La guerre de Continuation ( ; ; ), également appelée guerre soviético-finlandaise (), est un conflit qui opposa la Finlande et l'Union soviétique du au (armistice de Moscou), pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Royaume-Uni avait déclaré la guerre à la Finlande le , mais ne prit finalement pas part activement au conflit. En revanche, l'Allemagne nazie, juste engagée dans la guerre contre l'URSS, fournit un important soutien matériel et sa coopération militaire à la Finlande, cette dernière se trouvant de facto en état de cobelligérance aux côtés du Troisième Reich. Ce conflit fut formellement clos avec le traité de Paris de 1947.
La guerre de Continuation se nomme ainsi pour la distinguer clairement de la guerre d'Hiver qui opposa également la Finlande et l'URSS entre le et le , guerres séparées par la Grande Trêve mais liées par le même contexte. Du point de vue soviétique, la guerre de Continuation est un des fronts de la grande guerre patriotique menée contre l'Allemagne nazie et ses alliésGreat Soviet Encyclopedia, Finland, Moscow, 1974, .. D'autre part, cette guerre était considérée comme indépendante de la Seconde Guerre mondiale par les Finlandais, ce qui n'était pas du goût du régime allemand, principal soutien de la Finlande dans le conflit.
Introduction La guerre de Continuation constitua un conflit en marge de la Seconde Guerre mondiale avec des effectifs relativement restreints des troupes qui y prirent part. Le Royaume-Uni déclara la guerre à la Finlande le 6 décembre 1941 (selon les sources, les 5 ou 6 décembre). Cette décision fut prise principalement pour satisfaire l'Union soviétique (alliée de fait de Londres après l'ouverture du front de l'Est par les Allemands en juin 1941) et répondre à l'alliance de fait d'alors entre la Finlande et l'Allemagne nazie. Les Britanniques n'eurent cependant pas les moyens de s'investir pleinement dans ce front et leurs Swordfish ne firent alors que bombarder des navires allemands dans le port finlandais de Petsamo, au-delà du cercle polaire. Il est possible que pour leur part, les renseignements finlandais aient participé de manière active aux attaques des Allemands contre les convois alliés apportant du matériel de guerre à l'URSS vers Mourmansk.
Pendant le conflit, la Finlande combattit aux côtés de l'Allemagne contre l'ennemi commun soviétique, qui était quant à lui allié au Royaume-Uni et, par la suite, aux États-Unis. Le souvenir de la guerre d'Hiver de 1939 qui résultat en la perte de territoires, et l'opération Barbarossa lancée par Hitler le 22 juin 1941 contre l'URSS poussèrent la Finlande à s'allier avec l'Allemagne.
À la fin de la guerre, le bilan n'était pas vraiment sujet à controverse en Finlande, et rétrospectivement, le consensus y est assez large sur le fait que les Finlandais en tant que peuple n'auraient sans doute pas survécu s'ils n'avaient pas coopéré avec l'Allemagne nazie. La conscience collective finlandaise, pendant les années 1960-1970, changea de point de vue et considéra la guerre de Continuation comme une erreur.
Les principaux événements de la Seconde Guerre mondiale, et en général les différentes phases de la guerre eurent un impact fondamental sur la tournure du conflit : l'invasion par l'Allemagne de l'Union soviétique () correspond à peu de chose près au début de la guerre de Continuation. l'offensive alliée en France (bataille de Normandie) fut coordonnée avec l'offensive majeure menée par les Soviétiques contre la Finlande (du au ), qui aboutit à une alliance de cinq semaines entre la Finlande démocratique et l'Allemagne (du au ). la course vers Berlin menée entre les Américains et les Soviétiques entraîna la fin de la guerre de Continuation, l'Europe du Nord n'étant plus le principal théâtre d'opérations.
Les objectifs de la guerre droite|vignette|Forces en présence finlandaises, allemandes et soviétiques au début de la guerre de Continuation, en . Les frontières finlandaises en clair sont celles antérieures au traité de paix de Moscou de 1940. Le but principal de la Finlande pendant la Seconde Guerre mondiale fut de survivre en tant qu'État démocratique indépendant, capable de maintenir sa souveraineté dans un environnement politique très hostile. De manière spécifique, lors de la guerre de Continuation, la Finlande cherchait à récupérer les territoires qu'elle avait perdus après le traité de Moscou de , et à étendre son territoire plus à l'Est, afin d'établir une zone tampon avec l'URSS. D'autre part, quelques petits groupes d'extrême droite soutenaient l'idéologie de la Grande Finlande. L'effort finlandais pendant la guerre fut, d'un point de vue formel, une réussite, même si le prix en pertes humaines, paiements de dommages de guerre, pertes territoriales, perte de réputation à l'échelle mondiale fut lourd, et qu'en conséquence la politique de la Finlande dut par la suite « s'adapter » aux vues de l'Union Soviétique (« finlandisation »). L'alliance finlando-allemande fut très différente de la plupart des autres relations entre nations de l'Axe. Un exemple frappant qui illustre cela est le fait que les juifs finlandais participèrent aux combats contre les Soviétiques. Malgré des demandes répétées des nazis, les Finlandais n'estimèrent pas avoir de question juive à résoudre.
La Finlande et l'Allemagne n'étaient donc pas alliées de jure, elles n'étaient alliés que de facto. Les Finlandais et les Allemands étaient seulement frères d'armes, la Finlande et l'Allemagne se battant toutes deux contre l'URSS mais pour des raisons différentes. La Finlande manquant d'armes dans son combat contre l'Union soviétique, elle accepta que les Allemands attaquent l'URSS à partir de son territoire en échange d'armes.
Éléments de contexte Avant la Seconde Guerre mondiale
Bien que la Carélie orientale n'ait à proprement parler pas fait partie de la Finlande, du moins dans les derniers siècles, une bonne partie de ses habitants étaient des Caréliens orthodoxes parlant finnois. Après la déclaration d'indépendance de la Finlande, des voix s'élevèrent réclamant l'annexion de la Carélie orientale afin de la libérer de son « oppression ». Ces revendications aboutirent à quelques incursions dans la zone (expédition de Viena et expédition d'Aunus), qui restèrent infructueuses. La Finlande posa également à plusieurs reprises la question de la Carélie orientale devant la Société des Nations, sans plus de succès.
Dans les cercles de droite, on célébrait le rôle qu'eut l'Allemagne impériale dans la victoire des « Blancs » sur les rebelles socialistes pendant la guerre civile finlandaise, bien que l'on avouât que l'on eût préféré le soutien des nations scandinaves ou de la Grande-Bretagne plutôt que celui de l'Allemagne. La politique de défense de la Finlande se dirigea tout d'abord vers la constitution d'un cordon sanitaire, dans laquelle les nations nouvellement indépendantes comme la Pologne, les républiques baltes et la Finlande formeraient une alliance de défense mutuelle contre l'URSS, mais lorsque les négociations échouèrent, la Finlande se tourna vers la SDN pour sa sécurité. Les pourparlers avec les États scandinaves eurent également peu de succès. En 1932, la Finlande et l'Union soviétique signèrent un pacte de non-agression, mais même les observateurs de l'époque le considéraient déjà comme de valeur pour le moins douteuse.
L'accord de paix fut rompu en 1937 par l'Union soviétique lorsqu'elle interdit la navigation des navires finlandais entre le lac Laatokka (Ladoga) et le golfe de Finlande via la rivière Neva. Un des articles de cet accord stipulait en effet la liberté d'emprunter cet itinéraire pour les navires marchands.
Le Pacte germano-soviétique et la guerre d'Hiver
Le Pacte germano-soviétique de 1939 autorisait l'URSS à accroître sa pression sur les pays baltes et sur la Finlande. Les républiques baltes cédèrent bientôt aux exigences soviétiques, mais la Finlande persistait dans ses réticences. En conséquence, la guerre d'Hiver débuta le . La condamnation de l'attaque par la SDN et par les pays tiers n'infléchit pas la politique soviétique. Une aide internationale fut planifiée pour secourir la Finlande, mais bien peu de chose se matérialisa pour le pays agressé.
Le traité de paix de Moscou de 1940, qui mit fin à la guerre d'Hiver, fut ressenti comme une grande injustice. 10 % de la superficie du pays et 20 % de son potentiel industriel revenaient à l'URSS. 12 % de la population finlandaise dut fuir pour rester en terre finnoise. Hanko fut louée à l'URSS afin qu'elle y établît une base militaire. Néanmoins, la Finlande réussit à empêcher l'URSS d'annexer la totalité de son territoire et gagna de la considération au point de vue international pour avoir résisté à un pays environ 47 fois plus peuplé et 66 fois plus étendu.
La Trêve
Le traité de Moscou fut un choc pour les Finlandais. Il fut ressenti comme la pire déconvenue de la politique extérieure en Finlande, qui était pourtant basée sur une multitude d'accords multilatéraux d'aide et de soutien. Il fallait maintenant tenter de créer des liens bilatéraux avec les ennemis d'hier, comme l'URSS ou l'Allemagne nazie. L'opinion publique finlandaise espérait ardemment le retour de la Carélie finnoise dans le giron du pays, et mettait tous ses espoirs dans les traités de paix qui ne manqueraient pas de suivre la fin de la guerre mondiale. Le terme de Välirauha (« Trêve ») fut utilisé dès lors que ce traité de paix mal perçu fut conclu.
Bien que le traité de paix ait été signé, l'état de guerre et la censure furent maintenus, du fait de l'élargissement du conflit mondial, des difficultés d'approvisionnement et du délabrement de l'armée finlandaise. Cela permit au président Kyösti Kallio de demander au maréchal Mannerheim de rester commandant en chef des forces armées et de superviser son réarmement et sa formation. Pendant l'année 1940, la Finlande reçut le matériel qu'elle avait acheté ou qui lui avait été donné pendant ou juste après la guerre d'Hiver. Les dépenses militaires s'élevèrent cette année-là à 45 % du budget de l'État finlandais. Le traité commercial conclu avec le Royaume-Uni fut d'un effet restreint du fait de l'occupation par l'Allemagne de la Norvège et du DanemarkSeppinen, Ilkka, Suomen ulkomaankaupan ehdot, 1939-1944, 1983, ..
L'Allemagne nazie attaqua la Scandinavie le lors de l'. La Finlande comme la Suède évitèrent l'occupation de leur territoire mais étaient désormais prises en tenaille entre l'Union soviétique et le Troisième Reich. Des dizaines de volontaires norvégiens avaient participé à la guerre d'Hiver, et en signe de gratitude, des volontaires finlandais participèrent au combat de la Norvège contre l'Allemagne en formant une unité médicale sous l'influence directe du maréchal Mannerheim. Les effets de cet encerclement furent notamment ravageurs pour les importations d'engrais qui, en addition avec le contrecoup de la guerre d'Hiver, portèrent un coup dur à la production agricole du pays. Les pénuries de nourriture pouvaient être en partie comblées par des achats à la Suède et à l'Union soviétique, bien que leur livraison retardée fût un autre moyen de pression de l'Union soviétique sur la Finlande. Celle-ci n'avait donc d'autre choix que de se tourner vers l'Allemagne.
À partir de , la Finlande entama une campagne de restauration des bonnes relations bilatérales avec l'Allemagne. Non seulement les médias finlandais restreignirent leurs critiques envers le régime nazi, mais ils y prirent une part importante. L'opposition était censurée. Après l'armistice en France, cette campagne fut intensifiée.