de cet ami de son père (tous les deux avocats et députés républicains progressistes du Lot-et-Garonne) durant la longue occupation du ministère par Georges Leygues sous la Troisième RépubliqueMichèle Cointet, « La mort de l'amiral Darlan », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, .. vignette|L'amiral Darlan en visite dans l'île portugaise de Madère en mai 1935, salue , gouverneur civil.|gauche
Opportuniste, il sert des « ministres issus de familles politiques diverses », de centre-droit comme de centre-gauche.. Passant dans les cabinets de Georges Leygues et d'Albert Sarraut, il connaît un avancement rapide : contre-amiral en 1929, vice-amiral en 1932. De 1934 à 1936, il commande à Brest l'escadre de l'Atlantique, il prend rang et appellation de vice-amiral d'escadre en 1936 durant son mandat, puis est nommé commandant en chef de la marine nationale en 1937, et il prend rang et appellation d'amiral simultanément.
Au lendemain de l'avènement du Front populaire, son image de républicain le désigne comme candidat aux fonctions de chef d'état-major de la marine. Cet avancement, dû pour une grande part à une carrière dans les cabinets ministériels, lui vaut cette remarque de la part de ses adversaires Le , il est fait « amiral de la flotte » (pour pouvoir notamment négocier d'égal à égal avec le chef d'état-major de la Royal Navy, qui avait le grade d'admiral of the fleet).
Agnostique, Darlan est attaché aux valeurs de laïcité (mais n'est pas hostile à l'Église), de petite propriété, de patriotisme et de morale. L'écrivain Simon Epstein affirme que François Darlan était apprécié de Léon BlumDans son ouvrage Les Dreyfusards sous l'Occupation, Simon Epstein écrit en page 169 qu'en juin 1940, il se préoccupa de la sécurité personnelle de Léon Blum et que, devenu chef du gouvernement de Pétain, il déclara à ses préfets être un « homme de gauche ». et aurait été pendant la guerre d'Espagne favorable aux républicains espagnols..
Dans les conférences internationales de l'entre-deux-guerres, Darlan défend vigoureusement le droit pour la France de disposer d'une marine puissante face aux prétentions des BritanniquesMartin Laberge, « Les objectifs français à la conférence navale de Londres (-) », Guerres mondiales et conflits contemporains, , , ..
Au cours de sa carrière, Darlan fait construire de nouvelles unités navales et en profite, à l'occasion des nominations qui en découlent, pour tisser un réseau de relations, composé d'officiers de Marine dont il favorise l'avancement (les proches sont surnommés « ADD », c'est-à-dire « Amis de Darlan », ceux du sérail « ADF », « Amis de François »). En 1939, grâce à Darlan (et surtout aux efforts budgétaires), la France possède l'une des plus puissantes marines de son histoire (même si elle manque de moyens aéronavals). En tonnage, la Marine nationale française occupe le mondial derrière la Royal Navy britannique, l'United States Navy des États-Unis et la Marine impériale japonaise, et devant la Regia Marina italienne. Visitant le QG de Darlan durant la drôle de guerre (le ), Philippe Pétain, reçu avec égard, se serait écrié : Entretien de Darlan le 30 mai 1941 dans le journal Gringoire — s'agissant d'un entretien du chef de Gouvernement dans un journal aux ordres, la phrase doit être prise avec précaution : elle a peut-être été inventée par Darlan pour sa notoriété personnelle ou pour conforter ses relations avec Pétain..
L'Armistice et le régime de Vichy vignette|upright=1.4|Une du journal Le Matin du , annonçant la nomination de l'amiral François Darlan comme ministre de la Défense nationale du régime de Vichy.
Le , l'amiral Darlan refuse d'envoyer la flotte de Toulon à Bordeaux, pour l'évacuation d'unités militaires constituées pour l'Afrique du Nord, malgré les instructions du chef du gouvernement Paul Reynaud. Après avoir envisagé de continuer la guerre, une fois la défaite consommée, ayant obtenu son entrée au ministère et la sauvegarde de la flotte, il soutient la demande d'armistice. Par la suite, révolté par l'attaque britannique de Mers el-Kébir, il s'estime trahi par ses anciens compagnons d'armes britanniques, et voudrait que la France déclare la guerre au Royaume-Uni, oubliant les multiples demandes britanniques depuis le et le traité d'alliance du qui n'a pas été respecté.. Pétain le calme en lui déclarant « Une défaite suffit », et Darlan n'obtient que des représailles françaises purement symboliques, le Conseil des ministres se prononçant pour une rupture des relations diplomatiques, malgré les réticences du Président de la République Albert Lebrun.
Darlan devient ministre des marines marchande et militaire du premier gouvernement Pétain, puis du gouvernement de Vichy. Le , il succède à Pierre-Étienne Flandin comme chef du Gouvernement. Sa nomination marque aussi la présence importante des amiraux à Vichy avec Platon, Auphan et Esteva.
Après le renvoi de Pierre Laval le , il devient le successeur désigné de Philippe Pétain par l’acte constitutionnel 4 quater du même jour. Darlan dirige le gouvernement jusqu’en avril 1942, jour où il doit à son tour démissionner au profit de Pierre Laval dont l'Allemagne a imposé le retour et qui est nommé le . L'amiral Darlan reste tout de même successeur désigné du chef de l’État, et devient commandant en chef des forces françaises de Vichy.
La collaboration La nouvelle Marine française, tout comme l'Empire colonial, se trouve à la base de la politique de collaboration menée en grande partie à l’initiative de Darlan, à la suite de sa nomination comme vice-président du Conseil. Cette politique constitue l'application militaire de la politique de collaboration fixée publiquement par Pétain, le , au lendemain de l'entrevue de Montoire entre ce dernier et Adolf Hitler. vignette|Extrait du discours de l'Amiral Darlan à l'École des cadres d'Uriage, 1941. vignette|Extrait (2) du discours de l'Amiral Darlan à l'École des cadres d'Uriage (1941).