Mike Davis, né le à Fontana (Californie) et mort le à San Diego (Californie), est un écrivain, un militant politique, un théoricien urbain, un géographe et un historien américain.

Il est surtout connu pour ses enquêtes sur le pouvoir et les classes sociales dans le sud de la Californie.

Biographie

Jeunesse et formation Mike Davis grandit près de San Diego en Californie dans une famille modeste. Il débute comme ouvrier des abattoirs comme son père puis entreprend des études et s'intéresse au marxisme. Il quitte la Californie à 18 ans et se rend à New York où il rejoint la Students for a Democratic Society, une organisation étudiante de gauche radicale.

De 1968 à 1969, il rejoint le Parti communiste. Pour vivre, il est conducteur de camions de 1969 à 1973 avant de reprendre des études à la trentaine à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Dans les années 1980, il est membre de la New Left Review, puis de la Socialist Review.

Carrière universitaire En 1987, il obtient un poste d'enseignant une journée par semaine à l'UCLA. Il étudie de nombreux sujets, et notamment la lutte des classes à travers l'étude des problèmes fonciers de Los Angeles, le développement des bidonvilles et la militarisation de la vie sociale à travers les mesures sécuritaires.

Il est professeur d'histoire à l'université de Californie à Irvine, membre du comité de rédaction de la New Left Review et collaborateur de la Socialist Review, revue du Socialist Workers Party britannique.

Travaux Mike Davis a notamment écrit : Génocides tropicaux (2000), où il fait le lien entre l'économie politique et le colonialisme au et des phénomènes climatiques d'échelle mondiale, en particulier le phénomène El Niño : en comparant les épisodes El Niño à différentes époques et dans différents pays, Mike Davis explore les conséquences du colonialisme et de l'introduction du capitalisme, et leur lien avec la famine des populations locales. Le pire des mondes possibles (2003) où il dénonce les politiques urbaines et économiques qui ont favorisé le développement de l'habitat informelIl note par exemple que, depuis 1970, , p. 21, Le pire des mondes possibles, Edition La Découverte, 2007. ; Le Stade Dubaï du capitalismeLes Prairies Ordinaires, Paris, 2007. (2007), livre construit à partir d'arguments qui relèvent de la critique dite « sociale » (domination d'une classe sociale sur l'autre, dénonciation de la misère, de la pauvreté, de l'exclusion) et spatiale (gestion territoriale selon des objectifs de profitabilité).

Contribution à la géographie radicale

Mike Davis en spécialiste de l'urbain, apporte une vision alarmante mettant en cause les « politiques de la ville » souvent synonyme de fragmentation et de ségrégation spatiale. Davis a participé à une prise de conscience mondiale au sujet de la précarité et des conditions de vies exécrables dans lesquelles vivent un nombre de plus en plus important d'urbains. Il s'inscrit donc dans un courant plus général, la géographie radicale qui place le « droit à la ville »Henri Lefebvre, Le Droit à la ville, Paris: Anthropos (2e ed.) Paris: Ed. du Seuil, Collection Points. au centre de toute politique urbaine réellement démocratique.

En perte d'influence après la chute des démocraties populaires, la géographie radicale a connu un renouveau dans les années 2000, renouveau porté entre autres par David Harvey, Mike Davis ou Wendy Brown, en mettant en valeur une pluralité disciplinaire (géographie, histoire, sociologie, science politique) favorisant ainsi l'émergence d'un point de vue transversal.

Génocides tropicaux

Le livre étudie les conséquences du colonialisme et de l'introduction du capitalisme au cours des famines liées aux épisodes El Niño de 1876-1878, 1896-1897 et 1899-1902 en Inde, en Chine, au Brésil, en Éthiopie, en Corée, au Vietnam, aux Philippines, et en Nouvelle-Calédonie. Il met l'accent sur la manière dont le colonialisme et le capitalisme dans divers territoires colonisés, en particulier l'Inde britannique, ont accru la pauvreté et la faim en milieu rural, alors que les politiques économiques exacerbaient la famine : selon Mike Davis, ces administrations ont délibérément sacrifié la sécurité alimentaire de ces territoires colonisés en organisant et maintenant l'exportation de quantités massives de nourriture et de matières premières agricoles vers la métropole alors que les populations locales mouraient de faim. La principale conclusion du livre est que 30 à 60 millions de personnes à travers le monde sont mortes à peu près en même temps dans d'épouvantables famines vers la fin du , et que cette « négligence active » des administrations coloniales et leur foi aveugle dans les dogmes du libre-échange ont une très lourde responsabilité dans le bilan effroyable de ces famines.

Le livre a remporté le prix du livre de la World History Association en 2002 .

Le pire des mondes possibles

Page 156 de son livre, c'est par cette phrase que Mike Davis envisage la croissance urbaine d'ici 2030, la croissance des bidonvilles étant plus soutenue que l'urbanisation au niveau mondial. Cet ouvrage regroupe toute une série d'exemples sur les conditions de vie au sein des bidonvilles (chap. 6, pp. 126 à 155, « Ecologie des Bidonvilles »), leurs causes, Davis y incrimine tour à tour l'État (chap. 3, pp. 53 à 73, « La trahison de l'Etat ») ainsi que le FMI et la Banque mondiale (chap. 7, pp. 156 à 178, « La mise au pas du tiers monde »), les mécanismes de production de ces espaces et les moyens d'agir de leurs habitants. Mike Davis argumente son engagement dans une interview à la revue Vacarme (disponible en ligne) Revue Vacarme 2009/1 (N° 46), pages 4 à 12 en ligne sur Cairn.info : Il y annonce aussi le but de cet ouvrage qui est d'attirer l'attention sur le rapport « The Challenge of Slums »Disponible en téléchargement gratuit via unhabitat.org., publié en par le Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat). Selon ce même rapport 32 % de la population urbaine mondiale vit dans un bidonville.

Cet ouvrage soulève de nombreuses réactions. Tout d'abord dans la définition même du terme « bidonville ». Sont-ce des constructions informelles en périphérie faites de tôles et autres matériaux de récupération ? Sont-ce des habitations coloniales de centre ville désormais partagées et taudifiées, comme le prétend Bruno Astarian dans Laboratoire Urbanisme InsurrectionnelVoir laboratoireurbanismeinsurrectionnel.? En effet, la traduction française du mot slum, c'est-à-dire « bidonville », apparaît plus restrictive et fait référence aux constructions informelles et précaires des périphéries. Des typologies, telle celle d'Odette et Alain VaguetVoir le-cartographe.net., en montrent la diversité.

Selon un avis critique de Bruno Astarian, Mike Davis nous mène tout au long de son ouvrage dans de nombreux bidonvilles ,  mais il manquerait dans ces descriptions à la fois sordides et édifiantes une vision d'ensemble. C'est ainsi que des questions importantes telles que la propriété des bidonvilles, leur économie de reproduction ou le rôle des ONG présentes, ne seraient évoquées que ponctuellement : .

Publications En anglais

Autres ¿Quién mató a Los Ángeles? (1994) Casino Zombies und andere Fabeln aus dem Neon-Westen der USA (1999) Cronache Dall’Impero (2005)

En français Le Monstre est parmi nous - Pandémies et autres fléaux du capitalisme, trad. de l'anglais par Léa Nicolas-Teboul, Éditions Divergences, 2021.

Voir aussi Bibliographie Frédéric Neyrat, « Avatars du mobile explosif. À propos de Petite Histoire de la voiture piégée de Mike Davis »Article en accès libre., in La Revue internationale des livres et des idées, n° 1, sept.-oct. 2007 Entretien avec Mike DavisVoir sur telerama.fr., Télérama, n° 3028 Anne Clerval, « Gentrification et droit à la ville ». La Revue des LivresSite de La Revue des Livres. n° 005, mai- J. Lévy et M. Lussault Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, éditions Belin, 2003 Paul Guillibert, Mort de Mike Davis, critique du capitalisme du désastre, Libération,

Notes et références

Liens externes

Les famines coloniales, génocide oublié City of quartz « Le capitalisme et la grippe porcine » Interview de M.Davis

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