Jules Sébastien César Dumont d’Urville, né à Condé-sur-Noireau (Calvados) le et mort accidentellement à Meudon le , est un officier de marine et explorateur français qui participa à plusieurs voyages d'exploration scientifique entre 1822 et 1840, notamment à bord de l'Astrolabe.
En 1840, il est un des premiers à poser le pied en Antarctique et découvre la terre Adélie.
Biographie Carrière militaire Né au sein d’une ancienne famille de Normandie, son père, Gabriel Charles François Dumont, seigneur d’Urville, est bailli de la nouvelle Haute Justice de Condé. Après la mort de ce dernier, son éducation est confiée au frère de sa mère, l'abbé de Croisilles, chanoine à Caen. Il poursuit ses études au collège de Bayeux puis, bon élève, au lycée de Caen. À 17 ans, il s'engage dans la Marine et, après avoir réussi avec succès un examen sévère, il est nommé aspirant de première classe en novembre 1807. À 20 ans (en 1810), il se présente à l’examen de l’École polytechnique, mais son âge trop avancé l'empêche d'y entrer. Il commence sa carrière dans la marine à Brest en 1811 sur le vaisseau l’Aquilon, puis il passe successivement sur lAmazone, le Suffren, le Borée et la Ville de Marseille et parvient en 1812 au grade d’enseigne de vaisseau. Le premier voyage de Dumont d’Urville a lieu sur la Ville de Marseille qui conduit en 1814 le duc d’Orléans à Palerme et qui l’en ramène avec sa famille. Il rencontre à Toulon Adèle Pépin, fille d’un horloger de la marine originaire de Cluses en Haute-Savoie, qu'il épouse le à Toulon. Le couple a cinq enfants : Jules Eugène Gustave (1816-1823) Jules Eugène Hector (1826-1842) Adolphe (1830-1832) Sophie (1833-1835) Emile Jules Léon (1836-1837) En , Dumont d'Urville apprend le projet de circumnavigation de Louis de Freycinet. Il quitte Toulon pour Paris afin de convaincre Freycinet de le prendre à bord de l'Uranie mais l'état-major est déjà completJacques Guillon, Dumont d'Urville 1790-1842 : la Vénus de Milo, les épaves de la Pérouse, l'Antarctique et la Terre Adélie, Paris : Éditions France empire, 1986, .. Ensuite, il retourne à Toulon où il reprend ses études : physique, astronomie, sciences naturelles et langues étrangères.
Jules Dumont d'Urville est connu pour son caractère difficile. Il est à la fois selon les mots de Hans-Otto MeissnerHans-Otto Meissner, La Pérouse, le gentilhomme des mers, éditions Perrin, 2004 , et suiv..
La Vénus de Milo En 1819, Jules Dumont d'Urville fait partie, avec le capitaine Pierre-Henry Gauttier du Parc, d’une expédition scientifique envoyée en mer Noire et dans les îles grecques avec le navire la Chevrette pour déterminer les positions géographiques de l'archipel grec. Il est chargé lors de cette expédition des observations d'histoire naturelle et de l'archéologie. Il est le premier à signaler à l’ambassadeur français à Constantinople une statue récemment exhumée et dont il perçoit immédiatement l’inestimable valeurDumont d'Urville, Marcellus & Voutier, Élèvement de Vénus, Paris : la bibliothèque, 1994, .. C’est la fameuse Vénus de Milo, sculptée en C'est en ces mots que Dumont d'Urville la décrit : . C’est sur la notice qu’il en avait tracée que M. de Marcellus organise l’achat par la France de cette statue, aujourd’hui exposée au musée du Louvre, qui est devenue l’une des plus célèbres au monde. En 1820, la reconnaissance complète du périple de la mer Noire fut exécutée.
La Coquille À son retour en France, Dumont d'Urville est chargé au sein du dépôt des cartes de la Marine de mettre au clair les observations de la campagne. Il est encensé par l'Académie et la société de géographieJacques Guillon, Dumont d'Urville 1790-1842 : la Vénus de Milo, les épaves de Lapérouse, l'Antarctique et la Terre Adélie, Paris : Éditions France empire, 1986, .. Nommé lieutenant de vaisseau en 1821, il s'associe à Louis Isidore Duperrey pour mettre à exécution un voyage de circumnavigation planifié par ces deux officiers et approuvé par le gouvernement. Il en résulte le voyage d’exploration scientifique de La Coquille, de 1822 à 1825 avec pour commandant, le capitaine Duperrey. Dumont d'Urville est chargé lors de ce voyage de la botanique et de l'entomologie. Il rapporte au Muséum national d'Histoire naturelle plus de trois mille espèces de plantes, dont quatre cents nouvelles et mille deux cents espèces d’insectes, dont trois cents nouvelles. Il publie à son retour divers mémoires scientifiques et une Flore des Malouines (en latin). Au retour de la Coquille, les éloges ne tarissent pas face au succès scientifique de l'expédition..
L’Astrolabe vignette|redresse=1.5|Île des Amis. vignette|redresse=1.5|Village malais.
En 1826, le comte de Chabrol, ministre de la Marine, confie à Dumont d’Urville une nouvelle exploration de la mer du Sud. Il reçoit le commandement de la corvette la Coquille, renommée L'Astrolabe, avec le grade de capitaine de frégate. Il a pour mission d’explorer l’Océanie et l'expédition est envoyée dans l’océan Pacifique pour arpenter les côtes de la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et d’autres îles. La seconde mission de l'expédition est de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse. Le , Jules Dumont d’Urville appareille de Toulon comme commandant de lAstrolabe.
Dumont d'Urville choisit les officiers suivants pour l'expédition : Jacquinot, Lottin, Gressien, Guilbert, René Primevère Lesson (chirurgien de troisième classe), Gaimard (médecin major) assisté du professeur Quoy. Trois élèves de marine : Faraguet, Girard-Dumaine et François-Edmond Pâris, Sainson (dessinateur), un commis et un secrétaire. Presque tous sont des anciens de la Coquille ou de la Chevrette. Jacquinot se charge de constituer l'équipage. Au total, embarquent pour l'expéditionYves Jacob, Dumont d'Urville : le dernier grand marin de découvertes, Grenoble : Glénat, 1995, ..
Le capitaine Peter Dillon est le premier à avoir recueilli des objets provenant des épaves de La Pérouse à Tikopia en 1826 puis à Vanikoro sur les lieux du naufrage. Il identifie ces objets comme les restes de l'expédition de La Pérouse mais il refuse de communiquer les coordonnées précises des épaves. Dumont d'Urville aborde à Hobart le et apprend la découverte de Dillon. Il séjourne à Vanikoro du au et il fait élever un monument à la gloire de La Pérouse. Grâce aux divers témoignages recueillis et à ses observations, d'Urville reconstitue le déroulement du drameYves Jacob, Dumont d'Urville : le dernier grand marin de découvertes, Grenoble : Glénat, 1995, ..
LAstrolabe est de retour à Marseille le . Le bilan est lourd : 12 morts, 14 malades débarqués dans un port et 3 déserteursJacques Guillon, Dumont d'Urville 1790-1842 : la Vénus de Milo, les épaves de La Pérouse, l'Antarctique et la Terre Adélie, Paris : Éditions France empire, 1986, ..
vignette|"Poissons", dans J. Dumont d'Urville, Voyage de la corvette l'Astrolabe - atlas de zoologie : exécuté pendant les années 1826-1827-1828-1829, sous le commandement de M. Jules Dumont d'Urville capitaine de vaisseau, 1er volume. Paris : J. Tastu, 1833, pl. 3 (musée national de la Marine, n° B184).
L'expédition de a procuré à la géographie et à la navigation la reconnaissance positive de plus de de côtes les moins connues du globe sur la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne et la Nouvelle-Guinée ; elle a assuré la position de près de ou îlots, dont une soixantaine n’avaient encore figuré sur aucune carte. Dumont d'Urville a cartographié les îles Loyauté, effectué un relevé des côtes de la Nouvelle-Zélande. Il a entrepris une exploration des îles Tonga et des Moluques. Ses rapports ont permis la classification des îles en Mélanésie, Polynésie et Micronésie.
Les immenses récoltes d’histoire naturelle, amassées durant tout le cours de la campagne, sont déposées au retour au muséum d’histoire naturelle et le musée maritime s’enrichit d’un nombre considérable d’objets des peuples visités. Dumont d'Urville a rassemblé une pléthore de matériaux précieux pour la géographie et la botanique. Il fait paraître les résultats de son expédition, sous le titre de Voyage de la corvette L'Astrolabe exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829 sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, capitaine de vaisseau (17 volumes, dont 4 atlas, 1830-1833 chez J. Testu). François Arago juge les résultats de l'expédition , mais la critique est principalement formulée en réponse à Dumont d'Urville qui avait déploré dans son journal de bord la faible qualité des instruments scientifiques livrés par Arago avant le départ de l'expédition.. Le voyage contribue néanmoins à la cartographie et l'hydrographie de cette région du globe, notamment en proposant à la Société de géographie la subdivision devenue traditionnelle de l’Océanie en Polynésie, Micronésie et Mélanésie (dont il crée le nom) — et en Malaisie. Ces subdivisions sont désormais contestées par les géographes et les linguistes mais continuent d’être utilisées.
1830 et la disgrâce Dumont d'Urville prend le commandement du vaisseau Great-Britain qui transporte Charles X le , sur la terre étrangère à Portsmouth (Angleterre). Il obtient dès lors du gouvernement anglais la reconnaissance du nouveau pavillon français. À son retour, il fait la proposition de réclamer à l’Angleterre les restes de .
Pendant plusieurs années, la monarchie de Juillet laisse Dumont d’Urville dans un repos qui semble une disgrâce. Il obtient enfin d’exécuter un nouveau voyage depuis longtemps projeté.
En 1834-1835, Dumont d’Urville fait paraître Voyage pittoresque autour du monde. L’ouvrage souvent réédité, résume de nombreux grands voyages de découvertes autour du mondePatrick Beillevaire, « Présences françaises à Okinawa : de Forcade (1844-1846) à Haguenauer (1930) », Ebisu [En ligne], 49 | printemps-été 2013, mis en ligne le 17 novembre 2014, lire en ligne, consulté le 12 décembre 2025.
L’expédition en Antarctique
vignette|redresse|L’Astrolabe en 1838. vignette|Trajet de l’expédition (1837-1840).
Il entreprend en 1837 un nouveau voyage, une expédition dans les régions de l’océan Antarctique. Cette nouvelle expédition est fort décriée par François Arago dans le discours qu'il prononce le à la Chambre des députésAnnales maritimes, 1837, tome 1, .. Il critique la destination choisie qui n'a selon lui aucun intérêt scientifique : LAstrolabe et la Zélée partent de Toulon le et le mouillent dans la rade de Rio de Janeiro. Le , elles quittent la Terre de Feu et s’avancent vers les glaces antarctiquesAnnales maritimes, 1837, tome 1, .. Arago s'interroge également sur la robustesse des navires choisis pour aller au pôle Sud et souligne le caractère dangereux de l'expédition. Par la suite, Dumont d'Urville et Arago vont s'affronter par discours interposés relayés dans les Annales maritimesAnnales maritimes, 1837, tome 2, ..
Il explore les mers australes, pousse fort avant vers le pôle Antarctique, en affrontant les plus grands périls, découvre quelques nouvelles terres. Les premières rencontrées le sont dès le ; au de latitude sud, ce ne sont plus des montagnes flottantes, mais une barrière compacte qui se prolonge à perte de vue. À force de travaux, les navires remontent vers le nord et découvrent une côte de 120 milles d’étendue, qu’on nomme la terre Louis-Philippe. C’est grâce à son second, Gaston Rocquemaurel, que L’Astrolabe évite un échouage catastrophique sur la glace gelée, Dumont d’Urville étant alors alité durant la manœuvre Hubert Sagnières, Routes nouvelles, Côtes inconnues, Flammarion, 2023 .