L’empire du Ghana, également désigné sous le nom d'empire Wagadou, est un État médiéval d'Afrique de l'Ouest dont la fondation pourrait se situer au et s'étendant jusqu'au . Il s'affirme en tant qu'empire commercial dont l'influence s'étend depuis sa capitale Koumbi Saleh.
Il se fait connaître en Europe et en Arabie dès le sous le nom de Ghana attribué par les auteurs arabes tandis que la tradition le nomme royaume de Wagadou. Grâce au développement du commerce transsaharien, il connaît son apogée au , époque à laquelle il s'étend alors sur un territoire à cheval sur la frontière actuelle entre la Mauritanie et le Mali. Son influence couvre les provinces historiques du Tekrour, du Sosso, du Mandé, de Diarra, du Bouré, du Bambouk et Oualata.
À la fin du , le territoire est secoué par les invasions almoravides et est affaibli par des conditions climatiques réduisant les capacités agricoles. L'empire du Ghana décline à partir du , passant successivement sous la domination almoravide, puis sous la tutelle de Sosso et enfin sous celle de l'empire du Mali.
Origine du nom La toute première référence au royaume du Ghana par des historiens est attribuée à l’astronome arabe Muhammad al-Fazari, au , cité par Al-Mas'ûdî dans son ouvrage Muruj adh-dhahab (Les prairies d'or). Il y parle du « Ghana, pays de l’or ».. L'empire s'étendait sur les territoires des actuels Sénégal, Mali et Mauritanie..
Le « Ghâna » des chroniqueurs arabophones est le nom que porte le souverain. Ce terme viendrait, selon les uns, du soninké nwana (qui se lit ηana ou ghana pour un locuteur non soninké-phone). Il signifie héros, grand guerrier. Parmi les autres titres du roi, figure « Kaya-Maga » (plus précisément « Kanηe Mahan » en soninké c'est-à-dire le « maître de l’or »). Mahmud Kati dans son Tarikh el-fettach parle de cette origine étymologique.. En effet, dans cette région, les pépites sont considérées comme maléfiques et seul le roi a le pouvoir d’en conjurer le sort. Pour Charles Monteil, il s'agit d'une interprétation erronée. Pour lui le terme de « Kaya Magan » (Xañe Maha) qui signifierait « grand chasseur » Monteil, Charles, "Mythe de Wagadou" [in] Bulletin de IFAN, n XXIX, B, 1-2, pp 134-149, Dakar, 1953, [in] "Les épopées d'Afrique noire", p 84, KARTHALA Éditions (2009), . ».
Une confusion terminologique tire ses racines de la particularité de l'historiographie de l'Afrique reposant sur des sources écrites externes et des traditions orales internes. Le royaume du Wagadu, considéré comme une réalité au regard de la tradition orale, est désigné dans les sources écrites sous le nom de Ghana. L'identité historique du royaume du Wagadu reste toujours sujette à discussion, cependant il est généralement considéré comme étant la même organisation politique et territoriale que l'empire du Ghana tel que l'a démontré Abdoulaye Bathily.
Histoire
Origines
Contexte vignette|Culture Tichitt de Mauritanie et de la région des lacs maliens Les territoires de l'empire du Ghana se situent à au nord du Niger, dans les savanes du Sahel. L'archéologie révèle que la zone est centrale dans la culture Tichitt et se compose des premiers groupes d'agriculteurs à l'âge de la pierre à cultiver le sorgo et le millet entre le Vers le ils s'établissent en petites communautés sédentaires, puis en grandes chefferies vers le avant que ne commencent à se développer les premiers centres urbains. Leur activité développe une activité métallurgique et semble déjà commercer occasionnellement dans la région depuis des sites comme Oualata et Néma.
Vers le , les échanges avec les populations nomades du Sahara se renforcent. Ces derniers leur fournissent de meilleurs outils, armements et chevaux au travers du commerce transsaharien. La combinaison de ces facteurs sont probablement à l'origine de l'expansion territoriale du royaume émergent.
Mythe de Wagadu
Le mythe fondateur du royaume de Wagadu, reconstruit tardivement, puise ses inspirations dans les récits bibliques de Jacob. Ainsi, si l'histoire de Dinga Cissé, premier roi de Wagadu, est une reconstruction, il reste probable qu'il soit le personnage historique ayant fondé la dynastie du royaume du Ghana. Les versions de ce mythe fluctuent mais font communément appel à un ancêtre commun, Dinga Cissé, qui aurait migré depuis le Moyen-Orient ou depuis Assouan. Certaines versions indiquent qu'il séjourne d'abord à Djenné-Djeno avant de s'installer à Dia. C'est depuis cette ville que les deux fils de Dinga Cissé auraient formé les différentes villes du Sahel. En 2022, François-Xavier Fauvelle précise que la reconstruction ultérieure de ce mythe repose sur l'idéologie diffusionniste de l'historiographie colonialiste du .
Le fils de Dinga, Diabe, doit fuir le territoire à cause d'une crise de succession. Il s'établit à Koumbi Saleh et passe un pacte avec le serpent sacré Bida qui garde l'emplacement. La divinité lui promet des pluies abondantes et de l'or qui ruisselle contre une vierge offerte chaque année. Il nomme ce nouveau royaume Wagadu et prend le titre royal de maghan. Les quatre lieutenants de Diabe Cissé et leurs descendants sont nommés fado, gouverneurs des quatre provinces. Ces clans aristocratiques se désignent sous le nom de wago.
Éléments historiques Le mythe de Wagadu contient quelques éléments utiles sur le plan historique à la compréhension des origines de l'empire du Mali. Le conflit de succession entre Diabe et son frère est particulièrement commun au sein des groupes Soninké. Le pacte avec Bida est quant à lui perçu comme un potentiel pacte effectué avec une communauté qui intègre une dimension matrilinéarité dans le mode de succession du Ghana dont l'hégémonie serait dès lors garantie par des alliances matrimoniales.
Les différents déplacements de Dinga et le conflits contre les magiciens peuvent être interprétés comme l'expression de flux migratoires d'une population, puis de conquêtes militaires et enfin d'établissement d'alliances matrimoniales. En effet, plusieurs cités influentes émergent au sein du territoire et des princes dirigeants sont nommés afin de faciliter l'administration du royaume. Ceux-ci se soumettent par un système feudataire à l'autorité centrale établie à Koumbi Saleh. Les sociétés étant matrilinéaires, les femmes ont une fonction importante dans la désignation de l'ordre de succession.
Empire commercial
La croissance du territoire du royaume permet de cultiver davantage de terres mais aussi d'exploiter ses ressources, intégrant dès lors le royaume dans le réseau du commerce transsaharien. En effet, si les premiers rois portent le nom de ghana (signifiant rois militaires), les rois ultérieurs portent celui de kaya maghan (signifiant rois de l'or). Ils établissent des tarifications sur l'importation et l'exportation des ressources et permettent au pays de s'enrichir fortement par le commerce.
En 738, une caravane marchande berbère envoyée par les nouveaux occupants musulmans du Maghreb rejoint le Ghana et en revient avec de l’or et des esclaves. Ce commerce est notamment soutenu par les Sanhadja. Le développement rapide du commerce avec les berbères est la seconde raison, en plus du contrôle de la circulation de l'or, de la montée en puissance de l'empire du Ghana. - Ibn Hawqal en 988Les territoires de l'empire du Ghana se situent à un emplacement stratégique des voies commerçantes, permettant dès lors de relier l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest et exploitant des ressources provenant parfois de territoires méridionaux de la forêt guinéenne, comme des noix de kola. Selon Conrad, c'est la maîtrise de ces différentes voies commerciales qui permet au Ghana d'étendre son influence et devenir un empire. En effet, Al-Yaqubi confirme au que d'autres royaumes existent mais sont soumis à l'autorité du roi du Ghana. À la fin du , les souverains de Ghana étendent leur autorité à l’ouest sur la région aurifère du Galam et sur le Tekrour, à proximité de Djenné et de Tombouctou, et au nord sur certaines tribus berbères du Sahara.
Guerre avec les Almoravides À la fin du , les Sanhadjas d'Aoudaghost, cité marchande prospère, se rebellent contre l'autorité de l'empire du Ghana. Vers 990, elle serait reprise et l'ensemble des revenus commerciaux détournés vers la capitale du Ghana. Ce conflit et les tensions qui opposent le Ghana et les Berbères a d'importante conséquence sur la suite des événements. L'avènement des Almoravides marque un tournant dans la géopolitique berbèreHistoire de la Mauritanie, par Docteur Hamahou Allah Ould Salem, professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott, Lauréat du Prix Chinguitt 2006.
En 1054, les royaumes sérères musulmans demandent aux Almoravides d'intervenir au Ghana. Abdellah ben Yassin conduit une armée et détruit la ville d'Aoudaghost. Cependant l'invasion ne s'étend pas. En effet, Sijilmassa est reprise par les Zénètes et il doit conduire son armée vers le nord. Durant ce laps de temps, Aoudaghost est capturée par les Zénètes et Abou Bakr ben Omar est nommé à la tête d'une armée pour la reprendre en 1056.
Il semble qu'après ces premières invasions, les Soninkés coopèrent et intègrent certaines coutumes religieuses islamiques. Toutefois, dans les années 1070, le conflit avec les Almoravides reprend et Abou Bakr ben Omar envahit les territoires intérieurs de l'empire. Koumbi Saleh est partiellement détruit en 1076. Peu après la défaite contre les Almoravides, une nouvelle dynastie régnante est installée et pratique l'islam. Cependant, les différentes réformes musulmanes provoquent des soulèvements internes dirigés par les descendants de l'ancienne dynastie.
Déclin et chute de l'empire Au , l'empire du Ghana perd progressivement son influence sur les royaumes avoisinants. La principale clé du déclin de l'empire est sa perte de contrôle sur les voies commerciales. Différents royaumes prennent leur indépendance : les royaumes de Diarra, du Bakhounou, de Sosso, du Mandé. L'empire du Ghana ne se limite bientôt plus qu'à un territoire autour de Koumbi Saleh.
La chute de l'empire du Ghana provoque également le déclin et la ruine de Koumbi Saleh qui est progressivement abandonnée au profit d'autres cités marchandes. La tradition orale veut que la chute de l'Empire et de sa capitale soient liées au mythe originel qui les relie au serpent sacré Bida. Celui-ci aurait été décapité, mettant fin à la paix cosmogonique et provoquant un cataclysme climatique. Cette légende pourrait avoir des racines réelles puisque la chute coïncide avec le pic de l'optimum climatique médiéval qui pourrait avoir des conséquences sur les terres cultivables sahéliennes ainsi que l'apport en or dans les alluvions exploitées jusque-là.
Royaume tributaire Si la dimension impériale du Ghana prend fin, il est probablement disloqué par divers conflits internes. Il réapparait malgré tout dans les sources arabes ultérieures sous la forme d'un royaume tributaire de l'empire du Mali. Au , le Ghana devient un État musulman et renforce ses relations commerciales avec le Tekrour. Cependant, en tant qu'entité politique et territoriale, le royaume du Ghana est alors étroitement lié au devenir de Koumbi Saleh.
Les fouilles archéologiques menées à Koumbi Saleh confirment des destructions partielles au , cependant le site est occupé sans interruption jusqu'au . Sa mosquée est rénovée à plusieurs occasions entre les , indiquant une capacité importante à mobiliser des ressources. L'abandon de la ville au marque la fin de la cité-État commerçante.
Historiographie