Marie Stuart ou d'Écosse (en anglais Mary, Queen of Scots, en gaélique écossais Màiri, Bànrigh na h-Alba), née le et morte le , exécutée sur l'ordre de la reine d'Angleterre , est reine d'Écosse de 1542 à 1567. Elle est la fille du roi d'Écosse et de Marie de Guise, et l'arrière-petite fille du roi d'Angleterre . Par son mariage avec , elle est aussi reine de France du au .
Devenue reine d'Écosse à la mort de son père, alors qu'elle n'a que six jours (sous la régence de James Hamilton, comte d'Arran), elle est fiancée dès 1543 avec le prince Édouard d'Angleterre, mais ce rapprochement avec l'Angleterre échoue. Fiancée au dauphin François, elle est élevée en France à partir de 1548 et leur mariage a lieu en 1558. Elle devient reine de France l'année suivante, mais meurt prématurément en 1560 et Marie rentre en Écosse en 1561.
Reine catholique d'un pays largement protestant, Marie est considérée avec défiance, même si elle mène d'abord une politique modérée. Quatre ans après son retour, elle se remarie avec un cousin, Henry Stuart (Lord Darnley), mariage dont naît un fils, futur roi d'Écosse () et d'Angleterre (). Darnley est assassiné en 1567. Des soupçons se portent sur la reine et son amant, James Hepburn, comte de Bothwell. Celui-ci ayant été acquitté par la justice, elle l'épouse, mais est emprisonnée peu de temps après, puis contrainte à abdiquer au profit de son fils, âgé d'un an.
Elle s'évade en 1568 et tente de retrouver son trône avec l'appui de sa cousine . Mais celle-ci la perçoit comme une menace, car Marie est aussi considérée par les catholiques comme une héritière légitime du trône d'Angleterre. Elle fait donc emprisonner Marie quelques jours après son arrivée en Angleterre.
Au bout de dix-neuf ans de captivité, Marie Stuart est exécutée en 1587, alors que le roi d'Espagne , veuf de la reine d'Angleterre Marie Tudor, prépare une grande expédition contre l'Angleterre. Le motif précis de l'exécution est l'implication de Marie dans un complot contre , la conspiration de Babington.
Marie Stuart est très connue en raison de son destin tragique qui a inspiré des écrivains, des compositeurs et plus récemment des cinéastes.
C'est une des rares reines d'un État donné (le royaume d'Écosse) à avoir été simultanément reine d'un autre État (le royaume de France), à l'instar de , aussi reine d'Espagne du fait de son mariage avec . Marie était de surcroît prétendante au trône d'un troisième État, le royaume d'Angleterre.
Premières années (1542-1543) Naissance () vignette|redresse|, le père de Marie Stuart, décède lorsqu'elle a six jours. Huile, vers 1579, , Édimbourg, Galerie nationale d'Écosse. Marie est la troisième enfant de et de Marie de Guise, qui ont précédemment eu deux fils morts peu après leur naissance, Jacques (1540-1541), duc de Rothesay, et Arthur (1541-), duc d'AlbanyJules Gauthier, Histoire de Marie Stuart, E. Thorin, seconde édition, 1875.. Marie naît le 7 ou le au château de Linlithgow, dans le West Lothian. Le registre officiel du Lothian donne la date du 7, mais le 8 est considéré par la suite comme date officielle de son anniversaire, peut-être en raison de sa concordance avec la date de l'Immaculée Conception T. F. Henderson, Mary Queen of Scots: Her Environment and Tragedy, volume 1, Haskell House Publishers, New York, 1969. Chapitre 1 : Childhood in Scotland, .. Elle est baptisée presque aussitôt dans l' de Linlithgow Marcus Merriman, The rough wooings: Mary Queen of Scots 1542-1551, Tuckwell Press, 2000 ..
Mort du roi Jacques V (13 décembre) Le roi, gravement malade, se trouve au château de Falkland, lorsqu'un messager lui annonce que la reine a accouché d'une fille. Selon la légende, il aurait dit : , c'est-à-dire , évoquant Marjorie BruceDont le mariage avec Walter Stuart avait permis à la maison Stuart d'accéder au trône d'Écosse., et prédisant ainsi un funeste destin à sa fille. La prophétie se révèle fausse en ce qui concerne Marie Stuart, puisque son fils lui succèdera, perpétuant la dynastie, qui s'éteindra cependant à la mort d'une autre reine, Anne, en 1714..Une certaine dose de sensationnel entoure d'une part les circonstances du décès de , et d'autre part la phrase qu'il aurait prononcée sur la couronne. Pour le premier cas, dans l'émission Secrets d'histoires, Hortense Dufour déclare que . La voix off ajoute que , deux assertions erronées. Pour le second point, cette citation est probablement apocryphe. Elle apparaît pour la première fois sous la plume de John Knox, adversaire de Marie, dans les années 1560..
Le , à la mort du roi, victime du choléra Richard Oram, The Kings and Queens of Scotland, Stroud, 2004, ., des rumeurs circulent à propos de la faible santé de sa fille, comme celle affirmant qu'elle est une enfant prématurée., ce qui est faux. Par exemple, Eustache Chappuis, ambassadeur du Saint-Empire romain germanique, écrit le 23 que Marie de Guise et sa fille sont très malades, bien que ait constaté le 19 que l'enfant est bien portante.
Établissement de la régence du comte d'Arran vignette|upright|La reine douairière et mère de Marie Stuart, Marie de Guise.
Le plus proche héritier après Marie est James Hamilton, comte d'Arran. Mais « Arran n'avait pas les talents qu'exigeait une aussi haute charge : il était indolent, irrésolu, et se laissait gouverner par ceux qui l'approchaient ». Le cardinal David Beaton, chef du parti catholique, pense que la nomination d'Arran n'irait pas dans les intérêts du pays en une période de crise, durant laquelle un homme fort serait nécessaire. Il s'oppose donc à la désignation d'Arran, faisant valoir un testament que le roi aurait signé sur son lit de mort et confié pour exécution au révérend Henry Balfour du diocèse de Dunkeld : selon ce document, la régence doit être partagée entre Beaton, James Stuart, comte de Moray, George Gordon, comte de Huntly et Archibald Campbell, comte d'Argyll H. F. Morland Simpson, « Cardinal Beaton and the Will of », The English Historical Review, volume 21, numéro 81, p. 112-118, 1906, Oxford University Press..
Finalement, le , Arran est proclamé régent tandis que Marie de Guise conserve la garde de sa fille. Le cardinal est arrêté le au cours du conseil, puis est conduit au , puis au château de BlacknessJean-Henri Merle d'Aubigné, Histoire de la Réformation en Europe au temps de Calvin, Calmann Lévy, 1875., à la suite de quoi « les églises furent fermées et les prêtres refusèrent d'administrer les sacrements et d'enterrer les morts »Léon Galibert et Clément Pellé, L'Univers, livre 6 : Période des Tudors, Firmin Didot Frères éditeurs, Paris, 1842..
Projets d'union entre les royaumes d'Écosse et d'Angleterre Dans le même temps, le roi d'Angleterre envisage une nouvelle façon de réunir les couronnes d'Écosse et d'Angleterre : plutôt que de s'emparer de l'Écosse par les armes comme du temps de , il souhaite maintenant marier son fils Édouard avec Marie. Pour ce projet, il dispose de l'avantage de sa victoire à la bataille de Solway Moss : de nombreux nobles écossais restés prisonniers d'Henri sont contraints de demander publiquement que Marie soit confiée à Henri et la principale forteresse transférée sous sa garde.
Parmi ces nobles, on compte , Alexander, comte de Glencairn, , , , et .
Les deux principaux autres agents d'Henri en Écosse sont Archibald Douglas, comte d'Angus, et son frère, George. Cependant, celui-ci joue un double jeu, .
Relations avec l'Angleterre (1543-1547) Traité de Greenwich () thumb|upright|Le cardinal David Beaton, meneur du parti catholique en Écosse, et principal opposant à . Le cardinal Beaton est finalement assigné à résidence dans son château de St Andrews, mais son influence politique redevient forte. Avec l'appui du parti français, il fait rentrer le comte de Lennox de France, le présentant comme héritier de la couronne face à Arran. Celui-ci se trouve dans une situation difficile : il ne peut plus continuer de soutenir le protestantisme sans dépendre entièrement du soutien de Henri VIII, dont les vues sur l'Écosse sont claires, mais il ne peut pas non plus appeler la France à son secours sans l'aide du cardinal.
Celui-ci ne s'oppose cependant pas aux négociations de mariage entre Marie Stuart et le prince Édouard, qui aboutissent le au traité de Greenwich, par lequel leurs fiançailles sont confirmées, . Ce traité satisfait nombre des demandes des Écossais, notamment : que Marie restera en Écosse jusqu'à son dixième anniversaire et que, par la suite, le pays conservera ses lois propres.
Couronnement de Marie (9 septembre 1543) Afin de mettre les choses au point, Beaton rassemble six à sept mille de ses partisans à Stirling le , et marche le jour suivant sur Linlithgow où se trouve Marie. Le cardinal ne veut pas renverser le régent ni s'opposer à la ratification du traité, mais s'assurer de la sécurité de l'enfant et de sa mère en les transférant au château de Stirling, sous la protection de quatre gardiens (les lords , , Erskine et Charles Mackie, The Castles, Palaces, and Prisons of Mary of Scotland, C. Cox, 1850.).
La position d'Arran devient intenable face à Henri qui entend prendre l'enfant de force. Arran quitte Édimbourg et rencontre Beaton. Ils se rendent ensemble à Stirling, où Marie de Guise et sa fille sont transférées sous l'escorte de et d'un millier de fantassins Susan Doran, Mary Queen of Scots, British Library, 2007, . : Early life in Scotland and France 1542-1558, pages 12-39.. Le , Arran revient au sein de l'Église catholique, recevant l'absolution du cardinal.
Le lendemain, Marie Stuart est couronnée par le cardinal Beaton dans la chapelle du château de Stirling ; Arran porte la couronne, Lennox le sceptre et le comte d'Argyll l'épée de l'État.
Rupture avec l'Angleterre
thumb|upright|James Hamilton, comte d'Arran et régent d'Écosse, portant autour du cou la distinction de l'ordre de Saint-Michel. Apprenant la réconciliation d'Arran avec le cardinal, se lance alors dans une politique de guerre connue sous le nom de Rough Wooing.
Il suggère tout d'abord à Henry Grey, duc de Suffolk un raid sur Édimbourg, mais ce projet est reporté à l'automne par George Douglas.
Ce changement se traduit très vite en Écosse : le Parlement renouvelle l'alliance avec la France et le cardinal est confirmé dans sa charge de grand chancelier (Lord High Chancellor). Angus et , qui soutenaient jusque là Henri, signent un document par lequel ils accordent leur soutien à Arran contre l'Angleterre et s'engagent à défendre l'Église catholique. Ces événements marquent un tournant essentiel pour Marie : elle va désormais être sous influence française et catholique, et non plus anglaise et protestante.
Conflits entre factions écossaises Lennox et Glencairn sont poussés par Henri à prendre les armes contre Arran, mais sont vaincus le dans la région de Glasgow ; Glencairn se réfugie au château de Dumbarton tandis que Lennox s'enfuit en Angleterre.
Cependant, George Douglas continue de mener double jeu ; afin de calmer Henri, il est l'instigateur de la qui aboutit à retirer à Arran la charge de régentLa marge de manœuvre d'Arran était très faible, mais il conserva cependant son rôle de régent jusqu'en 1550, quand Marie de Guise devint officiellement régente. L'issue de la convention des nobles est donc plus faible que ce dont se vantait George Douglas, et consiste plutôt en un renforcement de la gestion de Marie Stuart par sa mère., au motif que, sur les conseils du cardinal, il a brisé la paix établie à Greenwich et le contrat de mariage de Marie, aboutissant donc à la situation délicate dans laquelle se trouve le pays. Cette convention renverse également le cardinal, qui a perdu la confiance de la reine mère. En effet, celle-ci comptait sur le cardinal pour défendre les intérêts de Marie face à Arran, mais, à la suite de la réconciliation du cardinal et du régent, ils sont désormais d'accord pour marier Marie au fils d'Arran.